Les élections anticipées d’avril 2016 en Serbie, que retenir ?

Les sondages des élections en Serbie prévoyaient un triomphe pour le parti du Premier ministre serbe Aleksandar Vučić. Ce « raz de marée » a eu lieu malgré les multiples évolutions des résultats, mais pas autant que le score peut le laisser entendre.

Entre les premières estimations de dimanche soir et celles de vendredi 6 mai, de nombreuses coalitions sont entrées ou sorties du parlement serbe, en fonction des jours et des votes. Il aura fallu près de 15 jours pour que l’on connaisse enfin les résultats en République de Serbie.

7 coalitions parlementaires entrent au sein de l’assemblée, ainsi que 5 partis issus des minorités, une hausse par rapport à la précédente législature.

 

SNS, parti progressiste serbe

Le SNS était le parti favori de ces élections et visait la majorité absolue selon les sondages. Le parti du progrès serbe est un parti créé en 2008 par Aleksandar Vučić, ancien du Parti radical serbe de Vojislav Šešelj. Les leaders du parti sont très orientés vers l’Ouest et l’UE, tout en refusant une adhésion dans l’OTAN et en maintenant des liens étroits avec la Russie.

Le parti affirme avoir plus de 50 % des voix le dimanche soir, mais il n’obtient « que » 48,25 %, le vendredi 6 mai avec 131 députés.

Durant la semaine suivante le dimanche 24 avril, le SNS déclare avoir triomphé en disposant de la majorité absolue et surtout plus de 50 % des voix. Mais, le parti
progressiste serbe n’obtient pas plus de 50 % des voix, contrairement aux attentes du Premier ministre.

Dès le dimanche 24 avril, Aleksandar Vučić précise que « le résultat montre un fort soutien pour la démocratie, les réformes et l’intégration européenne ». En milieu de semaine Vučić déclare dans un journal bosniaque que : « La Serbie continue avec son chemin européen. Nous voyons que les forces nationalistes ont échoué. Je n’ai pas de problème avec ça et j’ai dit avant les élections… je refuse de faire des compromis sur ce chemin. La Serbie continuera sur cette voie ».

À l’inverse du leader du SNS, beaucoup de membres du parti de Vučić ne partagent pas son tropisme pro-européen et sa volonté d’accélérer le processus d’adhésion à l’Union européenne.

« La Serbie continuera son chemin européen et essayera de l’accélérer » précise le Premier ministre au sein du quartier général du parti.

 

Le SPS, Parti socialiste serbe

Le parti socialiste serbe (SPS) regroupe d’anciens partisans de Tito et de Milosevic… Mais le logiciel idéologique a bien entendu changé entre-temps, le mouvement est plutôt partisan d’une adhésion à l’UE, même si le lien avec la Russie reste très fort au sein du parti.

Le dirigeant et ancien ministre des Affaires étrangères Ivica Dačić parle d’un « tsunami politique d’Aleksandar Vučić » le dimanche du vote

Le parti socialiste serbe obtient 29 sièges et 10,95 % des voix. Bien qu’il soit la deuxième force du pays, il va disposer de peu de marges de manœuvre à moins de faire une nouvelle coalition avec le SNS

 

Les différents mouvements libéraux et « démocrates » en baisse

La coalition du parti démocrate (DS-led coalition) est la principale force libérale du pays, même si elle est également divisée. Le leader est Bojan Pajtić, qui était le Premier ministre de la province autonome de Voïvodine. La coalition des libéraux, verts et démocrates était prévue en dessous de la barre des 5 %, mais finalement ils réalisent 6,02 % avec 16 sièges.
Pajtić du DS affirme le soir des élections que « nous avons reçu le soutien de plus de 200 000 citoyens serbes qui votent courageusement, en sachant qu’ils peuvent être physiquement attaqués, perdre son travail… »

Assez, c’est assez, nouveau parti de Saša Radulović est un technocrate du ministère de l’Économie au sein du gouvernement d’Ivica Dačić (lorsqu’il était Premier ministre). Le programme met en avant un mélange étonnant de libéralisme et de discours socialisants. Ils seraient proches des mouvements atlantistes. C’est le mouvement qui crée la surprise lors des élections, avec 6, 02 % des voix également et 16 sièges.

Enfin l’alliance pour une meilleure Serbie regroupant deux partis sociaux-démocrates et un parti libéral obtient 13 sièges avec 5,02 % des voix. C’est notamment le mouvement de Boris Tadić, ancien premier ministre pro-occidental de la Serbie.

 

Mouvements eurosceptiques et conservateurs de retour au parlement

Le SRS, parti radical serbe est un parti nationaliste et devient la 3e force du parlement serbe. Vojislav Šešelj refusait l’arrêt de la guerre contre l’occident en 1999, lorsque les forces de l’OTAN bombardaient la Serbie. Ils sont très penchés sur la question des minorités serbes au Kosovo et en Bosnie. On dit que l’arrivée au pouvoir du Docteur Šešelj augmentera le niveau des débats à l’Assemblée nationale serbe. Le SRS réalise 8,10 % des voix et compte 22 députés ; il espérait franchir le cap des 10 %.

DSS-Dveri est un parti de centre droit conservateur, ils étaient membres du gouvernement de coalition de Kostunica entre 2004 et 2007. Ce parti met en avant la défense des valeurs familiales. De plus, ils sont très critiques vis-à-vis de la construction européenne. Après de nombreuses péripéties, le parti rejoint finalement le Parlement serbe avec 13 députés et 5,03 % des voix.

Boško Obradović, leader de Dveri précise que le SNS souhaite « augmenter » ses propres résultats, c’est pour cela notamment que les élections ont été avancées.
Sanda Rašković Ivić du mouvement DSS pense qu’il n’ « a pas de liberté et de démocratie en Serbie ».
Selon les décomptes en milieu de semaine, DSS Dveri obtenait seulement 4,99 % des voix et il manquait une voix à ce mouvement pour entrer à l’Assemblée. Les leaders de la coalition autour de Dveri appellent à la fraude électorale et à une décision politique.

 

Les partis minoritaires

10 sièges sont accordés aux partis des minorités ethniques, étant donné que — contrairement aux accusations — la Serbie est le seul véritable État non homogène de l’Ex-Yougoslavie.

Le SVM obtient 1,5 % des voix et 4 sièges (Hongrois), la liste de Muamer Zurkolic 2 sièges (Bosniaque), le SDA du Sanzak (bosniaque du sanzak) 1 siège, le parti vert 1 siège (slovaque), de même pour le PDA (albanais).

 

Evolutions par rapport à la précédente législature

Le SNS de Vučić obtient 48,25 % des voix au premier tour, score qui paraît et est très haut, il dispose de 131 sièges sur 250, Aleksandar Vučić conserve une majorité absolue de sièges. Cependant, le SNS et ses alliés perdent 29 sièges par rapport aux précédentes élections, cela est dû à l’entrée de nouvelles forces aux parlements.
Les socialistes perdent des sièges, les mouvements libéraux perdent également quelques sièges, hormis le nouveau parti Assez, c’est assez.

Dveri et le Parti radical serbe sont les partis de l’opposition conservatrice et eurosceptique qui seront présents et actifs au parlement, mais avec des marges de manœuvre très modestes.

 

Réactions internationales

Dès le 24 avril au soir, le commissaire européen à l’élargissement Johannes Hahn s’est félicité de cette victoire « un gouvernement fort peut mener les réformes nécessaires et bénéfiques pour l’avenir du pays, de son économie, et de ses citoyens ».

John Kerry a le vendredi 6 mai salué la victoire du Premier ministre serbe et précise que la Serbie et les États-Unis partageaient les mêmes préoccupations à savoir « le processus d’intégration européenne, encourager la réconciliation régionale et améliorer les relations bilatérales ». Le secrétaire d’État a notamment appelé à continuer le processus de normalisation avec la Province serbe du Kosovo et Métochie…

Milorad Dodik, président de la Republika Srpska et responsable des sociaux-démocrates indépendants (SNSD), a salué la victoire historique du Premier ministre serbe. Il espère que les relations vont continuer de s’améliorer entre la Serbie et la République serbe de Bosnie.

Pour Šemsudin Mehmedović, membre du parlement bosniaque du Parti d’action démocrate (SDA) « espère que le nouveau gouvernement en Serbie sera formé très rapidement. J’espère qu’il sera un gouvernement pro-européen avec lequel nous aurons une bonne coopération ».

Il est à noter que plus de 80 % des voix vont vers des partis dits pro-européens, mais les élections n’ont pas été vues comme un référendum sur l’adhésion à l’UE, mais on peut remarquer que l’adhésion à l’UE fait son chemin en Serbie. À l’inverse selon les sondages auprès de la population, les Serbes se déclarent à plus de 50 % russophiles et 79 % d’entre eux sont opposés à l’OTAN. Un sondage conduit en janvier et février 2016 précise que seulement, 10,5 % des Serbes soutiennent une adhésion à l’OTAN, 79 % sont opposés.

Aleksandar Vučić obtient le score espéré, mais ne pensait sûrement pas perdre autant de sièges et voir de nouvelles coalitions entrer au parlement. Il aura à faire à une opposition pro-russe et une opposition pro occidentale. La position d’équilibriste du SNS — à la fois pro-russe et pro-Union européenne — va être de plus en plus dure à tenir. En effet, il n’est pas accepté par l’Occident notamment que la Serbie puisse jouer un rôle de pont entre la Russie et l’Europe de l’Ouest.

Il reste maintenant à suivre de près ce mois de mai et de juin. Les alliances et la formation du nouveau gouvernement national, mais également celui de la province autonome de Voïvodine

 

Alexandre MOUSTAFA

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