Russie-Turquie : je t’aime, moi non plus, TurkStream relancé

Depuis novembre 2015, et la destruction du Su-24 par l’armée turque et la mort d’un soldat russe, les relations entre la Turquie et la Russie sont très froides. Ces dernières étaient déjà complexes depuis l’été 2015, sur fond de contentieux commercial dans le cadre du projet TurkStream. Embargo, incitation aux touristes russes de ne pas se rendre en Turquie, gel de Turkstream, les conséquences économiques (et politiques) ont été catastrophiques pour les deux pays et notamment la Turquie. Or, dès le mois de juin 2016, un apaisement commence à se faire ressentir.

De la guerre froide à l’entente cordiale

Le 12 juin 2016, à l’occasion de la fête nationale russe, Recep Tayyip Erdoğan écrit une lettre d’excuses à Poutine à la suite de la mort d’un soldat russe et de la destruction d’un Su-24.
Par la suite, après l’attentat islamiste à aéroport international Atatürk d’Istanbul faisant plus de 40 morts le 28 juin. Vladimir Poutine appelait personnellement son homologue turc pour lui faire part de ses condoléances. Dans la foulée, il annonce le 29 juin la levée des sanctions russes contre la Turquie, notamment dans le domaine touristique ; une aubaine pour la Turquie en cette période estivale et étant donné le contexte d’isolement.

Mais c’est surtout le soir du 15 juillet que les relations russo-turques vont prendre un autre tournant. Une tentative de coup d’État a lieu toute la nuit en Turquie — conduisant à la mort de nombreux civils et militaires — sûrement mené par l’islamiste résident en Pennsylvanie Fethullah Gülen, avec le soutien du peu de kémalistes restant encore dans l’armée turque.

L’occident dans son ensemble condamnera la tentative de coup d’État et soutiendra le Premier ministre turc Erdoğan. Cela étant, « le premier à avoir rassurer Erdoğan, c’est Poutine », précise Baryram Balci, chercheur au CERI de Sciences-Po. L’Union européenne va très vite critiquer les purges dans l’armée et dans l’administration, les États-Unis également, tout en refusant d’extrader l’imam Fethullah Gülen vers la Turquie… Seul Vladimir Poutine reste un allié puissant et sans faille à ce moment là.


Source : Reuters

Le Président turc dira lui même le samedi 6 août dans un entretien au journal français le monde : « Quand Monsieur Poutine m’a appelé pour me présenter ses condoléances, il ne m’a pas critiqué sur le nombre de militaires ou de fonctionnaires limogés. Alors que tous les Européens m’ont demandé : pourquoi tant de militaires sont en détention, pourquoi tant de fonctionnaires ont été démis ? »

Ce putsch marque un rapprochement de la Turquie vers l’est. Erdoğan en profite pour se trouver un allié de circonstances, car la géopolitique turque d’Ahmet Davutoğlu brillante sur le papier, s’est retrouvé catastrophique ces dernières années. La politique du « zéro problème » avec son voisinage s’est confondue avec « 0 ami dans son voisinage ».

Bachar Al Assad continue d’être le président de la Syrie et conquiert des territoires, l’Iran s’affirme de plus en plus comme acteur régional, les groupes islamistes armés par la Turquie perdent du terrain, Daech, longtemps protégé par la Turquie se retourne contre cette dernière… Sans compter l’hostilité depuis plusieurs mois de la Russie… les critiques plus sévères de l’Union européenne et des États-Unis sur le double jeu de la Turquie. La Sublime Porte se trouvait dans une situation intenable. Erdoğan, brillant chef d’État sent bien qu’Assad va continuer à rester au pouvoir et se cherche un allié fiable à savoir Vladimir Poutine et la Fédération de Russie qui ne lui fera pas miroiter une Union européenne injoignable ou des critiques sur les droits de l’homme à la suite des purges liées au Putsch. Des dialogues entre la République arabe syrienne et la Turquie ont eu lieu ces dernières semaines.

Le mardi 9 août a été le point culminant pour le rapprochement de ces deux pays avec la visite du chef d’État turc à Saint-Pétersbourg, ou il affirme qu’ « avec la Russie, je veux prendre un nouveau départ ». Il va même jusqu’à préciser qu’ « une solution à la guerre en Syrie ne peut être trouvée sans la Russie. La crise syrienne ne sera résolue que si nous coopérons avec la Russie ».

TurkStream réapparaît doucement, mais sûrement

En même temps que l’amélioration des relations entre les deux pays, TurkStream redonnait des signes de vies. En effet, Le 7 juin, Vladimir poutine affirme que la Russie n’a pas « définitivement » enterré les projets South Stream et TurkStream, et qu’elle attendait une position claire de l’Union européenne sur ces sujets. De nombreux pays en Europe sont intéressés par ce gazoduc, notamment la Serbie et l’Italie, alors qu’au départ, seule la Grèce a poussé ce projet, si bien que le Premier ministre Alexis Tsipras était accusé de russophilie.

Depuis fin juin, la Turquie est prête pour renouer le dialogue avec la Russie sur l’ensemble des dossiers, et notamment sur le projet gazier Turkstream.
Le 25 juillet, il a été annoncé la création d’un groupe de travail sur TurkStream en présence des ministres de l’Énergie russe et turque. La Turquie dispose d’alternative à Turkstream à savoir le TANAP (Trans-Anatolian Natural Gas Pipeline) projet de Gaz naturel liquéfié (GNL).


Source : wikipedia

Le 29 juillet, la Turquie a affirmé vouloir des échanges avec la Russie à hauteur de 100 milliards de dollars. Cela passe notamment par le projet TurkStream et donc faire de la Sublime porte, un hub gazier dans la région. Ankara souhaite devenir un acteur énergétique de premier. La Turquie assurerait ses besoins en énergie et en plus, elle approvisionnerait l’Union européenne.

Mardi 9 août, Recep Tayyip Erdogan s’est rendu à Saint-Pétersbourg pour rencontrer son homologue russe Vladimir Poutine. Le Président turc a notamment affirmé que TurkStream « sera réalisé le plus vite possible ». De son côté Vladimir Poutine a précisé que la construction peut reprendre « très prochainement », mais que la réalisation du gazoduc à destination des du marché européen dépend de la position de Bruxelles et des garanties qu’elles donneraient. Pour Alexandre Novak, ministre russe de l’Énergie, le premier tronçon pourrait voir le jour en 2019 pour les consommateurs turcs. Le 11 août, le Président turc explique que « Nous avons communiqué (à la Russie) qu’il n’y avait aucun problème avec le projet Turkish Stream. Nous avons seulement proposé de partager en deux les coûts de l’installation d’une partie du pipeline qui passera par notre territoire ».

La Russie souhaite depuis des années que son gaz arrive au cœur de l’Europe de l’Ouest par le Nord (Nord Stream) et par le Sud. South Stream et TurkStream ont cette vocation même si ces projets sont aujourd’hui en attente alors que la Russie a investi de nombreux millions d’euros. La Russie se heurte depuis des années à la Commission européenne qui cherche à tout prix à ce que les pays européens payent du gaz plus cher d’Algérie et de Norvège (les ressources de ces deux pas ne sont pas inépuisables), au détriment du gaz russe pour des raisons politiques. Cette politique de Bruxelles agace de nombreux pays européens comme la Grèce, l’Italie et même l’Allemagne.

La Turquie a été un frein à la réalisation de TurkStream depuis l’été 2015, or après l’isolement dont fait preuve le Sultan turc ces derniers mois, la nouvelle amitié avec le Président russe est très importante pour lui. Il va ainsi chercher à faire payer à l’Occident les critiques de ces derniers mois et le gel des négociations du processus d’adhésion à l’Union européenne. Par ailleurs, ce projet est vital pour la Turquie, étant donné que 15, 75 milliards de m3 par an seront destinés au marché turc et que la Turquie est le second importateur de gaz russe après l’Allemagne.
La Turquie deviendrait un hub énergétique entre l’Orient et l’Occident et à travers TurkStream contrôlerait — avec les Russes — l’approvisionnement énergétique de l’Union européenne… une idée qui doit le Président turc ne doit pas trouver anecdotique.

 

Alexandre MOUSTAFA

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