Sur la nouvelle stratégie de sécurité nationale des États-Unis d’Amérique
Le 4 décembre 2025 était publiée la « nouvelle » stratégie de sécurité nationale des USA (national security strategy, NSS). Dès janvier 2026 ses implications apparaissaient au Monde, au Venezuela, en Iran et au Groenland.
Les documents de stratégie de sécurité nationale ne constituent pas réellement une doctrine mais plutôt une déclaration d’intention, expression de la vision géopolitique de la Maison Blanche. La pratique a été instauré sous la présidence Reagan afin de communiquer avec la Chambre des représentants et le Sénat. Elle n’est ni systématique ni périodique. Elle s’impose aux forces armées puisque le POTUS en est constitutionnellement le chef, mais pas aux parlementaires qui contrôlent les budgets. Ces textes d’orientation politique peuvent donc être complètement revus lors d’un changement ou d’un revirement de l’Exécutif, une limitation structurelle en termes d’analyse prospective. Celle de décembre 2025 est inhabituellement idéologique, mentionnant les combats partisans et prolongeant les thèmes de la campagne trumpiste.
Certains commentateurs ont annoncé une « rupture », la Russie et la RPC n’étant plus expressément nommées comme menaces. A la lecture du texte et de son commentaire par Peter Hegseth1 du 6 décembre 2025, il semble que cette vision qui reprend des principes mis en œuvre sous les présidences Reagan de 1981 à 1989 (« Donald Trump est le véritable héritier légitime de Ronald Reagan » selon le Chef du Pentagone) est au contraire ancrée dans le temps long.
Pourquoi une évolution de la SSN : Analyse liminaire du contexte et des références affichées
Ronald Reagan s’ajusta aux réalités du temps : usure sociale et culturelle du modèle d’American way of life, nécessité de restructuration économique, traumatisme du Vietnam et remise en cause du leadership des USA, contestations internes des années 60 et 70. Philosophie politique de raison promouvant le néolibéralisme économique et tenant compte des capacités US, elle fut maintenue sous G. Bush Sr (lucide ex-directeur de la CIA) mais ensuite hypertrophiée sous l’influence de Néocons (« ses soi-disant disciples [de Reagan] ont abandonné ses politiques judicieuses au profit d’un néoconservatisme et d’un mondialisme économique incontrôlés ») grisés par la chute de l’URSS. Envisageant une recomposition du Monde, confrontés à l’hyperterrorisme2 liée à la réapparition de forces civilisationnelles3, et décomplexés dans leurs entreprises prédatrices. Il faut d’ailleurs rappeler que celles-ci, sous des formes politico-juridiques « partenariales » facilitées par le contrôle des enceintes diplomatiques et des entités arbitrales internationales, n’avaient rien à envier aux pressions décomplexées actuelles de Donald Trump, notamment en matière de géopolitique de l’énergie et de « reconstruction » d’États4.
Comparaison n’est pas raison mais le commentaire de Peter Hegseth révèle cette filiation avec la politique des années 80, en réaction à des difficultés relativement similaires : émergence d’une contestation wokiste absorbée par les démocrates US et fissurant le consensus social d’une nation pourtant bâtie sur l’immigration, mais -après une question noire mal résolue- qui peine à gérer le contrôle migratoire de masses échappant au melting-pot, guerres extérieures devenues trop coûteuses et impopulaires, concurrence de rivaux stratégiques et économiques (en premier lieu la RPC, dans une moindre mesure la Fédération de Russie et la Fédération Indienne) et remise en cause de l’hégémonie US par la logique multipolaire en faveur hors de la sphère occidentale.
En somme, pour reprendre en main la Société, il faut améliorer la situation économique, ce qui implique une politique de puissance, laquelle impose un appareil militaire qui est lui-même dispendieux. Cette aporie bien identifiée historiquement sous-tend la vision états-unienne5, avant et pendant la présidence Trump.
L’analyse qui sous-tend la stratégie définie par l’Exécutif états-unien considère que la ligne idéologique post-reaganienne reposait sur l’alliance du néoconservatisme et du mondialisme économique. Or, les USA n’ont plus les moyens de maintenir cette option en intervenant à l’échelle de la Planète, ce qui créée un déficit insoutenable et un poids du financement diplomatico-militaire excessif. Il convient donc d’opérer une révision, non par l’abandon de la puissance en supprimant des capacités, mais en rééquilibrant les affectations de ressources en fonction de priorités mises à jour pour maintenir l’hégémonie. Il s’agit de ne plus assumer des responsabilités mondiales si elles ne sont pas liées à l’intérêt national US. Hegseth affirme que la puissance états-unienne souffre d’un étirement excessif, non justifié ; il annonce la fin de l’unipolarité, dont la SSN prend acte pour se recentrer plus efficacement. En somme, la doctrine Weinberger6 inspirée par la débâcle au Vietnam revient sur la doctrine Wolfowitz7 qui a conduit aux échecs afghan et irakien. Mais cela ne signifie nullement qu’il n’est plus envisagé d’assurer une action internationale si elle bénéficie aux intérêts des USA, comme l’actualité en témoigne. Rejetant l’héritage wilsonien repris par Biden, la SSN fait référence à Theodore Roosevelt (qui avait déjà ajouté un corollaire à la doctrine Monroe de 1823) et à Dwight Eisenhower dont le secrétaire d’État John F. Dulles avait introduit en 1952 la stratégie de roll-back (refoulement) contre l’URSS succédant à celle du containment (endiguement) initiée dès 1946 par GF Kennan comme élément-clef de la doctrine Trumann (débouchant sur le plan Marshall et la création de l’OTAN).
La stratégie militaire est donc guidée par la Direction politique sous Trump II par une volonté de rééquilibrage économique permettant à la fois de soumettre les forces centrifuges aux USA et de réinstaurer la primauté stratégique mondiale de l’hégémon, les deux impératifs étant liés. Il s’y ajoute une dimension métapolitique de refondation des USA sur les valeurs traditionnelles qui implique également une lutte interne et externe. Cependant ce mouvement MAGA (notamment dans sa branche incarnée par le vice-président Vance) s’oppose au Néoconservatisme incarné par les Faucons républicains ; lesquels sont paradoxalement alliés aux Démocrates (en apparence, car ils partagent en réalité des intérêts financiers dans le Deep state et les élites capitolines de Washington) eux-mêmes favorables aux guerres extérieures. C’est pourquoi dans un premier temps le président Trump a mis en avant son « pacifisme », sa volonté de régler les différents par le deal et non une guerre (coûteuse). Mais la Realpolitik a conduit à faire évoluer ces orientations. Car le levier militaire s’avère toujours utile -voire nécessaire- pour « continuer la politique par d’autres moyens ». Sur la forme on peut trouver la démarche trumpienne quasi-mégalomaniaque, nourrie d’un narcissisme médiatique probablement amplifiée par le fait d’avoir miraculeusement survécu à un attentat. Sur le fond toutefois elle n’est aucunement nouvelle mais renoue au contraire avec les fondements de la stratégie états-unienne.
Que sous-tend la SSN : enjeux nouveaux et nouvelles règles mais continuité de la ligne d’intérêts US
Dans la logique énoncée supra, l’orientation stratégique est recentrée sur l’hémisphère occidental, considéré comme appartenant à la suzeraineté des États Unis d’Amérique8 (« recruter des champions et s’étendre »). Cette définition non géographique mais politico-culturelle, voire civilisationnelle dans l’esprit huntingtonien, consiste en une forme d’union des Amériques et de leurs aires projetées sur les limes Pacifique et Atlantique. La modification rapide du substrat démographique, culturel et religieux de l’Europe occidentale accentue le découplage d’avec les USA trumpiens (alors que l’UE est au contraire une extension des USA démocrato-wokistes). Les États européens ne sont plus considérés comme des alliés ni même des vassaux sûrs, mais il est impensable de laisser sans protection le flanc Est des USA (« aider l’Europe à corriger sa trajectoire actuelle »). Par une politique d’hystérisation de la menace russe associée à une volonté de rebâtir l’économie sur le réarmement, Washington peut se permettre un désengagement (relatif) car il sera compensé par la création d’une rivalité militaire avec Moscou assumée par les Européens (« transfert de charges »). Cela aura pour double résultat d’affaiblir l’économie de l’UE tout en servant les buts stratégiques états-uniens face à Moscou, donc indirectement à Pékin.
Ce n’est pas une rupture avec la politique extérieure des USA depuis 1945 ; ces tendances ont existé dès les années Clinton, ont persisté sous Obama qui avait tenté une première approche de réajustement économico-militaire, et elles sous-tendaient largement la politique Biden, qui a réalisé le découplage germano-Russe et amorcé la création d’un proxy militaire Kiévien. Mais effectivement le souverainisme trumpiste a des conséquences sur l’implication de Washington « au profit » de ses alliés/vassaux. L’influence par soft-power initiée après la première9 et surtout la seconde guerre mondiale10, quoiqu’ayant permis la création de marchés par assimilation civilisationnelle de l’American way of life, a aussi imposé des investissements jugés désormais trop coûteux11 et de plus néfastes pour la gouvernance US par effet de feed-back12. Il est néanmoins cyniquement demandé à l’Europe de rester un marché et un fournisseur de subsides par chantage douanier, mais en plus de contribuer davantage à se défense afin d’alléger la charge de Washington au sein de l’OTAN. Cette structure qui avait servi à légitimer les interventions de Washington dans le cadre international13 n’est plus aussi utile dans le nouveau schéma mental et diplomatique US et elle était tenue à bout de bras par Washington, ce qui explique le relatif désintérêt manifesté par les USA dans le nouveau cadre qui tente de se mettre en place. La contrepartie de ce désengagement relatif est censée tenir dans une moindre immixtion de Washington dans les affaires locales14.
Que dit la SSN : récapitulatif des principes et objectifs définis
« Ce document est une feuille de route destinée à garantir que l’Amérique reste la nation la plus grande et la plus prospère de l’histoire de l’Humanité, ainsi que le berceau de la liberté sur terre ».
- La protection du territoire et des frontières et priorisée, en interne (lutte contre l’immigration-invasion, le trafic de drogue) et par un « golden dome » censé écarter la menace des missiles nucléaires intercontinentaux.15
- La sécurité économique intégrée (diplomatique, logistique, industrielle, énergétique, technologique)16 devient prééminente (ce qui justifie l’emploi de la force militaire pour atteindre des objectifs économiques ne pouvant être obtenus autrement).
- Le rééchelonnement de la hiérarchisation géographique a choqué les Européens. Les deux Amériques redeviennent centrales, par un « corollaire Trump » à la doctrine Monroe qui les redéfinit comme « hémisphère occidental ». Cela implique de décourager la collaboration locale avec d’autres partenaires extérieurs et a déjà des effets sur les alliances politiques russes et les partenariats économiques chinois. Il se posera certainement bientôt le problème du Brésil, membre important des BRICS, de Cuba et du Mexique (davantage impliqué dans les cartels et les stupéfiants qui inondent les USA que le Venezuela en réalité, sans parler des masses de migrants qui viennent de, ou traversent ce pays). Changement notable, « l’époque où le Moyen-Orient dominait la politique étrangère américaine est heureusement révolue ».
- L’abandon de la notion de compétition des grandes puissances (pourtant présente dans la SSN-2017 de Trump I) explique que Russie et même RPC ne font plus l’objet de chapitres particuliers. La Russie est considérée comme un facteur de stabilisation en Europe, ce qui explique la volonté de résoudre le conflit en Ukraine. La RPC devant faire l’objet d’un rééquilibrage économique (mais on constate une résurgence du principe de roll-back de la Chine aux Amériques). Le document revient cependant sur le contrôle des îles de la mer de Chine, la consolidation de l’alliance occidentale AUKUS17 dans la zone indo-pacifique et le maintien de Taiwan comme proxy contre Pékin18.
- Le document innove en évoquant la « santé culturelle » et la « santé spirituelle » comme enjeux stratégiques. Critiqués par certains commentateurs pour leur caractère subjectif, ces concepts font sens dans le cadre d’une stratégie holistique où les forces morales s’affirment comme un substrat indispensable à la volonté de défense, ce que les Européens semblent d’ailleurs (re)découvrir après l’avoir longtemps nié par antinationalisme et rejet des valeurs traditionnelles. L’insertion de ce volet dans la SSN confirme l’orientation du texte vers la lutte interne, politique, sociale et culturelle.
- L’Europe est toujours perçue positivement à la différence de l’Union européenne. Les positions idéologiques des traditionalistes (déjà énoncées par le vice-président Vance à Munich) apparaissent dans le constat d’une perte de souveraineté nationale face à l’UE et l’évocation d’un « effacement civilisationnel » ; ce dernier conduit à s’inquiéter de la fiabilité d’États alliés -dont au moins un, la France, dotée d’une force nucléaire indépendante- minés intérieurement.
Le secrétaire à la guerre a développé certains points de la NSSN alors encore secrète :
- L’étirement imposé par la posture globale rendue possible par la période unipolaire conduit à un « non-interventionnisme ».
- Les puissances rivales, au premier chef la RPC, doivent être dissuadées sans confrontation directe (« paix par la force »).
- Les Alliés devront accepter davantage de charges dans une démarche de vassalisation assumée plus que de consensus sur des valeurs communes.
D’où vient la SSN
Dans le temps long, les USA sont une thalassocratie qui inscrit ses logiques stratégiques dans celles de son ancienne Métropole britannique19. Pour une île dotée d’une population et de moyens relativement limités, la capacité à se projeter sur les mers, à les interdire et à contrôler les territoires par leur littoral, s’est imposée comme moyen stratégique dans le cadre d’une politique d’action périphérique. Les USA ont intégré cette vision en la redimensionnant à l’aune de leur puissance économique et démographique croissante. Cette vision correspondait à la structure politico-économique du Royaume-Uni puis des États-Unis d’Amérique, sans monarchie absolutiste. La présence d’une noblesse capitaliste foncière investissant dans le commerce maritime et représentée par les lords de l’Amirauté a traduit la cohérence entre l’infrastructure économico-financière et les superstructures sociopolitiques et militaires. Cela produisit un art de la guerre axé sur l’interventionnisme et l’étouffement de l’adversaire par cercles concentriques et des actions périphériques sapant son économie et sa société afin de préparer l’ultime coup de boutoir des opérations terrestres. Cette philosophie militaire préside aux USA depuis la guerre civile de 1861-65 et la pleine application de ces principes stratégiques.
Mais la posture globale entraîne des coûts jugés désormais excessifs. Le rééquilibrage états-unien s’apparente à la transition de l’Empire romain bicéphale vers l’unité byzantine : confronté à une extension difficilement gérable par les communications de l’Antiquité, l’Empire a dû s’adapter à des menaces accrues. Sa sécurité reposait initialement sur son expansion, la gestion d’États clients et sa capacité de projection militaire (raids punitifs). Cette défense de l’Avant, complétée par une politique de sanctuarisation derrière un limes, devint une défense en profondeur lorsque les frontières ne purent plus être sécurisées. La réforme de Dioclétien et le partage en deux aires, occidentale et orientale, de l’Empire, vit finalement l’effondrement de l’espace romain mais la survie pour un Millénaire de Byzance. Sans renoncer à la puissance militaire, cette géostratégie tirait les conclusions de la situation de l’époque et des moyens disponibles. Après l’abandon de la reconquête justinienne, Byzance survécu par la diplomatie, nouant et achetant des alliances, manipulant les factions chez l’adversaire et reconfigurant ses forces armées pour conserver une capacité d’intervention tout en protégeant les territoires (dans la vision pré-féodale des Thèmes). A la « politique du fer » des Césars de Rome succéda une « politique de l’or » des Basileus de Constantinople. Toutes proportions gardées, la NSS-2025 nous parait s’inscrire dans cette philosophie.
Quelques réflexions sur la réalité de la SSN
Quoique revendiquant un retour décomplexé à la politique de puissance et appuyée sur une force militaire considérable aux capacités avérées, la SSN états-unienne pourrait bien en réalité découler de la prise de conscience d’une vulnérabilité accrue des USA. Celle-ci est camouflée sous des actions et des déclarations qui relèvent d’une frustration incantatoire et compensatrice d’un POTUS dont la psychologie et la méthode médiatique accentuent ces traits. Cette nouvelle orientation s’enracine dans la politique reaganienne de « retour » des USA après le Vietnam et la faiblesse des années Carter.
Depuis 1945 les USA ont tenté de contenir et refouler les puissances rivales, en évitant une confrontation directe aux conséquences inconnues et en privilégiant l’action périphérique dans l’esprit anglo-saxon. Cela mit en scène à l’occasion l’écrasement d’adversaires nains (Grenade 1983, Panama 1989, Irak 1991, Ex-Yougoslavie 1992-1999…) comme autant d’exemples destinés à soumettre par la menace ; les interventions massives (Corée 1950-53, Asie du Sud Est 1965-75, Irak/Afghanistan 2003-2023…) et même certaines interventions limitées (Intervention au Liban, « Guerre contre la drogue en Amérique latine, « Intervention humanitaire » en Somalie…) ayant généralement été des échecs. La SSN tente de tirer les enseignements de ces actions passées sans véritablement créer une rupture ontologique.
La doctrine militaire US a déjà tenté de valoriser le rôle des forces spéciales pour des opérations fine et généralement réussies (contre l’URSS en Afghanistan, contre la Russie en Tchétchénie, en Afghanistan en 2001, en Ukraine de 2014 à 2024) mais cela a finalement dégénéré en engagements massifs et ratés. Cela explique le retour à une exploitation des proxys et la limitation de l’intervention directe, semble-t-il limitée aux actions où la supériorité états-unienne peut jouer à plein20 sans risquer d’être altérée ou neutralisée par une durée synonyme d’augmentation des coûts, de pertes d’efficience opérationnelle et par ailleurs défavorablement perçue par l’opinion interne US.
On peut conclure de cette analyse et de l’examen historique que la SSN n’inaugure nullement une période de retrait pacifiste des USA. Elle signifie en revanche la fin de la pensée juridiciste et multinationale instaurée après 1945 comme instrument de la domination occidentale. Sans proposer nettement un « nouveau Yalta », partage du Monde entre Néo-empires (de puissances inégales entre eux) comme certains l’affirment, elle recentre les capacités US vers des priorités, plus immédiates et directes -car leur résilience globale, leurs ressources et capacités ont diminué et handicapent une gestion d’investissement non immédiats- en acceptant les « deals » pragmatiques et en faisant moins référence à des « valeurs » de toute façon devenues peu efficaces comme moyens de façonner les opinions et de justifier les actions, car de moins en moins partagées et acceptées sur le Globe.
L’étude de la position géostratégique de la Fédération de Russie fait remonter des facteurs défavorables, liés à l’étirement des ressources nécessaires à une guerre civilisationnelle : une démographie insuffisante et l’hétérogénéité de ses populations ; un début de crise économique organisée par ses adversaires pour saper le socle social et politique et affecter de manière critique la capacité militaire ; les limites de ses capacités de projection pour protéger ses atouts et ses alliés. Des facteurs positifs existent également : existence d’une population pratiquant encore un consensus culturel et patriotique, résilience psychologique historiquement démontrée ; gouvernance solide autour d’un leader charismatique, visionnaire, bénéficiant toujours d’une excellente popularité et encore capable de plier l’exécutif et le corps administratif à ses vues, tant en termes de développement intérieur que de direction stratégique de la guerre en cours ; économie encore solide et en voie de diversification pour éviter le plombage de l’économie des hydrocarbures ; survivance d’un réseau diplomatique (RPC, Inde, BRICS, OPEP) et audience de populations pour lesquelles la résurgence hégémonique US assumée est un repoussoir. Il s’y ajoute la modernisation et la solidité technologique et pratique de l’armée russe dans le creuset du front. Il faut noter que les faiblesses critiques en Russie listées ci-dessus s’appliquent également aux USA, en réalité. Il peut sembler également que les efforts de Donald Trump visent à mettre en place un système qui bénéficieraient des mêmes forces que celles relevées pour la Russie. Mais cette démarche se heurte à deux obstacles :
- Une résistance plus forte du milieu intérieur US avec une opposition coalisée Néocons/Démocrates/lobbies immigrationnistes et LGBT-woke, bien plus puissants que les Kreativnyi en Russie et même que les diasporas. Cette vulnérabilité du MAGA est amplifiée par la pratique électorale et notamment les mid-terms et la possibilité de briguer un troisième mandat présidentiel.
- La vulnérabilité des efforts de relance d’une économie qui a été mondialisée et la faible acceptabilité interne comme externe de la stratégie de prédation nécessaire. Situation aggravée par l’impact de la situation intérieure (parlementaire et d’opinion) sur les choix de la SSN indispensables au bon fonctionnement de la chaîne financière et productive de captation dont elle est l’outil.
Il est donc bien difficile de prétendre prophétiser les effets dans le moyen terme de la SSN récemment adoptée, d’autant qu’elle peut être modifiée sans processus lourd ou complexe. La réversibilité des orientations sera fonction des évolutions internes aux USA. Toutefois, les conséquences du comportement de Washington ne seraient probablement ni facilement ni rapidement annulées, pas plus en Europe qu’en Amérique latine ou même au Canada. Davantage qu’à Moscou où les actions du premier mandat du POTUS Trump ont fait l’objet d’études, ou même à Pékin qui a démontré à deux reprises ses capacités à réagir et à résister aux velléités de Washington21.
1 Ces textes diffèrent des précédents par l’hommage permanent quasi-indécent au Président Trump cité nommément 27 fois en 29 pages, qui dénote d’un ciblage interne autant qu’international du document.
2 Dont on peut se demander dans quelle mesure elle s’est imposée, ou si elle a bénéficié-voire été créée- par l’Occident pour justifier « une fin de l’Histoire » placée par la force sous leadership US.
3 Le livre « Le choc des civilisations » de S. Huntington date de 1996
4 Dans l’ADN états-unien depuis la fin de la guerre civile de 1861-65 et le traitement de la question indienne.
5 État bâti sur l’expansion colonialiste intérieure puis extérieure comme moteur économique et financier
6 Le secrétaire à la défense du président Reagan a présenté cette doctrine d’emploi de la force militaire conventionnelle qui tirait les leçons de l’engagement au Vietnam et répugnait à l’engagement des forces armées sans satisfaire à huit points tenant à la réalité d’un consensus sur les intérêts vitaux des USA et à une stratégie de dégagement, faisant faisait de la guerre la continuation d’une politique claire. Conçue par Colin Powell elle a néanmoins servi de cadre à la première guerre d’Irak en 1991, puis au prix de manipulations visant à obtenir le soutien international et interne (pseudo « armes de destruction de masse ») à la seconde.
7 Orientant les actions budgétaires stratégiques et militaires 1994-99 et intégrant les visions de Dick Cheney et Colin Powell, elle postulait en 1992 que les USA devenus unique superpuissance mondiale devaient préserver cette position en conservant la capacité à dissuader l’émergence de rivaux, unilatéralement ou avec un soutien limité d’alliés. Ce point a ironiquement valu à l’époque la critique de Joe Biden qui craignait la réaction des alliés japonais et allemands, alors que la même logique a été suivie par les gouvernements Clinton et Obama puis le sien.
8 L’Occident, bloc tournant autour des USA, s’oppose ainsi à l’Hespérie, civilisation d’essence européenne, le Vieux Monde étant d’ailleurs rejeté par les Pères fondateurs expulsés pour leur fanatisme, puis développant une économie concurrente fondée par une théorie de l’Alliance (Biblico-messianique, élitiste autour d’une « destinée manifeste ») reposant sur la prédation interne puis le rayonnement international suzerain.
9 A l’poque dirigée contre le IIème Reich menaçant de devenir une puissance continentale majoritaire en Europe, mais aussi largement contre les États européens anciennement dominants.
10 En achevant les anciennes puissances coloniales européennes et en fédérant un ensemble géostratégique « occidental » contre l’URSS.
11 Car la ressource US limitée doit être réorientée vers des investissements plus rentables notamment face à l’Asie
12 Ainsi, l’idéologie wokiste et l’implantation politico-financière des démocrates overseas sont des facteurs négatifs pour le MAGA et la reprise en mains aux USA mêmes.
13 La SSN sous Biden en 2022 reprenait de celle publiée sous Obama en 2015 la notion « d’États unis au cœur de l’ordre international fondé sur des règles ». On en a vu l’application réelle, comme des principes de Woodrow Wilson après 1918… La mise en place de structures internationales après 1945 a dans les faits permis aux USA d’imposer un ordre mondial libéral, malgré l’effet compensateur de la rivalité avec l’URSS puis la Chine après 1949 et de la troisième voie issue des décolonisations. Cet équilibre balayé après 1991 et la « fin de l’Histoire » a généré tous les abus impérialistes de faucons, Néocons comme Démocrates, administrations Clinton, Obama et Biden comprises. Les nationaux conservateurs rompent donc avec ce système, considéré comme néfastes aux intérêts états-uniens par son coût et les limitations de souveraineté. Les USA ne veulent plus jouer le rôle d’Atlas (portant le monde sur ses épaules) ni celui de gendarmes du monde.
14 Comme de laisser les Européens « se débrouiller » avec la Russie. Cette politique est avantageuse puisque l’UE devient un bloc russophobe marqué dans l’esprit de l’OTAN original contre l’URSS, à frais réduits pour les USA qui n’ont plus à financer cette citadelle mais peuvent en plus y vendre leurs armements.
15 Le contrôle de l’espace aérien, bien dans l’esprit de « l’Air control » des Anglo-saxon qui font des forces aériennes un vecteur principal de leur projection de puissance, est en accord la prolifération des missiles (notamment hypersoniques russes) et drones, mais contrevient totalement à l’esprit des accords nucléaires (START, ABM) d’ailleurs dénoncés par l’Exécutif états-unien avant Donald Trump.
16 Vision cohérente et pertinente mais qui permet aussi de satisfaire les donateurs issus du secteur de la TECH, par ailleurs envisagée comme un futur pôle de suprématie internationale et d’emploi localement.
17 Après la visite du président russe en Inde, les déclarations du POTUS semblent démontrer une incompréhension de la position de ce pays qui ne souhaite pas intégrer l’alliance occidentale comme le Japon et l’Australie et considère la Russie comme un tampon stabilisateur des relations avec la RPC, passant de la multivectorialité à l’autonomie.
18 La Corée du Nord n’est pas évoquée.
19 « Celui qui commande la mer commande le commerce ; celui qui commande le commerce commande la richesse du monde et par conséquent le monde lui-même » Sir Walter Raleigh (1554-1618)
20 Bombardements ponctuels en Iran en exploitant une supériorité technologique et logistique, le sabotage interne de la défense antiaérienne par la pénétration de la société iranienne et l’envoi en première ligne de la force aérienne israélienne ; coup de commando à Caracas en exploitant la trahison interne et la supériorité technologique et logistique ; arraisonnement de navires de la flotte fantôme russe en exploitant les failles juridiques et l’incapacité technique de la flotte militaire russe de protéger des atouts aussi nombreux et éloignés.
21 Après la capture du président vénézuélien, la RPC a riposté le 4 janvier : la banque centrale chinoise a gelé les opérations en USD avec la BITD états-unienne (Lockeed, Raytheon, Boeing et general dynamics). Puis la China state grid corporation est revenue sur ses contrats avec les fournisseurs électriques américains. La China national petroleum Corporation a annulé pour 47 milliards d’USD avec les raffineries US et réorganisé ses routes d’approvisionnement, le pétrole prévu pour les USA allant désormais vers les BRICS. La China shipping company (40% du transport maritime mondial) détournant des ports US 35% du trafic.


