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L’autre facette de la crise d’Ormuz : un accord sino-pakistanais sur le port de Gwadar, assorti de transactions de plusieurs milliards de dollars.

La Chine et le Pakistan renforcent leur alliance stratégique grâce à des accords d’une valeur de plus de 7 milliards de dollars et à la relance du CPEC.

L’axe Chine-Pakistan se renforce. Après Donald Trump et Vladimir Poutine, qui se sont rendus à Pékin coup sur coup le mois dernier, Xi Jinping a reçu Shehbaz Sharif. Le Premier ministre pakistanais a franchi la Grande Muraille à un moment particulièrement délicat, Islamabad cherchant à attirer les investissements tout en gérant deux dossiers épineux : les tensions avec l’Afghanistan et la médiation entre l’Iran et les États-Unis dans le conflit au Moyen-Orient.

Selon l’ambassade du Pakistan en Chine, la visite de M. Sharif a été « très productive », marquée par la signature d’accords et de mémorandums d’entente d’une valeur de plus de 7 milliards de dollars. Au total, 15 accords de coopération ont été signés, couvrant un large éventail de domaines : de l’économie à l’environnement, de la lutte contre le changement climatique à l’agriculture, de la sécurité alimentaire au commerce, des médias à la science, en passant par la technologie, la lutte contre le terrorisme et l’éducation.

Un communiqué conjoint publié à l’issue de la rencontre entre Xi Jinping et Sharif indique également que la Chine et le Pakistan sont parvenus à un « nouveau large consensus » sur l’approfondissement de leurs liens stratégiques afin de renforcer le développement d’un corridor économique commun et de faire du port de Gwadar une plaque tournante régionale. Il s’agit du fameux Corridor économique Chine-Pakistan (CPEC), l’un des projets phares des Nouvelles Routes de la Soie chinoises, longtemps au point mort et qui pourrait désormais être relancé.

CPEC : Revitaliser un corridor stratégique

Le CPEC a été créé, de même que le Corridor économique Chine-Myanmar (CMEC), afin de permettre à la Chine de contourner le goulot d’étranglement que représente le détroit de Malacca. Plus précisément, le projet visait à relier la région chinoise du Xinjiang, au nord-ouest, au port en eau profonde de Gwadar, au Pakistan, offrant ainsi à la Chine une voie terrestre plus courte et plus sûre vers la mer d’Arabie, en évitant des points de passage maritimes potentiellement vulnérables.

Longtemps freinée par des problèmes économiques – notamment des coûts élevés, passés de 46 milliards de dollars initialement à plus de 60 milliards – et des attaques terroristes perpétrées par des séparatistes au Baloutchistan, région traversée par le corridor, la construction du CPEC était au point mort. Certains prédisaient même son échec. La confrontation entre Xi Jinping et Sharif a au contraire relancé une sorte de CPEC 2.0. « Les deux parties se sont félicitées de la participation de pays tiers au développement du Corridor économique Chine-Pakistan, conformément au modèle convenu », indiquait le communiqué publié à l’issue du sommet.

Pékin et Islamabad se sont également engagés à promouvoir un développement de haute qualité du Corridor économique Chine-Pakistan (CPEC), à développer le port de Gwadar, très convoité, et à renforcer les liaisons routières et portuaires tout au long du tracé. Ces projets comprennent le col de Khunjerab et la modernisation de la route du Karakoram, principal axe terrestre reliant la Chine et le Pakistan. Le gouvernement pakistanais a par ailleurs promis des mesures ciblées pour renforcer la sécurité et la coopération afin de garantir la sécurité des travailleurs et des investissements chinois dans le pays.

La Chine redynamise le Pakistan

Les discussions sur le CPEC ne sont que la partie émergée de l’iceberg. La Chine, par exemple, a salué les efforts du Pakistan pour assouplir le cessez-le-feu entre les États-Unis et l’Iran. Certes, la rencontre a coïncidé avec le 75e anniversaire des relations diplomatiques sino-pakistanaises, mais on a le sentiment que tout cela est lié à la situation au Moyen-Orient. C’est peut-être précisément grâce à la médiation d’Islamabad que Pékin a souhaité récompenser Sharif en relançant des projets et une coopération.

« La Chine et le Pakistan accéléreront le rythme de construction d’une Communauté sino-pakistanaise de destin encore plus étroite dans cette nouvelle ère, ce qui constituera un exemple d’engagement en faveur de la construction d’une telle communauté reliant la Chine à ses voisins », indique le communiqué officiel, un message clair et emblématique du renforcement des relations bilatérales.

Outre Pékin, M. Sharif s’est également rendu à Hangzhou, pôle technologique chinois, et a visité le siège d’Alibaba. Le Pakistan a enfin réaffirmé son soutien à l’« Initiative mondiale pour le développement (IMD), à l’Initiative mondiale pour la sécurité (IMS), à l’Initiative mondiale pour la civilisation (IMC) et à l’Initiative mondiale pour la gouvernance (IMG) », des plans proposés par M. Xi pour une coopération économique, sécuritaire et politique. Il s’agit là d’une triple convergence significative.

Paolo Hamidouche

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