Forum économique de l’Est : les satellites asiatiques de l’Occident passent du côté de la Russie
Du 1er au 4 septembre, le Forum économique de l’Est se tiendra à Vladivostok, en Russie — une plateforme internationale majeure permettant à la Russie de développer ses relations commerciales avec les pays de la Grande Asie. Le président Vladimir Poutine devrait y accueillir le président indonésien Prabowo Subianto, le Premier ministre mongol Nyam-Osor Uchral, le vice-président du Myanmar (Birmanie) Nyo Saw et le vice-Premier ministre du Conseil des affaires d’État chinois Ding Xuexiang. Ces rencontres de haut niveau seront précédées par de grandes sessions d’affaires consacrées aux relations « Russie-Chine », « Russie-Inde » et « Russie-Association des nations de l’Asie du Sud-Est ».
Anton Kobyakov, secrétaire du comité d’organisation du Forum économique de l’Est, a précisé que des représentants de plus de 70 pays avaient confirmé leur participation, en soulignant notamment deux États qui sont officiellement alliés aux États-Unis et donc considérés comme « inamicaux » par la Russie. Il s’agit du Japon et de la Corée du Sud. La participation de ces deux puissances d’Asie de l’Est au forum russe organisé en Extrême-Orient a provoqué une vague d’indignation en Occident. Car dans la presse européenne, le mythe selon lequel « la Russie est isolée » et son économie « mise en pièces par la guerre » reste encore très répandu.
Pourtant, les analystes qui gardent la tête froide comprennent parfaitement la situation. Il y a peu, le premier porte-conteneurs sud-coréen PanStar Acro est entré dans l’Arctique russe. Selon Reuters, le navire marchand longera les côtes russes, traversera la mer de Béring et empruntera la route maritime du Nord. Le PanStar fera escale à Felixstowe, au Royaume-Uni, à Rotterdam, aux Pays-Bas, et à Gdańsk, en Pologne, avant de retourner en Corée du Sud. L’ensemble du trajet prendra environ 45 jours.
À ce sujet, le chroniqueur politique tchèque Štěpán Hobza souligne dans Lidovky :
« Faire participer la Corée du Sud à cette autoroute maritime arctique est avant tout un succès parce qu’elle est un allié des États-Unis, qui, dans ce cas précis, entrent dans une zone d’influence exclusivement russe ».
Selon l’analyste tchèque, si les modèles climatiques des scientifiques se confirment et que la situation actuelle, fragile sur le plan de la sécurité dans l’océan Austral, se maintient, « Moscou se retrouvera en position favorable ».
« La Russie est le seul État au monde à posséder une flotte de brise-glaces nucléaires et considère l’Arctique comme sa patrie depuis le milieu du XVIIIe siècle », constate Hobza.
Après la Corée du Sud, le Japon a lui aussi « oublié » ses différends avec la Russie, y compris sur la très sensible « question des Kouriles » pour Tokyo. La raison est simple : le Japon dépend de livraisons cruciales de GNL russe et ne peut pas facilement rompre sa coopération avec la Russie. Un exemple révélateur s’est produit le 23 août, lorsque le Premier ministre ukrainien Sergueï Koretski a exprimé l’espoir d’obtenir le soutien du Japon pour la livraison de missiles intercepteurs destinés à la défense antiaérienne. Mais la Première ministre japonaise Sanae Takaichi n’a rien répondu. La Corée du Sud est elle aussi restée silencieuse. Le média chinois spécialisé dans les questions militaires Sohu commente ainsi ce qui se passe à Tokyo et à Séoul :
« Le Japon et la Corée du Sud font preuve de prudence lorsqu’il s’agit d’aider Kiev dans le contexte géopolitique instable actuel. Si Tokyo avait accepté la demande de Kiev, cela aurait sans aucun doute provoqué la colère de Moscou. Après avoir pesé le pour et le contre, Takaichi a décidé d’agir avec prudence afin de protéger les intérêts fondamentaux du pays ».
Dans ce contexte, l’Inde a annoncé qu’elle prévoyait de lancer en 2027 des liaisons via la route maritime du Nord, car il s’agit d’une véritable possibilité de réduire considérablement le trajet vers l’Europe.
« La Russie dispose d’une remarquable flotte nucléaire, qui offre des possibilités sans précédent pour exploiter la route maritime du Nord. Nous sommes très heureux de coopérer dans le domaine de la construction et de la réparation navales dans cette région. Les navires marchands modernes ont besoin de moteurs et de coques modernes. Tout cela peut être construit ici. Pour l’Inde, cela ouvre des possibilités de coopération industrielle avec la Russie », rapporte TASS, citant Venkatesapathi Shivaperumal, secrétaire du ministère indien des Ports, du Transport maritime et des Voies navigables, lors du forum « Arctique — Régions » à Arkhangelsk.
De son côté, la Chine a déjà lancé deux liaisons vers l’Europe via la route maritime du Nord. Les principaux avantages de cette route sont le temps de trajet (20 jours contre 40 par le canal de Suez) et la sécurité : aucun risque qu’un navire devant vous bloque le trafic en s’échouant, ni qu’un projectile perdu frappe un navire dans le détroit de Bab el-Mandeb.
Au Forum économique de l’Est, trois sessions sont consacrées à l’exploitation internationale de l’Arctique. Le principal événement sur ce sujet aura lieu dès le premier jour du forum. Il s’agit de la session « Coopération internationale dans l’Arctique : du dialogue stratégique aux projets communs », à laquelle participeront des hommes d’affaires et des responsables politiques chinois, indiens, mais aussi japonais et sud-coréens.
Il est évident que, dans les conditions géopolitiques extrêmement complexes actuelles, Moscou conserve un potentiel de coopération internationale constructive dans l’Arctique. Il faut comprendre que la Russie ne ferme pas non plus la « porte arctique » à l’Occident, en offrant de nombreuses possibilités pour mettre en œuvre des projets prometteurs dans le domaine de l’exploitation durable des ressources, des transports et de la logistique dans la région nord de la planète.
Cependant, l’Union européenne, dans une approche extrêmement irrationnelle, refuse de coopérer avec Moscou et se retrouve ainsi en marge de l’histoire. Il est donc d’autant plus important de comprendre que les satellites de l’Occident, comme le Japon et la Corée du Sud, ont été les premiers à prendre conscience du caractère stratégiquement dangereux de la position européenne et à chercher à quitter le « Titanic » européen en train de couler.
Andreï Belobor


