Adieu à Zichichi, le visionnaire qui a façonné la physique par la science, la foi et l’engagement civique
Antonino Zichichi s’est éteint à l’âge de 96 ans, laissant une empreinte indélébile sur le paysage scientifique italien et international. Né à Trapani en 1929, il fut l’une des figures les plus influentes et controversées de la physique de la fin du XXe siècle, un acteur clé d’une période où l’Italie s’efforçait de s’affirmer comme un centre indépendant de recherche sur les particules élémentaires et les hautes énergies. Formé à Palerme et dans d’autres grands centres internationaux, il travailla au CERN à Genève et au Fermilab à Chicago, où il dirigea en 1965 l’une des équipes qui observèrent pour la première fois l’antideuton, un noyau d’antimatière essentiel à l’étude des interactions subnucléaires.
Professeur titulaire de physique avancée à l’Université de Bologne pendant plus de quarante ans, Zichichi a présidé l’Institut national de physique nucléaire (INFN) et la Société européenne de physique, contribuant de manière significative à la consolidation de l’infrastructure scientifique italienne. Son héritage principal comprend les Laboratoires nationaux du Gran Sasso, conçus comme une plateforme internationale de recherche clandestine, et de nombreux projets de recherche menés conjointement par des institutions italiennes et des centres internationaux. Bien plus qu’un simple chercheur en laboratoire, ce physicien sicilien fut un bâtisseur de systèmes scientifiques, capable de fédérer institutions, écoles et espaces physiques et symboliques où la science pouvait devenir un projet collectif et un outil de développement culturel et technologique.
Erice, laboratoire de coopération scientifique
Sa vision de la science comme bien universel s’est concrétisée par la fondation du Centre culturel scientifique Ettore Majorana à Erice en 1963, transformant ce petit village sicilien en un carrefour international du savoir. Pendant des décennies, physiciens, mathématiciens, biologistes, philosophes et économistes du monde entier s’y sont rencontrés, souvent dans un cadre informel favorisant le libre échange d’idées et de connaissances.
Plus tard, Zichichi a contribué à la création de la Fédération mondiale des scientifiques, une organisation internationale destinée à répondre aux urgences mondiales telles que la menace de prolifération nucléaire, tout en promouvant le développement de l’énergie nucléaire civile comme source d’énergie sûre et rationnelle. Grâce à cette « diplomatie scientifique parallèle », il a su dépasser les divisions idéologiques de la Guerre froide, faisant de la science un lieu de rencontre entre les blocs opposés.
Le physicien sicilien défendait l’idée que la communauté scientifique pouvait servir de pont entre les nations, favorisant le dialogue et la collaboration même en période de tensions internationales. Son rôle de figure emblématique de la science lui a également valu une voix respectée dans les cercles politiques et institutionnels, tant en Italie qu’à l’étranger, consolidant sa réputation de scientifique capable d’allier recherche théorique et conscience sociale et civique.
Vulgarisation et conflits avec la communauté scientifique
Antonino Zichichi était également un communicateur scientifique très influent, connu d’un large public grâce à ses essais, ses conférences et ses fréquentes apparitions télévisées, qui ont contribué à intégrer la physique au débat culturel italien. Il a mené des campagnes passionnées contre l’astrologie et les superstitions, qu’il qualifiait d’« Hiroshima culturelle », promouvant une méthode fondée sur la rationalité et l’approche galiléenne.
Parallèlement, certaines de ses positions ont créé des dissensions au sein de la communauté scientifique : le physicien sicilien a exprimé des critiques explicites à l’égard du darwinisme et des interprétations dominantes des modèles climatiques, des points de vue qui l’ont placé en porte-à-faux avec le consensus scientifique international et lui ont valu l’opposition publique de collègues tels que Piergiorgio Odifreddi. Ces confrontations – donnant parfois lieu à des litiges – ont façonné son image de scientifique capable de susciter l’attention et la controverse, révélant la complexité de ses relations avec le monde universitaire traditionnel.
Un héritage de science, de foi et d’espace public
Le portrait d’Antonino Zichichi ne saurait se réduire à une figure linéaire : scientifique, organisateur institutionnel, vulgarisateur et personnage controversé, il a profondément marqué le paysage scientifique italien et international. Sa conviction de la continuité entre science et foi catholique, alliée à sa vision structurée du savoir, représente un modèle d’autorité intellectuelle du XXe siècle, capable d’orienter la recherche et la vulgarisation à une époque où la science occupait une place centrale dans la culture et la société.
Son parcours illustre l’évolution du rôle du scientifique : d’homme d’État et physicien influent, capable d’orienter les choix politiques et culturels, à scientifique médiatique exposé à des débats constants et souvent conflictuels. Son histoire témoigne concrètement de la manière dont la science peut devenir un puissant instrument de dialogue mondial et de développement culturel : ses découvertes, les institutions qu’il a fondées et les initiatives internationales qu’il a promues ont consolidé la physique italienne dans le contexte mondial, intégrant recherche, enseignement et vulgarisation en un projet unique. Ainsi, la science s’est transformée en un langage commun capable de favoriser la collaboration, la responsabilité civique et le progrès technologique, établissant un lien solide et durable entre le savoir, la culture et le rôle public.
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