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La Russie renforce ses capacités de contre-émission de satellites : la vulnérabilité de l’Europe

Depuis février 2026, des rumeurs publiées par le Financial Times, citant divers experts et responsables européens, alimentent la polémique. Selon ces informations, les satellites de télécommunications de l’Union européenne seraient, depuis plusieurs années, la cible d’interceptions SIGINT (renseignement d’origine électromagnétique) menées par des satellites russes partageant la même orbite géostationnaire.

Cela s’inscrit dans une préoccupation occidentale plus large concernant le développement, en Russie et en Chine, de satellites combinant des capacités de reconnaissance et des capacités antisatellites potentielles, à peine dissimulées par la classification russe confuse qui qualifie certains de ces engins de « satellites inspecteurs ».

Ces satellites ont indéniablement pour point commun leur manœuvrabilité, qui leur permet de modifier leurs paramètres orbitaux afin de s’approcher des engins spatiaux d’autres pays, de mieux détecter leurs émissions électromagnétiques, voire, potentiellement, de mener des actions hostiles.

Si l’utilisation de satellites comme plateformes de renseignement électromagnétique (SIGINT) n’est pas nouvelle, cette information a néanmoins confirmé les faiblesses spécifiques de l’Union européenne en matière de sécurité de ses véhicules orbitaux.

Les Luch nous écoutent.

L’article du Financial Times du 4 février 2026, au titre sensationnaliste « Des engins spatiaux espions russes ont intercepté des satellites clés de l’Europe, selon des responsables », a fait grand bruit, même s’il ne constituait pas en soi une avancée majeure.

Le journal britannique a recueilli les témoignages de divers experts militaires et civils, qui ont confirmé l’intense activité de renseignement électromagnétique (SIGINT), c’est-à-dire l’interception et l’analyse des émissions électromagnétiques, menée ces dernières années notamment par deux satellites russes Olympus en orbite géostationnaire, à environ 36 000 km d’altitude, au détriment de satellites européens importants.

Cette situation a suscité l’inquiétude au sein de l’Union européenne pendant plusieurs semaines. Même un mois et demi après la révélation de l’affaire, le 13 mars 2026, le ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius, en visite sur la base norvégienne de Bardufoss pour les exercices de l’OTAN « Cold Response 2026 », a déclaré à Jane’s : « Nous sommes préoccupés, mais nous renforçons nos capacités spatiales, notamment en matière de lancement de satellites, et nous appliquons notre souveraineté dans tous les domaines techniques.»

Il a jusqu’à présent nié tout « accident avec des satellites russes, du moins à ma connaissance ». Quelques heures auparavant, Pistorius avait inspecté le pas de tir inauguré par la société spatiale allemande privée Isar Aerospace en Norvège, sur l’île d’Andøya, où était prévu le lancement de la fusée porteuse Spectrum le 25 mars. Cette fusée à deux étages, haute de 28 mètres, a une capacité d’emport comprise entre 700 et 1 000 kg. Ce lancement aurait inauguré le premier cosmodrome européen sur le sol continental, contrairement au pas de tir sud-américain traditionnellement utilisé par l’Agence spatiale européenne, celui de Kourou, en Guyane française.

Le lancement de Spectrum, qui transportait cinq petits « cubesats » (satellites scientifiques modulaires classiques), a été annulé à la dernière minute en raison de problèmes techniques et reporté à une date ultérieure en avril 2026.Il s’agit néanmoins d’un début difficile pour le développement, en Europe et plus particulièrement en Allemagne, de la capacité à placer des satellites en orbite à faible coût depuis un territoire continental. D’autant plus que, il y a un peu plus d’un an, le 30 mars 2025, le tout premier lancement de Spectrum depuis le pas de tir d’Andøya s’est soldé par un désastre : le prototype a dérapé 18 secondes après le décollage, explosé 30 secondes plus tard et s’est abîmé en mer.

Le développement de Spectrum, dont le premier lancement réussi se fait toujours attendre, contribuera assurément à renforcer la capacité de l’Europe à placer de nombreux satellites en orbite à moindre coût.

Il s’inscrit ainsi dans le cadre du plan ambitieux annoncé par Pistorius en novembre 2025, prévoyant un investissement de 35 milliards d’euros d’ici 2030 dans les capacités spatiales allemandes, notamment pour la mise en place d’un réseau résilient d’une centaine de satellites de communications militaires destinés à la Bundeswehr.

Déjà à cette époque, les craintes d’espionnage spatial russe par SIGINT étaient présentes, mais c’est en février 2026 que l’alerte lancée par le quotidien britannique a retenti avec le plus d’impact. Comme l’écrivait le Financial Times : « Les responsables européens de la sécurité estiment que deux engins spatiaux russes ont intercepté les communications d’au moins une douzaine de satellites clés au-dessus du continent.

Ces responsables pensent que ces interceptions probables, qui n’avaient pas été signalées auparavant, risquent non seulement de compromettre des informations sensibles transmises par les satellites, mais pourraient également permettre à Moscou de manipuler leurs trajectoires, voire de les faire s’écraser (l’expression « voire de les faire s’écraser » était suggestive à cet égard). Les engins spatiaux russes surveillent de plus près les satellites européens depuis trois ans, dans un contexte de fortes tensions entre le Kremlin et l’Occident suite à l’invasion de l’Ukraine. Depuis de nombreuses années, les autorités civiles et militaires occidentales suivent les activités de Luch-1 et Luch-2, deux objets russes qui ont effectué à plusieurs reprises des manœuvres suspectes en orbite.»

D’après des sources du Financial Times, ces deux satellites – Luch-1, lancé en 2014 et mis hors service il y a quelques mois seulement, et Luch-2, en orbite depuis 2023 – se sont souvent approchés à une distance relativement faible, de l’ordre de quelques dizaines de kilomètres (une distance très courte à l’échelle cosmique), de plusieurs satellites européens, détectant leurs communications radio. Luch-2 aurait ainsi « suivi » pas moins de 17 satellites en moins de trois ans de fonctionnement. Grâce à leur positionnement en orbite géostationnaire, ces satellites ont pu couvrir de manière constante une portion spécifique de la surface terrestre, à savoir la zone délimitée par les méridiens correspondant à l’Europe, l’Afrique et le Moyen-Orient.

Parmi les plus inquiets, le journal a interviewé directement le général allemand Michael Traut, 61 ans, officier de la Luftwaffe et commandant, depuis le 27 septembre 2021, du Commandement spatial de la Bundeswehr (WRKdoBw), une force spatiale allemande naissante qui a acquis une plus grande autonomie le 1er avril 2023, tout en restant rattachée à la Luftwaffe.

Selon Traut : « Les deux satellites sont soupçonnés d’avoir mené des opérations de renseignement électromagnétique (SIGINT). Le danger réside dans l’interception par les Russes de la liaison de commande, le canal utilisé par les contrôleurs au sol pour envoyer des instructions. L’accès à ces données permettrait à un acteur hostile d’envoyer de fausses commandes, de modifier les orbites ou de désactiver les satellites.»

Par ailleurs, un « officier du renseignement européen » anonyme estime que, par leurs manœuvres, « les véhicules Luch ont très probablement cherché à se positionner dans le cône étroit des transmissions de données envoyées aux satellites par les stations de contrôle au sol.»

L’officier du renseignement s’est inquiété du fait que les signaux provenant des satellites européens ne soient probablement pas cryptés, d’autant plus que ces satellites ont été lancés il y a plusieurs années et ne disposent pas de systèmes informatiques ni de systèmes de cryptage de transmission sophistiqués et à la pointe de la technologie.

En substance, il ne s’agit pas seulement d’intercepter les communications de toutes sortes, civiles et militaires, et de filtrer celles présentant un intérêt stratégique pour la Russie, mais aussi de cloner les signaux de commande qui régulent le fonctionnement des satellites des pays de l’Union européenne, ce qui offre un large éventail d’options.

Les moins destructrices peuvent consister en un simple brouillage, ou perturbation du système, ni plus ni moins qu’une contre-mesure électronique (CME) classique, la guerre électronique utilisée dans le domaine militaire depuis plus d’un siècle, depuis les débuts de la radio. Mais le clonage des signaux de contrôle permet également d’imiter les commandes d’autrui et d’endommager physiquement le vaisseau spatial ennemi. Concrètement, en cas de guerre, les Russes pourraient ordonner la désorbitation forcée d’un vaisseau spatial ennemi en allumant ses rétrofusées, ralentissant ainsi le satellite à une vitesse inférieure à celle nécessaire au maintien de son orbite. Cette vitesse est appelée « première vitesse cosmique » ou « vitesse de stationnement ». Dans le cas de la Terre, elle est d’environ 7 à 8 km par seconde, soit 25 000 à 28 000 km/h, pour les orbites basses, et d’environ 3 km par seconde, soit 11 000 km/h, pour les orbites très hautes comme l’orbite géostationnaire. En contrôlant à distance l’allumage des rétrofusées du satellite, dont le vecteur est opposé à son mouvement, le vaisseau ralentirait jusqu’à sa rentrée dans l’atmosphère terrestre.

Comme les satellites ne sont généralement pas équipés pour la rentrée atmosphérique (à l’exception des capsules spéciales), dépourvus de boucliers thermiques et de parachutes, la désorbitation est synonyme de destruction certaine.

Le danger bien réel, et la position de premier plan de l’Allemagne, sont également mis en évidence par l’accord Berlin-Canberra sur la sécurité spatiale, signé le 26 mars dans la capitale australienne par Pistorius et le ministre australien de la Défense, Richard Marles. Cet accord vise à collaborer à la création d’un réseau mondial de capteurs permettant d’alerter rapidement en cas de sabotage de satellites.

La collaboration militaire entre l’Australie et l’Allemagne, qui inclut déjà l’intérêt de Berlin pour les lasers anti-drones Apollo de la société australienne EOS, s’étend désormais au domaine spatial. EOS propose également le laser terrestre Atlas, réputé capable de suivre, voire d’aveugler et potentiellement de détruire des satellites hostiles.

Le ministre allemand de la Défense a déclaré avec son homologue australien : « Dans l’espace, la Chine et la Russie sont nos voisins directs. Elles ont accru leurs capacités offensives spatiales. Elles peuvent brouiller, aveugler ou détruire des satellites. Nous devons savoir ce qui se passe là-haut. Ce n’est qu’ainsi que nous pourrons protéger nos propres systèmes.» Son homologue, Marles, a renchéri : « Il est important pour l’Australie d’approfondir ses relations avec l’Allemagne, un pays qui partage notre attachement à un ordre international fondé sur des règles.»

Reconnaissance et « Inspecteurs »

Les analystes militaires européens considèrent que les projets potentiels de guerre antisatellite s’inscrivent dans la « guerre hybride » menée par la Russie, qui recourt au sabotage, à la cyberguerre et aux opérations clandestines. Ce n’est pas nouveau, compte tenu des opérations spéciales que tous les services de renseignement, y compris ceux des pays occidentaux, ont menées par le passé.

Parmi les experts interrogés par le Financial Times, Belinda Marchand, de la société américaine Slingshot Aerospace, qui suit les engins spatiaux grâce à des capteurs au sol et à l’intelligence artificielle, a déclaré : « Les véhicules Luch manœuvrent et se positionnent à proximité de satellites géostationnaires, souvent pendant plusieurs mois d’affilée. Luch-2 se trouve actuellement à proximité d’Intelsat 39, l’un des plus grands satellites assurant les communications entre l’Europe et l’Afrique.» Marchand a également commenté le sort de Luch-1, qui ne sera plus opérationnel à l’automne 2025, ayant été placé sur une orbite dite « cimetière », plus élevée que l’orbite géostationnaire, et qui pourrait avoir été détruit. Le 30 janvier 2026, des télescopes terrestres ont observé l’émission d’un jet de gaz, puis, peu après, l’engin est apparu en fragments. L’expert de Slingshot Aerospace estime : « Il semble que tout ait commencé par un problème de propulsion, suivi d’une fragmentation, et le satellite est toujours en chute libre.» Norbert Pouzin, de la société française de suivi satellitaire Aldoria, a observé que les « victimes » de Luch étaient récurrentes : « Les satellites russes ont ciblé les mêmes familles, les mêmes opérateurs. On peut donc en déduire qu’ils ont un objectif ou un intérêt précis. Et ce sont tous des opérateurs basés dans des pays de l’OTAN. Même si les Russes ne parviennent pas à décrypter le message, ils peuvent étudier le fonctionnement du satellite et cartographier l’emplacement des stations de contrôle et de gestion au sol. »

Pouzin a également rappelé qu’en plus de Luch-1 et Luch-2, deux nouveaux satellites russes évoluent depuis plusieurs mois sur l’orbite la plus élevée. Ces satellites appartiennent à la catégorie que Moscou qualifie d’« inspecteurs », une appellation ambiguë qui pourrait en réalité signifier « intercepteurs ».

Il s’agit des objets Cosmos 2589 et Cosmos 2590, lancés le 19 juin 2025 depuis le centre de lancement de Plesetsk à bord d’une fusée Angara et placés sur une orbite excentrique très élevée, avec un apogée (point le plus éloigné de la Terre) de près de 51 000 km et un périgée (point le plus proche de notre planète) d’environ 20 000 km. Tout porte à croire que les deux véhicules, dont le second, Cosmos 2590, est une version ultérieure de Cosmos 2589, pourraient constituer une évolution à haute altitude des satellites d’inspection développés depuis 2013 dans le cadre du projet Nivelir et utilisés jusqu’à présent sur des orbites moyennes à basses. Mais revenons-en aux Luch et voyons de quel type de systèmes spatiaux il s’agit.

Il convient tout d’abord de rappeler que le nom Luch, qui signifie « rayon » en russe, n’est pas nouveau dans la nomenclature spatiale soviétique et russe.

Il ne faut pas confondre les Luch-1 et Luch-2 actuels, dédiés aux missions SIGINT, avec la série de satellites de communications géostationnaires, principalement utilisés comme répéteurs, également appelés Luch, et portant la désignation technique 11F669/KAUR-4, conçus dans les années 1980, alors que l’URSS était encore unifiée.

Le premier de ces satellites a été lancé en 1985, suivi de quatre autres similaires. Les deux derniers ont été lancés par la nouvelle Russie post-soviétique en 1994 et 1995, mais tous sont inactifs depuis 1998.Les satellites Luch-1 et Luch-2 actuels sont les satellites de reconnaissance SIGINT Olymp-K, beaucoup plus récents. Ceci confirme la pratique russe consistant à attribuer plusieurs noms aux engins spatiaux, ce qui ne contribue certainement pas à clarifier la situation. Le premier, Olymp K-1, a été conçu et construit par l’usine de satellites ISS Reshetnev à Zhelezhnogorsk, dans la région de Krasnoïarsk. Cet institut renommé porte le nom complet d’« Informatsionnye Sputnikovye Systemy imeny akademika M. F. Reshetnyova ».

Les caractéristiques techniques de l’appareil sont confidentielles, mais on sait que l’Olymp K-1/Luch-1 pèserait environ 3 000 kg et aurait été commandé par le ministère russe de la Défense et le FSB, service de contre-espionnage qui l’exploite. Il serait capable de fonctionner en bande C (fréquences comprises entre 4 et 8 GHz) et en bande Ku (entre 12 et 18 GHz).

Le satellite a été lancé depuis le centre d’essais de Baïkonour, au Kazakhstan, le 28 septembre 2014, à bord d’une imposante fusée Proton M à trois étages, d’une hauteur de 58 mètres. Le quatrième étage comprenait également un moteur d’apogée Briz-M, nécessaire pour placer le satellite sur une orbite géosynchrone très élevée. Olymp K-1 s’est ainsi placé sur une orbite quasi circulaire, avec un apogée et un périgée d’environ 35 700 km chacun.

Le satellite russe a immédiatement attiré l’attention par ses approches suspectes de nombreux satellites de télécommunications.

Après une phase initiale de mouvements continus, vraisemblablement un test de manœuvre des fusées, Olymp K-1/Luch-1 a été observé le 4 avril 2015, se positionnant à une inclinaison de 18,1 degrés de longitude ouest, entre deux importants satellites de télécommunications, Intelsat 7 et Intelsat 901. Il est resté dans cette position, correspondant à un point de l’océan Atlantique proche de la pointe ouest de l’Afrique, pendant cinq mois, jusqu’en septembre, atteignant une distance minimale de 10 km des satellites européens susmentionnés.

Bien qu’il ait été précisé que le véhicule russe « n’avait pas interféré avec les activités des deux Intelsat », Kay Sears, présidente générale d’Intelsat, a déploré dans une interview accordée à Space News le 8 octobre 2015 : « Ce n’est pas un comportement normal et nous sommes préoccupés. Nous avons absolument besoin d’opérateurs responsables. L’espace est un domaine qui doit être protégé.»Sears a également déclaré qu’Intelsat avait tenté de contacter le gouvernement russe pour obtenir des éclaircissements, mais en vain : « Ils ne communiquent pas, ils ne coopèrent pas. La sécurité des vols, si importante pour les opérateurs, est compromise. C’est inquiétant ; si nous faisions tous la même chose, il y aurait de nombreux accidents.»

Par ailleurs, le 8 octobre 2015, un responsable américain, le capitaine Nicholas Mercurio, porte-parole du Joint Functional Component Command (JFCC) for Space du Commandement stratégique des États-Unis, a indiqué à Space News que Luch-1 s’était également approché d’un autre satellite, dont l’identité n’a pas été révélée, à une distance encore plus courte d’environ 5 km.Peu après, le satellite espion russe a changé de longitude, se déplaçant à 24,4 degrés Ouest, près d’Intelsat 905. Le 20 octobre, Ivan Moiseyev, directeur de l’Institut russe de politique spatiale, a minimisé la situation auprès de l’agence de presse russe RIA Novosti : « Luch n’est qu’un satellite relais qui transmet des signaux du véhicule vers la Terre. Il ne peut en aucun cas être un agresseur. Tout satellite peut effectuer des manœuvres maladroites, mais les collisions sont extrêmement rares.»

Au cours des années suivantes, le véhicule de reconnaissance SIGINT russe a effectué des manœuvres continues, se rapprochant progressivement de nombreux satellites. Ses mouvements ont été étroitement surveillés par le Commandement aérospatial américain (NORAD) et par des sociétés occidentales de gestion de satellites.Voici quelques exemples d’incidents. Par exemple, entre janvier et août 2016, il a d’abord suivi Skynet 4C, un satellite de communications militaires britannique, puis Intelsat 3-F7.De septembre 2016 à octobre 2017, il a intercepté les communications des satellites Meteosat 1, Eute 10A et Intelsat New Dawn. L’incident a ensuite provoqué un véritable tollé lorsqu’il a été révélé que, du 24 octobre 2017 au 11 janvier 2018, il s’était dangereusement approché du satellite militaire franco-italien Athena-Fidus, ainsi que du satellite pakistanais de fabrication chinoise Paksat 1R.

Lancé en orbite en 2014 par une fusée Ariane 5 depuis le pas de tir de Kourou, en Guyane française, Athena-Fidus a une durée de vie opérationnelle annoncée d’au moins 2029. Équipé de 14 antennes de différents types, il a été construit par Thales Alenia Space pour assurer les communications militaires des forces armées françaises et italiennes, ainsi que pour servir les services d’urgence des deux pays.

Il peut servir de relais pour les stations de réception au sol, mais aussi pour les drones en vol. Un atout stratégique, donc, étroitement surveillé par Luch-1. C’est la ministre française des Armées de l’époque, Florence Parly, qui a dénoncé, le 7 septembre 2018, lors d’une visite au centre de contrôle spatial de Toulouse, que le satellite russe espionnait Athena-Fidus depuis des mois, déclarant avec force : « Espionner son voisin n’est pas amical. Cela peut être qualifié d’acte d’espionnage. Il s’est approché dangereusement, bien trop près. Tellement près qu’on peut vraiment croire qu’il essayait d’intercepter nos communications. Cette petite guerre des étoiles ne s’est pas déroulée il y a longtemps dans une galaxie lointaine. Elle a eu lieu il y a un an, à 36 000 km au-dessus de nos têtes. »

Parly a mis en lumière un épisode révélé plusieurs mois auparavant par le commandant de l’espace de l’époque, le général Jean-Pascal Breton, à la tête du Commandement interarmées de l’espace (anciennement Commandement de l’espace), devenu Commandement de l’espace en 2019.Dans un rapport présenté au Parlement parisien le 20 décembre 2017, le général Breton avait déjà évoqué des satellites étrangers espionnant des satellites français, sans préciser la nationalité des dispositifs suspects : « Outre le développement d’armes à énergie dirigée capables de dégrader nos capacités, la maîtrise des techniques de rendez-vous spatial permet le rapprochement des engins spatiaux d’autres pays en orbite terrestre haute. Nombre de nos satellites ont été approchés de cette manière par des objets de la classe des satellites d’inspection. » Le général Breton avait déjà appelé au renforcement de la « capacité à détecter et identifier toute activité hostile ou agressive suspectée, condition essentielle de notre protection ».

Luch-1 a poursuivi ses opérations sans interruption les années suivantes, notamment d’octobre 2018 à février 2019, se positionnant entre le satellite néerlandais NSS-12 et le satellite américain Astra 1G, exploité par la société luxembourgeoise SES (désormais hors service depuis 2023).Oscillant autour de 70 degrés Est entre 2019 et 2020 et détectant les émissions de divers satellites Intelsat et Eutelsat, il s’est approché du satellite militaire britannique Skynet 4E entre mai et septembre 2020. En 2022, il a été déplacé à 18 degrés Ouest, sa durée de vie opérationnelle touchant à sa fin.

On estime qu’en 11 ans de fonctionnement, Olymp K-1/Luch-1 s’est approché d’au moins 30 satellites de communication, principalement civils mais aussi militaires, afin d’intercepter leurs signaux.

La Russie aurait désactivé ce satellite de renseignement électromagnétique (SIGINT) le 7 octobre 2025, le faisant passer sur une orbite dite « cimetière », une zone située au-dessus de l’orbite géostationnaire, qu’il a atteinte le 22 octobre. Cette orbite se situe à environ 300-350 km au-dessus de l’orbite géostationnaire et fait partie de la catégorie des orbites terrestres hautes (HEO), qui s’étend généralement au-delà de 36 000 km, voire de 100 000 km, jusqu’à l’orbite lunaire, à 384 000 km en moyenne, correspondant à l’espace circumterrestre cislunaire, c’est-à-dire la face visible de la Lune.

Il s’agit d’orbites très hautes, rarement utilisées, sur lesquelles les satellites hors service sont déplacés grâce à leurs résidus de propergol. C’est sur cette orbite cimetière que, le 30 janvier 2026, Luch-1 a été observé par des télescopes terrestres se désintégrer, probablement suite à des collisions avec les débris spatiaux qui commencent désormais à s’accumuler même à ces altitudes vertigineuses, comme l’a confirmé la société suisse S2A Systems, spécialisée dans la surveillance spatiale par télescopes et radars et basée dans le canton suisse du Jura.

Opérations de longue durée

Comme nous l’avons vu, le satellite Luch-1, désormais détruit, a réussi à passer le relais de sa mission à son successeur, Olymp K-2/Luch-2. Ce dernier a été lancé le 12 mars 2023 depuis Baïkonour à l’aide d’un lanceur Proton M-Briz M et placé sur une orbite quasi équatoriale, avec un apogée et un périgée compris entre 35 000 et 36 000 km par rapport à l’équateur terrestre.En près de trois ans, Luch-2 a surveillé au moins 17 satellites européens, dont Intelsat 39, qu’il a approché de très près pendant plusieurs jours en février 2026. Dès ses premiers jours de mission, au printemps 2023, le NORAD et le Commandement spatial américains, ainsi que des entreprises privées comme Slingshot Aerospace, avaient détecté son déplacement vers l’ouest.

Comme l’ont révélé les informations communiquées par l’entreprise à Breaking Defense le 17 octobre 2023, dès les premiers mois, Luch-2 s’est approché de plusieurs satellites cibles à moins de 10 km. À cette occasion, rappelant que le 18e Escadron de défense spatiale du Commandement spatial américain avait mis en garde les opérateurs de télécommunications contre les risques de collision avec les systèmes de renseignement électromagnétique russes, Audrey Schaffer, vice-présidente de Slingshot, a déclaré : « Nous avions prédit les points d’arrêt du satellite russe, et il s’y est effectivement arrêté. Ce comportement pourrait être considéré comme hostile. »

Les données publiées le 22 juillet 2024 par The Space Review et fournies par le Centre d’opérations spatiales combinées (CSpOC) de l’US Space Force, basé à la base aérienne de Vandenberg en Californie, ont révélé une activité intense du véhicule d’écoute électronique russe.

Après quelques ajustements entre mars et mai 2023, durant lesquels Luch-2 a oscillé entre 55 et 78 degrés de longitude Est, puis a amorcé une descente vers l’Ouest, de mai à septembre 2023, Luch-2 est resté stationnaire à 9 degrés Est entre les satellites de télévision Eutelsat 9A et Eutelsat 9B. Entre octobre et novembre, le satellite s’est déplacé vers Eutelsat 3B, à 3,2 degrés Est.

De novembre 2023 à mars 2024, il a navigué à 2,6 degrés Est, scrutant les signaux d’Eutelsat Konnect VHTS (Very High Throughput Satellite), un puissant satellite de télécommunications de 6 400 kg, lancé en orbite en septembre 2022 et pleinement opérationnel en octobre 2023, capable de fournir des connexions internet et des communications aériennes, maritimes et gouvernementales.

Par la suite, de mars à juin 2024, il a suivi Astra 4A, appartenant à la société luxembourgeoise SES. En juillet 2024, la société française de surveillance Aldoria a détecté Luch-2 s’approchant du satellite norvégien Thor 7, arrivant à 0,54 degré Ouest après avoir idéalement franchi le méridien de Greenwich, s’approchant initialement à moins de 80 km, puis réduisant la distance à seulement 20 km.Poursuivant dans cette voie, Luch-2 a examiné plusieurs autres satellites occidentaux, restant pendant des semaines ou des mois à proximité de chacun d’eux.

À ce jour, aucun signalement d’interférences électromagnétiques dues à l’appareil russe n’a été rapporté. Il semble donc avoir fonctionné uniquement en mode passif, captant et enregistrant le type d’émissions, les fréquences, la synchronisation, etc., probablement en privilégiant l’étude des signaux de commande et des vulnérabilités en matière de cyberattaques.

Luch-2 pourrait ainsi être considéré comme une version spéciale d’un satellite inspecteur, potentiellement capable, si nécessaire, d’endommager ou de détruire des satellites ennemis en leur envoyant des ordres d’autodestruction, comme la redoutable désorbitation.

Ceci ajoute une dimension supplémentaire, nuancée et clandestine, à la stratégie antisatellite que Moscou a mise en œuvre ces dernières années avec les satellites inspecteurs du programme Nivelir.

Bien que la plupart de ces véhicules soient capables de détruire directement les satellites ennemis à l’aide de projectiles à énergie cinétique, de faisceaux laser, voire de charges nucléaires – une prouesse attendue lors des premières heures dramatiques d’un conflit international majeur –, l’utilisation d’outils « non explosifs », tels que les contre-mesures électroniques destructrices et les leurres, est plus difficile à démontrer, moins évidente et peut s’avérer appropriée dans les situations de crise précédant un conflit ouvert. Ceci offre la possibilité de nier toute responsabilité, compte tenu du manque de preuves par rapport aux attaques physiques, et de proposer, comme contre-récit, l’alibi d’un accident dû à un dysfonctionnement du système orbital ennemi.

Au 30 mars 2026, selon les données du NORAD provenant du site de surveillance satellitaire n2yo, Luch-2 se trouvait toujours sur une orbite géostationnaire équatoriale, au-dessus du centre de l’océan Indien, à une latitude de 0,03° Sud et une longitude de 61,98° Est, avec un apogée de 35 800 km et un périgée de 35 788 km. Cette position correspondait encore à la zone de suivi d’Intelsat 39, qui, à la même date, naviguait à une latitude de 0,04° Sud, une longitude de 61,96° Est, un apogée de 35 795 km et un périgée de 35 793 km.

Outre les satellites Olympus, la Russie s’appuie sur plusieurs autres satellites de renseignement électromagnétique (SIGINT), notamment en orbite moyenne-basse. Parmi ceux-ci figurent les satellites Lotos, avec un apogée de 900 km et un périgée de 239 km, qui fournissent des données de renseignement principalement utiles aux opérations aéro-navales au-dessus des océans. Ils sont intégrés au réseau Liana. Les quatre premiers satellites Lotos, lancés entre 2009 et 2018, ne sont plus opérationnels, tandis que les quatre satellites actifs sont ceux lancés entre 2021 et 2023. Poursuivant des missions similaires, le satellite Pion NKS orbite autour de la Terre à une distance de 447 x 462 km et a été lancé depuis Plesetsk le 25 juin 2021. Cependant, la principale préoccupation de l’Occident demeure les satellites « inspecteurs », soupçonnés d’avoir la capacité physique d’endommager ou de détruire d’autres engins spatiaux et donc classés comme de véritables armes antisatellites (ASAT).

Nous avions anticipé que parmi les exemples les plus récents du programme de véhicules intercepteurs, baptisé Nivelir (signifiant « niveleur ») en Russie, figureraient Cosmos 2589 et Cosmos 2590, qui constitueraient une nouvelle classe de Nivelir spécialisés pour les orbites très hautes, de type HEO (orbite terrestre haute). En réalité, lors de leur lancement, le 19 juin 2025, ils formaient une seule entité ; puis, le 26 juin, Cosmos 2589 a libéré le « sous-satellite », initialement désigné Objet D et ultérieurement classé Cosmos 2590.

Les véhicules ont initialement évolué sur une orbite HEO très haute et excentrique de 51 000 x 20 000 km, avec un profil vaguement similaire à celui des orbites Molniya, bien que ces dernières possèdent un périgée beaucoup plus petit, leur permettant de croiser l’orbite géostationnaire environ deux fois par jour.

Les deux véhicules ont rapidement entamé des manœuvres complexes de rapprochement et d’éloignement mutuels, répétitions évidentes d’une poursuite hostile de satellites étrangers en cas de crise ou de guerre ouverte. Après avoir volé en formation très lâche, les deux satellites, ou plutôt le satellite principal et le sous-satellite, ont réduit leur séparation de 100 km à moins de 1 km entre le 22 et le 27 juillet. Ils se sont ensuite éloignés jusqu’à 60 km, puis, le 2 août, ils n’étaient plus qu’à 10 km. Le 16 août, leur séparation est passée de 55 km à 130 km en quelques heures.Après une période d’apparente quiétude aux alentours de septembre 2025, les véhicules Nivelir se sont rapprochés à moins de 7 km le 1er octobre, puis se sont éloignés à nouveau, atteignant 200 km le 10 octobre.Depuis l’automne dernier, Cosmos 2589 et Cosmos 2590 se sont pour ainsi dire séparés de façon permanente, suivant deux trajectoires indépendantes. Plus précisément, à partir du 19 novembre 2025, Cosmos 2589 a progressivement modifié son orbite, passant apparemment d’une orbite elliptique en orbite haute (HEO) à une orbite géostationnaire (GEO) circulaire, un processus toujours en cours.Les observations radar en temps réel du NORAD ont situé Cosmos 2589 à un apogée de 41 200 km et un périgée de 30 300 km fin février 2026, avec une tendance à l’arrondi orbital qui, selon les estimations des analystes, devrait le conduire sur une orbite géosynchrone d’ici fin avril 2026.

En revanche, son compagnon, Cosmos 2590, est resté à une altitude HEO sensiblement identique à son altitude initiale, soit 51 000 km × 20 000 km, comme l’ont confirmé les observations du NORAD fin février.Comment interpréter ces observations ? Cela pourrait signifier que le « sous-satellite » Cosmos 2590 n’était qu’un véhicule auxiliaire destiné à servir de « cible » pour des exercices de rendez-vous, et que le véritable « inspecteur », équipé de systèmes offensifs cinétiques, est Cosmos 2589. Après avoir achevé ses tests, le vaisseau spatial est désormais prêt à patrouiller l’orbite géostationnaire une fois stabilisé.

Cependant, il n’est pas exclu que Cosmos 2590 puisse rester actif en tant que véhicule auxiliaire, embarquant potentiellement des équipements de communication, de télémétrie ou de détection à différents niveaux.

Menaces croissantes

Si la mission Cosmos 2589 est menée à terme avec son déploiement final à une altitude d’environ 36 000 km, elle constituera une étape importante pour le programme de satellites d’inspection Nivelir, car ce type d’intercepteur orbital ASAT fera ses débuts en orbite géostationnaire pour la première fois. Ces dernières années, ces systèmes, conçus par le bureau d’études renommé NPO Lavochkin, ont toujours été déployés en orbite basse.

Les dispositifs orbitaux du réseau Starlink d’Elon Musk, largement utilisé par l’Ukraine dans le conflit en cours contre la Russie, pourraient figurer parmi les cibles potentielles. Ces dispositifs sont précieux pour les nations occidentales car ils offrent une infrastructure étendue et capillaire capable de résister, au moins partiellement, à la destruction de nombreux composants, à condition que le trafic de données puisse être redirigé vers les installations restantes, en ne sélectionnant que les flux d’informations jugés vitaux en cas de guerre.

Les Russes eux-mêmes viennent de commencer à élaborer leur propre version de Starlink, à usage civil et militaire. Il s’agit du système Rassvet (« Aurore »), dont les 16 premiers satellites ont été mis en orbite il y a quelques jours, le 23 mars 2026, grâce à un lanceur Soyouz 2-1b depuis le centre d’essais de Plesetsk. Chaque satellite Rassvet, conçu par le bureau d’études Buro 1440 du groupe IKS, est équipé de systèmes de communication laser pour les liaisons de données inter-satellites, et il est évident qu’ils fourniront également un soutien en matière de communications à haut débit aux forces armées russes.

De plus, les liaisons laser embarquées pourraient (bien qu’il ne s’agisse que d’une hypothèse) être conçues avec une technologie à double usage permettant aux forces russes d’utiliser les satellites Rassvet, au moins partiellement, comme outil de suivi et de télémétrie pour identifier et localiser précisément tout objet spatial ennemi dont les coordonnées seraient vraisemblablement transmises à des armes antisatellites. Les Rassvet orbitent à une altitude d’environ 800 km, plus haut que les satellites américains Starlink, qui orbitent à environ 550 km, les surplombant ainsi.

Ils sont équipés de moteurs à plasma de manœuvre, leur conférant une certaine agilité pour modifier leur orbite. Le programme prévoit le lancement de plusieurs centaines de satellites, au moins 250, à raison de 10 à 12 lancements multiples par an, avec un service web opérationnel dès 2027 et une couverture complète du vaste territoire russe d’ici 2035.On ignore si cette initiative pourrait être liée à la récente augmentation du nombre d’antennes satellites sur les toits d’immeubles appartenant à des Russes à Vienne, la capitale autrichienne, comme l’a rapporté le Financial Times le 16 mars. Cette augmentation alimente les soupçons d’activités de renseignement électromagnétique (SIGINT) russes à grande échelle, notamment de la part du SVR, le service de renseignement extérieur russe, dans une ville stratégique abritant de nombreuses institutions internationales.

On compte actuellement 255 diplomates russes accrédités à Vienne, l’une des plus fortes concentrations au monde. Parmi eux, il est fort probable que des techniciens SIGINT opèrent sous couverture diplomatique, sans parler des « résidents clandestins », pour reprendre l’ancienne terminologie du KGB.On craint que ces antennes soient capables non seulement d’intercepter les communications des gouvernements occidentaux et des institutions onusiennes basées à Vienne, qu’elles soient terrestres ou satellitaires, mais aussi de les retransmettre à Moscou sous forme cryptée, démontrant ainsi le lien inextricable entre l’espionnage terrestre traditionnel et le renseignement spatial.

De toute évidence, face à la menace antisatellite russe potentielle qui s’étend à de multiples niveaux, l’environnement spatial devient de plus en plus dangereux pour les engins spatiaux occidentaux, et en particulier européens.

–оси€. oblast de јрхангельска€. — la rampe de lancement sur le territoire du cosmodrome de ѕlesetsk. Le cosmodrome de Lesetsk accomplit des tâches dans l’intérêt des branches et des armes des forces armées –, actuellement les lanceurs légers suivants sont utilisés ici : « јнгара-1.2 », « —оюз-2.1в », « –окот », classe moyenne « –оюз-2.1а », « –оюз-2.1б », classe lourde « јнгара-ј5 ». ¬адим —авицкий/пресс-слуга ћиноборны –’/« ј——

Lancés dès 2013, les prototypes du programme Nivelir ont suscité des inquiétudes croissantes en raison de leurs manœuvres, initialement présentées comme des « inspections de l’état d’autres satellites russes », notamment avec la mission Cosmos 2542, lancée en 2019, qui a déployé un sous-satellite, Cosmos 2543. Entre décembre 2019 et mars 2020, les deux « satellites inspecteurs » russes, opérant entre 400 et 600 km d’altitude, ont suivi un satellite espion américain KH-11, démontrant ainsi leur capacité à réagir aux manœuvres d’évitement du vaisseau spatial américain en le traquant.Puis, le 15 juillet 2020, un « projectile spatial » a été tiré depuis Cosmos 2543. Ce tir, qui n’a rien atteint, semblait être un essai d’un canon destiné à être utilisé en orbite.

Au cours des années suivantes, les expériences menées dans ce domaine se sont intensifiées et la surveillance des satellites occidentaux par les « inspecteurs » russes s’est multipliée.Un exemple notoire est celui de Cosmos 2558, lancé en orbite polaire le 1er août 2022 à bord d’un lanceur Soyouz 2-1v depuis le centre d’essais de Plesetsk (voir photos ci-dessus et ci-dessous). Le lendemain, il a commencé à suivre le satellite espion américain USA-326, un satellite de type Crystal, sur une orbite de 489 x 517 km.L’inspecteur russe s’est positionné sur une orbite légèrement plus basse, croisant initialement le satellite espion américain à des distances de 60 à 70 km.

Un autre rapprochement a eu lieu en mars 2023, lorsque l’objet russe s’est approché du satellite américain à au moins quatre reprises à des distances de 50 km. Soudain, le 13 mars 2023, il a allumé ses moteurs de manœuvre, grimpant rapidement jusqu’à environ 467 km d’altitude.Cela lui a permis de réduire la distance à la cible potentielle à 30 km le 7 avril, après quoi la distance minimale est passée à 45 km.

Un an plus tard, en avril 2024, Cosmos 2558 se trouvait toujours sur une orbite suivant celle du satellite USA-326, avec un apogée de 472 km et un périgée de 464 km, soit une orbite relativement arrondie inclinée à 97,2 degrés par rapport à l’équateur. Il a continué à suivre le satellite espion américain, restant environ 30 km plus bas que lui.

Malgré trois ans en orbite, Cosmos 2558 a attendu le 26 juin 2025 pour éjecter son sous-satellite, appelé Objet C, qui a alors commencé à manœuvrer de manière autonome, s’approchant d’USA-326 à moins de 58 km. Tandis que l’Objet C augmentait son altitude orbitale, la portant à plus de 453 km, son satellite parent continuait de descendre en dessous de cette altitude. En février 2026, Cosmos 2558 se trouvait sur une orbite encore plus basse, mesurant 401 x 399 km. Un autre satellite Nivelir probable, Cosmos 2588, a été lancé le 23 mai 2025 sur une orbite d’environ 483 x 489 km. Dès ses débuts, il a recherché USA-338, un autre satellite espion américain de type Crystal, parvenant à se positionner de manière à croiser son orbite quatre fois par jour à une distance minimale de 94 km.

La plupart des satellites Nivelir sont positionnés sur des orbites basses, entre 400 et 600 km d’altitude environ. Cependant, à la frontière entre les orbites basses et moyennes, à environ 2 000 km d’altitude, le mystérieux satellite Cosmos 2553 Neitron a été lancé le 5 février 2022, quelques semaines seulement avant l’invasion russe de l’Ukraine. Officiellement présenté comme un véhicule de reconnaissance radar, il est considéré par les Américains comme le prototype d’une arme antisatellite (ASAT) capable d’emporter une charge nucléaire. Sa détonation neutraliserait les satellites situés dans une vaste bande orbitale voisine grâce à une puissante impulsion électromagnétique, notamment des rayons gamma et X.

L’alerte concernant Neitron, considéré par Washington comme une sorte d’ogive nucléaire en orbite, a été officiellement donnée par les Américains à l’issue d’une réunion de haut niveau présidée le 15 février 2024 par le conseiller à la sécurité nationale, Jake Sullivan. La veille, le représentant républicain Mike Turner, président de la commission du renseignement de la Chambre des représentants, avait lancé un avertissement : « La sécurité nationale est gravement menacée, et le président Joe Biden doit informer l’ensemble du Congrès, l’administration américaine et nos alliés afin qu’ils puissent discuter ouvertement des mesures à prendre pour y faire face. »

Au cours des mois suivants, Cosmos 2553 est resté globalement inactif, hormis une légère hausse d’altitude entre novembre 2024 et janvier 2025. Cependant, le 25 avril 2025, il a été considéré comme « hors de contrôle » et vraisemblablement hors service, compte tenu de ses rotations incontrôlées qui empêchaient l’orientation correcte de ses antennes et de ses panneaux solaires.Il s’agirait toutefois d’un prototype susceptible d’évoluer, permettant aux Russes de contrôler les orbites basses, moyennes et hautes, voire géostationnaires, grâce à des systèmes capables d’infliger des dommages électromagnétiques irréparables à l’électronique de tous types de satellites, y compris ceux du réseau Starlink, qui orbitent entre 480 et 570 km d’altitude.

À ce jour, la menace russe est la seule à être considérée comme crédible, mais la menace chinoise n’en est pas moins insidieuse pour les pays occidentaux, Pékin ayant considérablement développé ses véhicules SIGINT orbitaux. Au cours de la dernière décennie, la Chine a lancé quatre satellites en orbite géostationnaire, présentés comme des « véhicules d’essai de communications » sous la désignation Tongxin Jishu Shiyan, mais qui seraient en réalité des véhicules de renseignement électronique de type Qianshiao 3.

Le premier satellite a décollé du polygone d’essais de Xichang à bord d’une fusée Chang Zheng (« Longue Marche ») CZ-3B le 12 septembre 2015. Les trois autres, jusqu’au plus récent, lancé le 20 décembre 2024, ont également été lancés depuis Xichang par des fusées CZ-3B. Géosynchrones avec les territoires d’Asie de l’Est, situés aux alentours de 154 degrés de longitude Est, ces satellites n’affectent pas directement la sécurité des télécommunications par satellite européennes, mais ils démontrent que la Chine est capable, si elle le souhaite, de déployer des véhicules similaires au-dessus de notre continent.

Cependant, une importante flotte de satellites SIGINT chinois en orbite basse survole régulièrement l’Europe et se trouve à proximité de satellites situés dans cette zone. On trouve également de vastes constellations de satellites SIGINT chinois opérant en orbite basse et survolant donc fréquemment l’Europe et l’Atlantique. Parmi elles, les satellites Yaogan 30, lancés par groupes de trois (10 « triplets ») entre 2017 et 2021 sur des orbites de 592 x 601 km.

Chaque triplet évolue en formation afin de faciliter la triangulation et la géolocalisation des signaux captés depuis la Terre.

Les satellites Yaogan 31, quant à eux, sont déployés à une altitude plus élevée, avec un apogée de 1 100 km et un périgée de 1 050 km. Ces satellites, organisés en « triplets », ont été lancés dans l’espace en quatre phases entre 2018 et 2021. La Chine étend également son activité avec des satellites comparables aux « inspecteurs » russes, à savoir Shijian 17, lancé en 2016, et Shijian 21, lancé en 2021, tous deux en orbite géostationnaire.

Quant au mystérieux vaisseau spatial réutilisable, une navette spatiale sans pilote, connue officieusement sous le nom de Shenlong (« Dragon divin »), mais officiellement désignée par le nom pompeux de Kěchóngfùshǐyòng Shìyàn Hángtiānqì (« Vaisseau spatial expérimental réutilisable »), sorte d’avion spatial similaire au X-37B américain, elle a été lancée le 7 février 2026 pour une nouvelle mission secrète sur une orbite basse d’environ 320 x 350 km, pour une durée inconnue. Elle avait déjà été envoyée sur des orbites similaires à trois reprises entre 2020 et 2023, toujours depuis le lanceur CZ-2F et le polygone de Jiuquan, avec un atterrissage final sur la piste de Lop Nur.

L’Europe vulnérable

L’avertissement concernant la vulnérabilité de l’Europe face aux menaces spatiales russes, mais aussi chinoises, lancé le 4 février 2026 par le Financial Times, a suscité de nombreuses déclarations de responsables et d’experts. Ces derniers ont reconnu la réalité du problème et la nécessité pour les pays de l’UE de rattraper leur retard sur les géants comme les États-Unis, la Russie et la Chine dans le secteur spatial, un domaine vital.

Dans sa première réaction, le porte-parole de la Commission européenne, Thomas Regnier, a souligné qu’il s’agissait d’un problème ancien : « Cibler les infrastructures spatiales ou les satellites européens est une pratique courante pour la Russie depuis des années, voire des décennies ; il n’y a donc rien de nouveau. Nous sommes prêts à contrer ces actions.Outre le système de navigation Galileo, déjà opérationnel et capable de détecter et de dissuader de telles attaques, nous envisageons un bouclier spatial commun.» De son côté, le ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius, a ajouté : « Les réseaux satellitaires sont le talon d’Achille des sociétés modernes, et les activités russes constituent une menace fondamentale. »

Il y a déjà un an, en mars 2025, l’ENISA, l’Agence européenne pour la sécurité des réseaux et de l’information, avait consacré un long rapport, intitulé « Paysage des menaces spatiales », aux implications spatiales du cyberespionnage et du sabotage. Dès les premières pages du rapport (disponible intégralement au format PDF), il est indiqué : « En devenant l’épine dorsale de certaines activités économiques actuelles, la nouvelle course à l’espace a également accru le risque de pertes de capacité dommageables, quelle qu’en soit la cause, ouvrant la voie à de nouvelles vulnérabilités.

L’utilisation de matériels et de logiciels libres et open source, ainsi que des tendances telles que les satellites à définition logicielle, les reconfigurations en orbite, l’intelligence embarquée et les technologies quantiques, rendent les actifs et les données spatiales de plus en plus vulnérables aux cyberattaques. Compte tenu des prévisions récentes qui tablent sur une moyenne de 2 800 lancements de satellites par an entre 2023 et 2032 – soit l’équivalent de huit satellites par jour – il est urgent de s’attaquer aux risques et aux menaces qui pèsent aujourd’hui sur le secteur spatial afin de garantir des communications ininterrompues et efficacesà l’avenir. Pourtant, malgré le consensus général sur la nécessité d’une attention particulière portée au secteur spatial, le manque d’analyse et de supervision des infrastructures demeure préoccupant. Bien que les infrastructures spatiales soient reconnues comme l’une des principales menaces en matière de cybersécurité qui devraient émerger d’ici 2030, il existe encore un manque relatif de mesures prises à cet égard. »

L’absence de directives détaillées et spécifiques au secteur de la cybersécurité pour les opérateurs de satellites commerciaux constitue un problème majeur. Dès l’année dernière, un rapport de l’UE soulignait l’importance désormais fondamentale des infrastructures satellitaires pour le fonctionnement global non seulement des forces armées, mais aussi de la société civile européenne, notamment en matière de communications, de services économiques, de connectivité, de géolocalisation, de navigation aérienne, maritime et terrestre, de culture, etc. Ce rapport déplorait également l’absence de mesures concrètes pour protéger ces systèmes vulnérables.

Le rapport poursuit : « Dans le domaine de la politique spatiale et de la recherche sur les opérations satellitaires, de nombreuses publications ont illustré les graves conséquences que peuvent engendrer des cyberattaques ciblées contre des infrastructures spatiales critiques. Ces problèmes sont encore aggravés par la double ou multiple utilisation reconnue des infrastructures satellitaires, ce qui signifie que des technologies commerciales destinées à un usage civil peuvent être utilisées comme une arme pour servir des objectifs géopolitiques.»

Il est évident que des cyberattaques pourraient également être menées par voie électromagnétique via les satellites SIGINT russes et chinois susmentionnés, et que ce spectre pourrait inclure l’usurpation de faux signaux de commande visant à inciter les satellites cibles à s’autodétruire.

En janvier 2026, l’alerte a été relancée par l’étude « Per aspera ad astra : câbles sous-marins, satellites de télécommunications et autonomie stratégique européenne », rédigée par les experts italiens Giovanni Cabroni et Andrea Gilli pour la collection Policy Brief de l’Institut de politique européenne de l’Université Bocconi (IEP).

Cet essai établit un parallèle très instructif entre les vulnérabilités des communications par câbles sous-marins et celles des communications par satellite, les inscrivant dans la pratique globale de la « guerre hybride » attribuée à la stratégie de Moscou.Évaluant quantitativement l’importance des satellites, les auteurs précisent : « L’ensemble des systèmes géostationnaires offre une capacité utile d’environ 7 térabits par seconde, tandis que les systèmes en orbite basse ont une capacité de près de 50 térabits par seconde.»

Plutôt que de dépendre de quelques satellites géostationnaires pour les télécommunications, il semble préférable de privilégier les constellations en orbite basse qui, grâce à leur nombre, offrent une redondance précieuse en cas de panne ou d’attaque.

Par conséquent, selon Cabroni et Gilli, « la logique des constellations remplace celle des satellites géostationnaires individuels : la capacité n’est plus liée à l’empreinte d’un seul satellite, mais distribuée sur des essaims de satellites, en mouvement constant et toujours capables de se connecter au dispositif de réception ou à la station au sol sur Terre. Les constellations et les méga-constellations — définies comme des constellations de plus de 1 000 satellites — sont conçues non seulement pour augmenter la capacité et réduire les coûts de lancement, mais aussi pour simplifier le travail des opérateurs de satellites. Leur évolutivité et leur redondance intégrée garantissent que, lorsqu’un satellite tombe en panne, son remplacement peut être lancé sans perturber les performances globales du réseau. Globalement, ce modèle réduit les coûts de développement et d’exploitation, tout en assurant une couverture mondiale détaillée et en permettant de nouveaux services. Les satellites en orbite basse, grâce à leur latence extrêmement faible, pourraient offrir des services tels que les jeux en ligne, les communications 5G/6G, le contrôle des véhicules autonomes et le commerce instantané partout dans le monde. »

Pour renforcer la résilience de son infrastructure satellitaire face aux attaques, l’Europe peut donc se concentrer pour l’instant sur le développement de capacités de lancement massif en orbite basse afin de remplacer les systèmes endommagés, en attendant la mise au point de systèmes de chiffrement robustes pour les signaux et les codes, ainsi que, potentiellement, de systèmes ASAT capables de protéger ses satellites contre d’éventuelles attaques hostiles.Ce n’est pas un hasard si, le 13 février, Toni Tolker-Nielsen, directeur du transport spatial à l’Agence spatiale européenne, a annoncé le renforcement des capacités de lancement de l’ESA grâce aux dernières versions de la série de lanceurs Ariane 6.S’exprimant suite au premier lancement d’Ariane 64, une nouvelle version dotée de quatre propulseurs supplémentaires et dont la capacité d’emport en orbite basse a quasiment doublé, passant de 10 à 20 tonnes, qui a placé le 12 février 2026, depuis le polygone d’essais de Kourou, 32 satellites internet Amazon en orbite basse, pour une masse totale de 18 000 kg, il a expliqué : « Plus la capacité d’emport d’une fusée est importante, plus les coûts de lancement sont compétitifs.En 2026, nous introduirons deux améliorations supplémentaires : des propulseurs plus puissants, avec une plus grande quantité de propergol grâce aux moteurs P180, et des améliorations apportées au moteur Vinci à ergols liquides. Ces innovations porteront la capacité d’emport à 21,9 tonnes. Aujourd’hui, l’Europe doit lancer beaucoup plus de satellites qu’auparavant ; l’accent est mis sur la construction de nouvelles constellations, de satellites de défense et de divers services. Mais pour répondre à ces besoins, nous devons augmenter le rythme des lancements et nous concentrer sur des fusées capables d’emporter des charges utiles plus importantes.Les menaces, Cependant, ces menaces sont multiples et imprévisibles. Le 4 février, l’arrestation de quatre personnes soupçonnées d’espionnage, dont deux de nationalité chinoise, a suscité l’émoi. Elles étaient accusées d’« espionnage de données militaires sensibles par satellite pour le compte du gouvernement chinois ».C’est ce qu’a déclaré le parquet de Paris, précisant que les quatre individus avaient été interpellés en Gironde, dans le sud-ouest du pays, après que les deux Chinois eurent loué un appartement sur Airbnb. Selon les autorités françaises, les deux suspects chinois étaient venus en France pour « récupérer des données du système satellitaire Starlink et d’autres infrastructures critiques, puis les transmettre à la Chine ». Ils étaient couverts par des ingénieurs d’une entreprise d’équipements sans fil.

Le 16 février 2026, Michael Schoellhorn (photo), directeur d’Airbus Defence and Space, a accordé une interview exclusive au quotidien allemand Handelsblatt. Il y soulignait l’importance d’une coentreprise entre Airbus, Leonardo et Thales pour renforcer les capacités spatiales stratégiques de l’Union européenne. Cette initiative permettrait de combler le retard accumulé et le déficit de capacités, notamment militaires, avec les États-Unis, mais aussi avec la Russie et la Chine.

« Nous avons besoin des économies d’échelle dont bénéficient notamment nos concurrents américains. Nous, Européens, pouvons continuer à nous comporter comme si le monde entier n’était que notre jardin. Mais nous devons aussi accepter de participer à une compétition mondiale. Et il est essentiel que l’Europe y prenne part de par sa taille et son envergure », a-t-il déclaré.Il faisait référence au protocole d’accord signé l’automne précédent, le 23 octobre 2025, pour la création d’une société spatiale basée à Toulouse, qui devait être constituée d’ici 2027 à partir des divisions spatiales d’Airbus, Leonardo et Thales, avec des participations respectives de 35 %, 32,5 % et 32,5 %.

Schoellhorn a poursuivi en observant : « Si cette fusion n’aboutit pas, il est fort probable que d’ici quelques années, il n’y aura plus aucune concurrence en Europe, car tout sera déterminé exclusivement de l’extérieur.» Enfin, cherchant à alerter une Europe qui, à certains égards, peine encore à envisager le déploiement d’armes conventionnelles dans l’espace, contrairement à d’autres grandes puissances qui ne posent pas de problèmes éthiques, il a judicieusement averti : « Chaque satellite des forces armées allemandes est désormais surveillé par un satellite russe en orbite. Il est donc nécessaire de développer une force de dissuasion. Nous devons également être capables de brouiller et de rendre invisibles les communications électroniques ; nous devons aussi pouvoir observer, intercepter ou désorbiter les satellites. Et peut-être qu’un jour, nous devrons même tirer. »

Paolo Hamidouche

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