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Kiev vs Budapest – Les causes de l’hostilité de Volodymyr Zelensky à Viktor Orban

La conflictualité des relations entre Kiev et Budapest, dont l’actualité se fait l’écho, s’explique par des causes intrinsèques (Histoire, traitement des populations magyares), ou périphériques (positions respectives vis-à-vis de l’Union européenne, par rapport à Moscou et au nouveau leadership états-unien), aggravées par le contexte (guerre en Ukraine, tension énergétique, chantage pétrolier, refus de L’entrée de Kiev dans l’UE). Elle est exacerbée par la tenue d’élections majeures en Hongrie le 12 avril 2026.

Cette situation a dégénéré en une confrontation ouverte entre Volodimyr Zelensky et Orban Viktor allant jusqu’à des menaces de mort de Kiev1. Hostiles par principe et peu avares de contre-vérités d’inversion accusatoire et d’amalgame, les « médias de grands chemins » européens tentent d’en imputer la responsabilité au dirigeant hongrois, dont la campagne est présentée comme étant agressivement anti-Ukraine et anti-Europe.

Si on peut avancer que cette opposition ne prendra pas une tournure militaire2, elle s’est envenimée pendant les quatre années de guerre.

L’inexpiable litige originel, le sort des populations magyares en Ukraine

Le traité de Trianon (1920) a scellé la fin de l’Empire austro-hongrois après la défaite des Centraux en 1918, la Hongrie historique dépecée perdant les deux-tiers de son territoire, sa population de 21 millions en 1914 réduite de 13 millions et divisée en plusieurs États riverains des nouvelles frontières3 ; cette « injustice historique » a causé le rapprochement avec le IIIème Reich, pour récupérer les territoires, dans une logique comparable à celle de la Finlande après la défaite de la guerre d’hiver en 1939.

Parmi ces territoires arrachés figure la Ruthénie, perdue en 1918/20 au profit de la Tchécoslovaquie, puis en 1945 au profit de l’URSS. En 1991, elle resta rattachée comme Oblast de Transcarpatie à l’Ukraine nouvellement indépendante, malgré une promesse d’autonomie jamais tenue4.

Sous Orban, animée par Semjen Zsolt, la « politique de la Nation » a visé à se rapprocher et à protéger les populations magyares hors des frontières de la Hongrie, considérées comme faisant absolument partie de la Nation hongroise et donc bénéficiant des mêmes droits qu’en Hongrie. On peut considérer que les relations sur le sujet des minorités magyares, avec la Slovaquie (qui n’a pas abrogé les décrets Benes de 19465) et la Roumanie, ont été relativement apaisées, mais aucunement avec l’Ukraine. En effet, même l’URSS avait consenti à ces populations des droits et libertés, notamment linguistiques et culturels. L’Ukraine Post-Maidan est revenu sur cette situation (aussi bien à l’égard des Russophones du Donbass ce qui a causé la sécession des LPR et DPR), un Oukaze du président Zelinsky imposant l’ukrainisation déjà amorcée par certains de ses prédécesseurs.

Le traitement de la minorité magyare par Kiev depuis 2017, ainsi que les risques économiques pou le pays et pour l’Europe, est donc une pomme de discorde qui a justifié le refus hongrois de l’adhésion de l’Ukraine à L’UE6 et le désir de Kiev de faire tomber le gouvernement Orban, avant même la guerre.

La surinfection de la Discorde, l’inacceptable neutralité selon Kiev

Les relations se sont encore détériorées lorsque le dirigeant hongrois a clairement défini une ligne opposée à l’implication de l’Europe dans la cobelligérance en faveur de Kiev. Éthiquement justifiée, cette position apparaît historiquement et politiquement cohérente : l’analyse historique démontre que la Hongrie a toujours considérablement souffert des guerres qu’elle a subi et que le jeu des Alliances l’a poussé dans un conflit mondial non voulu, qui l’a presque fait disparaître.

Cette volonté de neutralité et de paix ne traduit cependant pas la russophilie ou la soumission à Moscou du narratif des médias européens. Ancré dans l’Histoire millénaire, à la différence d’une Ukraine artificielle et récente, le peuple hongrois n’appartient ni au « monde slave » ni à l’Orthodoxie ; il a connu la répression du Tsar, la guerre contre l’URSS, puis l’oppression communiste ; il n’est donc pas particulièrement bien disposé à l’égard de la Russie. Mais indompté en 1956, puis s’étant libéré par lui-même, il n’a pas conservé une russophobie rabique comme les États baltes, la Pologne ou l’Ukraine7. Les historiens hongrois ont d’ailleurs rappelé que le leadership de l’URSS était en grande partie infiltré par des Ukrainiens, qui ont eu la main lourde en Hongrie, ce qui demeure peut-être dans l’Inconscient collectif magyar.

Pourtant, le neutralisme d’Orban fait l’objet d’une propagande par les médias européens (mais pas par Donald Trump par exemple) qui la réinterprètent comme une position « pro-russe ». Déjà souvent présenté comme un quasi-dictateur par le mainstream européen, le premier ministre hongrois est ainsi caricaturé en « valet de Poutine », a minima un allié/affidé du président russe. En réalité, contrairement à cette vision idéologique et médiatique tordue, la ligne tenue par Viktor Orban n’est pas systématiquement ni intrinsèquement favorable à Moscou8 ; il s’agit plutôt d’une convergence pragmatique et partielle, qui repose sur la souveraineté nationale et tente de préserver les Hongrois, en évitant l’implication dans une guerre ouverte et la ruine économique par dépendance énergétique, alors que leurs intérêts vitaux ne sont objectivement pas menacés par Moscou.

C’est ce refus de vassalité et la résistance aux dogmes de l’UE (cosmopolitisme incarné par une ligne LGBT woke et immigrationnisme notamment, mais aussi soumission à des intérêts financiers sous-jacents à ces idéologies9) qui ont valu à Orban Viktor le discrédit en tant « qu’illibéral » – assimilé abusivement à dictateur 10– et même la haine d’une grande partie de la Direction de l’UE.

Cela a naturellement trouvé un écho à Kiev, qui n’existe que grâce à ces soutiens occidentaux et à des « amitiés » personnelles avec certains leaders européens11. Le président ukrainien, initialement un histrion manipulé par l’oligarque qui l’employait, s’est avéré capable de manœuvrer stratégiquement pour se défaire de cette influence, puis naviguer entre les menaces locales notamment ses extrémistes armés et les différentes puissances maffieuses installées dans les structures de force ; il a également su endosser une image internationale (le nouveau Churchill, tel que l’ont fabriqué les spin doctors britanniques et les médias occidentaux) et naviguer dans les cénacles du pouvoir européens donnant des gages (paradoxaux, si on considère l’aile extrémiste de la Direction kiévienne) en la matière12.

L’Union Européenne (incluant le Royaume Uni de facto sinon de jure) a non seulement soutenu massivement Kiev, mais surtout imposé de continuer une guerre qui aurait pu être achevée par la négociation13. En retour, le non-soutien revendiqué de Budapest à Kiev a été manipulé comme élément de stigmatisation médiatique et de diabolisation politique par reductio ad Poutinem. Le régime Zelinsky s’avère également un pion utile contre Orban pour faciliter les manipulations européennes, l’UE ayant intérêt à cyniquement envenimer le contentieux Ukraino-hongrois. Dans ce cadre, l’alignement idéologico-sociétal de V. Zelensky correspondait aussi bien aux orientations des Démocrates Libéraux US sous Biden, qu’à celles d’Européens imprégnés des mêmes valeurs et intégrés aux mêmes réseaux.

Avec la venue de Donald Trump, il en va différemment, ce qui peut expliquer l’attitude de ce dernier à l’égard du président ukrainien, trop proche de vassaux européens dont la fidélité est devenue douteuse et ayant même des velléités de faire reconnaître leurs vues au POTUS, via une coalition de volontaires ou des tentatives d’exister grâce à l’arme nucléaire. Dans ce cadre, prenant la présidence tournante du Conseil de l’Union européenne en juillet 2024, tant que président du Conseil Européen, Orban a manifesté sa volonté de paix en effectuant des visites officielles tant auprès du président Poutine, du président Trump, et du président chinois Xi Jinping.

L’aggravation des griefs par le chantage énergétique de Kiev et les réponses hongroises.

Le pipeline Drujba (« amitié » en russe, sic) transporte via le sol ukrainien du pétrole russe vers l’UE. Sans débouché maritime, sans ressources naturelles locales, la Hongrie s’est dotée de quatre réacteurs produisant 48% des besoins électriques nationaux14, sans consentir au dogme de l’énergie décarbonée de la religion verte, le pays satisfait 22% de sa consommation à partir du renouvelable. Cependant pour les 33% d’énergie liée aux carburants fossiles, la Hongrie dépend fortement de l’énergie russe, celle-ci étant nettement moins chère que les autres sources.

Car le premier ministre hongrois refuse d’imposer à son pays un considérable surcoût, comme les autres États de l’UE l’ont fait. Le maintien du prix de l’énergie à un niveau bas est en effet un pilier de la politique sociale d’Orban au profit des Hongrois. La rupture d’alimentation serait donc une catastrophe économique, ce qui a conduit la Hongrie et la Slovaquie à solliciter une exemption aux sanctions des USA, à demander une exception européenne et à négocier avec succès avec Moscou sur le sujet. Mais techniquement, Kiev peut physiquement neutraliser ces démarches et dispose ainsi non seulement d’un levier potentiel pour outrepasser les positions de la Hongrie au sein d’une UE qui est tenue par la règle d’unanimité, mais aussi pour complaire aux dirigeants européens qui souhaitent le remplacement d’Orban.

Pour répondre à cette pression, Budapest, qui refuse d’accepter dans l’Union un pays en guerre, corrompu et ruiné, a fait valoir qu’elle bloquerait en outre l’attribution par l’UE de 90 milliards d’Euros à Kiev si l’oléoduc restait fermé.

C’est cela qui a conduit le régime kiévien à menacer la direction hongroise. A plusieurs reprises auparavant, Kiev avait déjà menacé de couper cette alimentation. L’acceptation tacite par l’Allemagne du sabotage de Nord-stream par les alliés occidentaux et la décision récente de l’UE de cesser tout achat à la Russie à compter de 2027 a probablement fortifié Kiev dans cette volonté en janvier 2026, frappant en plus en mars 2026 les installations du gazoduc Turkish Stream qui alimente l’Europe du Sud et la Hongrie. Lors des menaces précédentes de Kiev, Hongrie et Slovaquie avaient envisagé de stopper l’alimentation électrique qu’elles assurent au profit de l’Ukraine, parvenant alors à bloquer la décision par la voie négociée. Mais la date de cette nouvelle position kiévienne laisse planer peu de doute sur le fait qu’elle a un objectif politique qui sert les dirigeants de l’UE en pesant sur les élections hongroises. Le président auto-maintenu en Ukraine a déclaré le 5 mars 2026 que « Une seule personne bloque le prêt de 90 millions d’Euros et [s’il continue] nous donnerons l’adresse de cette personne à nos gars des forces armées pour qu’ils lui parlent dans leur langage ». La menace a été réitérée le 11 mars par Grigory Omelchenko ex-général du SBU, qui a appelé Orban « à penser à ses cinq enfants et six petits-enfants ». Le caractère contre-productif de ces menaces a conduit même le chef de l’opposition hongroise, Peter Magyar (qui menace ses opposants de chatoiements après le élections), à tenter d’allumer un contre-feu en lui demandant d’expliquer sa phrase, soulignant qu’aucun dirigeant étranger ne pouvait menacer la Hongrie.

La réaction européenne à ces propos est demeurée plutôt placide ; Olof Gill, porte-parole de la Commission européenne a certes déclaré que « Ce type de langage n’est pas acceptable. Il ne doit pas y avoir de menaces contre des États membres de l’UE » mais pour ensuite affirmer « qu’il y a une rhétorique incendiaire des deux côtés », en un recours typique en propagande grise de la figure de style du dos à dos. On peut noter que ni la présidente de la Commission Ursula Von der Leyen, ni la responsable de la politique extérieure de l’Union, Kaja Kallas (qu’on a connu bien plus virulente contre Moscou) ne se sont exprimé sur la question. Par suite des déclarations de Kiev sur une destruction partielle du pipeline par un drone russe en janvier et aux dénégations hongroises, sur demande slovaque, l’UE a proposé une commission pour examiner les lieux (il sera naturellement facile à Kiev d’organiser une destruction et de disséminer des restes de drones russes, qui parsèment le sol ukrainien. Mais Kiev a refusé le 11 mars de recevoir une délégation hongroise venue « établir un dialogue » selon le ministre de l’énergie Gabor Csepek. De plus, Bruxelles prépare une solution d’emprunt bilatéral qui permettra de détourner la procédure en s’affranchissant par ce biais des votes de Budapest et Bratislava, actuellement nécessaires pour débloquer les fonds alloués à l’Ukraine pour faire durer la guerre.

Au sein de l’Union règne un silence embarrassé même parmi des pays pourtant historiquement et culturellement proches de la Hongrie, comme l’Allemagne, l’Autriche ou la Pologne où Radoslaw Sikorski ministre des affaires étrangères polonais a même déclaré que l’arrestation des agents de recouvrement ukrainien « faisait partie de la campagne électorale de Orban Viktor dont le thème principal est de créer de l’hostilité envers l’Ukraine ». Seuls les responsables slovaque (Fico), tchèque (Babis) et italien (Salvini) ont clairement condamné, faisant penser que Bruxelles est dans une posture dilatoire en attendant la chute espérée d’Orban. La présidente de la Commission a d’ailleurs déclaré à la conférence des ambassadeurs à Bruxelles que les engagements financiers de 90 milliards d’Euros seraient respectés malgré le véto de la Hongrie. Après la demande du ministre hongrois des affaires étrangères Peter Szijjarto d’annuler l’interdiction du pétrole et du gaz russes en raison de la guerre au Moyen-Orient, en profitant de l’ouverture à ce sujet annoncée par le président russe le 9 mars, elle a déclaré que cela serait « une erreur stratégique », relayée en termes quasi-identiques par le président français.

Les relations ont encore empiré le 5 mars 2026, lorsque deux blindés transportant 35 millions Euros, 40 millions d’USD et neuf kilos d’or, escortés par sept employés d’Oshadbank (Ukraine) dirigés par un ancien général des services de renseignement de Kiev, ont été interpelés en Hongrie, venant d’Autriche. Les autorités hongroises, qui ont depuis libérés les sept Ukrainiens, ont néanmoins ouvert une enquête pour blanchiment et suspectent des transactions clandestines impliquant des maffieux ukrainiens15, du fait de cette procédure effectivement tout à fait inhabituelle de transfert bancaire. Le service fiscal hongrois a déclaré que lors des deux premiers mois de 2026, 920 millions d’USD, 420 millions d’Euros et 146 kg d’or ont transité par la Hongrie vers l’Ukraine. Le 10 mars, le Parlement hongrois a voté une loi permettant la saisie des fonds saisi et une résolution s’opposant à l’adhésion de l’Ukraine à l’UE et au financement de ses besoins militaires par l’Union.

Des élections législatives hongroises en toile de fond

De manière peu surprenante, les médias européens opèrent généralement une inversion accusatoire en évoquant une posture agressive de la Hongrie contre Kiev, l’ingérence russe (encore) dans les élections, la menace contre la démocratie et la presse… La perspective d’élections difficiles pour le parti d’Orban Viktor16 est donc en rapport avec la guerre en Ukraine, du fait de l’implication de l’UE, de l’usure du pouvoir après seize années à la tête du pays, et d’un étonnant attachement européiste d’une partie de la la population.

  • Le seul État de l’UE affichant sa proximité avec Budapest reste la Slovaquie, qui est également tributaire de l’approvisionnement russe. Même la Tchéquie reste relativement favorable à Kiev malgré l’arrivée de Andrej Babis et de sa coalition de droite (dite « populiste » par les médias occidentaux et hostile au maintien de 350 000 réfugiés ukrainiens dans ce pays de 11 millions d’habitants) en décembre 2025, et le pouvoir constitutionnellement réduit du président Pavel, ex-général de l’OTAN particulièrement russophobe.
  • Le groupe de Visegrad est un élément important de la politique hongroise et de l’engagement de Viktor Orban en particulier. Cependant, malgré des liens historiques et culturels certains et une sortie commune du joug soviétique, la Pologne s’avère un allié difficile pour le premier ministre hongrois. Pétrie de russophobie et avide de s’imposer comme proxy de Washington en Europe dans l’espoir de détrôner Berlin dans ce rôle, Varsovie espère bénéficier de la bicéphalie du pouvoir local : L’apparente cohabitation annoncée comme délicate entre un président Karol Nawrocki soutenu par Droit et Justice (PiS, nationaliste et traditionaliste) et un chef de l’exécutif Donald Tusk (soutenu par une coalition anti-« Droite unie », libérale et pro-Europe) permet en réalité de se concilier à la fois les bonnes grâces de l’UE (malgré les oppositions sur les sujets sociétaux) et des USA trumpistes. Le gouvernement adopte des positions clairement antirusses, envisageant le développement de l’arme nucléaire, le doublement des forces armées destinées à rivaliser avec la Bundeswehr comme première armée d’Europe, et fustige la neutralité du premier ministre hongrois. Alors que ce dernier devrait pouvoir compter sur une proximité idéologique, sociale et politique avec le président polonais, il semble que ce dernier, par amertume et/ou jalousie de la position diplomatique prééminente et valorisée du Premier Hongrois, notamment par rapport au président étatsunien, ne s’écarte au contraire. Cependant, alors qu’il s’y était refusé en 2025, le président polonais est bien venu en Hongrie lors de la journée de l’Amitié hungaro-polonaise, occasion de rencontre le premier ministre hongrois. Cette position vis-à-vis de Moscou, qui éloigne de Budapest, rapproche en revanche de Bruxelles, malgré les oppositions d’ordre culturel, religieux et sociétal. Et malgré une lassitude et un durcissement évidents, vis-à-vis des réfugiés ukrainiens en Pologne.
  • Viktor Orban peut se prévaloir du soutien de Donald Trump17 mais la position du POTUS parait fragilisée aux USA : Les Démocrates restent une opposition puissante et ancrée dans le Deep state, avec des relais en Europe. Les Neocon, peut être satisfaits par l’infléchissement de la politique belliciste et prédatrice états-unienne, paraissent néanmoins privilégier une candidature Rubio, faucon assumé. Au sein du MAGA même, la base est déçue par la situation économique et sociale, les excès de l’ICE, le tournant guerrier contraire aux promesses, et des luttes de tendances, idéologiques, économiques (entre GAFA et géants de la TECH, relativement bien servis par l’Administration Trump et base populaire qui ne voit pas venir les améliorations promises) et même religieuses, avec une montée de la Nouvelle réforme apostolique et Chrétien évangélique (Paula White), Nationalisme chrétien (Hegsteh) et Sionisme chrétien (Mike Johnson et Mike Huckabee) dans le cadre de la guerre contre l’Iran. Le vice-président Vance, qui tenait la ligne la plus favorable aux traditionalistes chrétiens18 en Europe, telle qu’exposée dans son discours de Munich, semble en retrait. Les sondages relatifs aux mid-terms paraissent sombres pour les Républicains, qui pourraient perdre la Chambre des représentants et même le Sénat, bien que les Démocrates fassent aussi l’objet d’un certain rejet.

L’outsider donné gagnant par les médias occidentaux des élections du 12 avril, Peter Magyar, est un ancien membre du FIDESZ, parti en 2024 pour créer le parti TISZA (« parti respect et liberté »). Il incarne une opposition de Centre-Droite, une nouveauté, alternative à l’opposition de gauche. Revendiquant certaines orientations de son ancien mouvement (reprochant même à Orban de « porter atteinte à la souveraineté hongroise »), il s’en distingue par la dénonciation « de la corruption du système Orban »19, un engagement pro-européen au sein du PPE de Manfred Weber (dont immigrationnisme et ouverture au LGBT et hostilité à la Russie). Comme le président français en 2017, il met en avant sa jeunesse (44 ans pour 62 pour Orban), un programme non explicité mais présenté comme une option antisystème, et un style débridé et excessif20 mis en scène sur les réseaux sociaux, considéré comme inhabituel et « moderne » en Hongrie. Son programme tenu secret imite son rival au plan social21. Il mise sur l’usure du pouvoir, la personnalisation de sa contestation, le recours massif aux réseaux internet22 et l’exploitation de l’idée européenne.

En effet, pression de conformité et naïveté confèrent à l’Occident une aura positive et attractive comme source de modernité, prospérité et de liberté, apparemment pas contrebattue par les difficultés économiques croissantes de l’UE, ni par sa dérive liberticide23. Des citoyens hongrois (les politologues estiment que 20% des Hongrois sont favorables à l’UE) imaginent encore qu’une politique européiste se soldera par l’accès à des financements accrus24 et, pour certains jeunes urbains, par une libéralisation sociétale (en 2023 pour la première fois l’ensemble des croyants déclarés est passé sous la barre des 50% de la population). Peter Magyar a accusé son rival d’avoir sollicité une ingérence extérieure et il a demandé à la Russie de cesser de tenter d’influer sur les élections au moyen d’une pseudo cellule de trois diplomates déjà censés avoir œuvré pour manipuler les élections en Moldavie contre l’européiste Maya Sandu.25 L’affirmation selon laquelle cette cellule russe aurait conseillé à Orban de mettre en scène une tentative d’assassinat peut s’interpréter comme une contre-feu aux déclarations du président Zelensky. Cette déclaration est évidemment une inversion accusatoire classique.

Les interférences européennes demeurent indirectes (atimie et ostracisme au Parlement européen, pressions financières, diabolisation médiatique et fabrication du consentement…) car les institutions nationales sont suffisamment résistantes pour empêcher une action comme en Roumanie. Ainsi, la propagande anti-Orban bat son plein, avec des déclarations de RSF sur la liberté de la presse, de diverses ONG sur la politique migratoire, d’associations LGBT. Le candidat Magyar peut aussi compter sur l’appui de l’UE et notamment celui de Manfred Weber ; ce dernier est très anti-Orban, avait obtenu l’exclusion du FIDESZ en 20921 et a ouvert ses portes au TISZA en 2024 manifestant une solidarité ouverte avec Magyar. Dans ce cadre, quinze élus du Parlement européen ont saisi la Commission pour demander des mesures de contrôle des élections en 2026.

Le discours du 15 mars 202626 a rappelé les orientations programmatiques souverainistes et civilisationnelles d‘Orban : refus de s’engager dans la guerre, refus de l’entrée de l’Ukraine dans l’UE, refus de l’immigration de masse, souci du bien-être économique27, refus de l’idéologie LGBT et protection de la famille et de la Femme considérés comme des socles de stabilité sociale, affirmation des valeurs chrétiennes, tolérance zéro pour la drogue. Des objectifs mis en perspective historique et géopolitique, en réaction aux orientations que l’UE souhaite imposer : marche à la guerre, ouverture à l’Ukraine, ouverture des frontières, dérives sociétales.


1 L’Ukraine pratique largement l’assassinat politique depuis plus d’un siècle, une méthode également prisée des services Britanniques et d’Israël, l’actualité en témoigne.

2 Encore qu’en mai 2025 le SBU kiévien affirmait qu’une cellule était créée depuis septembre 2024 en Hongrie en vue de préparer un déploiement militaire en Subcarpatie, sous-entendant une collusion avec Moscou depuis 2021.

3 Il est reconnu qu’en Afrique la conservation des frontières héritées de la Colonisation a engendré des « prisons des peuples » créant des rivalités dans le cadre d’associations politico-administratives forcées, contraires à leur Histoire, leur culture et à leurs ethnies ; le même phénomène est observable dans l’Histoire de l’Europe, avec des redécoupages de cartes par les Puissants, des transferts massifs de populations et des nettoyages ethniques, mais aussi la survivance d’irrédentismes et des cohabitations malheureuses, comme ici.

4 Même déni du droit des peuples à l’égard de la Crimée, qui avait voté son détachement de l’Ukraine en 1991.

5 Instaurant une épuration ethnique, la spoliation, perte de nationalité et expulsion des Allemands et Hongrois. Comme la Pologne, la Tchécoslovaquie bénéficie d’un statut de victime de l’agression nazie puis de la dictature soviétique, qui permet de faire oublier un comportement prédateur et tyrannique avant la défaite face au Reich.

6 Considérée comme le pays le plus corrompu d’Europe par les instances de l’UE elles-mêmes (v. Cour des comptes européenne, Rapport spécial 23/2021 sur la lutte contre la grande corruption en Ukraine « L’Ukraine est minée de longue date par la corruption et est confrontée à la fois à la petite et à la grande corruption. ») avant que le narratif choisi contre la Russie n’en fasse le bouclier de la démocratie européenne.

7 Le français peut faire un parallèle avec les attitudes respectives de deux anciennes colonies, le Viet Nam et l’Algérie.

8 Il a condamné l’invasion russe et soutenu les sanctions en 2022, avant d’évoluer pour ramener la paix et éviter la crise énergétique. On notera que les deux derniers présidents hongrois sont issus du FIDESZ ont également su être critiques envers Moscou : Katalin Novak a condamné l’invasion de l’Ukraine et a rencontré le président Zelensky en mai 2022, affirmant que « la responsabilité du président Poutine est parfaitement claire », tout en exhortant à en arriver rapidement à une paix équitable. Tamas Sulyok investi en mars 2024 après la démission de la précédente pour un scandale de grâce accordée à un pédophile, a promulgué la loi sur l’adhésion de la Suède à l’OTAN nécessaire pour que ce pays intègre l’Alliance.

9 Par exemple construction de réacteurs nucléaires par la Russie. Implication de Shell dans le financement de l’opposition notamment Peter Magyar. Rivalités dans les attributions de marchés lors de la renationalisation opérée dans certains secteurs, opposition oligarchique. En outre, le financement de certaines mesures sociales du Fidesz a reposé sur des prélèvements fiscaux touchant des institutions bancaires et des multinationales.

10 En contradiction avec sa définition : « Cet État illibéral ne renie pas les valeurs fondamentales comme la liberté mais ne fait pas de l’idéologie libérale un élément central de l’organisation étatique », « […] des systèmes qui ne sont pas occidentaux, pas libéraux, pas des démocraties libérales et qui apportent quand même le succès à leurs nations. »

11 Mais Volodymir Zelensky a eu de mauvais rapports personnels tant avec Joseph Biden qu’avec Donald Trump

12 Ouverture LGBT, offre de débouchés aux pouvoirs financiers occidentaux, libre-accès aux ressources naturelles, population déracinée et paupérisée disponible pour les flux migratoires, opposition aux Etats professant une vision traditionaliste, hostilité à la Religion en général mais à l’Orthodoxie, trop liée à Moscou, en particulier…)

13 L’accord du gouvernement Zelensky en mars 2022 et sa concrétisation à Istanbul a été neutralisé par l’intervention directe de Boris Johnson, les promesses d’U. Vd Leyen et la liquidation par le SBU du négociateur ukrainien.

14 Les centrales devraient être remplacées par des réacteurs de Rosatom et le choix du Nucléaire a fait l’objet de plainte auprès de l’UE par l’Autriche

15 Certains évoquent le président lui-même, son entourage proche ayant déjà fait l’objet de départs de ministres et chefs de cabinets « fusibles » pour corruption et considérables détournements de fonds

16 L’intéressé lui-même évoque des sondages favorables à son rival, une défaite étant jugée très possible par les services russes.

17 Le 16 février 2026 le state secretary Rubio faisait une visite à Budapest et Bratislava et rappelait le soutien affirmé de Washington au premier ministre hongrois.

18 Orban Viktor était un libéral, formé en partie à Oxford, destiné à devenir un leader standard sur le modèle de la sociale démocratie européenne. Après ses études de Droit à Budapest, ayant étudié Solidarnosc en Pologne, il co-fonde l’alliance des jeunes démocrates (Fidesz) dans une perspective anticommuniste. Sa rencontre avec Zsolt Semjen du Parti populaire chrétien (KDNP) diplômé en théologie, sociologie et Droit, élu au Parlement puis vice premier ministre, opéra un tournant personnel et spirituel vers une forme de national-catholicisme, un courant de pensée conservateur ancien en Hongrie. Patriotisme, religion, valeurs traditionnelles, racines chrétiennes et histoire millénaire du pays, mariage entre un homme et une femme et protection de la vie dès son commencement sont inscrits dans la Loi fondamentale de la Hongrie adoptée en 2011. Cette orientation traditionaliste et sa politique de protection contre l’immigration de masse le font honnir par l’intelligentsia européenne, mais s’accordaient fort bien avec la vision MAGA.

19 En 2024, Magyar a annoncé disposer de preuves enregistrées de la corruption des autorités, notamment le secrétaire d’Etat à la justice Pal Volner et le ministre Antal Rogan ; il s’agissait de déclarations de son ex-femme Judit Varga, ministre de la Justice démissionnaire en 2024, qui a ensuite affirmé qu’elles lui avaient été arraché sous la menace par son ex-époux, également accusé de violences par une ancienne concubine. Magyar met en cause le gendre d’Orban Istvan Tiborcz et les « familles qui détiennent la moitié du pays »

20 Il fait l’objet de scandales, violences à l’égard de ses compagnes, dans une boite de nuit mais le Parlement européen a refusé de lever son immunité.

21 Allocations familiales, petites retraites. Orban souhaite améliorer l’accession à la propriété, des prix fixes sur certaines denrées, maîtriser les coûts énergétiques recourir à un nationalisme économique, appliquer une politique familiale des plus avancées au monde, et contenir les impôts tout en refusant toute politique d’assistanat.

22 Notamment Lazar info, qui permet de dénoncer, troller, ironiser sur le mode tik tok auprès d’un public jeune sensible aux frictions générationnelles

23 Certes, l’Union européenne n’est pas une dictature politique dans ses institutions et son fonctionnement (qui au contraire écarte le Politique élu de l’exercice du pouvoir), mais elle devient clairement un système administratif totalitaire anonyme, normatif, déconnecté et sans contrôle démocratique effectif

24 Une promesse de Magyar que Orban a corrigé en rappelant que les fonds sont dus et finiront par être versés

25 Si tel est le cas, sans succès, à la différence de l’ingérence franco-Européenne dans l’éviction du candidat čalin Georgescu, que la CEDH a débouté le 6 mars 2026 pour des motifs assez curieux. La chambre préliminaire de la Cour d‘appel de Bucarest a annulé le 9 mars la plupart des preuves contre Georgescu et 20 accusés, leurs déclarations en tant que témoins étant invalides, conduisant à un réexamen par le Parquet. Son rival favorisé par l’UE, Nicusor Dan, a signé le 12 mars 2026 un accord avec l’Ukraine pour la production commune de drones et un pacte de partenariat stratégique, ce qui risque très probablement de se solder par une intervention dans la Transnistrie moldave (dont la responsable gagaouze a déjà été condamnée à sept années de prison par Chisinau).

26 L’articulation en douze points est une référence aux déclarations de 1848 dont, fin historien, Orban se veut héritier en reprenant les principes de « paix, liberté et entente » et leur pérennité, alors que Tsar, Empereur germanique, Sultan et Führer ont disparu.

27 Outre prêt pour faciliter le logement, plein-emploi et salaire minimum, 14ème mois pour les personnes âgées, le premier ministre a déjà annoncé des mesures directes pour contrôler les prix de l’énergie, en particulier du carburant.

Olivier CHAMBRIN

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