TurkStream – épisode 3 : TurkStream piétine, NordStream refait surface

Au début du mois d’août, les négociations ont connu de nombreux rebondissements suite à la volonté de la Turquie d’obtenir un rabais de 10, 25 % sur le prix du gaz russe. Des informations de toutes les parties prenantes sont apparues durant ce mois ; mais finalement, les négociations n’ont pas abouties. D’après M. Peskov, porte-parole du Kremlin, le projet Turkish Stream sera évoqué lors d’une réunion du Conseil de coopération de haut niveau qui se tiendra cet automne avec la participation des présidents Vladimir Poutine et Recep Tayyip Erdogan.

Conscient de l’importance de son poids sur ce dossier et des désaccords géopolitiques, la Turquie mène des négociations musclées. Cela se traduit par cette déclaration du ministre de l’énergie Yildiz « Ce n’est pas avantageux pour la Turquie d’être seulement un pays de transit pour le gaz russe ».

Le 11 septembre, la Turquie a annoncé avoir gelé le gazoduc TurkStream momentanément, faute d’accord entre les parties. « Je ne dis pas que les discussions ont échoué, je dis qu’elles sont gelées » a affirmé un responsable du ministère turc de l’Energie.

Ainsi le 14 septembre, c’est au tour d’Alexandre Medvedev, directeur général de Gazprom Export, lors d’une conférence de presse à Moscou de préciser que « L’installation du tube n’ayant pas eu lieu dans les temps, nous ne pouvons plus envisager sa mise en service en décembre 2016 ». Par ailleurs, le contrat avec le partenaire italien Saipem a été annulé. Tous ces retards rendent impossible la mise en service partielle pour l’année 2016.

Devant la presse Dimitry Peskov a annoncé le 24 septembre qu’aucun accord n’a été conclu entre les Chefs d’Etat turc et russe, en raison de nouvelles élections législatives qui auront lieu le 1er novembre. « Les questions concernant le gaz ont été abordées. Elles sont ralenties par les élections parlementaires prévues le 1er novembre en Turquie ». Erdogan a a également abordé ce sujet avec Vladimir Poutine lors de l’inauguration de la plus grande Mosquée d’Europe. Une à deux rencontres sont prévues entre les deux Chefs d’Etat. Un responsable du ministère turc de l’Energie, Sefa Sadik Aytekin, renchérit en précisant qu’il s’agit d’ « une impasse due à un manque de confiance mutuelle ». Le conflit syrien, l’avancé kurde et le jeu trouble de la Turquie face à l’Etat islamique – comparé à la position ferme de Moscou – n’arrangent pas cette suspicion mutuelle.

Le projet continue toute fois de séduire de nombreux pays. Selon le quotidien russe Vedomosti, les ministres des affaires étrangères grec, macédonien, serbe et hongrois devraient se réunir en automne pour évoquer le sujet de TurkStream. Le Premier ministre russe, Dimitri Medvedev s’est rendu en Slovénie le 27 juillet et affirme que Ljubljana pourrait « jouer un rôle majeur dans le projet » en plus des précédents pays. La Serbie a réaffirmé son intérêt pour être livré en gaz russe.

 

Le gazoduc transadriatique refait surface

Le projet de gazoduc transadriatique continue de sortir doucement de ses cendres après une période de disparation pendant de nombreuses années. Toute fois, il y a peu de chances de voir aboutir ce projet pour le moment. Le dossier traine depuis trop longtemps et les moyens ne sont pas assez mis en oeuvres. Il est relancé notamment pour complexifier les négociations du gazoduc TurkStream. Pour le ministre grec de l’Energie, le gazoduc transadriatique (TAP) et le projet Turkish Stream ne sont pas concurrents mais concourent au contraire à la diversification énergétique et donc à la sécurité énergétique de l’Europe. Ce gazoduc de 870 kilomètres serait lié au gazoduc TANAP transanatolien près de la frontière greco-turque.

Le retour fracassant de Nord Stream

Après une période silencieuse, le gazoduc Nord Stream refait lui aussi surface de manière éclatante. Le contrat de Nord Stream 2 a été signé le 8 septembre faisant de l’Allemagne le principal centre de distribution du gaz russe. L’Allemagne prendra la place de l’Ukraine comme pays de Transit. « L’Allemagne pense qu’il faut soutenir l’Ukraine, mais que la voie de la démocratie et des réformes est longue et que nous perdons du temps – le réseau de transport gazier ukrainien doit être modernisé, mais personne n’est prêt à mettre la main au portefeuille », indique le directeur scientifique du Forum germano-russe Alexandre Rar.

Nord Stream avance contrairement à TurkStream qui piétine. La Commission européenne, voit en de nombreux pays des Balkans des alliés potentiels de la Russie et fait pression sur ces derniers. Or, cette commission ne s’inquiète nullement et ferme les yeux en revanche, si l’Allemagne signe un partenariat avec la Russie. Cela est révélateur du poids et de l’influence de l’Allemagne au sein de l’Union européenne, qui elle, peut participer à un projet avec la Russie, alors que la Serbie par exemple, n’y aurait pas le droit. « Les membres de South Stream – La Bulgarie, la Grèce et l’Italie – n’ont pas le poids suffisant pour parvenir à résoudre le problème au mépris de la ligne politique générale, l’Allemagne, si » dit Fiodor Loukianov. A fortiori, « Les négociations sur le traité de libre-échange transatlantique (TTIP), crucial pour l’UE et pour l’Allemagne, sont en cours et Washington y propose de fournir son gaz à l’Europe….Les Etats-Unis se sont déjà opposés à Nord Stream qui a été construit malgré tout », précise une nouvelle fois Alexandre Rar.

Pour la Fédération de Russie, le véritable enjeu des gazoducs TurkStream ou Nord Stream est bien de contourner l’Ukraine, territoire non fiable. En outre, la Russie n’a pas apprécié les crises gazières de 2006 et 2009, ainsi que le tournant pro-atlantiste pris depuis un an par le territoire ukrainien depuis le coup d’Etat de Maïdan. « De la part de Moscou, il y a une réelle volonté de ne plus être dépendant de l’Ukraine pour acheminer le gaz vers l’Europe. Les deux crises gazières ont été, pour les Russes extrêmement problématiques. Ils se sont rendus compte de leur fragilité », affirme Catherine Localtteli, chercheuse au CNRS.
Près de 40 % du gaz importé par l’UE provient de la Russie, certains pays sont comme les baltes important jusqu’à 80 % de gaz russe ; ainsi, il relève de décision uniquement politique le fait de se passer du gaz russe qui est proche de l’Europe, abondant et bon marché.

 

Alexandre Moustafa

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