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CAN 2025 : Malgré la victoire du Sénégal, le Maroc a-t-il réussi son pari ?!

L’édition de la coupe d’Afrique des nations 2025 vient de s’achever ce dimanche avec le sacre du Sénégal face au pays organisateur le Maroc au terme d’une partie électrique et pleine de rebondissements.

Les lions de la Teranga emmenés par Sadio Mané, l’ancien attaquant de Liverpool FC et actuel pensionnaire du club Saoudien d’Al Nassr dans lequel il évolue avec la star portugaise Cristiano Ronaldo, a offert à son équipe un deuxième titre continental plongeant le pays hôte dans une profonde tristesse. Le Maroc qui rêvait du sacre sur ses terres et malgré une organisation parfaite et un arbitrage jugé par beaucoup assez favorable au pays hôte tout au long de la compétition à vu ses rêves de victoire s’écraser sur la dernière marche quand Brahim Diaz, joueur du Real Madrid voyait son pénalty complètement raté au bout du temps additionnel, suite à un arrêt de plusieurs minutes après que les joueurs sénégalais aient décidé de quitter le terrain se sentant injustement lésés par l’arbitrage d’autant qu’ils s’étaient vu refuser un but un peu plus tôt sans doute valable par l’arbitre.

Si sur le terrain, le Maroc a perdu, un détail, plus éloquent que mille conférences de presse, révèle que la Coupe d’Afrique des Nations 2025 n’est pas présentée comme une simple « fête populaire », mais comme un événement stratégique qui a déjà une vision claire de son positionnement. Au-delà des stades combles et des drapeaux, il y a aussi les salons VIP, les formules haut de gamme, une multitude d’accords médias et des investissements dans les aéroports et les transports. Le Maroc, pays hôte du 21 décembre 2025 au 18 janvier 2026, ambitionnait de faire de ce tournoi un modèle de fiabilité organisationnelle, économique et géopolitique.Sous les projecteurs, la Coupe d’Afrique des Nations a toujours été une fête : tambours, couleurs, nuits blanches. Au Maroc, cependant, la fête est « budgétisée ». Neuf stades dans six villes, 24 équipes nationales, 52 matchs : la CAN 2025 a été conçue comme une répétition générale pour la Coupe du Monde 2030 et, en même temps, comme une démonstration de force. Le fait est que la CAN est aujourd’hui avant tout une industrie. Et comme toute industrie, elle prospère grâce à trois mots peu romantiques mais essentiels : droits, sponsors et revenus.

Le football comme produit télévisuel

La CAF sait que le véritable enjeu, en dehors du terrain, est la distribution. Ce n’est pas un hasard si elle a annoncé un développement de ses partenariats européens, avec l’idée (non anodine) de revenir sur les chaînes gratuites ou d’y entrer sur certains marchés : une audience plus large, une « valeur perçue » accrue, un attrait plus important pour les sponsors. Techniquement, c’est simple : les droits TV sont le prix qu’un diffuseur paie pour diffuser les matchs. Accroître la couverture et l’accessibilité, c’est accroître la visibilité. Et dans le sport mondial, la visibilité, c’est de l’argent.

L’impact financier est clairement indiqué dans les documents de la CAF : dans le budget 2024-2025 (année hors CAN), le poste « TV et médias » représente 76,13 millions de dollars et les sponsorings 55,73 millions, sur un total de recettes attendues de 149,86 millions. Autrement dit : le principal moteur n’est pas la billetterie, mais l’écran. Et lorsque la compétition arrive, l’impact est considérable.

Dans son rapport financier 2023-2024, la CAF a enregistré des « recettes des compétitions » de 148,62 millions de dollars (presque le double de l’année précédente), avec un résultat net positif. Ce n’est pas un détail comptable : la CAF a réalisé un bénéfice de 72 millions de dollars lors de la dernière Coupe d’Afrique des Nations en Côte d’Ivoire (contre 4 millions en 2021). Le sponsor principal TotalEnergies, par exemple, n’est pas qu’un simple logo en arrière-plan : il a étendu son partenariat avec la CAF à de multiples compétitions et années, y compris la CAN Maroc 2025. C’est un accord classique : la marque achète une centralité émotionnelle et une visibilité continentale ; la confédération achète des revenus prévisibles (et donc un pouvoir de négociation).

Flux touristiques et « premiumisation » des stades

Les stades ne se résument plus à des billets et des sièges. La CAF vend des expériences : les formules d’hospitalité officielles débutent à 16 500 dirhams par personne pour les forfaits « Suivez mon équipe » (incluant trois matchs de poule). La CAN cible ainsi également les entreprises, la diaspora et une clientèle haut de gamme. C’est là que le Maroc entre en jeu, en développant l’infrastructure économique autour du tournoi : en témoignent le prêt de 270 millions d’euros de la BAD pour moderniser les infrastructures aéroportuaires et le plan visant à porter la capacité à 80 millions de passagers d’ici 2030 (contre 38 millions actuellement).

En novembre, le pays a déjà battu un record touristique avec 18 millions d’arrivées. Le message est clair : nous sommes une plaque tournante.

L’événement comme répétition générale pour 2030

Pour Rabat, cette CAN sert également de test grandeur nature avant la Coupe du Monde 2030, co-organisée avec l’Espagne et le Portugal, avec trois matchs inauguraux en Argentine, au Paraguay et en Uruguay. Neuf stades (neufs ou rénovés) dans six villes : c’est une infrastructure, certes, mais aussi un récit national. Et ce récit national – lorsque le sport se mue en politique industrielle – prend souvent la forme suivante : modernité, efficacité, attractivité des investissements. Dans ce contexte, on comprend aisément pourquoi Rabat traite la CAN comme une « industrie d’État » : une réputation qui attire les capitaux, des infrastructures qui accélèrent la construction, une diplomatie qui devient un événement. Jusque-là, rien de bon, ce que les dossiers appellent « l’héritage ». Mais tout héritage soulève une autre question.

Qui paie, qui encaisse, qui est laissé pour compte ?

Chaque industrie du tournoi a son talon d’Achille : la perception interne. Partout dans le pays, des protestations et des critiques fusent quant à la priorité accordée aux projets prestigieux au détriment de la santé et de l’éducation : c’est le conflit classique des méga-événements, sauf qu’au Maroc, il s’entremêle à une stratégie de positionnement régional et international très ambitieuse. Et cela ajoute une autre dimension, plus délicate : l’accent mis sur les droits humains et la gestion des migrations, dans un pays carrefour où la politique frontalière fait partie intégrante de sa posture géopolitique. Ainsi, la question finale – « Que reste-t-il vraiment ? » – appelle une réponse moins poétique et plus ingrate : ce qui reste, c’est ce qui devient la routine.

Si les infrastructures (aéroports, transports, réaménagement urbain) permettent de réduire les délais et les coûts même après la finale, le bénéfice est réel ; si elles ne restent que des cathédrales éphémères, le coût se traduit par la frustration. Un fait « vérifiable » aujourd’hui est que la pression sociale produit également des réactions budgétaires : Reuters rapporte que pour 2026, une augmentation des dépenses de santé et d’éducation de 140 milliards de dirhams (15 milliards de dollars) est prévue, +16 %, soit environ 10 % du PIB.

Une comparaison s’impose pour comprendre qu’il ne s’agit pas d’une anomalie marocaine, mais d’un modèle : la Côte d’Ivoire, à la veille de la CAN 2023, prévoyait des investissements de plus d’un milliard de dollars dans les routes, les stades et les infrastructures liées à la compétition. Là aussi, on évoquait la promesse d’un « hub » et l’analyse des coûts et des avantages réels. Un précédent est également nécessaire pour rappeler que les décisions ne se prennent pas aujourd’hui : la CAF elle-même rappelle le Maroc de 1988, lorsque la CAN était encore avant tout un rituel continental et bien moins une plateforme commerciale mondiale. Aujourd’hui, alors que le football recherche le profit et l’audience, la célébration est devenue un commerce.

Boussole éthique (sans moralisme, mais avec rigueur)

Cette mesure n’est ni « bonne ni mauvaise ». Elle repose sur la transparence des contrats, l’impact sur les communautés locales, la qualité du travail produit, l’accessibilité (prix, transport, sécurité), la protection des plus vulnérables – des travailleurs aux migrants – lorsque l’événement accroît la pression sur le contrôle social. Et surtout : quelle part de cette richesse se concrétise dans la vie quotidienne, et ne se limite pas aux images de synthèse ? En somme, le Maroc tente de concilier deux visions : celle d’un État performant qui investit et celle de citoyens qui exigent que cette performance ne se résume pas aux stades.

La CAN, en tant qu’industrie, ne fonctionne que si la réputation n’est pas une fin en soi, mais un moyen d’attirer des ressources et de redistribuer la confiance. Autrement, la Coupe reste une vitrine idéale, avec cette question lancinante, de plus en plus visible : « Les stades sont là ; les services ? » Car la CAN au Maroc est un véritable laboratoire : un État qui utilise le football pour accélérer le développement de ses infrastructures et de sa réputation, et une confédération qui pousse l’événement vers un modèle toujours plus « mondial », commercialisable et haut de gamme. Le risque est toujours le même : que le tournoi fonctionne parfaitement comme spectacle… et laisse la question la plus concrète sans réponse. Une fois le coup de sifflet final retenti, que reste-t-il dans les quartiers, et pour qui ?!

Paolo Hamidouche

One thought on “CAN 2025 : Malgré la victoire du Sénégal, le Maroc a-t-il réussi son pari ?!

  • Bonjour a tous
    j’ai pratiqué comme beaucoup de passionnés le Foot tout au long de ma jeunesse et bien évidemment suivis toutes les coupes du monde et autres grandes compétitions de ce sport (populaire) , mais j’ai arreté de suivre ce sport bien trop pollué par l’argent ( a une époque très justement l’argent pour les pros était le fait d’une courte vie en temps que job de ce sport ) …mais clairement cette raison d’injecter tant de pognon est hors sujet depuis pas mal d’années . Et donc j’en suis arrivé a etre complètement écoeuré de ce sport au point de ne plus le regarder ….sauf cette fameuse coupe d’Afrique que j’adorais tant car on y voyait une foule en fete et les joueurs qui s’amusaient avec de plus un jeu incroyable ….et meme cette compétition ils l’ont détruit par le fric . Mais bon , comme je le dis aux plus jeunes je suis triste pour vous , mais moi j’ai eu la chance de profiter de ce sport lorsqu’on le considérait encore comme un jeu . Ciao ciao

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