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Rapport de situation Décembre 2025, partie 1 sur 2 – L’Occident collectif

Confrontée à des problématiques multi-causales l’esprit humain favorise généralement les solutions simples et donc parfois inappropriées mais davantage accessibles et satisfaisantes.

L’effet Dunner-Kroning[1] s’ajoute alors aux biais cognitifs de gestion de la complexité ; ces mécanismes automatiques permettent au cerveau de traiter plus rapidement l’information en la simplifiant, mais au prix d’une distorsion pouvant (souvent) entraîner des erreurs de perception, d’évaluation et d’interprétation. Cela peut conduire à altérer la mécanique analytique en un manichéisme simplificateur. Le raisonnement tourne alors en réflexion subjective, vulnérable à l’affect, en particulier si la thématique est l’objet d’un traitement idéologique.

Or, les événements autour de l’Ukraine depuis quatre ans sont précisément un phénomène complexe, riche en paradoxes apparents et en oppositions internes dépassant le choc évident entre deux blocs et les dichotomies abusives ou limitées et limitantes. C’est en outre un champ médiatique de propagandes diverses.

Cet affrontement cumule ainsi :

  • une eschatologie ontologique dans le cadre d’une guerre civilisationnelle ayant des ramifications tant externes qu’internes, culturelles, idéologiques et diplomatiques ;
  • un conflit géopolitique de recomposition de l’ordre mondial et de préservation de l’hégémon occidental dans le contexte d’une résurgence impériale de certaines civilisations non occidentales et dans le cadre de la grande stratégie états-unienne relative à l’Eurasie, à la géopolitique de l’énergie, au roll-back des puissances concurrentes, notamment République populaire de Chine et Fédération de Russie et de vassalisation des États européens ;
  • une guerre économique opposant des puissances internationales concurrentes mais aussi en rivalités internes à chaque bloc.
  • Enfin, et c’est presque le moindre sujet, c’est une lutte territoriale, de souveraineté et démographique.

               La seule grille d’interprétation qui semble à même de démêler cette réalité protéiforme, au-delà des positions revendiquées (idéologiques, politiques, médiatiques et morales) et des natures (socio-culturelle, économico-politique, idéologico-stratégique, militaro-géostratégique et philosophico-existentielle) est celle des intérêts des parties.

               En effet, il s’agit de racines causales dont les revendications, affirmations, déclarations de chacun ne sont que la couverture/justification/alibi.

Les États-Unis d’Amérique

Confirmant leur stratégie de recours à des proxys régionaux (Kiev, Tel-Aviv, Taipei) assistés de nouveaux États vassaux (Baltique, Turquie/Asie centrale, Moyen Orient/Arabie saoudite, AUKUS…) ils ont orchestré avec réussite le découplage durable de l’Europe occidentale d’avec la Russie[2].

Le but est de créer une zone de crise permanente mais « tiède », c’est-à-dire non défavorable à une politique d’investissements susceptibles d’entraîner des profits importants en retour, par drainage des ressources financières de l’UE et des matières premières en Ukraine, Asie centrale et, si possible, Russie, après affaiblissement durable du système politique en place. Cette vision typiquement thalassocratique et capitaliste (d’ailleurs initiée par les Lords de l’Amirauté britannique dés le XVIème siècle et confirmée par la guerre de Sept ans) semble persister malgré la transition politique à Washington. Le primat du profit économique sous contrôle politique (une constante dans l’histoire des empires) s’est imposé entre Arménie et Azerbaïdjan, pourrait le faire en Ukraine et, pourquoi pas, un jour au Moyen Orient (projet pour Gaza). Il reste un objectif pour les Amériques (du Canada à l’Argentine) et continue à séduire une partie de l’establishment russe et les élites européennes depuis longtemps inféodées à la Banque états-unienne[3].

Cependant, il existe des lignes de fracture : Le projet MAGA subit un effritement relatif de sa base électorale, du fait de luttes internes[4], de la résistance des réseaux[5] notamment médiatiques et des implantations démocrates (v. élections à la mairie de NYC) aux USA et de leurs émanations dans l’UE[6], de l’opposition des Néocons républicains[7].

La stratégie globale de Washington ne devrait néanmoins pas réellement changer, quels que soient les résultats des Mid-term et des élections de 2028, si ce n’est sur les modalités pour atteindre ses objectifs.

Cela pourrait avoir une incidence sur l’activité diplomatique et la philosophie des négociations avec Moscou, en poussant davantage les alliés de l’OTAN dans l’affrontement direct. Le projet civilisationnel porté par Donald Trump favorise une certaine entente avec les traditionalistes européens et la Russie, qui, comme les objectifs de la stratégie de sécurité états-unienne dévoilée le 4 décembre, pourrait également disparaître en cas de retour de l’idéologique combattue par le MAGA.

Toutefois, l’apparente inconstance médiatique de la position Trump dissimule une ligne cohérente de préservation des intérêts économiques US en usant de la diplomatie et de la force militaire comme levier[8]. A cet égard, si certaines prétentions relevant de la recherche d’un effet sans véritable crédibilité technique se sont « dégonflées » (notamment vis à vis de Pékin, mais aussi sur le Groenland et le Canada pour l’instant), l’effet de la stratégie d’étouffement de l’économie russe par les sanctions et le contrôle maritime est réel : Le baril URALs de référence, entre les remises consenties aux clients et les pertes, est tombé à 35 USD, pour un taux mondial du double concernant ses concurrents, portant la production d’hydrocarbures russes en limite de rentabilité.

Certes, le pouvoir de l’hégémon doit s’accommoder de velléités centrifuges internes : Perspectives propres du Grand Israël et du Panturquisme, volonté d’affirmation régionale et d’intermarum polono-kiévien, interventionnisme français (Coalition des volontaires, ingérences en Roumanie, Arménie, Géorgie…), géométrie variable britannique et projet allemand de relance industrielle militaire et politique par Drang nach Osten.

En manipulant l’OTAN, les pressions économico-politiques sur l’UE, les alliances financières entre bourses anglo-saxonnes, les promesses et menaces et le contrôle des establishment locaux, Washington semble cependant avoir les moyens de parvenir à ses fins.

Passant outre les plans de paix, affirmations de soutien et déclarations d’hostilité du champ médiatique, l’avenir de la guerre en Ukraine dépend vraisemblablement davantage des éléments cités supra. L’intérêt des USA est d’éviter une guerre nucléaire avec la Russie, puis de mettre en place les conditions politico-diplomatiques de profits économiques, par obtention de débouchés pour le complexe militaro-industriel[9] et les firmes impliquées dans la « reconstruction »[10], par des « traités inégaux » permettant une exploitation méthodique des alliés[11].

La construction russo-européenne étant détruite, il faut maintenant maintenir la Russie sous pression afin d’éviter un rapprochement trop net avec Pékin et créer un équilibre militaire et économique où Moscou s’avérerait un proxy sous contrôle, tel qu’il était prévu en 1991 avant la parenthèse Poutine. L’exploitation des ressources russes dans le cadre d’accords semble également envisagé comme critère de paix[12]. La volonté de protéger la Tradition, de limiter les migrations et de préserver l’héritage civilisationnel occidental est susceptible d’influer mais sans aucunement aller à l’encontre de ces intérêts prioritaires. Ces derniers ne devraient pas être modifiés, seules les modalités pouvant évoluer en fonction de la politique intérieure états-unienne.

En résumé, il y a certainement une guerre interne avec des ramifications au sein des États Unis d’Amérique, mais il ne parait pas que cela doive modifier profondément la stratégie mondiale d’intérêt états-unienne au delà des moyens d’obtenir les objectifs qu’elle se fixe en tant qu’hégémon occidental, afin de le rester, fût-ce au prix d’aménagements.

L’Europe

L’Europe, intra UE ou extérieure à celle-ci, reste globalement dominée par une dynamique antirusse et une adhésion à l’Occident collectif orientée vers la préparation d’un conflit.[13]

Front Nord

Huit états riverains de la Baltique (sauf la Russie) sur neuf sont membres de l’OTAN. La Norvège renforce son potentiel militaire et de défense civile, les dirigeants de la Suède et de la Finlande[14] s’ouvrent à des bases de l’OTAN, durcissent leur frontière, accroissent leurs armées et multiplient les exercices communs, en déclarant également régulièrement que la Russie est une menace.

Mal adaptées à la projection (les participations aux opérations internationales étaient plafonnées à quelques centaines d’hommes) et à l’offensive, ces armées sont en revanche très capables de tenir leur territoire et de fixer des forces russes importantes, en tant que têtes de pont otaniennes.

Si leurs flottes sont relativement mineures, il y a des achats de sous-marins modernes (Finlandais Alutech par Lituanie et Lettonie, suédois SAAB par la Pologne, allemands ThyssenKrupp par le Danemark et aussi la Norvège, français Navalgroup par les Pays Bas…)[15]. De plus une artillerie côtière dissuasive en interdiction (sea denial) et l’évolution des drones navals permet d’envisager un blocus de la Baltique en sus des opérations d’arraisonnement. Ces États sont probablement ceux de l’UE dont les populations restent les plus confiantes dans leurs dirigeants et les opinions publiques sont globalement et spontanément antirusses, malgré des décennies de neutralité passée. Tout cela fait peser une menace réelle sur la Baltique, qui supporte 60% des exportations russes. Les avertissements de N. Patruchev et l’éventualité de l’escorte des navires civils et de leur protection militaire témoignent d’un risque réel d’augmentation des hostilités dans la zone. Les États nordiques ayant coupé les ponts avec la Russie subissent des conséquences économiques et le premier ministre finlandais Peteri Orpo a demandé le 16 décembre que les États impactés bénéficient d’un financement compensateur européen, lors du sommet du flanc Est de l’OTAN.

La Pologne partage naturellement cette politique russophobe et pratique un réarmement massif et revendiqué, mais se détourne de l’ukrophilie ; outre des tensions avec l’establishment de l’UE sur les questions sociétales, Varsovie a mal vécu sa mise à l’écart par le président auto-maintenu Zelensky et les ténors de la coalition des volontaires, lors des sommets avec Kiev, à Genève le 23 novembre et Londres le 11 décembre.

Malgré des positions proches sur le sociétal et les migrations et l’initiative du groupe de Visegrad, la Pologne s’est écartée de la Hongrie à cause de la politique de neutralité et de réalisme économique de Budapest à l’égard de la Russie qui s’étaient traduites par une visite de Orban Viktor à Moscou. Le président polonais Navwocki a ainsi annulé sa visite du 4 décembre à Budapest, ce qui sape lourdement les perspectives de collaborations entre les autorités traditionnalistes des deux pays. Cette décision est probablement une conséquence des déclarations Wittkov/Dmitriev faisant douter du soutien de Donald Trump à Varsovie. Pologne et Hongrie souhaitent en effet de bénéficier de la protection états-unienne, dans le cadre d’un couloir Baltique/Mer Noire séparant l’Europe occidentale de la Russie. Cette vision se heurte aux velléités de retour à l’est de Berlin qui entend reprendre les cartes austro-germaniques dans l’Est européen. Une évolution positive polonaise à l’encontre de la Russie et de la Biélorussie est très improbable, même si le soutien à Kiev s’amoindrit.

Les États baltes sont extrêmement russophobes de part leur histoire, leur position géographique et l’existence de communautés russes significatives qui risquent de subir un sort comparable à celui des pieds-noirs en Algérie. La présence de Kaja Kallas comme responsable de la diplomatie de l’UE donne une caisse de résonance à leur point de vue, globalement partagé par leurs populations. Si le potentiel militaire reste limité, la position géographique et les prises de position extrémistes créent des conditions d’affrontement, susceptible d’extension compte tenu de l’appartenance à l’OTAN (article 5) et à l’UE (clause de défense mutuelle de l’article 42-7 du Traité sur l’Union européenne).

Front centre

Le Royaume-Uni reste un pilier antirusse, qui parvient à ne pas contrarier la puissance tutélaire américaine tout en opérant efficacement une stratégie périphérique contre Moscou. Les actions terroristes (assassinats de cadres militaires, dissémination d’objets piégés, bombardements par drones)[16] et les opérations de forces spéciales (notamment appui technique aux drones navals capables de frapper en Caspienne et Méditerranée en plus de la mer Noire) sont comparables à celles initiées en 1941 via le SOE et le bomber command. La possibilité de déployer des troupes officiellement reste hypothétique, mais la supervision du MI6 (dirigé par Blaise Metreveli, une ex-agente de terrain russophobe qui a confirmé que la coopération avec Kiev continuerait quelles que soient les suites des négociations de paix en cours) pour ces actions comme dans la manipulation de réseaux et de diasporas autour de la Fédération de Russie créent une menace bien réelle, militaire, sociale et économique[17].

L’Allemagne du chancelier Merz a adopté une posture nettement plus agressive[18] proclamant la volonté de bâtir la plus forte armée d’Europe, dénonçant la menace russe puis instrumentalisant des survols par drones pour cela, jusqu’à publiquement reconnaître que la relance économique devait se faire par le réarmement. Le ministre Pistorius, des généraux de la Bundeswehr, le président de la conférence internationale de Munich sur la sécurité[19] déclarent que la guerre avec la Russie est prévisible et qu’il est souhaitable que la guerre en Ukraine dure encore trois ans pour donner à l’Europe le temps nécessaire de s’y préparer. Ces points de vue rendus publics confortent ceux du secrétaire général de l’OTAN, Marc Rutte, qui situe également la confrontation en 2030[20] et affirme à l’institut universitaire européen que « la sécurité de l’Europe serait menacée par un accord de paix qui risquerait d’augmenter les risques d’affrontement direct ». Malgré les efforts considérables du POTUS Trump pour exercer un chantage diplomatico-économique visant à faire acheter des matériels américains par ses alliés[21], selon le SIPRI : pour une augmentation de 6% des achats militaires en 2024, on dénombre certes 42 sociétés étatsuniennes, mais avec un profit de seulement +3,8%) et 26 entreprises de l’UE, mais avec un profit de +13%.

La France entend fournir des armements à Kiev[22], animer voire diriger la coalition des volontaires, s’opposer frontalement à la Russie (y compris en évoquant une extension totalement hérétique du « parapluie nucléaire »), dénoncer par principe la Fédération de Russie et son dirigeant, soutenir systématiquement le dirigeant ukrainien, s’opposer au président Trump, orienter l’UE vers la fourniture de fonds à Kiev, réarmer le pays (moralement et sa BITD) et, pourquoi pas, s’implanter dans l’étranger proche russe, pour faire payer aux Russes l’éviction d’Afrique et sécuriser les approvisionnements en uranium tout en sacrifiant à des alliances anciennes (Arménie).

Au delà de la gesticulation médiatique, la question des moyens se pose. La seule inquiétude consiste en une perte de contrôle de la question nucléaire, potentiellement apocalyptique. Une évolution récente semble s’orienter vers le retour à une position a la fois médiane et médiatrice de Paris, mais l’inconstance qui semble présider aux décisions stratégiques françaises ne permet pas d’affirmer que cette voie de raison sera durablement suivie. Par un exécutif qui semble définir ses choix en réaction et à la recherche de « coup », sans véritable ligne cohérente ni durable autre que l’hostilité à Moscou et un européisme avéré et assumé.

L’élection du président tchèque a permis de ralentir l’effort militaire au profit de Kiev et de créer une base neutraliste avec la Slovaquie et la Hongrie. L’extension de ce mouvement au Nord et au Sud est cependant hautement improbable vu les positions de la Pologne, de la Serbie et de la Roumanie.

La Hongrie bénéficie toujours du soutien important de Washington (après avoir failli accueillir un sommet historique) le premier ministre Orban reçoit des hommages appuyés du président états-unien mais aussi de son vice-président. La faveur américaine est cependant versatile et susceptible de tourner en fonction de l’évolution politique interne des USA, alors que l’hostilité durable de l’UE se maintient et pourrait trouver une issue favorable en avril 2026 si le candidat Peter Magyar renverse Orban, ce que les services russes considèrent comme vraisemblable, et que les Hongrois eux-mêmes n’excluent pas, par suite de l’érosion du pouvoir et de l’attirance pour une UE mythifiée.

Faisant remarquer la position dominante dans l’UE (U. v d Leyen présidente de la Commission, Weber chef du premier groupe au parlement européen) d’une Allemagne qui mise sur le réarmement comme moyen de relance économique et doit donc mettre en avant une menace russe pour le justifier, le premier ministre Orban a réitéré le 15 décembre ses déclarations sur la volonté de l’UE de mener une grande guerre en Europe. Son ministre des affaires étrangères Peter Szijärto a affirmé que l’UE tente de plonger l’Europe dans la guerre en vertu d’une escalade contraire aux tentatives négociées de Washington et mettant la Hongrie en grave danger.

Le refus de se couper de l’approvisionnement énergétique russe, négocié auprès de Moscou comme de Washington, ou de soutenir des décisions favorables à l’Ukraine, ou défavorables à Moscou (la décision de l’UE de geler les avoirs russes sine die permet de s’affranchir de la procédure de vote unanime et de passer outre au blocage par Budapest par exemple) exacerbent l’hostilité de la Commission européenne contre le gouvernement hongrois sans qu’il soit très clair comment la population en apprécie les conséquences positives pour son niveau de vie et sa souveraineté.

Le président serbe continue de tenter de tenir une position d’équilibriste et d’annoncer être au bord d’un grand conflit qu’il déclare vouloir tenir à distance en renforçant les moyens de dissuasion serbe, en améliorant la situation économique. Il refuse de s’engager clairement (continuant à compenser la faiblesse structurelle de l’Europe à produire des munitions pour l’Ukraine, mais se déplaçant aux cérémonies du 9 mai à Moscou, par exemple).

La population connaît là aussi une fracture générationnelle et des intérêts sociaux économiques partagés avec une contestation croissante d’un pouvoir jugé corrompu et offrant une gouvernance insatisfaisante. Le souvenir de la seconde guerre mondiale et de la tentative socialiste, le guerres balkaniques et l’agression de l’OTAN s’affrontent dans l’opinion avec une attraction de l’UE qui reste forte, d’autant que la situation géographique du pays, encerclé par des puissances assez hostiles se fait sentir.

Front Sud

La Bulgarie a été l’objet d’une contestation de masse de la corruption du pouvoir exécutif qui ne remet pas en cause son alignement sur l’OTAN dans la mer Noire, s’agissant plutôt d’un mouvement générationnel et socio-économique plus que d’une remise en cause de l’UE et d’un retour vers l’histoire d’amitié avec la Russie.

La Roumanie, après la normalisation par l’UE et les services français, continue de s’intéresser à récupérer la Moldavie et à devenir un pion majeur du flanc Sud de l’OTAN. A cet effet il est prévu d’installer un hub logistique qui sera le pendant de celui de Reszow en Pologne, permettant de soutenir les chaînes militaires nécessaires au Sud de l’Ukraine (Grèce/Roumanie/Bulgarie) pour un couloir Mer Égée /mer Noire en tandem avec celui de la Baltique pour l’acheminement des troupes et des moyens vers l’Ukraine et contre la Russie. L’armée roumaine, notoirement en deçà des standards OTAN, envisage également un rééquipement et une remise à niveau considérable.

En périphérie, la Géorgie fait toujours l’objet de pression européenne[23], l’Arménie normalise ses relations avec Bakou, en s’inscrivant dans une projection économique sous contrôle étas-unien et une intégration de plus en marquée avec l’OTAN, d’ailleurs partagée par l’Azerbaïdjan en un condominium américano-turc. L’opposition arménienne semble sous contrôle malgré l’exil des habitants du et le pays s’écarte de plus en plus clairement de Moscou et de l’OSTC.

Avançant ses pions avec succès et l’aval de Washington (Résolution du conflit Azero-arménien) dans son jeu pantouranien[24], Ankara cultive l’ambiguïté par rapport à la Russie (rencontre avec Vladimir Poutine au Turkménistan et critique des attaques ukro-britannique dans les eaux territoriales turques, mais soutien à Kiev dans la question des frontières, tout en soulevant la question d’une Crimée tataro-ottomane). Le nouveau régime syrien s’avère moins fidèle que ses origines et l’appui turc au Ayat Tahrir el cham (HTC) d’Al Chaara / Al julani auraient pu le faire espérer, mais le pays est davantage en proie à des séparatismes (encouragés par Israël et les USA dans leurs zones d’influence, l’Iran étant actuellement hors-jeu) qu’à une opposition frontale d’Ankara avec Moscou, qui conserve pour l’instant ses deux bases et un rôle d’arbitre relatif. Des ministres du nouveau gouvernement syrien ont été reçus à Moscou et le président par intérim Al Chaara cultive probablement l’espoir que la multiplication des sponsors[25], certes favorables à un morcellement, permette aussi de limiter leurs influences respectives. L’implantation russe en Afrique devra aussi prendre en compte le développement de l’influence turque. En Libye les forces du maréchal Haftar, soutenues par Moscou et les tribus, restent plus ou moins équilibrées par le gouvernement de Tripoli -entité fictive mais reconnue internationalement- et les Misrathis, qui bénéficient de l’appui direct des Turcs[26]. Ankara s’intéresse à la Méditerranée, ce qui a créé des frictions avec la France, mais bénéficie d’une coopération avec l’Italie, qui renforce également ses positions dans le Maghreb.


[1]. Surconfiance de personnes s’estimant plus compétentes qu’elles ne le sont (phénomène non démuni de liens avec l’environnement culturel, à rapprocher de l’hybris occidental courant)

[2]. Objectif de la doctrine Wolfowitz et de la vision de Z. Breszinsky dans la continuation de la géopolitique du Heartland de Mc Kinder et du contrôle du Rimland de Spykman. La politique US en Ukraine kievienne découle de cette volonté ancienne de briser initialement le heartland germano-russe. Elle s’est transformée en objectif de scission Russo-chinoise. C’est une stratégie permanente depuis 1945 voire 1917, la crainte d’une unification de l’Europe par une puissance continentale justifiant l’envoi des Boys.

[3]. On rappellera le soutien de Wall street au IIIème Reich, les liens avec Vichy et la mission du banquier Jean Monnet pour monter une Europe fédéralisée et anti nationale ; projet totalement intégré par les traités de Maastricht et Lisbonne, et validé par les dirigeants européens, présidente de la Commission liée à Pfizer, Premier ministre britannique lié à la City, Chancelier allemand en rapport avec la finance et président français issu de Rothschild…

[4]. départ de Elon Musk, fronde de certains financeurs, querelles internes au GOP et entre trumpistes 2017 vs Trumpistes 2022

[5]. révélations Epstein sur Trump, contrées par celles sur les Clinton

[6]. « coalition des volontaires », une ligne Biden ou Français et Allemands cherchent à prendre le leadership

[7]. critiques contre Tucker Carlson, Tulsi Gabart, Peter Hegseth, avec JD Vance en cible finale et la question israélienne en toile de fond

[8]. Comme proclamé dans une stratégie de sécurité nationale moins en rupture que l’on a voulu le dire.

[9]. 5% du PIB pour l’OTAN, réarmement de l’Europe occidentale, remise à niveau des armées US comme outil de puissance à vocation économique et stratégique

[10]. Selon Seymour Hersch, le deal trumpien serait de faire accorder aux firmes US 50% des sommes allouées à la reconstruction de l’Ukraine où Blackrock est d’ailleurs déjà bien implanté

[11]. Il faut songer au « deal sur les terres rares avec Kiev mais aussi à l’incroyable chantage opéré sur l’UE en menaçant de droits de douane d’importation

[12]. Hypothèse non exclue par le Suprême russe et qui a évidemment les faveurs de la nomenklatura ploutocrate russe ; elle explique aussi la soi-disant bienveillance de Donald Trump dans son approche de la Russie

[13]. L’amiral italien Giuseppe Cavu Dragone, président du comité militaire de l’OTAN affirme ainsi « que l’OTAN n’exclut pas la possibilité dune frappe préventive contre la Russie », option suggérée à propos de Kaliningrad tant par l’ancien général US que par le polonais.

[14]. Ce pays de 6,5 millions d’habitants aligne 280 000 militaires, va porter sa réserve à 900 000, dispose de 64 chasseurs F18 et achète 64 F-35 A, compte 100 Leopard 2A4 et 100 Leopard 2 A6, 400 VBCI et 870 VTT, une centaine d’obusiers automouvants et une centaine de lance roquettes multiples, ce qui a de quoi faire réfléchir une France de 68 millions d’habitants… Le président Finlandais a déclaré que la Russie était la menace numéro Un pour l’Europe.

[15]. La politique polonaise d’acquisition d’armes permettra de créer une force conventionnelle considérable mais disparate, ce qui s’avérerait nuisible au maintien en condition et à l’homogénéité de la formation et de la doctrine dans le temps. C’est également un choix peu favorable au développement d’un vrai complexe militaro-industriel ou base industrielle et technologique de défense nationale. On peut interpréter cela soit comme l’anticipation d’une crise à très court terme (où ces défauts n’ont plus de conséquences), soit par un réflexe d’accumulation tant que la situation internationale est propice aux financements de ces choix budgétaires miliaires, selon une philosophie « tout est bon à prendre ».

[16]. Le directeur du FSB Bortnikov prévoit une augmentation de attaques sur le sol russe, 12500 IED ont été neutralisés, 273 attaques déjouées et 2000 auteurs interpellés, ce qui n’ a pas empêché un nouvel assassinat d’un général russe à la voiture piégée, en plein Moscou.

[17]. Les Britanniques ont exercé une influence efficace en Afghanistan contre l’URSS, puis en Tchétchénie contre la Russie et manipulent des factions islamistes ayant des ramifications dans les États riverains et sur le sol russe. C’est une continuation du « grand jeu », Londres étant hostile à la Russie depuis la guerre de Crimée au moins.

[18]. Il a déclaré que les soldats allemands pourraient devoir affronter directement les Russes en Ukraine, une première depuis 2022.

[19]. Il a déclaré le 12 décembre que « tant qu’il y a une guerre de l’Ukraine contre la Russie le reste de l’Europe est en sécurité », dans la ligne qui affirme que Kiev se bat pour l’UE.

[20]. On peut donc considérer que la date réelle estimée est antérieure, probablement 2027. Kiev a publié une estimation qui postule que l’avantage russe sur le terrain cesserait en février 2026, d’autant qu’un plan de mobilisation de 2 millions de personnes (hommes de plus de 18 ans et femmes) semble envisagé . Le ministre russe Belussov a lui déclaré que « l’OTAN prépare un affrontement en 2030 ». Nombre de commentateurs occidentaux estiment aussi que l’économie russe, qui a cessé de progresser en 2025 va régulièrement décliner jusqu’en 2030, les prévisions pour la production d’hydrocarbures étant également négatives. Il faut tenir compte de l’effet propagandiste et d’intoxication de part et d’autre, naturellement

[21]. Aidé en cela par le principe des standards de l’OTAN, les impératifs de compatibilité avec les armes nucléaires américaines et un lobbying agressif qui conduit des pays comme la Suisse et la Finlande à acquérir des F-35 au lieu de Grippen qui seraient notoirement mieux adaptés à leur contexte géographique et à leur réalité industrielle

[22]. Souvent en petite quantité mais médiatiques : AMX 10 RC ayant ouvert la voie aux livraisons de chars par les autres pays, Mirage 2000, missiles SCALP…

[23]. Avec soutien français, contestation du gouvernement et des applications constitutionnelles, manifestations contre les « arabes » visant à maintenir la subordination du pays aux financements de l’UE en supprimant les options alternatives par investissements des Émirats Arabes Unis. Ces derniers sont en opposition avec le Qatar qui a beaucoup investi dans les élites de l’UE et qui s’alignent avec la Turquie.

[24]. Le 11 décembre, la Turquie a réitéré ses prétentions à récupérer les anciennes provinces ottomanes et les États turcophones, à l’assemblée de l’organisation des États turcs.

[25]. Le chef du régime, devenu respectable, a été reçu par le président Macron, le prince Mohammed ben Salman, le président Trump, reconnu par l’Union Européenne et finalement l’ONU…

[26]. On peut s’interroger sur le crash du Falcon du chef d’état major de Tripoli au retour de Turquie et également sur la présence de Français dans l’équipage, alors qu’Ankara et Paris semblent sur des trajectoires de confrontation apparente.

Olivier CHAMBRIN

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