Russie-Turquie : Le retour des touristes russes et les questions kurdes et tatares

Dans le précédent article, il a été mentionné la reprise des liens diplomatiques entre la Turquie et la Russie. Celle-ci intervient après plusieurs mois de relations glaciales. Le projet TurkStream a été relancé, mais ce n’est pas le seul sujet à l’ordre du jour pour ces deux pays.

Une année catastrophique pour le tourisme

Avec 9 attaques terroristes en 2016, une tentative de coup d’État, le tourisme turc est à son plus bas niveau depuis 22 ans. Aux attentats, s’ajoute le boycott de la Turquie par les touristes russes pendant plusieurs mois.

Selon les statistiques de l’aéroport d’Antalya, le nombre de touristes entre juin 2016 et juin 2015 a baissé de 98, 5 %. Au premier semestre de cette année 2016, une baisse de 87 % des touristes russes a été enregistrée selon les statistiques officielles du pays. Les Russes constituaient avant novembre 2015, les premiers touristes étrangers en Turquie.

Source : www.lexpress.fr

En 2015, le secteur touristique a rapporté 28 milliards d’euros à la Turquie, soit 6 % du PIB turc et 15 % des emplois. En janvier 2015, le chômage atteint 11, 5 %. Selon des estimations, une perte de 12 milliards d’euros est attendue pour 2016.

Malgré la mise en place d’un plan majeur de soutien aux opérateurs nationales touristiques, la situation ne va pas s’améliorer. Les attentats vont continuer, mais les touristes russes sont de retour en Turquie à la suite de la fin des sanctions antiturcs. En effet, le 9 juillet, un Boeing 737 de la compagnie Rossiya Airlines venant de Moscou a atterri à l’aéroport d’Antalya. Cet événement arrive 10 jours après que Vladimir Poutine ait demandé la levée des sanctions contre la Russie. Ces touristes ont été accueillis avec des fleurs et un cocktail à l’aéroport.

Le rapprochement entre la Russie et la Turquie va permettre d’aborder différemment la question kurde.

 

Le problème kurde pour la Turquie

Le sud-est de la Turquie est touché depuis l’été 2015 par la transposition du conflit syrien sur son territoire. De violents combats ont lieu entre le gouvernement d’Erdogan, le PKK et les civils qui en font les frais.

Le 23 juillet 2015, Erdogan déclare la guerre au « terrorisme » ciblant aussi bien les Kurdes que l’État islamique, ancien protégé de la Turquie. Selon Selahattin Demirtas, le dirigeant du parti pro-kurde HDP, l’armée turque a « détruit à 70 % plusieurs villes dans des régions pauvres. Plus de 500 000 personnes ont dû quitter leur maison. Même en Syrie, il n’y a pas eu de destructions de cette ampleur. » En février 2016, l’armée turque bombarde de manière illégale la Syrie en attaquant au nord du pays, les positions des Kurdes syriens de l’YPG. Cette alliance entre les Kurdes, les forces démocratiques syriennes (armée de la République Arabe syrienne) et l’aviation russe ont déplu à Ankara.

La politique d’Erdogan en Syrie a été catastrophique. La Slublime porte a parié sur une chute rapide du Raïs syrien. Cette politique étrangère en Syrie a été développée par Ahmet Davutoglu. Ce dernier a été remplacé au poste de Premier ministre par Binali Yildirim qui n’hésite pas à parler d’une « guerre dénuée de sens » en Syrie. Bachar Al Assad est toujours président de la République et dispose de nombreux alliés le soutenant comme la Russie, l’Iran, la Chine. Et peut être même la Turquie ?

Source : https://fr.rt.com/

Les Kurdes syriens de l’YPG sont soutenus par l’Occident — États-Unis et France en tête — mais également par la Russie, car ils luttent contre Daech et ne sont pas opposés à Bachar Al Assad. Cette entente entre la Syrie, la Russie et les Kurdes déplaît à la Turquie.

Depuis cet été, tout cela a bien changé… L’Algérie effectuerait une médiation entre Ankara et Damas. Cela expliquerait les discours plus doux de la Turquie vis-à-vis du Lion syrien. Un point d’accord entre Assad et Erdogan peut être la question kurde. Les deux dirigeants peuvent voir cette population comme une menace pour leur intégrité territoriale. Et malgré, l’entente cordiale entre Kurdes et l’armée loyaliste, Bashar Al Assad n’envisage pas d’accorder une autonomie aux Kurdes au nord de la Syrie (Il nous a confirmé cela lors de l’entretien que nous avons eu fin mars à Damas). Ce rapprochement turco-syrien est surtout le fruit du réchauffement des relations entre la Russie et la Turquie.

Sur le terrain, il s’est vite matérialisé. En effet, à Hassaké, l’armée syrienne affronte les Kurdes. Assad ferait ce choix pour obtenir le soutien turc. Le lundi 22 août, la Turquie bombardait à la fois les Kurdes et l’État islamique.

De son côté, la Russie entretient de bonnes relations avec les Kurdes sans pour autant avoir des relations conflictuelles avec la Syrie, l’Irak ou encore l’Iran. Il faudra observer les déclarations de la Russie vis-à-vis des Kurdes dans le futur.

 

L’épineuse question des Tatars de Crimée

Les tatars sont une minorité musulmane turcophone ; ils sont installés dans la péninsule russe depuis plusieurs siècles. Ils disposent du soutien d’Ankara, particulièrement depuis le le refroidissement des relations entre la Turquie et la Russie, à la suite de l’assassinat d’un avion russe.

En août 2016, Ankara a accueilli le congrès mondial des Tatars. Près de 200 ONG tatares étaient présentes à cet événement ainsi que le ministre ukrainien des Affaires étrangères Pavlo Klimkin, ainsi que le représentant du Premier ministre turc Numan Kurtulmus.
Ce Congrès est une initiative de Mustafa Djemilev et Refat Tchoubarov, deux tatars, anciens députés de la Rada ukrainienne.

Le Mejlis ou l’assemblée des tatares de Crimée est apparue en 1991 avec le retour des Tatars déporté dans l’URSS. Ils sont considérés comme une organisation terroriste par la Russie.

Source : www.lescrises.fr

Le Mejlis et les ultras nationalistes de Pravy Sektor ont participé ensemble au blocus de la Crimée afin de priver la péninsule de ressources de première nécessité.

Ankara a accéléré son soutien à cette minorité durant la période de gel des relations entre les deux pays. Cette politique turque de soutien aux tatars de Crimée a longtemps été vue comme une politique anti-russe par Moscou. Erdogan avait rencontré le tatar Djemilev, ainsi que le Président Piotr Porechenko pour parler de cette question. La Turquie a depuis cet été mis de côté son soutien aux tatars de Crimée, revenant à sa politique de bonne entente avec la Fédération de Russie. En échange la Russie aiderait uniquement Bachar Al Assad, sans aider les forces kurdes syriennes.

 

Le rapprochement entre ces deux pays « émergents » se manifeste sur des dossiers économiques comme TurkStream et le retour des touristes russes en Turquie. Mais également sur des sujets politiques et géopolitiques de déstabilisation de l’un et l’autre des pays à savoir les Kurdes en Turquie et Syrie, et les Tatars en Russie. Si ce réchauffement des relations venait à s’amplifier et durer, elle affaiblirait encore plus la diplomatie des États-Unis et de l’Union européenne qui s’est déjà énormément effacée au Moyen-Orient. Il ne reste plus qu’à espérer qu’une femme candidate à la présidence de la première puissance mondiale ne vienne tenter une dernière fois le America Is back au Moyen-Orient.

 

Alexandre MOUSTAFA

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