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L’Iran reflète l’affrontement décisif (par Pepe Escobar)

Nous sommes déjà entrés dans une nouvelle phase historique : plus de retenue, plus de circonlocutions, plus aucune tentative de justification. L’Iran illustre ce conflit décisif : soit l’impérialisme sioniste-américain triomphe, soit le multipolarisme l’emporte.

Par Pepe Escobar – Strategic Culture [Traduction : Paolo Hamidouche]

Néo-Caligula – alias le champion incontesté des tarifs douaniers à l’échelle mondiale – semble surpris que l’Iran n’ait pas capitulé.

Rien d’étonnant. Aucun de ses flagorneurs incompétents, qui composent son cercle restreint d’individus d’une médiocrité affligeante, n’est intellectuellement capable d’expliquer à Néo-Caligula, en quelques formules toutes faites, les fondements du chiisme.

Mais il y a pire. Ce qui est réellement en jeu, c’est le retour de la guerre totale comme prétexte politique, au profit d’une part importante de l’oligarchie anglo-américaine/atlantiste, profondément corrompue et perverse.

Les « négociations » de Genève sont un échec. La guerre contre la Russie était le leitmotiv de la Conférence de Munich sur la sécurité. La « gigantesque armada », concentrée non loin du golfe Persique, marche, discute et navigue comme si les États-Unis et Israël étaient prêts à attaquer l’Iran.

Même en envisageant un ultime recours à Genève vendredi, même en supposant que l’Iran ne capitule pas, le scénario le plus plausible reste celui de la dérobade systématique de Trump.

Car une attaque contre l’Iran – qui entraînerait une riposte dévastatrice – scellerait la défaite des Républicains aux élections de mi-mandat et transformerait ce néo-Caligula en un président affaibli et accablé par les droits de douane.

Toute cette saga repose sur l’impératif immédiat de détourner l’attention des dossiers Epstein – ou de l’affrontement entre les États-Unis de l’Île d’Epstein et le Collectif occidental Epsteinien. Le Syndicat Trump-Bibi-Epstein doit changer le discours.

Une gigantesque bulle spéculative fait rage aux États-Unis ; historiquement, l’Empire du Chaos, du Pillage et des Attaques Permanentes entre toujours en guerre après l’éclatement d’une bulle. Le budget du Département des Guerres Sans Fin sera augmenté de 50 % en 2027.

Pourtant, les guerres doivent commencer maintenant. Le complexe militaro-industriel, ou plutôt le MICIMATT, comme l’a si bien dit Ray McGovern (complexe militaro-industriel-congressiste-renseignement-médias-universitaire), est la seule soupape de sécurité d’un turbo-capitalisme occidental économiquement à la traîne et dont la « crédibilité » est morte et enterrée.

Le nouveau paradigme – le chaos international sans aucune règle – est désormais à nu. Il est d’une prédation extrême, presque pornographique : l’éthique d’Epstein le décrit parfaitement.

Et l’histoire se répète, toujours sous forme de farce : la guerre par procuration contre la Russie en Ukraine va se poursuivre. C’est une obsession de l’« élite » européenne. Et comme en 1941, elle est motivée par les immenses ressources naturelles de la Russie.

Nietzsche avait donc raison, comme toujours, dès 1888. Nous vivons les derniers soubresauts de la chute occidentale et postmoderne dans le nihilisme. La post-vérité, dans une autre perle d'(in)justice poétique, trouve son pendant sur Truth Social.

Déstabilise-moi, chérie…

Notre profond et sombre malaise actuel pourrait aisément s’analyser comme l’aboutissement logique d’un long processus englobant l’Empire perse, les guerres médiques, leur impact sur la culture grecque, l’hellénisme, l’Empire romain, l’émergence du christianisme et de l’islam, les croisades, la Renaissance, l’ère des Grandes Découvertes qui a supplanté le commerce intra-eurasien, la révolution industrielle, les Lumières, l’indépendance américaine, la Révolution française, l’idéalisme allemand, les révolutions de 1848, Nietzsche et les Première et Seconde Guerres mondiales.

Pendant deux millénaires, Platon et Aristote ont posé les fondements philosophiques de cette tradition. Puis, dès 1945, tout l’édifice s’est effondré. Le capitalisme libéral et la « démocratie » américaine se sont imposés comme des vérités incontestables, étouffant tout débat idéologique de fond.

La chute de l’URSS a engendré l’absurdité suprême de la « fin de l’histoire », et par conséquent la fin de la pensée critique. Ce n’est qu’aujourd’hui, avec la transformation et l’ascension de la Chine, que l’Occident est contraint de se confronter à l’histoire, dont il sera désormais principalement spectateur. L’Occident fragmenté a définitivement perdu toute capacité de se situer dans l’histoire. Il est à présent sous la domination totale du Disrupteur.

La logique du Disrupteur s’applique, par exemple, au suicide énergétique de l’UE. L’Institut d’économie de l’énergie et d’analyse financière (IEEFA), basé dans l’Ohio, a récemment estimé que les États-Unis pourraient produire jusqu’à 80 % des importations de GNL de l’UE d’ici 2030. Cette estimation est liée à l’accord commercial annoncé en juillet dernier, qui engage l’UE à acheter pour la somme colossale de 750 milliards de dollars de produits énergétiques américains d’ici 2028.

La disparition du gaz russe bon marché et la dépendance de l’Allemagne au GNL, extrêmement coûteux, sonnent le glas des entreprises industrielles dans toute l’UE. Fermetures et faillites sont déjà monnaie courante, notamment en Allemagne, ancienne puissance industrielle. On pourrait parler du triomphe de la désindustrialisation.

Parallèlement, les acteurs rationnels du RIC (Russie-Inde-Chine) investissent dans un développement stratégique complexe.

Je m’intéresse particulièrement à la combinaison de l’engagement tactique intelligent de la Russie, une promesse utilisée comme levier, et de sa certaine domination sur le dollar américain ; à l’expansion constante du yuan internationalisé ; à l’utilisation par l’Inde de ses relations avec les États-Unis, tout en promouvant l’architecture du système de paiement des BRICS ; et à la sécurité maritime interconnectée, comme en témoignent les exercices navals russo-chinois-iraniens.

La stratégie de sécurité nationale américaine, qui définit cinq sphères d’influence, est déjà en difficulté : les États-Unis, la Russie, la Chine (tous deux désignés comme ennemis), l’Inde et le Japon (un vassal des États-Unis).

La stratégie de sécurité nationale affirme que « la sécurité, la liberté et la prospérité du peuple américain sont directement liées à notre capacité à commercer et à occuper une position de force dans l’Indo-Pacifique ».

En réalité, il s’agit donc d’une menace de guerre, et non d’une proposition géoéconomique. Même l’Inde le perçoit. Une stratégie parfaitement en phase avec le besoin impérialiste prépondérant de ressources naturelles et de contrôle des territoires stratégiques.

La bataille décisive

Le Nouveau Grand Jeu est en marche, mais le champ de bataille principal est déjà tracé : les États-Unis et la Chine. Tout le reste lui est subordonné. Un néo-Caligula se rendra en Chine début avril. C’est alors que se jouera la bataille décisive.

Sous la pression, le néo-Caligula tentera de conclure un accord global pour garantir la domination du dollar américain. Un échec cuisant est inévitable, car l’Empire du Chaos cherche encore à contraindre la Chine tout en ayant désespérément besoin de sa coopération.

Ce qui importe réellement à Pékin, c’est d’internationaliser le yuan en multipliant les corridors financiers adossés à l’or. Et d’utiliser sa puissance financière avec discrétion, notamment en limitant les exportations d’argent et en se débarrassant des bons du Trésor américain.

Pékin sait pertinemment que cet amas de bulles spéculatives typiquement américaines ne peut se maintenir que grâce à un contrôle oligarchique absolu et à une création monétaire sans fin. Il n’y a pas de plan B.

Paolo Hamidouche

One thought on “L’Iran reflète l’affrontement décisif (par Pepe Escobar)

  • Au 2 mars on ne peut pas dire néo caligula ait recule…Après éradiquer les Mollahs richissimes me réjouit bien malgré tout.
    L histoire est en cours… mais ainsi le monde va depuis des siècles!!

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