Elections en Bulgarie : vers une alliance entre conservateurs et nationalistes ?

Ces élections législatives voient la victoire du parti conservateur de Boïko Borissov. La campagne a davantage parlé des questions internationales que des questions intérieures. Malgré ce succès, il va être difficile pour le parti de droite de réaliser une coalition stable.

 

En novembre 2016, le Premier ministre bulgare a démissionné à la suite de la victoire à l’élection présidentielle du général Roumen Radev, candidat soutenu par le parti socialiste bulgare. Ce dernier veut que le pays se maintienne dans l’OTAN, tout en étant critique sur les bienfaits de l’Union européenne pour la Bulgarie. Il souhaite améliorer le dialogue avec la Russie.

La Russie et la Turquie au centre de la campagne.

La Russie a été au cœur de la campagne présidentielle. Bruxelles et de nombreux pays européens se sont inquiétés d’une éventuelle victoire de la candidate socialiste pro-russe. Pierre Vimont, proche de Federica Mogherini et chercheur à la Fondation Carnegie Europe précisent que « Les Bulgares risquent en effet de se retrouver dans le camp des pays hostiles au maintien des sanctions contre la Russie, comme l’Italie, la Grèce ou Chypre ».

Le gouvernement conservateur est critique à l’encontre de la Russie, mais ce sentiment n’est pas partagé par la population. En effet, selon un sondage Eurobaromètre de l’automne 2016, 72 % des Bulgares ont une attitude positive vis-à-vis de la Russie. Le nouveau président Roumen Radev élu en 2016 n’hésite pas à déclarer que la « Crimée est russe de fait ».

Roumen Radev

Les intérêts de la Russie en Bulgarie sont géoéconomiques. En effet, le Kremlin ne cesse de rappeler que « des projets conjoints gigantesques étaient en train d’être élaborés, mais ont, pour certaines raisons, été annulés, et nous le regrettons profondément ». C’est une référence au gazoduc South Stream qui a été arrêté fin 2014. La Bulgarie a souhaité abandonner ce projet à la suite de nombreuses pressions de l’Union européenne et des États-Unis, alors qu’elle en était bénéficiaire. L’autre chantier énergétique important est celui de la construction d’une centrale nucléaire à Belene par Rosatom.
Ces projets, ainsi que d’autres intérêts russo-bulgares ont été au cœur de la campagne des législatives

Le Center for Strategic and International Studies (CSIS) précise que près d’1/4 du PIB bulgare est lié à des intérêts russes. Lukoil serait la première entreprise — par sa taille — du pays et pèserait ¼ du PIB selon Ruslan Stefanov du Centre pour l’étude et la démocratie de Sofia. Gazprom dispose d’un monopole de fait dans la livraison du gaz à la Bulgarie et l’entreprise Rosatom est propriétaire des réacteurs nucléaires en Bulgarie. Cette société devait construire la fameuse centrale de Belene.

NIKOLAY DOYCHINOV / AFP

La Turquie a également été au cœur de ces élections. Elle a été accusée par la classe politique bulgare — notamment les nationalistes — d’influencer cette campagne en affaiblissant le parti historique de la minorité musulmane. On compte 700 000 citoyens bulgares de confession musulmane. Ils sont pour la plupart des Turcs ethniques, un reliquat de l’Empire ottoman. Ainsi, des nationalistes bulgares ont bloqué l’accès des principaux points de passages entre les 2 pays afin que des Turcs vivant en Turquie, mais disposant de la citoyenneté bulgare ne puissent aller voter le jour de l’élection.

La Bulgarie est très inquiète que la Turquie voisine rouvre les passages de clandestins en Europe, alors que les relations sont tendues entre Bruxelles et Ankara depuis l’interdiction de réunions publiques organisées par l’AKP.

 

Une bien difficile majorité…

Les conservateurs (GERB) arrivent en tête des élections, mais les socialistes, ainsi que les nationalistes réalisent des scores intéressants.

Le GERB (Citoyens pour le développement européen de la Bulgarie) est mené par le Premier ministre Boïko Borissov. Le GERB réalise 32, 6 % des suffrages soit 95 élus. Il faut plus de 121 élus pour obtenir une majorité dans cette assemblée de 240 parlementaires.

Le BSP (parti socialiste bulgare). Ces derniers ont remporté la présidentielle à l’automne 2016. Il double leur score par rapport aux précédentes législatives et obtient 27 % des suffrages avec 80 députés. Ce score est néanmoins trop faible pour prétendre gouverner le pays.

Les patriotes Unis (Rassemblement de plusieurs partis nationalistes) réalisent 9,1 % des voix avec 27 sièges. Il devient une nouvelle fois un partenaire incontournable. Ce rassemblement de partis nationalistes a fait campagne contre l’invasion migratoire. Il se montre également critique vis-à-vis de la minorité musulmane de Bulgarie et de la minorité roms. Elle souhaite un rapprochement avec la Russie. Les nationalistes sont prêts à réaliser une alliance avec Borissov, mais cette fois-ci en négociant au mieux leurs voix. Ces derniers pourraient énormément peser sur la politique migratoire et l’orientation géopolitique de la Bulgarie.

Volia (Volonté), parti fondé par Vesselin Marechki, a fait campagne sur le fait d’être le Trump Bulgare. Il réalise 4, 1 %, score suffisant pour entrer au parlement avec 12 sièges. Il a fait fortune en étant propriétaire de plusieurs chaînes de stations de pétrole, de pharmacies, et en vendant le tout à des prix inférieurs à ceux de la concurrence. Dès la proclamation des résultats, il a précisé qu’il souhaitait négocier avec le Premier ministre Boïko Borissov afin de faire partie du nouveau gouvernement.

Il faut compter également deux partis de la minorité musulmane, mais le Premier ministre a refusé une alliance avec ces derniers.
Le MDL (Mouvements pour les droits et les libertés) était la 3e formation du précédent parlement. Ce parti est critique vis-à-vis d’Erdogan, alors que le dernier en date DOST est soutenu par Ankara.
Le MDL obtient 8, 9 % des voix pour 26 sièges. Le DOST ne parvient pas à entrer au parlement.

Bien entendu, l’Allemagne a directement précisé qu’elle incitait à la création d’une grande coalition sur le modèle SDP — CDU. Il est peu probable que ces deux formations acceptent, tant leurs désaccords sont criants sur les relations internationales.
Le Premier ministre se dirige vers une coalition avec les deux formations nationalistes. L’alliance avec les Patriotes Unis ne suffit pas, car ils n’obtiendraient qu’une légère majorité de 122 sièges sur 220. Borissov doit donc également compter sur les 12 sièges du « Tump Bulgare ». Ainsi, ces 39 voix « d’extrême droite » orienteraient grandement les positions du libéral conservateur sur la question de la Russie et de l’immigration… Boïko Borissov espère trouver un compromis avec ces deux partis avant la fin du mois d’avril.

Il est également probable qu’aucune négociation n’aboutisse conduisant à un de nouvelles élections.

 

Alexandre MOUSTAFA

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