La Serbie et l’OTAN, un amour forcé

Le 12 février 2016, on a appris que le gouvernement serbe souhaitait signer une alliance militaire avec l’OTAN, confirmée par la Présidence. Au même moment, l’adhésion du Monténégro se poursuivait…

Le reniement de ses origines serbes par le gouvernement monténégrin

Le 15 et 16 février, le Monténégro a continué son processus d’adhésion au sein de l’alliance atlantique. Selon l’OTAN, « les négociations couvrent… des questions politiques, militaires et juridiques, et elles fournissent l’occasion aux deux parties d’éclaircir certains sujets ». Pour Thrasyvoulos Terry Stamatopoulos, négociateur en chef de l’OTAN, ces discussions « marque le progrès réalisé par le Monténégro depuis qu’il a retrouvé son indépendance… être membre de l’OTAN renforcera la sécurité et la souveraineté du Monténégro ». Ces propos montrent la méconnaissance de l’histoire par les membres de cette organisation. Le Monténégro se serait libéré de l’oppression millénaire serbe. Par ailleurs, il est légitime de se demander qui peut vouloir nuire à la sécurité du Monténégro. Peut-être la minorité albanaise soutenue et instrumentalisée par les États-Unis dans tous les pays des Balkans (Sandjak serbe, Kosovo Serbe, Macédoine). En cas de danger rencontré par le Monténégro, l’Alliance protégerait-elle pour un si petit pays ? Pour une grande puissance comme la Turquie, l’OTAN a précisé qu’elle n’interviendrait pas si un conflit éclatait entre la Russie et la Turquie concernant la Syrie.

Vesko Garcevic, coordinateur national pour l’intégration à l’OTAN surenchérit en affirmant que cette dernière est « une organisation de sécurité, mais c’est également des valeurs – de nombreuses valeurs communes pour tous les membres de l’OTAN. Cela doit être pris en compte sérieusement – le Monténégro doit embrasser la démocratie, des institutions fortes, l’état de droit et l’intégrité du Parlement ».

Igor Luksic, ministre monténégrin des Affaires étrangères (gauche) et le Secrétaire général de l’Otan Jens Stoltenberg (droite). © epa

Le soutien croate à cette adhésion ne laisse enfin aucun doute à la volonté de nuire à la Serbie et à la Russie. En effet, a présidente croate Kalinda Grabar-Kitarovic souhaite une « rapide adhésion » du Monténégro à l’OTAN.

Les discours prononcés et la géopolitique du pays montrent clairement que le Monténégro ne représente pas un enjeu vital pour l’OTAN. L’armée monténégrine compte près de 2000 hommes, mais selon la diplomatie américaine, mieux vaut avoir un Monténégro avec soi, plutôt que de laisser cette république – aussi petite soit-elle – se tourner vers la Russie, cette dernière ayant investi énormément en Russie. Mais le cas serbe est pour le coup, beaucoup plus inquiétant.

 

Un partenariat avec l’OTAN qui se renforce pour la Serbie

En janvier, Bruxelles s’étonnait du choix serbe quant à son partenariat militaire avec la Fédération de Russie. En effet, Dimitri Rogozin, Assitant du Premier ministre a annoncé sa volonté d’équiper l’armée serbe d’outils sophistiqués comme les missiles surface air S-300. Ces déclarations datant du 11 janvier 2016 ont provoqué des remous à Bruxelles. Pourtant, le Président serbe, Tomislav Nikolic insistait au même même qu’un renforcement de l’alliance avec la Russie ne change pas l’envie d’adhésion à l’Union européenne de la Serbie.

Depuis 2006, la Serbie a signé un partenariat pour la Paix avec l’OTAN, comme j’en parle dans une précédente analyse, qui concerne les États qui ne sont pas encore membres de l’OTAN.

Le 12 février 2016, la Serbie a ratifié un accord avec l’Agence OTAN de soutien et d’acquisition, ces derniers pourraient protéger les Serbes du Kosovo selon le Premier ministre Aleksandar Vucic.

Ce même jour, une délégation de sénateurs américains s’est rendue en Serbie, avec notamment le sulfureux sénateur John McCain.

Lors de cette rencontre, Aleksandar Vucic déclare « je pourrais montrer les muscles et de prononcer un mot mauvais, à cause de 1999, mais je me demande quel serait le résultat, plus les investisseurs seront présents, plus les Serbes auront des emplois ». Vucic semble être allé plus loin que John McCain, ce dernier s’étant contenté de dire que la Serbie devait d’abord rejoindre l’UE; concernant l’adhésion à l’OTAN, cela « est une décision de la Serbie et de ses citoyens ».

Le 13 février, l’ambassadeur serbe à Moscou Slavenko Terzic a précisé que « la Serbie a proclamé une neutralité politique et militaire et personne n’a changé cette approche. La Serbie ne se prépare pas à rejoindre l’OTAN ».


Source : Српски сабор Заветници

Le 18 février, le Premier ministre serbe a réassuré à l’ambassadeur russe Aleksandr Chepurin que la position officielle de la Serbie est de conserver la neutralité militaire du pays.

Samedi 20 février, près 15 000 personnes ont manifesté pacifiquement à Belgrade contre une adhésion future à l’OTAN. Le même jour, le Président serbe Tomislav Nikolic signait la confirmation du plan de coopération avec l’alliance atlantique du 12 février.

Pour calmer la polémique, le gouvernement veut accorder aux travailleurs russes du Centre humanitaire serbo-russe de Nis (ville serbe), l’immunité diplomatique, comme les membres de l’OTAN l’ont… Cela irait dans la logique de la neutralité politique et militaire du pays. Il n’est pas sûr que cela ait un réel impact sur le plan géopolitique.

Le gouvernement serbe a offert un cadeau empoisonné à la population serbe pour la fête nationale du pays (15 février). Après avoir bombardé, il y a moins de vingt ans les civils se trouvant en Serbie, au Kosovo et au Monténégro, l’ancien nationaliste Aleksandar Vucic pense que l’OTAN peut et doit protéger les 130 000 Serbes du Kosovo. Monsieur Vucic doit avoir une mémoire courte et a dû oublier qui est à l’origine du démembrement de la Serbie avec sa province historique du Kosovo et Métochie.

À titre d’information, 23 des 28 pays de l’UE ont reconnu le Kosovo, ainsi que 24 des 28 pays de l’OTAN… Si la Serbie pense que le Kosovo est serbe, ce n’est pas en rejoignant une organisation datant de la Guerre froide qu’il faut se tourner. Sur le plan économique, l’Union européenne ne lui apportera pas grand-chose également, au moment où le Royaume-Uni souhaite quitter cette « chose » en déliquescence… En outre, il faut rappeler que des chapitres de négociations avec l’Union européenne exigent la normalisation des relations avec le Kosovo, à traduire par reconnaissance de l’indépendance.

De plus, sur un plan purement électoral, cette décision d’Aleksandar Vucic et Tomislav Nikolic est tactiquement mauvaise pour les élections qui se déroulent en avril, même si le parti au pouvoir devrait quoiqu’il arrive remporter les élections. En effet, pour 47 % des Serbes, la Russie est le principal partenaire économique de la Serbie, alors qu’ils ne sont que 28 % à penser cela de l’UE (chiffres de 2014).

Lundi 22 février, le porte-parole de la diplomatie russe Maria Zakharova a exprimé que « L’occident entraîne progressivement la Serbie dans l’OTAN. Il dit (aux pays des Balkans) : il faut que vous rejoigniez l’OTAN, notamment le Monténégro, parce qu’il en va de votre sécurité. Nous vous protégerons. Il dit la même chose à la Serbie. Mais comment pouvez-vous protéger ce pays alors que même si vous êtes informés de la présence d’otages, vous les bombardez ? Quelle sécurité ? De quoi parlez-vous ? À mon avis c’est une humiliation, un syndrome de Stockholm, ils forcent leur victime à tomber amoureuse d’eux et à annoncer qu’elle veut les rejoindre ». La diplomatie russe résume en ces quelques lignes toute une analyse.

En effet, le 19 février, les bombes de la démocratie ont à nouveau frappé – chirurgicalement – deux fonctionnaires serbes de l’ambassade de Serbie en Libye ; comme s’il existait une triste destinée manifeste entre les civiles serbes et les bombes droits de l’hommesques de l’OTAN…

 

Alexandre MOUSTAFA

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