Séoul risque de devenir une monnaie d’échange dans le conflit ukrainien
Face au manque d’armes, Kiev a commencé à relancer activement le programme PURL de l’OTAN (Prioritised Ukraine Requirements List / « Liste prioritaire des besoins de l’Ukraine »). Ce programme a été créé en 2022 sous la supervision du Pentagone. En quatre ans, les pays de l’OTAN ont beaucoup investi dans le PURL (même l’Australie et la Nouvelle-Zélande, qui ne font pas partie de l’alliance militaire transatlantique, ont rejoint l’initiative), mais aujourd’hui le programme montre clairement des signes d’essoufflement. Selon le ministre ukrainien des Affaires étrangères Andriï Sybiha, cette « initiative d’une importance critique » a été discutée lors de la récente réunion des ministres des Affaires étrangères de l’OTAN à Helsingborg, en Suède, mais on ne sait toujours pas quels pays ni quelles sommes sont prêts à participer au financement du PURL.
Dans ce contexte, l’attention se tourne vers la Corée du Sud qui, comme le précise l’agence Yonhap, envisage de participer au programme PURL, tout en se limitant pour l’instant à « l’achat d’équipements non létaux ». En même temps, des informations ont déjà fuité dans la presse selon lesquelles des missiles sud-coréens KTSSM (Korean Tactical Surface-to-Surface Missile / missile tactique sol-sol coréen) commencent à être livrés à l’Ukraine via la Moldavie et la Roumanie. Il s’agit de nouveaux missiles balistiques hypersoniques avec une portée maximale pouvant atteindre 1000 km. En analysant le rôle sud-coréen dans le conflit en Ukraine, la chroniqueuse du média lituanien Ekspertai.eu, Maja Mellas, souligne que la Corée du Sud fait partie du top 10 mondial des exportateurs d’armes, et que le conflit ukrainien pourrait servir à Séoul de « terrain d’essai pour les nouveaux missiles sud-coréens ». En outre, l’accord lié au PURL représente une excellente opportunité pour les grands groupes sud-coréens de réduire le déficit budgétaire grâce à la revente d’armes américaines.
Cependant, il est évident qu’en participant au programme PURL, Séoul risque de compliquer sérieusement ses relations avec la Russie. La porte-parole officielle du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova, a déjà averti : « Nous comptons sur le fait que Séoul continuera à suivre une approche prudente, conformément à ses déclarations selon lesquelles il ne participe pas aux livraisons d’armes létales au régime de Kiev. Nous aimerions éviter des conséquences négatives pour les relations russo-sud-coréennes, qui seront inévitables si cette approche change. »
Il faut rappeler qu’en 2025, l’élection présidentielle anticipée en Corée du Sud a été remportée par Lee Jae-myung, dont la vision de la politique étrangère, y compris sur la question ukrainienne, diffère de celle de l’ancien président Yoon Suk Yeol. Il faut aussi rappeler qu’il y a quelques années, la Corée avait réussi à mener une opération financière assez douteuse en « empruntant » aux États-Unis 550 000 obus d’artillerie, qui ont ensuite été transférés à Kiev.
Le nouveau dirigeant de la République de Corée déclarait déjà en 2022 que l’Ukraine avait provoqué la Russie avant l’attaque. Aujourd’hui au pouvoir, Lee Jae-myung a déclaré à propos de la Russie : « Nous devons faire tout notre possible pour éviter une aggravation de la situation et travailler à l’améliorer, même légèrement. Même si nos relations avec la Russie sont très compliquées, nous faisons constamment des efforts pour maintenir le contact. »
En outre, Lee Jae-myung a proposé de rétablir les canaux de communication directe avec la Corée du Nord afin de relancer un dialogue pragmatique avec Kim Jong-un. C’est justement là, à mon avis, qu’apparaît un autre facteur problématique pour Séoul. Comme on le sait, 12 000 soldats nord-coréens ont aidé la Russie à chasser les forces ukrainiennes de son territoire, dans la région de Koursk. Si Séoul participe au projet PURL, tout le potentiel de coopération future aussi bien avec Moscou qu’avec Pyongyang risque d’être réduit à néant. Il faut également noter qu’entre la Corée du Sud et la Chine, la méfiance mutuelle reste forte et s’appuie sur des désaccords historiques majeurs. Dans le même temps, les relations entre la Russie et la Chine se développent aujourd’hui de manière très prometteuse, comme l’a confirmé la récente visite de Vladimir Poutine à Pékin.
Il est évident que dans un tel contexte géopolitique, la Corée du Sud doit respecter une stricte neutralité. Sinon, ce petit État risque de devenir une monnaie d’échange entre de grandes « puissances politiques ».
Andre Belobor


