Comprendre la crise ukrainienne en germe depuis huit ans

L’intervention militaire russe en Ukraine du 24 février a provoqué un émoi international. Récemment arrivé en Russie, j’ai souhaité comprendre l’origine et les enjeux de ce conflit prévisible. Voici un résumé de cette situation souvent mal comprise en Occident.

 

Historiquement, l’Ukraine est le foyer de l’état slave : la “Rus de Kiev” nait au Xème siècle, fondée par des vikings. C’est le berceau historique de la Russie. Kiev en sera la capitale avant d’être déplacée à Vladimir, puis à Moscou au XVème siècle.

L’Ukraine sera envahie par les Turcs, Tatares et Mongols au XIIIème siècle, la Pologne et la Lituanie au XIVème, puis la Russie au XVIème (pour soutenir la révolte Cosaque). Elle a été marquée par les persécutions bolchéviques (Holodomor) au XXème siècle, puis a acquis son indépendance à la chute de l’URSS.

Les années 90 voient un rapprochement économique de l’Ukraine avec le marché occidental, des accords de démilitarisation de l’ancien pays soviétique, en même temps que la promesse de l’OTAN de ne pas s’étendre à l’Est. L’Ouest du pays commerce principalement avec l’Europe pendant que l’Est (plus industriel) noue des accords commerciaux avec la Russie. Les relations entre l’ex-URSS et l’occident sont au rapprochement et à l’entente réciproque. Mais à partir de 1999, l’OTAN commence à s’étendre progressivement dans les pays de l’ex bloc soviétique, ce qui va provoquer un basculement de la politique étrangère russe à la fin des années 2000, prémices de la crise ukrainienne.

A partir des années 2010, l’occident pousse l’intégration de l’Ukraine dans la zone de libre-échange européenne, au détriment de l’Espace Economique Commun (russe). En parallèle les minorités ultra-nationalistes exercent une pression sur le pouvoir pour persécuter la minorité russophone de l’est du pays et rapprocher l’Ukraine de l’Europe. Le gouvernement pro-russe n’accédant pas à leurs revendications, ces groupes « ukronazis » (Svoboda, régiment Azov, Bandera, Pravy Sektor…), soutenus par les USA et l’Europe qui y trouvaient un intérêt stratégique pour imposer leur agenda mondialiste, ont profité des manifestations populaires de 2013 pour provoquer son renversement lors de la révolution sanglante du Maïdan en 2013-2014. Les membres de l’ancien gouvernement (pro-russe) ont été emprisonnés ou exilés.

A la suite de ces évènements, la Crimée (russophone) vote massivement pour son indépendance et son rattachement à la Russie, qui sont toujours contestés par l’Ukraine et l’Europe. L’occident met alors en place des sanctions économiques contre la Russie, qui réplique avec des sanctions symétriques (qui pénalisent essentiellement les exportations agricoles françaises).

Pour trouver une issue à ces tensions, un nouvel exécutif (pro-européen) a signé en 2014 le protocole de Minsk, sous l’égide de l’OSCE (dont la France fait partie), qui garantissait entre autres la protection des populations russes, la démilitarisation des zones frontières, la libération des prisonniers, la fin des mesures discriminatoires et l’autonomie du Donbass. Cet espoir d’un retour à la normale a suscité un enthousiasme de toute la population ukrainienne.

Mais devant l’échec de son application, de nouveaux accords de Minsk 2 ont été rédigés en 2015 pour obtenir un cessez-le-feu, une démilitarisation de la zone tampon et une décentralisation administrative.

Malheureusement les gouvernements successifs, corrompus par les oligarques ukrainiens et noyautés par des groupes radicaux, n’ont pas tenu leurs engagements et continué la persécution des habitants du Donbass (privation de ressources sociales, déplacement de population, reprise des bombardements, emprisonnement des opposants politiques…). Ce qui a provoqué une quasi-guerre civile entre les milices indépendantistes pro-russes et l’armée ukrainienne.

La situation a empiré pendant sept ans malgré les demandes répétées de la Russie de mettre fin à ces exactions et de faire enfin appliquer les accords de Minsk. De surcroit, l’Ukraine s’est engagée dans un processus d’intégration dans l’OTAN qui ouvre la porte à l’installation de forces armées américaines à la frontière russe, ce que la Russie ne peut accepter pour sa sécurité (tout comme l’installation des missiles russes à Cuba constituaient une menace inacceptable pour les USA).

C’est ce qui a décidé la Russie à reconnaitre officiellement l’indépendance des républiques de Donetsk et Lougansk (LDNR) en début de semaine (à mettre en parallèle avec la reconnaissance de l’indépendance du Kosovo par l’occident). Les combats ne cessant pas, elle a enclenché la suite logique de ce processus, en intervenant militairement pour protéger ces populations et mettre un terme à cette persécution. L’autre objectif affiché est de neutraliser les forces ukrainiennes pour préserver ses intérêts stratégiques vitaux face à l’OTAN.

Poutine s’est longuement exprimé devant le peuple russe pour rappeler le contexte et préciser ses intentions, la traduction de son discours permet de comprendre les enjeux russes de cette intervention militaire.

Les premiers mouvements semblent indiquer que cette offensive sera rapide et que la présence militaire sera limitée au Donbass. Mais les buts affichés lors de l’allocution du président russe laissent penser que cette opération ne s’arrêtera qu’après le renversement du gouvernement de Zelensky et la neutralisation des groupes armés extrémistes. Vous pouvez suivre l’évolution des évènements sur la chaîne Stratpol.

 

La population russe est dans l’expectative, les plus jeunes sont surpris de la radicalité de l’intervention russe, alors que les plus vieux s’attendaient à cette opération depuis longtemps (certains ne comprenaient pas que le Donbass n’ait pas été rattaché à la Russie en même temps que la Crimée).

Les expatriés « temporaires » français craignent pour leurs intérêts professionnels et dénoncent cette offensive. Les expatriés « permanents » qui se sont intégrés depuis des années (généralement en se mariant à des Russes, en ayant des enfants et en créant leur entreprise ici) sont au contraire plutôt convaincus de la légitimité de l’intervention russe même s’ils espéraient une autre issue au conflit du Donbass.

Leur crainte principale aujourd’hui c’est que l’occident choisisse l’escalade belliciste. Nous pouvons néanmoins espérer un apaisement pour la suite car autant la Russie n’a politiquement rien à gagner à envahir la partie ouest anti-russe de l’Ukraine, autant l’Europe a tout à perdre de nouvelles sanctions dont on voit déjà les effets délétères (explosion du prix des énergies fossiles, qui profite aux USA pour exporter leur gaz de schiste), l’inflation des prix et l’effondrement boursier qui va en résulter.

Une issue rapide passerait par la mise en place d’accords de paix entre les protagonistes et une désescalade diplomatique après les sanctions.

Olivier Amos
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Olivier Amos

Entrepreneur dans le numérique, ancien conseiller régional de Rhône-Alpes et auditeur de l'IHEDN, il s'est expatrié en Russie en 2021.

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17 réflexions sur “Comprendre la crise ukrainienne en germe depuis huit ans

  • pas grand chose à ajouter mais à retrancher : l Holodomor est une fake news , une vulgaire propagande anti bolchévik et d une manière générale anti communiste issu de l arsenal ricain , de la même eau de chiotte que les “100” millions de morts du “communisme” LOL Pour débunker ces âneries lire Annie Lacroix Riz , la meilleure historienne vivante qui travaille uniquement sur archives authentiques et non sur des recensions “divagatoires”. Cet acharnement à discréditer le communisme est l oeuvre des “multimilliardaires réunis” pour détourner les masses de l étude du marxisme dont la puissance scientifique s est imposée et s imposera tjrs parmi les masses exploitées. NB le PCR compte environ 20% d électeurs qui sont en mesure de comparer les deux systèmes ! Et ce n est que le début de la réinitialisation . Bon courage quand même pour nous fournir ces excellentes analyses !

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    • Je dirais plutôt que c’est la non-existence de l’Holodomor qui est de la désinformation, de la vulgaire propagande pro-bolchevique, et d’une manière générale pro-communiste, issue des milieux soviétiques, du même tonneau que la négation des dizaines de millions de morts du communisme. Il doit rester pour contester les communistes refondateurs façon Annie Lacroix-Riz, cette riche héritière si typique des intellectuels rouges, et leurs épigones intello-bourgeois pour faire du négationnisme sur ces sujets (un négationnisme pas condamné celui-là : le Grand Kapital a toujours eu ses Frères Marxistes à la bonne).

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  • Bonjour à toutes et tous,
    Il est rassurant de pouvoir lire que tous les Français ( et sans doute qques Européens ) ne se contentent pas de ” LA VERITE ” que les dirigeants français essaient d’imposer aux citoyens. Mais n’y a-t-il pas qque chose à faire pour pouvoir communiquer, voire conseiller notre gouvernement, s’il sait encore écouter une autre voix que celle d’oncle Sam. Je suis un vieux bonhomme sans réseau et sans importance, mais constituer des groupes d’intellectuels actifs pourrait peut-être essayer d’approcher E. Macron ?
    Si ce n’est pas possible, je crains que nous n’allions droit dans le mur, car dans la mesure où il n’y aura pas d’opposition sérieuse, il sera reconduit pour 5 ans avec un chèque en blanc.
    Marc PIERI

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  • Je suis tout à fait d’accord avec Olivier Amos..on est tout à fait sur la même longueur d’onde.

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  • J’applaudis Poutine pour toutes ses actions, comme celle de son intervention militaire en Syrie. Il a réussi avec l’armée de EL ASSAD, à foutre en l’air les barbares de l’état islamique. Bachar qui l’avait sollicité lui doit une reconnaissance éternelle. Et à l’heure actuelle, je soutiens toujours le président Russe pour ce qu’il entreprend en Ukraine. Il suffit de voir des enfants entraînés à la barbarie par le Bataillon Azov sous les ordres de l’odieux Zelensky, pour être convaincus de la nécessité de foutre en l’air ce régime nazi qui pourrait faire tâche d’huile …
    Merci Vladimir

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  • Nous manquons de culture générale et de perspective historique.
    “Comprendre le pouvoir” de Noam Chomsky est un bon point de départ. “La fabrique du consentement” du même auteur ou “Propaganda ” de E. Bernays ou encore “Propagande : la manipulation de masse dans le monde contemporain” de David Collon pour continuer… “La fausseté des idées provient de la privation de connaissances qu’enveloppent les idées inadéquates c’est à dire incomplètes et confuses” Spinoza.
    Libérons nos esprits !

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  • Interdiction de RT et Sput, très bonne opération pour Macron, plus personne d’audible de parle de ses turpitudes.
    A remarquer la défense de la liberté d’expression dans les médias mainstream, Canard compris !

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  • Bonsoir
    Comment peut-on accéder au site Sputnik sur Telegram à partir de sa coupure actuelle sur le net français.
    Merci de m’expliquer en détail, car je ne suis pas bien calé en informatique
    je me suis inscrit sur Telegram, mais ensuite comment procéder pour accéder à Sputnik
    Merci

    Merci beaucoup et très chaleureusement de la grande qualité de vos analyses très instructives qui tranchent par rapport à la désolation de l’information disponible dans nos contrées ravagées par l’abjecte soumission à l’atlantisme anglo-us-si…ste.

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    • Avatar photo

      Merci pour vos encouragements.
      Il vous suffit de faire une recherche (en cliquant sur la petite loupe) du terme “Sputnik” dans les canaux Telegram pour trouver les comptes de Sputnik dans les différentes langues.
      Voici l’adresse du canal français: https://t.me/Sputnik_France
      Si le canal est restreint dans votre pays, il faut alors utiliser un VPN pour contourner la censure. Voici une page explicative: https://resistance-mondiale.com/le-site-de-sputnik-risque-detre-bloque-rejoignez-nous-sur-telegram-et-odysee

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      • Chaleureux MERCI le lien fonctionne en France
        la censure est contournée sans même aller sur un VPN
        Courage, tenez bon, le Peuple de France est solidaire avec le Peuple Russe !!!
        (du moins pour les esprits qui s’informent hors des médias financés par nos oligarques véreux)
        Belle journée à vous
        Dominique

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      • accès possible à 17h
        refusé à 18h54
        faudra passer par un VPN

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    • Bonjour.

      Cherchez sur telegram “fil à retordre”.

      Installez un VPN

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  • les français devraient prendre connaissance de cette analyse et de ces accords non tenus par l ukraine.

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