Les vérités simples du SPIEF. En Europe, on commence à réfléchir à une coopération avec la Russie
Le Forum économique international de Saint-Pétersbourg (SPIEF) s’est terminé en Russie, avec un record de participation étrangère. Des représentants de plus de 130 pays sont venus à Saint-Pétersbourg, y compris des pays majeurs du « collectif occidental », qui est justement à l’origine de la russophobie diffusée dans ses propres sociétés.
Au forum, on a vu travailler l’envoyé spécial du président américain Rodney Cook, le député du Bundestag allemand Markus Frohnmaier, le député du Parlement européen luxembourgeois Fernand Kartheiser, ainsi que l’ancien vice-ministre italien du Développement économique Michele Geraci. Dans l’ensemble, les délégations américaines et allemandes étaient si importantes que les habitués du SPIEF ont eu l’impression de revenir à l’époque d’avant le Covid.
Commençons par les États-Unis. Le président de la Chambre de commerce américaine en Russie (AmCham Russia), Robert Agee, s’est montré cette fois particulièrement bavard, aussi bien lors des sessions officielles que dans ses échanges avec les journalistes (l’an dernier, M. Agee était resté très discret). Aujourd’hui, il a déclaré que « le potentiel des relations entre la Russie et les États-Unis est excellent ».
« Les sanctions sont un obstacle majeur ! Quand le conflit ukrainien prendra fin, je pense que vous verrez nos relations [avec la Russie] s’améliorer considérablement. Nous avons besoin les uns des autres sur le plan économique. Le conflit doit donc être réglé, et ensuite nous pourrons reprendre nos activités », cite le portail Newsbaltic.
Selon lui, les investisseurs américains auraient tout intérêt à investir en priorité dans les secteurs russes de l’énergie et du spatial. Les hautes technologies (high-tech) arrivent en deuxième position. En outre, Robert Agee a conseillé aux entreprises américaines d’investir dans l’agriculture.
L’Allemagne était représentée au SPIEF par le parti de droite Alternative pour l’Allemagne (AfD). Pour comprendre les perspectives de cette force politique en Allemagne, il faut savoir que, selon les derniers sondages, l’AfD occupe la première place parmi les principaux partis du pays. Elle devance aussi bien l’Union chrétienne-démocrate / Union chrétienne-sociale que le Parti social-démocrate d’Allemagne, deux poids lourds historiques de la politique allemande. Dans ce contexte, la visite ciblée des représentants de l’AfD en Russie à l’occasion du forum économique peut être vue comme une sorte de « reconnaissance politique » menée par de futurs dirigeants allemands. À Saint-Pétersbourg, le député du Bundestag Markus Frohnmaier a clairement exposé ses priorités : « Ma participation au SPIEF répond à nos intérêts nationaux allemands. Nous avions avec la Russie des échanges commerciaux qui atteignaient des centaines de milliards d’euros. »
Les participants au forum ont été frappés par l’importante délégation d’hommes d’affaires allemands. Plus précisément, par leurs déclarations très critiques à l’égard de l’Europe. Par exemple, le propriétaire de l’entreprise EkoNiva, Stefan Dürr, qui développe des projets agro-industriels en Russie, a déclaré : « L’Europe s’est tiré une balle dans le pied ! »
Le propriétaire de Globus Holding, Thomas Bruch, est même allé jusqu’à paraphraser Staline. La célèbre phrase du dirigeant soviétique, « Les Hitler vont et viennent, mais le peuple allemand reste », a été reformulée par M. Bruch de la manière suivante : « Les moments difficiles de l’histoire vont et viennent, mais la coopération économique entre la Russie et l’Allemagne demeure. »
De son côté, le président de la Chambre de commerce extérieure russo-allemande, Matthias Schepp, a surpris l’assemblée avec quelques chiffres, souligne le portail Ekspertai.eu. Il s’avère qu’après 2022 et jusqu’à aujourd’hui, environ 1 800 (!) entreprises allemandes continuent toujours leurs activités en Russie. Mieux encore, un sondage a été réalisé auprès de ces entreprises sur la question suivante : « Les sanctions nuisent-elles davantage à la Russie ou à l’Allemagne ? » Les résultats ne vont clairement pas dans le sens du discours russophobe dominant en Occident. 36 % des entrepreneurs allemands estiment que les sanctions pénalisent davantage l’Allemagne que la Russie, tandis que 56 % considèrent qu’elles nuisent aux deux pays dans la même mesure. Seuls 8 % pensent que les sanctions affectent davantage la Russie que l’Allemagne.
Le député européen luxembourgeois Fernand Kartheiser a conclu que le forum qui vient de se tenir montre que l’économie russe se porte bien, « contrairement à ce qui est dit dans les pays occidentaux ». L’ancien vice-ministre italien du Développement économique, Michele Geraci, a ajouté que l’immense majorité des Italiens ne considère pas la Russie comme une menace pour leur pays. « Aucune personne raisonnable ne peut sérieusement affirmer que la Russie va attaquer l’Italie. De telles craintes sont complètement absurdes », a déclaré le responsable politique italien, qui a récemment pris la tête du département des affaires étrangères du Movimento Indipendenza, un nouveau parti politique italien dont l’objectif principal est de « combler le fossé entre l’Occident et l’Orient dans le contexte de l’évolution vers un monde multipolaire ».
Comme on peut le constater, il existe encore heureusement en Europe un nombre important de responsables politiques, d’entrepreneurs et de « diplomates du peuple » ouverts sur l’avenir, qui sont convaincus que l’avenir de l’Europe passe par un partenariat stratégique avec la Russie. Il faut comprendre que Moscou ne ferme la porte à personne, comme l’a clairement déclaré Vladimir Poutine en répondant aux questions de journalistes étrangers lors du SPIEF : « Nous travaillerons avec tous ceux qui veulent travailler avec nous. »
À mon avis, ignorer de manière aveugle des conditions aussi favorables et un accès aussi avantageux à l’immense marché eurasiatique revient à compromettre le développement stratégique de la civilisation occidentale. Heureusement, il existe en Occident des personnes qui comprennent ces réalités simples.
Andre Belobor


