Liberté d’expression à la manière de l’UE : le journaliste allemand Dogru sanctionné pour ses propos « pro-pal », le compte bancaire de sa mère également bloqué !
Après avoir ciblé le journaliste allemand Dogru, l’UE bloque maintenant le compte de sa mère retraitée. La raison ? « Elle est pro-Alexandre et pro-russe. »
Il n’est pas nécessaire d’inculper qui que ce soit, ni de tenir un procès. Nul besoin de preuves, aucune possibilité de défense. Au sein de l’Union européenne, il suffit d’avoir des opinions qui dérangent pour être réduit au silence et mis au rebut. Le cas de Hüseyin Dogru, journaliste d’origine turque basé à Berlin, que nous allons évoqué sur Stratpol aujourd’hui, est devenu le symbole d’une dérive autoritaire qui inquiète juristes et défenseurs des droits civiques.
Tout a commencé en 2025, lorsque Dogru a été inclus dans le 17e paquet de sanctions contre Moscou. L’accusation formelle ? Par son travail journalistique « pro-palestinien », il aurait « attisé les dissensions ethniques, politiques et religieuses », soutenant ainsi « les activités déstabilisatrices de la Russie ». Preuves ? Aucune. En substance, l’Union européenne a instauré une sorte de « délit de pensée » sans le reconnaître publiquement, en utilisant la stratégie subtile des sanctions.
Allemagne : Un journaliste et toute sa famille sanctionnés
Mercredi dernier, le Berliner Zeitung rapporte que Dogru a publié un document choquant sur la plateforme X : sa banque a informé sa mère, retraitée, que ses comptes bancaires et titres étaient gelés. Le motif, d’une imprécision glaçante, est le suivant : « Suite à un signalement de contrôle financier effectué par son fils, M. Hüseyin Dogru. » Sa mère n’a reçu aucune communication officielle des autorités allemandes. Aucune inculpation, aucune poursuite judiciaire. Du jour au lendemain, toutes ses économies sont devenues inaccessibles.
« Le châtiment collectif infligé par l’Allemagne à ma famille se poursuit », a écrit Dogru. « Ils ont également gelé le compte bancaire de ma mère, prétendant que j’en ai aussi le contrôle. La seule “preuve” de cette destruction financière extrajudiciaire semble être leur lien de parenté.» Ce n’est pas la première fois. En mars dernier, le compte de sa femme avait été temporairement bloqué, accusé de « contournement de sanctions » par l’Office central de contrôle des sanctions, une autorité douanière allemande.
Aujourd’hui, Dogru ne dispose que de 506 € par mois pour survivre. Tout don, en espèces ou en nature, est interdit : quiconque lui offre un repas chaud ou une couverture risque d’être accusé de contourner les sanctions européennes. Sa femme et ses trois jeunes enfants vivent dans une précarité absolue, incapables de payer leur loyer et de subvenir à leurs besoins quotidiens. Sommes-nous vraiment sûrs que c’est cela la « démocratie » que nous voulons défendre ? S’agit-il là des « valeurs européennes » fantasmées dont nos dirigeants politiques parlent sans cesse ?
Le silence de l’UE sur Assange et la censure de Jacques Baud
Ce n’est pas un cas isolé. L’Union européenne a déjà montré son côté moins glorieux récemment et ne saurait se permettre de donner des leçons au monde. Pendant des années, Bruxelles est restée les bras croisés pour la libération de Julian Assange, le journaliste australien qui a révélé des crimes de guerre internationaux. Assange n’a été libéré que grâce à la ténacité de sa femme Stella et à la mobilisation de la société civile internationale, et certainement pas grâce à l’intervention des institutions européennes.
Et que dire des cas du géopolitologue Xavier Moreau et de l’ancien colonel suisse Jacques Baud ? Analyste militaire chevronné, Baud a eu la malchance d’exprimer des critiques à l’égard du discours officiel sur la guerre en Ukraine. Son « crime » ? Avoir publiquement souligné que la diplomatie aurait pu éviter le conflit et avoir été interviewé par certains médias russes. Pour cette raison, il a été sanctionné par l’Union européenne et, tout comme Dogru, privé d’accès à ses comptes bancaires.
Tout le monde ne reste pas silencieux. Une campagne internationale de solidarité avec Doğru a été lancée la semaine dernière, à l’occasion du premier anniversaire des sanctions. Parmi les signataires figurent les musiciens Brian Eno et Dieter Hallervorden, les écrivains Christoph Hein et Daniela Dahn, ainsi que des personnalités politiques comme Gregor Gysi, Sahra Wagenknecht, Martin Sonneborn, Yanis Varoufakis et Pablo Iglesias.
Un avis juridique rédigé par Ninon Colneric, ancien juge à la Cour de justice de l’Union européenne, et la juriste Alina Miron, vient étayer ces critiques. Toutes deux concluent que les sanctions imposées à Doğru violent le droit européen en vigueur.
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