Pepe Escobar – Comment les rêves pétroliers de Trump pourraient s’effondrer dans un gouffre vénézuélien obscur !
Par Pepe Escobar – Culture stratégique [Traduction : Paolo Hamidouche]
Le tableau d’ensemble du secteur pétrolier vénézuélien est donc bien plus complexe que ne le soupçonnent les partisans de Trump.
Commençons par les nouveaux édits de ce néo-Caligula concernant la satrapie impériale dont il prétend désormais être le maître ; il ne s’agit pas à proprement parler d’édits, mais plutôt de menaces directes adressées à la présidente par intérim Delcy Rodriguez.
- Réprimer le « trafic de drogue ». En réalité, cela devrait viser les trafiquants colombiens et mexicains de mèche avec les principaux acheteurs américains.
- Expulser les Iraniens, les Cubains et autres « agents hostiles à Washington » – avant d’autoriser Caracas à augmenter sa production pétrolière. Hors de question.
- Arrêter les ventes de pétrole aux « adversaires des États-Unis ». Hors de question.
Il est donc presque certain que le néo-Caligula bombardera à nouveau le Venezuela.
Dans une autre diatribe décousue, le néo-Caligula a également clairement indiqué vouloir réformer le secteur pétrolier vénézuélien par le biais de subventions. Cela « pourrait prendre moins de 18 mois » ; puis il a ajouté : « nous pouvons le faire plus rapidement, mais cela coûtera très cher » ; et enfin : « cela nécessitera des dépenses colossales, et les compagnies pétrolières les dépenseront ».
Non, elles ne le feront pas, comme l’ont prédit plusieurs prétendus « initiés ». Les grandes compagnies énergétiques américaines hésitent à investir des fortunes dans un pays qui pourrait sombrer dans le chaos total si le néo-Caligula imposait un gouvernement perfide à plus de 28 millions de personnes.
Selon Rystad Energy Analysis, il faudrait au moins 16 ans et 183 milliards de dollars au Venezuela pour produire seulement 3 millions de barils de pétrole par jour.
Le rêve le plus fou de ce néo-Caligula est de faire chuter le prix mondial du pétrole à 50 dollars le baril. À cette fin, l’entreprise impériale de Trump 2.0 contrôlerait théoriquement l’intégralité de PDVSA, y compris l’acquisition et la vente de la quasi-totalité de sa production pétrolière.
Le secrétaire américain à l’Énergie, Chris Wright, s’exprimant lors d’une conférence sur l’énergie organisée par Goldman Sachs, a vendu la mèche :
Nous commercialiserons le pétrole brut vénézuélien, d’abord le pétrole stocké [jusqu’à 50 millions de barils], puis, à terme, nous vendrons la totalité de la production vénézuélienne sur le marché.»
En résumé, ce néo-Caligula s’appropriera, ou plutôt volera, la vente du pétrole brut de PDVSA, l’argent étant théoriquement déposé sur des comptes offshore contrôlés par les États-Unis pour le « bénéfice du peuple vénézuélien ».
Il est hors de question que le gouvernement intérimaire de Delcy Rodriguez accepte ce qui s’apparente à un vol de fait. Même si le conseiller à la sécurité intérieure, Stephen Miller, se vante que les États-Unis utilisent des « menaces militaires » pour maintenir leur contrôle sur le Venezuela, s’ils exercent réellement ce contrôle, il n’est pas nécessaire de recourir à de telles menaces.
Et la Chine ?
La Chine importait environ 746 000 barils de pétrole par jour du Venezuela. C’est peu. Pékin s’efforce déjà de remplacer ces importations par des importations iraniennes. La Chine n’est pas fondamentalement dépendante du pétrole vénézuélien. Outre l’Iran, elle peut également s’approvisionner auprès de la Russie et de l’Arabie saoudite.
Pékin comprend parfaitement que la course à l’influence dans l’hémisphère occidental et en Asie occidentale ne se résume pas au pétrole, mais vise aussi à contraindre la Chine à acheter de l’énergie avec des pétrodollars. C’est absurde : avec la Russie, le Golfe persique et au-delà, le pétroyuan est déjà la norme.
La Chine est indépendante à 80 % sur le plan énergétique. Le Venezuela ne représente en réalité que 2 % des 20 % d’importations chinoises, selon les données fournies par le gouvernement américain lui-même.
La relation énergétique entre la Chine et le Venezuela dépasse largement le cadre des formules américaines avantageuses. Elle illustre en réalité comment « les accords pétroliers conclus par la Chine avec le Venezuela constituent de véritables contrats financiers contraignants, avec des mécanismes de remboursement, des structures de garanties, des clauses pénales et des produits dérivés profondément ancrés dans la finance mondiale… Ces accords sont liés, directement et indirectement, à des institutions financières occidentales, des négociants en matières premières, des assureurs et des chambres de compensation, y compris des entités liées à Wall Street. En cas de rupture de ces contrats, la conséquence n’est pas seulement une perte pour la Chine. Il s’agit d’un effet domino : les défauts de paiement exposent les contreparties, les produits dérivés sont réévalués, des litiges juridiques s’étendent au-delà des juridictions et une crise de confiance se propage. À un moment donné, ce qui n’est plus un problème vénézuélien devient un problème systémique mondial. »
De plus, « au cours des vingt dernières années, la Chine est devenue la plaque tournante opérationnelle de l’industrie pétrolière vénézuélienne. Non seulement en tant qu’acheteur, mais aussi en tant que fabricant. La Chine a fourni la technologie de raffinage, les systèmes de valorisation du pétrole brut lourd, la conception des infrastructures, les logiciels de contrôle, la logistique des pièces détachées… (…) Supprimer les ingénieurs chinois. Supprimer les techniciens qui comprennent la logique de contrôle. Supprimer les chaînes d’approvisionnement pour la maintenance. Supprimer le support logiciel. Ce qui reste n’est pas une industrie pétrolière fonctionnelle attendant d’être « libérée », mais une coquille vide. »
Conclusion : « Convertir le secteur pétrolier vénézuélien, construit par la Chine, en un secteur américain prendrait au moins trois à cinq ans. »
L’analyste financier Lucas Ekwame résume les points clés. Le Venezuela produit du pétrole extra-lourd, aussi épais que du goudron. Il ne s’écoule pas simplement, mais doit être liquéfié pour atteindre la surface et, après extraction, il se solidifie à nouveau, nécessitant un diluant : pour chaque baril exporté, pas moins de 0,3 baril de diluant doit être importé.
Ajoutez à cela l’infrastructure énergétique vénézuélienne, façonnée par la Chine et simultanément victime de plusieurs années de sanctions américaines, pires encore que celles imposées à l’Irak au début des années 2000, et la stratégie pétrolière défaillante de ce néo-Caligula apparaît au grand jour.
Bien sûr, cela n’empêche pas les fonds spéculatifs de se repaître du Venezuela, à commencer par l’inquiétant Paul Singer, milliardaire sioniste, gestionnaire de fonds spéculatifs et donateur du super PAC MAGA (42 millions de dollars en 2024). Sa société, Elliott Management, a acquis la succursale de CITGO à Houston pour 5,9 milliards de dollars en novembre, soit moins d’un tiers de sa capitalisation boursière de 18 milliards, grâce à l’embargo sur les importations de pétrole vénézuélien.
Les spéculateurs pourraient ainsi empocher jusqu’à 170 milliards de dollars sur le marché de la dette ; les obligations en défaut de paiement de PDVSA valent à elles seules plus de 60 milliards de dollars.
Le tableau d’ensemble du secteur pétrolier vénézuélien est donc bien plus complexe que ne le soupçonnent les partisans de Trump. Bien sûr, à terme, on pourrait se retrouver avec une situation où le vice-roi du Venezuela, Marco Rubio, perturbe l’acheminement du pétrole de Caracas à Shanghai. Vue la prétendue « compétence » stratégique de Rubio, il serait judicieux de commencer dès maintenant à recruter des bataillons d’avocats.
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