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Victorieuse à Roland-Garros, comment Mirra Andreeva a rendu fier le peuple russe !

À seulement 19 ans, Mirra Andreeva a inscrit son nom dans l’histoire du tennis russe en remportant Roland-Garros 2026. Une victoire qui a provoqué une véritable vague d’enthousiasme en Russie, où les grands médias nationaux ont unanimement salué l’exploit de la jeune championne originaire de Krasnoïarsk.

Lorsque Mirra Andreeva a remporté la finale de Roland-Garros face à la Polonaise Maja Chwalinska, elle est devenue la première joueuse russe à conquérir un tournoi du Grand Chelem depuis Maria Sharapova en 2014. À 19 ans seulement, elle est également devenue la plus jeune championne du tournoi parisien depuis plus de trois décennies.

Le quotidien sportif Sport-Express a multiplié les articles consacrés à la nouvelle star du tennis russe, soulignant sa maturité, son sang-froid et sa capacité à supporter la pression des grands rendez-vous.

Le portail sportif Championat, l’un des plus consultés du pays, a salué une victoire historique et estimé que le tennis russe avait trouvé une nouvelle figure capable de succéder aux grandes championnes de la génération précédente.

L’agence de presse d’État TASS a largement couvert le parcours de la jeune joueuse tout au long du tournoi, mettant en avant l’importance de cette victoire pour le sport russe.

De son côté, RIA Novosti a insisté sur l’immense popularité d’Andreeva auprès des supporters russes et sur la portée symbolique de son succès sur la scène internationale.

Le média sportif russe Match TV a également consacré de nombreuses émissions spéciales à la championne, analysant son parcours et les perspectives qui s’ouvrent désormais à elle.

Même enthousiasme du côté du portail Gazeta.ru, qui a présenté la victoire de la jeune Sibérienne comme l’un des plus grands succès sportifs russes de l’année.

Au-delà des médias, les réseaux sociaux russes se sont rapidement remplis de milliers de messages de félicitations. Pour de nombreux supporters, Mirra Andreeva incarne désormais le retour du tennis féminin russe au sommet du sport mondial.

Cette victoire est d’autant plus remarquable qu’elle intervient dans un contexte international complexe pour les sportifs russes. Malgré les contraintes et les controverses, Andreeva a réussi à s’imposer sur la plus prestigieuse terre battue du monde grâce à son talent et à sa détermination.

À seulement 19 ans, la protégée de Conchita Martínez n’a probablement remporté que le premier Grand Chelem d’une longue série. Mais une chose est déjà certaine : en triomphant à Roland-Garros, elle a rendu fier le peuple russe et redonné au tennis national une héroïne capable d’inspirer toute une génération. Dommage qu’on l’ait privée de l’hymne russe au moment de brandir son trophée Suzanne Lenglen.

Paolo Hamidouche

2 thoughts on “Victorieuse à Roland-Garros, comment Mirra Andreeva a rendu fier le peuple russe !

  • Élevons un peu le niveau pour dire deux mots à propos d’une autre personnalité dont la Russie doit être également très fière : Catherine II (1729 – 1796).
    Rappelons tout d’abord que l’Empire de Russie doit sa civilisation à quatre femmes qui y règnent avec éclat.
    La Russie était tombée dans un état lamentable quand apparut la grande Catherine II, qui fut pour son pays une sorte de Providence vivante, une rénovatrice de la vie intellectuelle, morale, matérielle.
    A ce moment, le pays était livré à l’ignorance, au luxe, à la grossièreté. Cela faisait une société où le désordre allait de pair avec le pouvoir.
    Il fallut une femme pour arranger tout cela.
    Catherine fut d’abord une femme malheureuse ; c’est cela qui la grandit et lui donna la connaissance de la nature humaine. « Mes deux maîtres, disait-elle, furent l’isolement et l’adversité. » Pendant 18 ans, elle vécut ainsi, isolée et désolée. Abandonnée de son époux Pierre III, qui passait ses journées à jouer avec des poupées et des soldats, et ses nuits dans des orgies immondes, Catherine fut à bonne école pour étudier l’homme. N’étant encore que fiancé, ce prince absurde et cynique se plaisait à entretenir la jeune fille qui allait devenir sa femme, de ses maîtresses et de ses intrigues amoureuses.
    C’est pendant que son mari s’amusait, que Catherine employait son temps à étudier la Russie, cette nouvelle patrie sur laquelle elle, princesse allemande, allait régner. Elle lisait, étudiait, cherchait, se rendait compte de toutes choses ; c’était le temps des idées nouvelles, elle connaissait les œuvres de Montesquieu, de Bayle, de Voltaire, de Rousseau, et s’assimilait l’esprit du siècle, qui du reste était le sien. Elle s’appliqua très sérieusement à devenir une grande souveraine, et ses efforts furent couronnés par l’attachement profond que le peuple russe lui témoigna pendant les 34 années de son règne. La Russie tout entière l’appelait sa « Mère ». Ce fut une véritable restauration du régime féminin.
    Dans des notes qu’elle laissa et qu’elle écrivait dans sa solitude, on trouve ces phrases :
    « Dieu m’est témoin que je ne souhaite que le bien du pays où sa volonté m’a appelée à régner. La gloire de la Russie est ma gloire. C’est mon principe. Je veux ce but général ; rendre tout le monde heureux.
    « La liberté est l’âme de tout ; sans elle, tout est mort. La liberté politique anime tout.
    « Pour un souverain qui veut être aimé et veut régner avec gloire, un pouvoir dépouillé de la confiance de son peuple ne signifie rien. Cette confiance est facilement atteinte par le vouloir du bien public et par la justice.
    « La paix est indispensable pour un grand empire comme la Russie. Nous avons besoin d’accroître la population, non pas de la diminuer. Ceci pour la politique intérieure ; pour l’extérieur, la paix nous assure plus de grandeur que les hasards d’une guerre toujours ruineuse.
    « Réunir la mer Caspienne à la mer Noire et la mer Baltique à la mer du Nord, et diriger par là tout le commerce indo-chinois, aurait pour résultat d’élever la Russie à un degré de puissance supérieur à celui des autres puissances.
    « Qu’est-ce qui pourrait s’opposer au pouvoir sans limite d’un souverain gouvernant un peuple de guerriers ? » (Bilfacoff, Catherine II, p. 246).
    Catherine II estimait que le gouvernement des peuples est soumis comme celui des individus à des règles fixes, et c’est l’évolution sociale qu’elle s’efforçait d’étudier, cherchant à réaliser dans les limites de son pouvoir les rêves de justice et de progrès des philosophes de son temps.
    C’est dans le but de faire des réformes qu’elle convoqua à Moscou, en 1767, des députés de toutes les parties de la Russie ; ils furent 545, à qui elle proposa l’examen d’un projet grandiose de réformes sociales. Elle se faisait l’illusion de croire que tous ces hommes allaient d’emblée comprendre ses idées généreuses. C’est dans son célèbre Nakaze, qu’elle leur présenta, que l’esprit de Catherine II se révéla surtout.
    Ce travail comprenait 655 paragraphes, entièrement composés par l’Impératrice qui y mit toute sa sagesse, toute la force de sa pensée, se faisant législatrice sans consulter aucun homme, ne voulant même pas connaître leur opinion pendant qu’elle travaillait, de peur d’en être impressionnée. Elle disait : « Il s’agit de passer un seul fil et de s’y tenir fermement. »
    Naturellement, son entourage la critiquait, les députés devant elle furent confus et indécis, mais elle eut le courage de persévérer dans sa grande entreprise, elle ordonna aux députés d’examiner ce Nakaze et leur demanda de lui faire connaître les besoins du peuple dans chaque province qu’ils représentaient. Le Nakaze fut appelé « le Grand Édit ». Leurs exposés furent appelés « Petit Édit ».
    Les travaux commencèrent par la lecture du « Grand Édit ». Les députés furent littéralement transportés, d’enthousiasme par le clair bon sens de l’Impératrice. Habitués à l’assujettissement servile, attachés eux-mêmes à l’ancien ordre de choses, ils recevaient du pouvoir suprême un exemple unique dans l’histoire de la Russie. Contrairement à tous les anciens usages, on les appelait « citoyens ». On les engageait à rendre compte de toutes choses cachées sous des apparences trompeuses et mensongères. Ainsi, le pouvoir suprême proposait à l’examen la conception d’un principe souverain de justice ordonnatrice ! Cette conception, offerte à des hommes ignorants, demeura obscure dans la plupart des esprits, qui ne comprirent pas les principes du Nakaze, tels que ceux-ci :
    « L’égalité de droit est dans l’égalité de lois pour tous les citoyens indistinctement.
    « Faites que les gens craignent les lois et ne craignent personne, excepté elles.
    « La liberté consiste dans la possibilité pour chacun d’agir selon ses facultés, sans se voir obligé à faire ce qui leur est contraire.
    « Nul ne doit porter condamnation pour ses paroles. Les paroles ne sont pas des actes qui souffrent châtiment. Parfois le silence exprime plus que la parole.
    « La défense ou la poursuite de certain culte est un mal pour la paix et le repos des citoyens.
    « C’est un grand malheur de ne pouvoir dire librement son opinion sous certains gouvernements. »
    Ces idées nouvelles étaient trop élevées pour être appréciées de l’esprit public qui régnait alors en Russie, et qui instinctivement les repoussait. Cependant, les députés furent vivement impressionnés en entendant les dernières phrases du Nakaze :
    « Tout cela n’est pas fait pour plaire aux flatteurs qui, possesseurs des biens terrestres, croient que le peuple est fait pour eux, alors que nous croyons et mettons notre gloire à croire que c’est nous qui sommes faits pour notre peuple ; en raison de quoi nous sommes obligés de dire les choses comme elles devraient être. Que Dieu nous préserve, après les travaux de ce Code, qu’il y ait un peuple plus équitable, et par conséquent plus heureux : l’intention de nos lois ne serait pas accomplie. Je souhaite de ne pas voir ce malheur. »
    Ces idées réformatrices étaient l’expression de la pensée féminine, enfin libre de se manifester ; c’était une brillante résurrection de la Justice et du Droit planant par-dessus les institutions existantes, reniant implicitement le despotisme des mœurs de la Russie moscovite, reniant les édits tyranniques de Pierre le Grand, et entrant d’emblée dans une période humanitaire jusque là inconnue dans les États masculins.
    Catherine, en femme supérieure, comprenait la raison d’être du Pouvoir, et le représentait comme une autorité morale exerçant une action providentielle pour le bien de tous.
    « Où est la raison du gouvernement autocratique ? Non celle d’ôter aux hommes leur liberté naturelle, mais celle de diriger leurs actes vers la plus grande part du bien. Par conséquent, le meilleur des gouvernements est celui qui est le plus en rapport avec la raison qu’on doit supposer aux êtres pensants pour la fin que tout gouvernement doit poursuivre sans relâche. La raison et la fin de l’autocratie, c’est la gloire des citoyens, du pays et du souverain. De cette gloire découlent pour les peuples l’unité de pouvoir, la liberté raisonnable pouvant produire pour les peuples, par le gouvernement autocratique, autant de bien que la liberté. »
    Elle comprenait le rôle des souverains autrement que les hommes. « Si chacun remplissait son devoir, disait-elle, on n’aurait eu besoin ni de souverain, ni de gouvernants. »
    Ces idées sont celles des théoriciens de l’anarchie ; son Nakaze, écrit depuis plus de 250 ans, ne serait pas renié par eux ; ses principes, appelés les Lois de la Justice, sont de tous les temps, parce qu’ils ont toujours été l’expression de la pensée féminine, mais il fallait qu’une Femme, par sa haute situation, fût à même de les proclamer et de les faire écouter. Catherine II eut cette gloire ; elle ne fut pas un souverain ordinaire, occupant un trône, elle gouverna réellement la Russie. Et ce gouvernement supérieur sembla aux hommes politiques de ce temps un événement presque miraculeux. Le comte Minich, un des personnages les plus considérables du XVIIIème siècle, disait en 1765 : « Le gouvernement russe a cette supériorité sur tous les autres, il est régi par Dieu lui-même ; autrement, on ne saurait s’expliquer comment il se soutient. »
    Voilà la puissance féminine rendue à sa première forme : la Divinité, la Dêva régnant sur les hommes.
    Le prince Souvaroff, admirant ce résultat, disait à ce propos : « De la chance une fois, deux fois, à la fin il faut du savoir. »
    La Russie n’eut jamais de jours plus glorieux que ceux pendant lesquels elle fut régie par une femme. Et, si ses grands projets n’aboutirent pas à une réforme complète dans la forme du gouvernement, c’est parce que les hommes qui l’entouraient, sur lesquels forcément elle devait s’appuyer, avaient des opinions contradictoires qui entravaient ses vues ; les 545 députés réunis à Moscou apportèrent à cette mémorable réunion leur scepticisme autant que leur bon vouloir. Elle les appelait pour fonder le « Bien » de l’Empire, elle leur disait : « Instruisez-moi de vos nécessités. Communiquez-moi vos sujets de plainte. Quels sont vos maux ? Je n’ai nul système préconçu, je ne veux que le bien général, qui est du même coup le mien propre. Travaillez, réunissez les matériaux, édictez des lois, sachez ce que vous voulez. » Et, successivement, les opinions se manifestaient, chacun exposant ses idées, ses méthodes, ses principes. De tout cela sortirent, cependant, des réformes importantes. Les députés ouvrirent le débat sur les conséquences du Nakase. Leurs vues étaient étroites, alors que l’idéal politique de l’Édit était d’une ampleur qui dépassait leur portée et se rapprochait des principes de la Convention. La théorie de l’équilibre économique de l’Impératrice se rapprochait de celle des socialistes au point de vue du sacrifice de l’individu à l’État.
    Les réformes proposées furent diversement acceptées par les députés, et, si quelques-unes n’aboutirent pas, c’est à eux qu’il faut s’en prendre et non à elle.
    Cependant, le Comité législatif des députés s’occupa de rédiger de nouvelles ordonnances (Oulogénie, prolongement du Nakase), en vertu de cette tendance qu’ont les hommes d’imiter ce que font les femmes après les avoir critiquées, et de prétendre faire mieux. Ils y travaillèrent pendant deux ans sans aboutir, et furent interrompus, du reste, par ce cri jeté sur les frontières de la Turquie : « La Patrie est en danger ». On était en 1768 et la guerre se faisait menaçante. Les députés, presque tous militaires, se rangèrent sous les drapeaux, et le Comité fut provisoirement dissous. Une sous-commission continua ses travaux et prépara la mise en œuvre de quelques-unes des mesures juridiques et administratives de l’Impératrice, celles par exemple qui concernaient l’administration des gouvernements (des provinces), le faire-part à toutes les villes de Russie, les lois sur le sel, sur la navigation, la transformation de l’usine d’armement de Toula, l’amélioration des voies de communication, etc., etc.
    Catherine II fut une novatrice qui voulait équilibrer ses réformes et les mettre en rapport avec les nécessités du pays. Son décret fut appelé la « Bulle d’or » de la Russie. C’est que l’esprit du Nakaze était la justice raisonnée pour résoudre le problème social d’une manière directe. Quel but immense ! Et quelle résolution, quelle audace ! Seule des souverains russes, elle arriva au pouvoir avec un programme précis qui représentait la pensée des plus grands esprits du siècle. La valeur de cet acte apparaît comme un trait de génie à ses contemporains, comme à la postérité. Il ne dépendit pas d’elle de réaliser les idées émises dans le décret, mais des représentants des classes privilégiées, peu préparés à comprendre les idées d’égalité et de justice.
    L’Impératrice adapta son outillage gouvernemental aux conditions de son siècle. Sa pensée exerça une influence immense sur une génération qui produisit des grands hommes faits à son image. En faisant appel à la raison, à la solidarité des forces sociales, elle lia sa politique au progrès, aux intérêts de tous, tout en affirmant le principe d’autorité qu’elle représentait, le pouvoir absolu, qu’elle incarnait et qui n’avait de limite que dans l’action entravante de ses auxiliaires, elle reconnut un pouvoir propre à une assemblée de délégués, et sut ainsi imposer le respect pour l’opinion des autres.
    C’est pour respecter elle-même l’opinion des autres qu’elle sacrifia ses idées sur l’émancipation des serfs et l’abolition de l’esclavage.
    Dans la première rédaction du Nakaze se trouvait un paragraphe « sur la nécessité de libérer les serfs ». L’opinion générale y fut si défavorable que l’Impératrice se vit forcée de le supprimer de la rédaction définitive de son décret, sacrifiant son opinion personnelle qu’elle avait soutenue déjà n’étant encore que Grande-Duchesse.
    Voici comment elle avait d’abord formulé ce paragraphe : « Il aurait fallu établir, disait-elle, que dorénavant, après l’achat d’une propriété par un nouveau possesseur, tous les serfs soient libérés à partir de ce moment. Comme, dans le courant d’une centaine d’années, les terres changent de propriétaire, cent ans suffiraient pour la libération de tous les paysans. » Plus tard, quand l’expérience lui fit constater ce que les formes d’État renferment de survivances, de rétrogradation, elle se préoccupa surtout des relations de justice entre le maître et le serf. Ayant ainsi appris que le Sénat avait ordonné l’extermination de tout un village pour cause de meurtre d’un propriétaire, l’Impératrice écrivit au-gouverneur général : « Une mesure comme le massacre de tout un village pour venger la mort d’un propriétaire, prophétise des désordres plus grands encore. La situation des serfs est critique, des mesures de paix et d’humanité peuvent seules assurer le repos. »
    Le Nakaze fut, selon ses propres paroles, changé, transformé, dans le but d’unifier les lois avec les faits dus à l’expérience. L’Impératrice avait écrit son Décret dans le but de le faire lire au plus grand nombre possible de personnes. Le Sénat en jugea autrement ; ces hommes eurent peur des idées libérales de leur souveraine, ils limitèrent le nombre d’exemplaires à expédier dans toute la Russie à 57, envoyés aux établissements les plus importants, pour être consultés à titre de renseignements, mais avec défense absolue de les donner en main aux fonctionnaires, non seulement pour être copiés, mais même pour être lus. Et voilà comment l’action, bienfaisante de la Femme est toujours entravée par la volonté réactionnaire de l’homme, même quand cette femme est une souveraine. Quelle leçon !
    Malgré tout, le Nakaze eut un résultat considérable, et, si le règne de Catherine sembla finir moins libéralement qu’il n’avait commencé, c’est qu’elle se vit forcée de sacrifier ses impulsions féminines au courant du despotisme masculin qui régnait malgré elle par la force de l’habitude et des traditions. C’est pour cela que les évolutions sont lentes ; chaque effort de la Femme est suivi d’une réaction de l’homme, et c’est toujours à recommencer.
    Cependant, elle accomplit de grandes choses. En voici un exemple :
    En 1778, quand les États-Unis s’armaient contre la métropole, sous prétexte de guerre, les bateaux marchands d’Arkangelsk étaient poursuivis par les croiseurs américains et anglais. L’Impératrice s’en plaignit vertement à l’ambassadeur d’Angleterre, qui essayait de la tranquilliser : « Vous paralysez notre commerce, vous arrêtez notre navigation ; je donne à cela une grande importance. Le commerce est né de mes soins, et vous ne comprenez pas que je me fâche ! » D’autre part, l’Impératrice écrivait : « Savez-vous le mal que me font ces croiseurs ? Ils se saisissent des bateaux de commerce partant d’Arkangelsk. Ils se livrent à ce beau métier en juillet et en août, mais, ma parole, le premier qui touchera au commerce d’Arkangelsk aura à s’en repentir cruellement. Je ne suis pas Georges III, et on ne peut pas me mener par le nez comme on l’entend ».
    Tout ceci se passait en 1779, et, le 28 février 1780, la célèbre « Déclaration des lois de neutralité pour le commerce » était signée.
    Le Danemark, la Suède, l’Autriche, la Prusse, le Portugal, le royaume des Deux-Siciles, approuvèrent ce traité de Justice supérieure imposé à l’Europe par la conscience droite d’une Femme, et l’Angleterre dut céder et retirer les instructions secrètes par lesquelles elle soutenait le brigandage des mers.
    Cette « Déclaration de la neutralité du commerce », ce « miracle », selon l’expression de Frédéric II, est entièrement l’œuvre de la grande Catherine. Elle représente le « régime du Droit » fondé sur la Justice, qui émane spontanément de l’esprit féminin, et qui est le secret du bonheur social. Ce principe de droit, est en opposition absolue avec le régime injuste basé sur l’arbitraire de l’homme.
    L’esprit de reconnaissance qui anima le peuple russe prouve combien les victimes du despotisme avaient fondé d’espoir sur le gouvernement d’une Femme, et, s’ils ne furent pas entièrement soulagés par elle, c’est que cela ne fut pas en son pouvoir. Elle voulut plus de bien pour la Russie qu’elle ne put lui en faire. Catherine mettait les réformes intérieures au-dessus des succès extérieurs.
    Ce tableau, fait en 1781 par le célèbre Bezky, le prouve.
    Dans le cours de ces derniers dix-neuf ans :
    23 gouvernements organisés d’après les nouvelles ordonnances.
    144 villes fondées et réorganisées.
    30 conventions et armistices.
    78 lois et édits publiés.
    88 lois et mesures prises pour l’allégement du peuple.
    Cela fait un total de 384 affaires intérieures.
    On ne compte dans le même temps que 108 affaires extérieures.
    Les conclusions à tirer de ce glorieux règne d’une femme, c’est que, quand la femme peut exercer son autorité, elle le fait dans l’intérêt des autres, dans l’intérêt général, c’est qu’elle cherche à faire régner la Justice, à faire respecter le droit, à augmenter le bien-être, à supprimer les charges. Avec ces grandes femmes ainsi que celles plus contemporaines, nous voyons renaître la Justice féminine qui régna dans les premiers temps de l’histoire, et fut la base du matriarcat ; c’est l’impulsion donnée par ces grandes femmes d’État qui créa le courant nouveau des idées que des hommes arrivent enfin à comprendre et à accepter, se croyant une avant-garde quand ils ne font que suivre une pensée féminine émise depuis plus de deux siècles. Mais peu importe si l’idée fait son chemin, puisque du reste la femme ne peut rien sans le concours de l’homme. Mais combien il est lent dans l’œuvre du progrès !…
    Catherine II mourut en 1796. C’est elle qui démembra la Pologne trois fois, qui acheta la Crimée, développa la civilisation en Russie, et introduisit dans le code russe des lois libérales pour les femmes.
    Catherine II continua les desseins de Pierre le Grand, possédant aussi bien que cet empereur le sens des intérêts slaves imposant ses propres vues à tous ses ministres, joutant avec une aisance incomparable contre les plus rusés diplomates de l’Angleterre, justifiant enfin ce mot de Frédéric II : « La Russie, avant la fin du siècle, fera trembler l’Europe. ».

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