Turk Stream – épisode 2 : Des mois de mai et juin riches en événements

Depuis le précédent article sur les origines et objectifs de Turkish Stream, de nombreux événements concernant ce gazoduc se sont déroulés ; à commencer par le changement – anecdotique – de nom, par un rapprochement de la Russie avec la Grèce et par une tentative de révolution colorée en Macédoine, pays où transitera le gazoduc. D’autres événements comme, les négociations complexes avec la Turquie, l’intérêt de nouveaux pays ou la peur occidentale, sont à l’ordre du jour.

Selon un porte-parole du projet, la construction aurait dû commencer à la fin du mois de juin, « après l’accord relancé avec Saipem (en charge de la construction d’une partie du gazoduc) en mai, les travaux vont commencer à la fin du mois prochain ».

Le nom officiel est désormais TurkStream, le projet dispose d’un logo et d’un site internet www.turkstream.info

Des négociations difficiles avec la Turquie.

Les négociations se déroulent actuellement entre la Turquie et la Russie, même si ces dernières traînent. La Turquie est bien entendue toujours intéressée, mais comme elle sait qu’elle se trouve en position de force avec le prolongement des sanctions européenne contre la Russie, elle souhaite obtenir le meilleur tarif possible pour le mètre cube de gaz.

Durant le mois de juin, une aubaine est tombée pour la Russie sur la table des négociations avec la Turquie. En effet, l’UE a relancé l’idée du projet européen Nabucco. Il devait à la base contourner la Russie, tout en alliant de nombreux pays du Caucase et de l’Union Européenne, mais il a été abandonné en 2013. L’UE a relancé cette idée de projet en intégrant Moscou aux pourparlers.
Les négociations se déroulent actuellement, même si elles ont peu de chances d’aboutir dans les faits.

Cela étant, un accord gouvernemental devrait avoir lieu au second semestre de 2016. Le lancement du gazoduc est toujours prévu pour décembre 2016.

 

Le rapprochement de tous les dangers… avec la Grèce

Ce point fait énormément peur à l’Union Européenne et aux Etats-Unis. En effet, dans l’imaginaire du « camp du bien », comment un pays européen peut-il quitter le « bloc de la liberté et des droits de l’homme » pour se rapprocher du « camp du mal » ou de Satan en personne, en l’occurrence la Russie. Le Financial Times du 22 juin écrit « les craintes sont basées sur le fait que l’instabilité économique qui menace d’aboutir au défaut de paiement risque de renforcer l’attitude négative des électeurs grecs envers le reste de l’Europe, ce qui donnerait la possibilité à la Russie d’accroitre son influence en Grèce ».

Pour Sebastian Mallaby chercheur au Council for Foreign Rrelations, cette situation serait un « cadeau géopolitique » pour la Russie

Ainsi, vendredi 19 juin, les ministres russe et grec de l’énergie, Alexandre Novak et Panagiotis Lafazanis, ont signé un mémorandum sur la coopération en matière de construction et d’exploitation d’un gazoduc relié à TurkStream.

Alexis Tsipras était également présent au Forum de Davos Russe, le Forum de Saint-Pétersbourg. Il a pris des positions courageuses en critiquant les politiques de l’Union Européenne, tout en mettant en avant les offres que proposaient les BRICs pour aider la Grèce. Il s’est également entretenu avec Alexis Miller, président du puissant groupe russe Gazprom. « L’union européenne s’est crue le centre du monde mais ce centre et les forces qui l’accompagnes se sont désormais déplacés », a affirmé le Premier ministre.

Gazprom évoque une prise de participation directe à ce projet. Les entreprises grecques, ainsi que l’Etat grec sont très intéressés par ce projet, ce qui est compréhensible dans une situation économique catastrophique, là ou l’UE ne propose que toujours plus d’austérité.

 

« On prend les mêmes et on recommence », la révolution de couleurs en Macédoine.

Le fait le plus marquant de ces dernières semaines est sans nul doute ce qui s’est déroulé en Macédoine, ce minuscule Etat des Balkans. Ce pays est majoritairement slave, mais compte une importante minorité albanaise (près d’un tiers de la population). Comme lors de la propagande médiatique du Kosovo, la police a été accusée d’avoir tuée des albanais, alors que des terroristes albanais ont pris d’assaut un quartier de la ville multiculturelle de Kumanovo. Cette ville se trouve à la frontière du narco-territoire du Kosovo. Cette attaque a fait 9 morts, plus de 40 blessés, dont 37 policiers, les 9 et 10 mai 2015. Une série d’attaque contre la Macédoine était également prévue.

Ce groupe terroriste était dirigé par cinq kosovars membre de l’organisation terroriste de l’UCK, qui dirige actuellement l’Etat mafieux du Kosovo. Par ailleurs, selon le journaliste macédonien, Mile Nedelkovski, quatre étrangers avec des passeports britanniques et américains ont participé à cette attaque. Etrangement, trois d’entre eux sont arrivés sur le territoire macédonien par la plus grande base américaine d’Europe, la base de Bondsteel, présente sur le sol du Kosovo.

Après, ces événements, des manifestations, des rassemblements, des tentes ont été installés sur la place « Maïdan » de Macédoine demandant la démission du gouvernement.
Selon l’analyste politique serbe Dusan Prorokovic, les événements « sont plutôt liés au gazoduc Turkish Stream et à la défaite des Etats-Unis en Ukraine qu’aux missions régionales albanaises. On instrumentalise les Albanais pour entraver la construction du Turkish Stream et exercer des pressions américaines sur l’Europe en provoquant un nouveau conflit dans les Balkans. L’idée d’une Grande Albanie redevient populaire, mais elle restera lettre morte sans le soutien de l’Otan ».
Il complète en affirmant que « Les Albanais ne sont ici qu’un instrument, ces événements ont une portée plus globale. La ville de Kumanovo a été retenue pour sa situation géostratégique. Cet endroit permet d’étendre le conflit vers le sud de la Serbie. Cette ville se trouve aussi non loin du Kosovo-Metohija qui peut servir de lieu d’organisation logistique de ces opérations ».

Le camp occidental souhaite faire pression sur la Macédoine, pays ou va transiter le gaz russe, comme elle a fait d’intenses pressions en Bulgarie. Ce dernier était devenu hostile au projet « South Stream » et quelques mois plus tard, Vladimir Poutine annonçait la fin de ce projet.

D’autres pays se montrent intéressés par TurkStream

L’Iran a affiché son intérêt pour ce projet et souhaite se servir du hub énergétique turc, pour que l’abondant gaz iranien arrive en Europe. Azizollah Ramezani, directeur des affaires internationales de la Compagnie national du gaz iranien (NIGC) a précisé que l’Iran souhaite particulièrement avoir accès à ce gazoduc. « Nous pourrions avoir des domaines d’activité conjointe, par exemple, le développement du réseau des gazoducs. Nous pouvons partager l’expérience et les technologies. En ce qui concerne le transport gazier, nous pouvons partager de l’information sur le système de livraison et de suivi. Et à l’avenir, les gazoducs iraniens et russes à destination de l’Europe pourraient s’unifier et livrer ensemble le gaz à l’Europe ».

En outre, le porte parole du gouvernement hongrois Zoltan Kovacs a précisé que son pays était intéressant pour qu’un gazoduc passe également par la Hongrie pour diversifier son apport et son indépendance énergétique.

Il va falloir suivre de près les événements qui vont se passer en Grèce dans les prochains jours, mais également les prochaines élections en Macédoine qui pourraient complexifier et retarder TurkStream si l’opposition (majoritairement albanophone) venait à arriver au pouvoir. Pour conclure, je citerai le ministre turc de l’Energie Taner Yildiz, « d’une part, l’Occident s’oppose à la réalisation du projet, d’autre part, il déclare sa volonté de recevoir le gaz par ce gazoduc. Je trouve que cette position est incohérente », à indiqué M. Yildiz.

 

Alexandre MOUSTAFA

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