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La stratégie de la décapitation : couper la tête du serpent permet-il d’affronter une hydre ?

Origines

Il semble que la guerre est apparue en même temps que l’Humanité1. La confrontation armée au profit de leur collectivité d’appartenance, de groupes d’individus physiquement aptes et probablement formés techniquement par la pratique de la chasse, a d’abord ciblé les populations : Connues dès le Paléolithique à échelle réduite, la destruction du capital génétique adverse2, la liquidation de populations rivales pour capitaliser une ressource alimentaire limitée, se sont multipliées lorsque la sédentarisation s’est développée. Avec la révolution néolithique, les nouvelles formes d’organisation sociale ont conduit à une aggravation des politiques d’appropriation des femmes, de vol des ressources naturelles et artificielles ; si un surplus alimentaire le permettait, la prise d’esclaves pour utiliser leur force de travail et les conflits pour le contrôle de places stratégiques (carrefours de communication, emplacements favorables en ressources hydriques et végétales puis minérales…) ont jalonné la Protohistoire, trouvant des échos dans les mythologies diverses.

La structuration étatique a conduit à une spécialisation des praticiens de la guerre et au développement de véritables classes aristocratiques, l’existence d’une caste de guerriers s’avérant paradoxalement protectrice des populations. En effet dans ce cadre, si les populations subissaient largement les effets des combats (vols, viols, esclavage) et si les ressources des Proto-États urbains restaient les objectifs de guerre, celle-ci a consisté de manière de plus en plus systématique en affrontements de forces militaires, visant à la prise de contrôle des ressources adverses, postérieurement à la victoire. L’application de la force armée professionnalisée ou semi-spécialisée devint un instrument, subordonné à l’obtention d’objectifs, selon la vision synthétisée par Clauzewitz deux mille cinq cents ans plus tard.

La définition de buts de guerre

Pendant des siècles, un affrontement militaire sur le terrain était donc conçu pour exercer un effet sur la direction politique des parties opposées. Liée au cycle des récoltes, le modèle occidental de la guerre visait à une ordalie militaire permettant de désigner un vainqueur afin de limiter les effets collatéraux des combats sur les sociétés supports3.

Or, cette philosophie de la guerre a connu deux développements qui inversent ce paradigme :

  1. L’orientation des actions sur l’Arrière ennemi, en agissant sur les forces morales, économiques et techniques en vue de saper la capacité de soutien de ses armées. Cette évolution correspond à l’apparition d’États organisés, puis à la guerre industrielle, qui ont rendu aléatoire une victoire lors d’une bataille unique4. Cette tendance s’est accrue dans le cadre de la stratégie d’action périphérique indirecte inspirée par les puissances thalassocratiques5. L’importance accrue des opinions internes et des médias ont rendu d’autant plus efficace cette stratégie de pression sur la société en amont de ses forces armées.
  2. La tentation d’agir directement sur la Direction ennemie (« la tête ») pour paralyser ses forces (« le corps »), souvent qualifiée de « décapitation ». Si B. Disraeli estimait « qu’aucun assassinat n’a jamais changé l’Histoire du Monde », cette vision stratégique s’ancre dans des démarches de philosophie politique, ayant même des fondements religieux6. Développée comme stratégie du faible au fort, elle vise à compenser une infériorité technique en frappant le pouvoir politique auquel est subordonnée la machine militaire adverse.

Exemples et genèse du principe

Si l’Histoire est riche en assassinats politiques7, il est rare qu’ils aient un impact autre que symbolique, et encore plus qu’ils aient favorisé les objectifs de leurs organisateurs8 in fine. En effet, le succès suppose d’attaquer une structure extrêmement verticalisée et soumise à un pouvoir très unifié et centralisé. Or, les États, même avec un meneur charismatique ou sacralisé, s’apparentent plutôt à des hydres. Par ailleurs, pour générer l’effet final recherché, l’élimination du détenteur d’un pouvoir monocéphale doit s’accompagner d’un remplacement par une autorité favorable, à la fois quasi-immédiat et accepté par le système.

Malgré une application relativement limitée et spécifique, certaines conditions culturelles et techniques peuvent favoriser l’adoption de cette méthode. Ainsi, les Sicaires Israélites, les Ismaéliens Nazarites (Ashahshin) y ont eu recours, et nombre de régimes monarchiques ont créé des formations répressives recourant à l’assassinat9, mais à effet interne. L’apparition des idéologies consécutives à la Réforme a également conduit les guerres de religion à produire des régicides, tout comme l’Anarchisme aux XIXème et XXème siècles.

La guerre en cours avec l’Iran met également en avant cette stratégie qui a les faveurs israéliennes depuis longtemps. Cette décapitation moderne ne touche pas qu’un monarque unique, mais tente de supprimer une partie de l’appareil d’État en frappant des cibles diversifiées (cadres militaires, responsables politiques, concepteurs et ingénieurs…) et nombreuses10.

Application à la Contre-insurrection

Cette stratégie a été développée dans le cadre de la contre-insurrection (COIN) et reprise dans celui de la lutte contre les cartels :

  • Affrontant des opposants structurés en cellules organisées de manière plus ou moins étanches et favorisant la régénération, les forces antisubversives ont élaboré des stratégies en conséquence : Infiltrer les réseaux avec agents doubles, rompre les communications entre cellules et Centre, saisir les approvisionnements, traquer les agents de communication tant physique d’immatérielle, mener des actions de provocation justifiant une répression planifiée, sont des méthodes policières adaptées au contexte.
  • La guerre antisubversive complète cette panoplie en adoptant des méthodes extrajudiciaires de collecte du Renseignement, en créant des groupes sous contrôle (pseudo gangs) attirant les candidats à l’insurrection et susceptibles de mener des actions sous faux drapeau discréditant l’adversaire et justifiant la réaction, installant des leaders retournés, coupant les approvisionnements extérieurs (opérations Arma) et éliminant les sources (opérations Homo), tarissant la recette financière interne (collecteurs), éliminant les relais de propagande officielle ou clandestine. Outre une destruction des sanctuaires et de contrôle des frontières, cela doit s’accompagner d’une propagande et de moyens de maîtrise (villages de regroupement, îlots urbains) et de séduction de la population (« gagner les cœurs et les âmes » WHAM, winning hearts and minds).
  • Face à des mouvements structurés11 il est apparu nécessaire de mettre en place des programmes de liquidation, parfois massives. Soit par intoxication (Bleuite en AFN) soit par mise en place d’unités d’assassinat. Ainsi le programme Phoenix au Viet Nam (inspiré par les doctrines françaises en AFN par le truchement de l’enseignement de l’école des Amériques, et la riche moisson d’enseignements de la lutte antisubversive dans le cadre de la Décolonisation) a vu des kill teams mixtes tuer des milliers de sympathisants communistes ou agents du Nord Viet Nam. Les mêmes principes ont été mis en place en Amérique latine (Opération Condor) pour lutter contre les oppositions, résultant en d’autres milliers de morts.

Il apparaît donc que volet de liquidation fait partie des processus de lutte antisubversive.

Lors des conflits contre les entités non étatiques menaçant l’État d’Israël12, puis contre la « guerre au terrorisme » proclamée par les USA, la difficulté de réduire l’opposition militaire non conventionnelle et l’architecture des réseaux islamistes a conduit à adopter massivement cette pratique (« dronage » de responsables) qui a l’avantage apparent de ne pas exposer les forces amies, de valoriser la supériorité technologique et surtout le vecteur aérien et, supposément, de réduire les pertes collatérales parmi les populations. La méthode évite au pouvoir d’assumer les conséquences politiques de la décision de projection des forces ; elle favorise en outre l’exploitation médiatique.13

Extension à la guerre contre la Drogue

Le recours à des moyens militaires à proprement parler dans le cadre d’opérations spéciales gérées par des services spéciaux, a été ensuite transférée au cadre policier particulier de la lutte contre la criminalité transnationale et en particulier les cartels de la drogue. Cette perméabilité a conduit la DEA (Drug Enforcement Agency) non seulement à faire appel aux moyens militaires en soutien de ses actions (surveillance électronique, emploi de forces spéciales pour détruire les cibles, recours au vecteur aérien pour frapper les transports…) mais à formaliser sa doctrine dite « kingpin strategy » (stratégie des caïds, de la cheville ouvrière, littéralement).

L’idée force est, comme pour détruire les réseaux terroristes, d’identifier puis cibler et éliminer les hiérarchies des cartels. Cette liquidation, par arrestation et condamnation ou en abattant les leaders, est censée détruire les groupes, en supprimant les stratèges et la hiérarchie interne (« affaiblir, démanteler et détruire » selon la DEA). Cette stratégie a permis de nombreuses interpellations et éliminations ; on la crédite de la destruction des cartels de Medellin et Cali. Cependant le trafic de stupéfiants a en réalité augmenté exponentiellement depuis que Pablo escobar a été abattu en 1993. La mise hors circuit de ce dernier, d’Otoniel en Colombie, de Gallardo et Nava Valencia ou « El Chapo » Guzman, de la famille Beltran Levya et récemment de Nemesio Osegura cervantes « El Mencho » au Mexique, a en réalité conduit à un vacuum du pouvoir créant un morcellement et une importante augmentation de la violence14. Paradoxalement, on note même que lorsque la structure n’est pas totalement rendue inopérante, les chefs depuis leur prison ou les survivants, souvent dirigeants subalternes, contribuent à une mise sous contrôle de la concurrence qui limite les violences. Par une forme de darwinisme social (sélection des mieux adaptés), depuis l’adoption de cette stratégie en 2006 au Mexique, la disparition du leadership centralisé a conduit à la multiplication de structures déconcentrées, souvent rivales et plus contrôlées par le haut : le Cartel Jalisco Nueva generation (CJNG) de Jalico est né de la destruction du Cartel del Milenio lorsque son chef Oscar Orlando Nava Valencia fut arrêté et son chef de la sécurité El Nacho abattu ; le CJNG s’est accru lorsque le chef du Cartel de Sinaloa « El mayo » Zambada fut arrêté ; les Zêtas sont nées du recrutement par le Cartel du Golfe d’Osiel Cardenas Guillen des personnels des forces spéciales antinarcos du Grupo aeromovil de fuerzas especiales, qui prirent leur autonomie criminelle après 2003. Même au sein de la structure, la disparition de l’autorité conduit à un renouvellement par des forces jusque-là contenues, souvent plus violentes et plus efficaces car intégrant les erreurs de leurs prédécesseurs ; ainsi, le CJNG s’analyse davantage comme une confédération d’entités régionales organisées en franchise, plus que comme une structure pyramidale linéaire, ce qui a limité sa vulnérabilité à la perte de son chef. L’élimination des têtes, sans réellement détruire la structure, crée donc une compétition entre factions -qui de son côté dilue les capacités des forces de répression-, étend l’action criminelle à de nouveaux emplacements et de nouvelles routes, parfois de nouveaux segments d’activités locales nécessitant moins de coordination à long terme ; elle mine aussi la mise en place de traités entre organisations pour assurer un partage et limiter la violence. En résumé, la stratégie de décapitation conçue comme devant avoir l’effet inverse de la politique répressive centralisée qui a favorisé la construction de réseaux criminels organisés depuis la Prohibition, semble plutôt contre-productive. Les études sur le sujet tendent à démontrer que l’élimination des chefs est moins efficace que la limitation des offres d’emploi par les cartels, l’amélioration du contexte économique et social pour diminuer les faiblesses étatiques, et la réduction de la demande sur les marchés de la drogue.

Les trois niveaux de l’action de décapitation et apparition d’une nouvelle forme de guerre

Ces limitations listées supra existent également dans le cadre d’une guerre contre un État, en pire.

Un État moderne est une structure extrêmement complexe, ce qui crée des vulnérabilités mais aussi une résilience. C’est ce qui a rendu la « bataille décisive » impossible ; c’est ce qui a conduit la pensée militaire après 1918 à intégrer l’impossibilité de briser un État sans adopter une approche multimodale, dans laquelle l’action militaire n’est que le levier final pour faire s’écrouler une structure sapée dans ses autres facettes et dimensions, sur les arrières, dans les structures de production, l’économie, la démographie et l’appareil étatique. Ce dernier critère concerne l’organisation politico-administrative, les relations entre classes sociales et en particulier les élites dirigeantes. Mais la décapitation n’est efficace que si certaines conditions sont réunies pour empêcher l’absorption par le système attaqué :

  • Abandon des populations, qui peut être orchestré par des actions subversives et médiatiques et surtout par la création de conditions économiques très pénibles
  • Conditions militaires négatives sur le front minant la confiance des troupes et de l’État-major
  • Trahison des élites et des agents de l’appareil en place
  • Disponibilité d’une élite de remplacement, favorable à l’adversaire et capable de ses substituer rapidement et avec une adhésion minimale à l’ancien système

La politique d’élimination ciblée telle que menée par Israël s’avère tactiquement (premier niveau) très efficace. Cependant elle n’a jamais abouti à la destruction finale des oppositions, ce qui a conduit à mener des opérations plus ambitieuses de « regime change » (deuxième niveau) avec l’appui de l’Allié états-unien qui maîtrise depuis des décennies cette forme d’intervention. Cette perspective supérieure vise à remodeler la carte régionale et à modifier les équilibres et repose sur la séduction d’élites locales liées au système financier occidental et subissant le soft power culturel que les USA ont développé et instrumentalisé depuis 1920.

Une telle stratégie semble mise en place contre la Russie, « à la 1917 » dans une version modernisée. C’est aussi la logique qui sous-tendait l’opération contre le Vénézuela et, apparemment la guerre contre Téhéran. Cette logique dite de « standoff war » a modifié les conditions de la guerre moderne. Tant que le conflit nucléaire est écarté15, la guerre à distance -extension considérable de l’Air control défini par Douhet dans les années 1920 et pratiqué par les Alliés depuis 1941- cible les œuvres vives de l’État ennemi au moins autant que ses capacités militaires, en évitant le bourbier inhérent au déploiement terrestre. Afin de répondre à la logique de guérilla de la guerre asymétrique, qui compense la supériorité militaire en interdisant le contrôle des territoires et surtout des populations, cette action de destruction à distance vise à vider l’État ennemi de ses ressources et de ses atouts (troisième niveau). Il s ‘agit de renverser le paradigme de la guérilla, qui est de contraindre par la résistance du Faible, le Fort à abandonner le combat par lassitude de l’opinion ou surcoût. La logique retenue désormais est de détruire l’infrastructure, l’économie et la Direction de l’État cible, sans engager de forces susceptibles de subir l’attrition de la contre-insurrection. Le résultat de cette évolution reste à définir, mais il semble que l’Iran a su y répondre plutôt efficacement :

  • En exploitant également le vecteur aérien (drones et missiles plutôt que bombardiers, application réaliste de la guerre low cost),
  • En valorisant le différentiel entre des mesures offensives relativement bon marché et les mesures défensives plus coûteuses,
  • En étendant le théâtre des opérations à la région et au levier de la circulation maritime nécessaire à l’équilibre énergétique mondial. 16
  • En réactivant le spectre d’une intervention terrestre présumée très coûteuse et d’effet incertain
  • En obtenant des appuis extérieurs de puissances inquiètes d’une suprématie occidentale
  • En ayant mis en place un système de défense intégrant l’analyse des guerres occidentales précédentes contre l’arc chiite, confirmée par la guerre des douze jours

Un autre aspect fondamental de cette résilience tient à la déconcentration de la Direction, à la création d’une organisation par couches, au développement d’une bonne capacité de communication de guerre et à la capacité de régénérescence du système et en particulier de ses élites et agents.17

S’il est difficile de déterminer l’évolution sur le moyen terme, il apparaît d’ores et déjà que la politique de sape économique, si elle contribue en effet à fragiliser l’adhésion au régime s’avère aussi mithridatiser la population. Quant à la décapitation elle semble produire les mêmes effets non souhaités que dans le cas des cartels de la Drogue, en favorisant l’émergence d’une nouvelle Direction, peut-être plus extrémiste et mieux préparée. Enfin, la classe dirigeante s’avère d’autant moins vulnérable qu’elle peut s’appuyer sur un patriotisme national, un ancrage historico-culturel et que la population n’est pas trop morcelée ethniquement, religieusement et socialement. La simple « décapitation » s’avère donc un outil de portée relativement limitée, parfois contre-productif et offrant des succès tactiques mais rarement stratégiques si d’autres conditions indispensables ne sont réunies ?

La difficulté supplémentaire imputable à la culture Chiite

Si l’effet disruptif des frappes de décapitation par assassinat ciblé semble incertain, l’effet terroriste de ces frappes, censées dissuader les remplacements par crainte d’être également éliminé, se heurte à une singularité du Chiisme. La disparition du fils du onzième Imam chiite à Samarra en 874 AD a donné lieu à un mythe assez proche de la Dormition européenne (Cf. Arthur de Bretagne, l’empereur Barberousse) la Ghayba, avec son imam caché, destiné à revenir en tant que Madhi ; dans l’attente, le Chiisme confie aux Imams une sorte de fonction d’intérim et de gestion spirituelle, supérieure à la gouvernance politique18. Les Chiites considèrent également que les trois premiers Califes ont usurpé leur position qui aurait été confiée par Mohammed à son cousin et gendre Ali (le parti d’Ali, Shiat ali, d’où chiisme). La défaite et la mort du fils d’Ali, Husseyn, à Kerbala en 680 AD, des mains des troupes du Calife Omeyade Yazid a fixé les bases théologiques et psychologiques du Chiisme, autour des notions de souffrance, martyr et résistance. Le deuil collectif (Taziyeh, pour expier de n’avoir pas été présent aux côtés de Husseyn), l’acceptation de la mort contre l’injustice, la légitimité et la rédemption qu’elle offre, ont profondément imprégné la vision chiite. Ces caractéristiques qui minorent l’impact de l’assassinat se cumulent avec la doctrine des Douze imam qui confie le gouvernement à un souverain in absentia avant son retour sur Terre et diminue également l’effet de la liquidation de ses représentants temporaires et temporels.


Notes :

1 Contrairement aux visions inspirées des mythes religieux et philosophiques de l’Age d’or, du rousseauisme et des idéologies critiques de la société.

2 Dans la logique observée chez les grands primates ; doctrine adoptée par le IIIème Reich sous forme de recherche de l’attrition biologique en URSS.

3 Modèle remis en cause par les guerres médiques, puis la guerre du Péloponnèse mais qui a été prolongé par l’émergence de formes féodales en Europe, après la longue parenthèse de guerre romaine impérialiste.

4 C’est ce qui a conduit à la conception de l’art opératif russo-soviétique pour dépasser le modèle des affrontements de la première guerre mondiale et résoudre le problème du timing de l’exploitation permise par la mécanisation dans une problématique de profondeur stratégique et de résilience économico-administrative des sociétés.

5 La stratégie de contrôle des périphéries et de projection de forces armées est complétée par une action sur la société ennemie, déstabilisée économiquement pour provoquer sa contestation politique de sa Direction.

6 Réflexions sur le tyrannicide, plus modernes sur le magnicide : Juristes athéniens suivis de Platon, Démosthène et Aristote, Cicéron, scolastique (aristotélicienne) de St Thomas d’Aquin dans le cadre de l’opposition à l’Empire, Jésuite portugais Mariana Boccace lors des guerres en Italie, repris France par Jean sans peur au XVème siécle et évidemment lors des guerres de religion par les monarchomaques anti-absolutistes et des études d’Érasme et Thomas More. Réflexion révolutionnaire sur le régicide dans (contre Charles Stuart) ou hors morale chrétienne (en France en 1793), Thomas Jefferson. Ces exemples centrés sur la notion de régicide différent des visions révolutionnaires ou anarchistes qui ciblent le dirigeant, mais pour atteindre le régime et ses superstructures.

7 Hipparque d’Athènes, Jules César, Aetius, Louis d’Orléans, Henri III et IV de France, Alexandre II de Russie, Abraham Lincoln, Mc Kinley, Sadi Carnot, François Ferdinand, Alexandre de Yougoslavie, JF. Kennedy, Ghandi, A. El-Sadate, I Rabin, liste non exhaustive tant l’histoire foisonne de ces meurtres politiques.

8 L’assassinat de Caius J. César soupçonné de vouloir se faire proclamer roi par les Républicains, s’est traduit par 14 années de guerre civile et l’adoption du Principat c’est-à-dire d’une Monarchie déguisée. Presque aucune des morts cités supra n’a entraîné de réel changement de la ligne politique ou des décisions qu’ils avaient prises.

9 Mousquetaires français, SS allemands, SBU ukrainien et beaucoup d’autres…

10 Kiev a étendu les cibles à des personnalités médiatiques, des relais d’opinion et penseurs, des soutiens économiques en plus des généraux et des responsables politiques. Par le biais d’un terrorisme de proximité activé contre rétribution par internet et par des frappes aériennes sur les centres urbains, elle cible même le Russe de la rue.

11 Les mouvements subversifs sont souvent épaulés, voire émanent d’États dont ils dupliquent l’organisation politico-administrative (OPA), de manière clandestine ou pas. Lors de la 2 GM c’est cette structuration par les Alliés occidentaux qui a donné une certaine efficacité aux mouvements de Résistance dans les pays occupés. En URSS c’est la création du Smersh qui a permis de lutter contre les tentatives de l’Abwher Ost d’implanter des structures anticommunistes dont l’exemple inspire encore certaines entités en Ukraine et dans les pays Baltes.

12 Montées en puissance après les défaites des armées conventionnelles arabes, parce que les Palestiniens ne disposaient pas telles ressources militaires officielles et parce que l’URSS a procédé à un transfert de compétence dans le domaine pour affaiblir l’Occident dans une stratégie indirecte, reprise ensuite via des proxys divers par des puissances ennemies de Tel-Aviv et Washington, comme l’Iran, la Syrie et la Libye.

13 Mais, en réalité, comme le système du Body count précédemment employé au Viet Nam pour tenter de quantifier et valoriser les résultats des opérations cinétiques, cette pratique apparaît biaisée et crée un risque d’autointoxication dans l’évaluation et l’analyse.

14 Jusqu’à augmenter de 61% pendant les six mois suivant la neutralisation du leader et ensuite durant une période conséquente, +31% de 2006 à 2010 au Mexique.

15 Une des conséquences hélas prévisible de cette guerre est que les États moyens disposant des ressources nécessaires vont probablement se lancer dans la course à l’armement nucléaire.

16 A plus long terme, les décisions apparemment irréfléchies et erratiques du POTUS pourraient cependant s’avérer pertinentes pour obtenir un contrôle énergétique global, permettant des accords de partage d’influences avec les puissances rivale en Asie. Cette stratégie, comme en Ukraine, aura probablement permis d’affecter durablement le développement régional des « alliés » de la zone MENA, parallèlement à la mise au pas de l’Europe (désormais empêtrée dans le rôle coûteux de bastion antirusse) et de l’Amérique latine (redevenue le théâtre de « banana wars »).

17 La stratégie russe face à Kiev souffre de ne pas tenter de détruire la Direction, d’une capacité de frappe relativement limitée et de l’incapacité à supprimer la capacité de génération de forces. Cela s’explique par l’adossement de l’Ukraine kiévienne aux États de l’OTAN et de l’UE qui permettent de compenser l’attrition financière et technique et d’une attraction encore forte au sein des populations. Ces critères, cumulés à une répression interne forte et à l’implication des services occidentaux, avaient déjà fait échouer la tentative de regime change en 2022, laquelle n’avait pu bénéficier des moyens nécessaires à l’Air control, l’engagement de forces terrestres en nombre d’ailleurs insuffisant, ayant démontré leur vulnérabilité face aux techniques de guerre modernes.

18 Une vision largement amplifiée par l’interprétation de l’Ayatollah Ruhollah Khomeini dans ses discours sur le gouvernement islamique de Nadjaf en 1970, autour de l’idée de la direction par les ulémas, selon sa doctrine de wilayat-al faqih gardiens de la loi, qui a divergé du quiétisme précédent.

Olivier CHAMBRIN

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