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Caracas, Téhéran puis Moscou ? Enseignements pour la SVO de la guerre contre l’Iran

La guerre israélo-étatsunienne contre l’Iran présente des caractéristiques importantes pour la Russie, dont l’analyse met en évidence des similitudes avec la SVO, traitées avec une extrême mauvaise foi par les Occidentaux.

  • Invasion d’un État souverain : Alors que les Occidentaux, leurs relais diplomatiques et médiatiques, ont légitimé leur hostilité contre Moscou en arguant du caractère illégal au regard du Droit international et donc inacceptable, de l’invasion russe de l’Ukraine en février 20221, ils ne condamnent pas l’agression armée d’un État souverain (l’Iran) et l’invasion partielle du territoire d’un second (le Liban), en violation de la Charte des Nations Unies2.
  • Protection des populations : L’argument faussement vertueux3 de la protection des populations contre les exactions d’un régime est mis en avant dans le cas de l’Iran, mais nié dans celui du SVO, pour lequel il constitua d’emblée un des trois buts de guerre, conformément au principe de responsabilité de protéger (non autorisé par le Conseil de sécurité perse, mais rattachable à la Résolution 2202 du Conseil de sécurité du 17 février 2015)4 et conformément aux accords de Minsk, dont Moscou était un garant reconnu.
  • Attaque a priori : Washington et Tel-Aviv justifient leur attaque préventive (notion inexistante dans l’article 51 de la Charte qui reconnaît le droit de légitime défense ; l’article 39 évoque bien une menace à la paix, mais les mesures coercitives doivent être décidées par le Conseil de sécurité des NU) car nécessaire pour prévenir un danger imminent. Cela a toujours été contesté pour la SVO russe, déclenchée pour prévenir une offensive kiévienne contre les populations des LPR et DPR (décret présidentiel ukrainien du 24 mars 2021 préparant l’assaut contre le Donbass, massification des troupes confirmée par le BND allemand, intensification des bombardements préparatoires confirmée par l’OSCE).
  • Universalité de la menace : Washington excipe d’une mise en danger directe par les missiles iraniens, de ses frontières, voire de celles de l’Europe (argument déjà employé pour mettre en place des forces antimissiles AEGIS en Pologne et Roumanie et visant en réalité la Russie) ce qui est fantasmagorique au regard des performances balistiques que détient Téhéran. Plus raisonnablement, Tel-Aviv affirme subir une mise en danger existentielle, mais affirme abusivement que la guerre contre l’Iran vise à sauver le Monde de la menace créée par cet État. Cela est à mettre en rapport avec les affirmations5 présentant la Russie comme menaçant l’Europe et l’Ukraine comme protégeant cette dernière et ses libertés. Cette propagande est malheureusement progressivement devenue vérité officielle, les sources d’informations divergentes étant soit interdites soit soumises à pression administrative et diabolisation médiatique.
  • Risque nucléaire : Les arguties sur la menace nucléaire iranienne évoquent tristement la thématique des pseudo-armes de destruction de masse cyniquement instrumentalisée lors de l’invasion de l’Irak en 2003. Les conclusions de l’AIAE (à laquelle la Bombe israélienne n’est pas plus soumise qu’aux traités de non-prolifération6) et même de la CIA, sur l’absence de relance du programme militaire iranien depuis 2003, ont été négligées au profit d’affirmations israéliennes martelées répétitivement depuis7. On doit ajouter que le POTUS avait déclaré que les bombardements US des sites iraniens en 2025 avaient annihilé le programme nucléaire de Téhéran, pourtant (re)devenu l’alibi d’une nouvelle agression en 2026. Parallèlement, les inquiétudes soulevées par le président russe sur une remise de moyens nucléaires à Kiev sont tournées en ridicule notamment en France8, comme avait été négligé le fait que la décision de lancer la SVO avait suivi de peu les déclarations du président Zelensky à Munich le 19 février 2022 de renucléariser l’Ukraine kiévienne, sujet réitéré le 17 octobre 2024, puis encore évoqué fin février 2026. L’Occident considère qu’il est inadmissible que l’Iran dispose de la bombe nucléaire, mais que la Russie doit-elle donc penser des déclarations du premier ministre Donald Tusk souhaitant que la Pologne développe « ses propres capacités nationales autonomes en matière de sécurité nucléaire dans un contexte militaire » en s’armant « avec ses amis pour dissuader ses ennemis » ?
  • Duplicité diplomatique et relativisme juridique : Il est particulièrement inquiétant que les USA de Donald Trump aient emboîté le pas aux Européens dans la destruction de la diplomatie westphalienne et de l’architecture de sécurité post-1945, sapant les fondements mêmes du Droit International. Les garants français et allemands du format Normandie ont reconnu que les accords de Minsk avaient été cyniquement négociés afin de mieux préparer la guerre9. Cela crée une crise fondamentale de valeur des engagements diplomatiques, qui même appliqués avec des arrière-pensées restaient le fondement de la diplomatie et des rapports au sein des Nations Unies, y compris lors de la guerre froide10. Il apparaît que le président états-unien, non seulement affiche clairement préférer la logique du deal léonin et mépriser les institutions et mécanismes diplomatiques11 mais à trois reprises désormais, a « militarisé » la négociation : celles menées avec l’Iran en 2025, avec le Venezuela en 2026 et encore avec Téhéran début 2026, n’ont servi qu’à faire baisser la garde avant de frapper et non à chercher un désamorçage consensuel. C’est un constat qui devrait faire réfléchir Moscou, par rapport à « l’esprit d’Anchorage » et à l’ouverture supposée d’un président US « pacificateur » et ouvert à un dialogue mutuellement bénéfique tel qu’espéré par les élites moscovites12.

Par ailleurs, La guerre en cours contre l’Iran illustre certains facteurs intéressant la Fédération de Russie.

  1. Washington s’inscrit dans la stratégie de sécurité nationale énoncée en décembre 2025 et qui vise, avec des moyens recentrés car diminués, à maintenir le leadership étasunien sur un Occident qui doit conserver sa primauté géopolitique mondiale. Outre l’abandon de la vision mondialiste et la relance locale, cela implique le roll back des concurrents de la sphère réservée (résolution des situations cubaine, vénézuélienne, mexicaine et colombienne) par le corollaire Trump à la doctrine Monroe, le transfert de charge financière de leur remilitarisation aux États vassaux13, ainsi que le containment diplomatico-économique de la République populaire de Chine, grâce à une géopolitique énergétique, en particulier de contrôle des hydrocarbures14. Cet objectif est combiné avec la lutte contre toute alliance contestant l’hégémon, comme les BRICS.

Dans ce cadre, après Caracas et Téhéran, Moscou est le dernier fournisseur de la RPC et donc nécessairement la prochaine cible, soit d’une transformation en proxy via la finance et la pression économique soit d’un autre regime change15. La réaction de la RPC reste une inconnue mais bien davantage que Taïwan, dont le cas peut être géré avec patience et subtilité comme à Hong Kong, cette bascule mettrait en péril immédiat l’économie chinoise.

  1. La rivalité inexpiable entre Tel-Aviv et Téhéran comporte une autre dimension transposable à la Russie, celle d’un conflit existentiel et devenu eschatologique et nécessaire16. La conséquence est qu’il est devenu illusoire d’espérer une solution pacifique. Tout armistice ne sert en réalité qu’à réparer une nouvelle agression. Il est notoire que cela s’applique au cas de Kiev, qui restera une base avancée antirusse et ne renoncera jamais à tenter de récupérer les territoires perdus, même si ceux-ci sont peuplés de Russes, ayant exprimé un souhait de rattachement et ayant subi persécution et ostracisme constitutionnel et politique au sein de l’entité ukrainienne.

Conjugué au constat sur l’absence de sincérité et de fiabilité des responsables occidentaux, cela rend pessimiste quant aux chances d’une solution négociée durable.

  1. Les évènements en cours démontrent que des États en crise mais disposant d’importants moyens militaires les emploient comme instruments de stabilisation interne et de domination extérieure. C’est une constante dans l’histoire des USA, puissance prédatrice. Cela se conjugue à une forme de fuite en avant. Psychologiquement les dirigeants qui sont chefs des armées et contestés politiquement ont une tendance naturelle à se refermer dans le microcosme militaire, dernier environnement à leur rester soumis, intrinsèquement obéissant sans murmure et respectueux par nature17. Cela induit une dangereuse tendance à passer par le spectre militaire et l’emploi de la force comme perspective intellectuelle (ultima ratio regis). Lorsqu’on dispose d’un très gros marteau comme l’US Army, cela tend à faire percevoir tous les problèmes comme des clous. Pour les USA, l’hégémonie et la captation des ressources périphériques imposent une posture de puissance, comme pour tout empire. Face à la diminution du potentiel, un recentrage a donc été décidé mais il demeure indispensable de continuer à afficher de la supériorité pour subjuguer. C’est clairement la politique de force adoptée par D. Trump, qui repose sur une capacité militaire très réelle mais néanmoins en déclin. Après nombre de camouflets, le ralliement des membres de l’OTAN à la coalition américano-israélienne est révélateur et significatif du maintien de la position suzeraine des USA.
  2. Conséquence de ce qui précède, la guerre en cours confirme la tendance à attaquer en meute. Le recours à la coalition, parfois contre nature ou forcée18, reste de mise, à la fois pour opérer des transferts de charge financière et technique et multiplier les sources, dans un cadre tout à fait conforme au principe de vassalisation, pour diluer la responsabilité politique et diplomatique et pour augmenter le nombre des cibles. La nécessité de favoriser des alliances faibles reste donc une priorité pour la Russie
  3. La tendance à transformer les guerres en cours en laboratoires s’est confirmée. Mais désormais la boucle s’est considérablement raccourcie et la R&D cherche une validation immédiate et en temps réel, en supprimant les longues et coûteuses mises au point. L’obsolescence relative ou complété de solutions considérées comme pérennes est observée, comme pour le rôle des blindés, de l’infanterie, et surtout la défense contre les attaques aériennes (par drones, missiles, bombes planantes). Cela conduit à une remise en cause tactique mais aussi stratégique en démontrant la vulnérabilité des instruments de la dissuasion. Pour la Russie cela impose un effort de modernisation du complexe hérité de l’URSS et une accélération des processus décisionnels en conjonction avec l’observation et l’analyse des évolutions au sein des forces armées états-uniennes. Un effort particulier devra porter sur des solutions innovantes et économiques, au détriment des appareils de production industrielle et de direction en place, dont la corruption ou l’inertie impactent cette évolution nécessaire.
  4. Ainsi, comme la guerre contre la Russie en Ukraine, celle contre l’Iran sert de banc d’essais en temps réel pour développer de nouvelles technologies et pratiques. Cela peut permettre de dépasser l’effet de la loi d’Augustine (N°16 sur 52) et de refaçonner un appareil militaire plus performant et moins gourmand. Non plus par réductions et limitations capacitaires, mais par la mise au point de techniques modernes offrant un effet final équivalent avec un investissement moindre. La réussite de ce pari technologique adossé à la puissance logistique massive des forces armées états-uniennes pourrait permettre à l’empire de durer. Alors que la Russie subit une fixation en Ukraine, l’exploitation des capacités navales et aériennes et du réseaux de bases US permet la réduction systématique des anneaux périphériques alliés hérités de l’URSS et du renouveau russe des années 2015. La grande stratégie US a toujours reposé sur l’étouffement depuis 186119. Cela est facilité face à des adversaires ancrés dans des options et une culture militaire à dominante terrestre, comme l’Allemagne et la Russie. Actuellement la Russie n’a d’avance réelle que dans le domaine nucléaire stratégique mais semble peiner à dissuader ses adversaires, surtout européens. De plus, le recours a ces moyens est peu adapté à une reprise de contrôle opérationnel avec des perspectives futures. A l’inverse l’hybris du POTUS et la course en avant qui semble initiée pourraient déboucher sur un étirement excessif de l’appareil militaire additionné à une contestation politique interne. On peut se demander si l’option de la négociation qui semble retenue par le Kremlin est donc la bonne dans ce contexte. Mais la difficulté tient au fait que le président russe reste attaché à son objectif ultime, le développement intérieur et la préservation d’une troisième voie indépendante, entre USA et RPC, ce qui s’oppose à un passage à une économie et une sociologie de guerre totale comme en 1941-45.
  5. La guerre contre l’Iran additionne les succès tactiques mais semble déficiente au plan stratégique. L’obligation de disposer de forces intérieures de déstabilisation a conduit à tenter de générer une révolution en Iran. Les déclarations du président Trump font fuiter la possibilité de s’appuyer sur les Kurdes (les « cocus » des opérations occidentales, contre les États arabes et l’État islamique, depuis un demi-siècle) ; cela induit un risque considérable de guerre civile ethnique et contagieuse, considérant l’absence d’un État kurde et la division de la population en Iran, Syrie, Irak et Turquie. Cette prise de risque se compare avec le chaos déclenché pendant un quart de siècle par la volonté de redessiner la carte du Moyen Orient par les Neocons, pour exploiter la période de « fin de l’Histoire » initiée par la chute de l’URSS. En Iran, la direction US actuelle a probablement été victime de biais additionnés : Intoxication par l’allié israélien, intelligence faussée émanant des réfugiés iraniens, effet de la pression hiérarchique et politique interne sur les analystes, impact des biais (de confirmation, de surconfiance, d’optimisme, sophisme de planification…)20, hybris personnel du chef et probablement effet pervers des plans numériques et algorithmiques21. D’une manière générale depuis 1945, les armées occidentales ont presque toujours affronté des opposants en situation d’infériorité sans pourtant forcément vaincre ; mais cela a conditionné des visions tactiques subordonnées à la politique intérieure, en défaveur de visions stratégiques (d’ailleurs les guerres de l’Occident sont généralement perdues lorsqu’elles deviennent longues).

A priori on peut penser que le POTUS a envisagé une opération rapide et victorieuse à bas coût, comme aurait dû l’être la SVO (Israël et les USA ont l’avantage de bénéficier de l’option de retrait sans frais, tant qu’ils ne posent pas de « bottes au sol », à la différence de la Russie en Ukraine). Cela excluait l’option « à l’irakienne » comme en 2003. Les déclarations états-uniennes et israéliennes laissent penser qu’il était envisagé une option « à la syrienne » comme en 202422. Le rôle des frappes de « décapitation » doit s’analyser dans ce cadre. Conformes à la tradition hébraïque (Judith et Holopherne, terrorisme de la Haganah…) c’est initialement une stratégie de faible au fort (comme le terrorisme ukrainien). Elle a été adoptée par les occidentaux dans l’incapacité de lutter efficacement contre le terrorisme par les moyens militaires traditionnels. Face à un État moderne, résilient, elle ne peut être efficace que si on empêche le renouvellement des cadres ; il faut pour cela parvenir à imposer très vite et avec l’acceptation minimale de la population un leadership renouvelé et favorable. Or, les déclarations du POTUS témoignent d’un manque en la matière (« ceux qui remplaceraient Khamenei seraient les mêmes ou pire »). Les structures dictatoriales semblent plus vulnérables à ce type d’action, mais en réalité 1) elles favorisent souvent des émergences liées aux factions internes libérées par la mort du chef 2) L’Iran est malgré les apparences un État à l’organisation complexe et où le pouvoir est dilué. Enfin, cette stratégie ne peut fonctionner que s’il y a suffisamment de trahison à l’intérieur, ce qui semble le cas23. Mais comme l’action militaire, la trahison est un levier final qui fait basculer une structure déjà rendue instable socialement.

C’est la question qui se pose pour une transposition en Russie. La pression sur l’économie russe a déjà généré des insatisfactions au sein des élites liées à l’occident et dans la population dont le bien être diminue. C’est un levier bien identifié pour agir sur le Politique. En parallèle, une Fédération, comme un empire, est sujette à la question nationale qui permet d’affecter des forces de tension centrifuge et de scission24. Une guerre est un autre facteur puissant. Celle contre le Japon a failli emporter le tsarisme en 1905 et celle de 1914-17 (en Russie certains considèrent que le même mécanisme a conduit à la chute de l’URSS, miné par l’Afghanistan et la crise économique, en 1991) a autant pesé sur la Révolution russe que cette dernière sur les combats (en empêchant le redressement militaire amorcé contre les Centraux). Une défaite ou ce qui apparaîtrait comme un échec de la SVO pourrait ainsi catalyser les mécontentements voire les oppositions en Russie. Certains commentateurs signalent que les élections à venir pourraient apparemment sanctionner le parti présidentiel, à cause de la récession, des problèmes économiques et sociaux et des actions limitant les libertés comme celles du Roskomnadzor (RKN) pour fermer Telegram et imposer l’analogue MAX, très mal perçues notamment par les 18-35 ans. Inversement, une victoire nette satisferait les attentes et répondrait aux sacrifices consentis. Mais tous ces calculs sont tributaires de deux éléments clefs et peu quantifiables en équations, le facteur spirituel et la qualité de la direction du pays. Sur ces deux sujets, la Russie n’est heureusement pas la plus mal lotie.

En date du 6 mars 2026, le constat des méthodes et actions états-uniennes dans les déclarations du président russe sur l’abandon des marchés énergétiques occidentaux et le possible limogeage de Kirill Dmitriev, les propos du ministre Lavrov sur l’esprit d’Anchorage « qui s’évapore alors que la Russie a accepté des propositions et des compromis », pourraient indiquer un changement de cap de la politique russe « raisonnable et constructive » de négociation et de recherche d’entente (?).


1 Ignorant sciemment que l’avancée de l’OTAN à l’Est malgré les engagements des années 1990 et la transformation de l’Ukraine en une base avancée artificiellement devenue russophobe par ingénierie sociale et coup d’État pouvaient objectivement entraîner une réaction défensive.

2 Il est vrai que les précédents occidentaux ne manquent pas depuis la chute de l’URSS, agression de la Serbie, invasion de l’Irak, destruction de la Libye…

3 Si le sort des populations était le vrai moteur de la diplomatique occidentale, les relations seraient difficiles avec la Syrie de Al-Julani, la coalition émiro-saoudienne au Yémen, le Qatar…

4 C’est pourquoi le président russe a d’abord reconnu les républiques de Lughansk et de Donetsk, ce qu’il n’avait pas fait pendant huit ans, afin de leur permettre de demander officiellement une intervention protectrice sur la base du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et de l’article 51 de la Charte.

5 Portées par les responsables de l’UE, de l’OTAN et des États, polonais, baltes, finlandais, norvégien, allemand, britanniques et français.

6 Certaines sources évoquent la menace israélienne de recourir à l’arme nucléaire contre l’Iran en cas de défaut d’assistance états-unienne comme facteur forçant D. Trump à autoriser cette guerre.

7 La menace nucléaire iranienne a été depuis 1996 le pilier de la politique de B. Netanyahu qui a annoncé « sous trois à cinq ans » en 1996, « l’Iran est à quelques semaines de la création d’une bombe nucléaire » en 2006, « le temps nous est compté » en 2011 devant le Congrès US, « sous quelques mois, peut-être quelques semaines » en 2012 à l’ONU, « une question de semaines » en 2013, «  à quelques jours » en 2015, « à quelques semaines » en 2018 bis repetita en 2024 et 2025…

8 Parce que le SVR évoque la possibilité de transférer à Kiev des têtes M51 décommissionnée des SNLE français et parce que le président français met en avant l’idée d’extension du parapluie nucléaire français au sein de l’UE ; peut-être aussi parce que le Russie souhaite la prise en compte des têtes françaises dans les négociations de suivi des capacités qui suivent la fin du traité START.

9 Le chancelier Merz déclare le 4 mars 2026 « que le Droit international ne s’applique pas à l’Iran » ce qui n’est pas très rassurant non plus.

10 Le mécanisme de la détente reposait sur des accords (TNP, SALT, ABM, FNI, START, SORT, New START…) respectés, malgré l’opposition ouverte des parties en présence et leur aptitude avérée à employer la guerre clandestine. A l’initiative des USA, les différents traités ont été abandonnés également par la Russie. Les prises de position officielles des deux présidents montrent cependant un attachement bien plus fort du Suprême russe que de son homologue POTUS pour les appareils juridiques, les traité et l’architecture internationale et multilatérale.

11 Position qui s’écarte de celle des présidents Obama et Biden, pour qui les accords (quoique souvent interprété avec malice par le truchement d’organes sous contrôle) étaient inscrits dans la stratégie de sécurité nationale et revendiqués comme pièces maîtresses de la diplomatie US et de l’ordre mondial.

12 A cet égard, on peut s’interroger sur le choix par le Kremlin comme émissaire extraordinaire débordant le ministre Lavrov, d’un banquier russe, né en Ukraine, diplômé de Stanford et Harvard et en lien via ses affaires avec le gendre du POTUS, Jarod Kuchner et d’autres membres de l’oligarchie états-unienne.

13 A l’exception d’Israël, bénéficiaire net d’une aide massive et de Taïwan, qui paie l’assistance par son intégration dans le marché mondial des « puces ». Les membres de l’OTAN en Europe se sont vus sommés de hausser leurs budgets militaires et d’assurer la tenue de la forteresse Europe face à la Russie artificiellement devenue une menace directe.

14 En apparence paradoxalement, cette volonté de réinstaurer le primat des hydrocarbures et l’énergie traditionnelle qu’incarne Donald Trump, pourrait en seconde analyse favoriser ses opposants, tenants de la dé-carbonisation et des énergies vertes, présentées comme des moyens de limiter la dépendance stratégique, le cas du Nucléaire civil restant soumis à des analyses idéologiques camouflant des intérêts économiques. Cette dialectique recouvre aussi un antagonisme entre les attentes énergétiques de la TECH et des GAFA et les besoins de la population des USA, en particulier la base MAGA.

15 L’opinion se développe en Russie d’un risque de renversement inspiré par les élites financières et la dégradation de la situation économique et sociale sous la pression occidentale. Ce scénario « à la 1917 » est évoqué dans des études de la CIA et de la RAND et le projet britannique Alchemy. Le démembrement consécutif de la Fédération de Russie (envisagé par deuxième et troisième Reich en leur temps), qui a les faveurs à la fois des Neocon (Atlantic council) et des Démocrates aux USA, est évoqué en Pologne (résurgence du Prometeizm pilsudkien au sein du PiS), en Estonie, et par le nouveau chef de cabinet présidentiel Budanov dans un entretien fin février 2026.

16 La gouvernance israélienne n’échappe à la prison que grâce à la guerre, ce qu’on peut aussi appliquer à celle de Kiev. Aux USA, en France, au Royaume uni et en Allemagne c’est moins direct, mais la remise en cause politique des responsables par les populations est temporisée, voire neutralisée, par la menace de guerre.

17 Sans faire de freudisme de bas étage, il suffit de regarder les images récentes des présidents français et états-uniens, significativement exempts tous deux de tout service militaire dans leur jeunesse.

18 Le couple israélo-étasunien est renforcé par des États arabes malgré eux-mêmes, des États européens de l’OTAN confrontés à leurs limitations, contradictions et reniements, et même par l’Ukraine et l’Azerbaïdjan, en attendant un engagement turc délicat.

19 Historiquement, les Anglo-saxons excellent dans la piraterie, ce qui est malheureusement confirmé par les attaques que subissent les flottes russes, six navires au moins dont le précieux gazier Arctic metagaz le 3 mars 2026 ont été attaqués en mer ouverte (prés de Malte pour ce fleuron de la flotte commerciale russe). Le port de Novorossisk, site de repli de la flotte de la mer Noire, est frappé lourdement et régulièrement depuis le début de l’année.

20 Par un détournement pervers, les services de renseignement occidentaux, en principe outils d’information concourant à la prise de décision, sont de plus en plus transformés en organes de communication légitimant les décisions politiques.

21 Apparemment, les ordinateurs militaires russes avaient aussi prédit un succès facile de la SVO, l’IA n’y change rien, au contraire…

22 C’était aussi l’option « à l’afghane » en 2002, confiée à la CIA et aux forces spéciales mais qui a finalement dégénéré en enlisement.

23 Le général des gardiens de la révolution Esmail Kaani a quitté la résidence du guide suprême avant sa destruction, le QG des gardiens en juin 2025 avant sa destruction, il avait quitté le QG du Hezbollah à Beyrouth avant sa destruction en septembre 2024.Il aurait été exécuté le 5 mars. Fatima, la fille du chef des services de sécurité Ali Larijani était enseignante à l’Université Emory à Atlanta, Ga (USA) jusqu’au 25 janvier 2026.

24 Le MI6, la CIA et le SBU travaillent les diasporas. Ils ont l’expérience des guerres (soviétique) d’Afghanistan et de Tchétchénie et des réseaux au sein des islamistes. Après la parenthèse Massoud en Afghanistan, la France a gardé des options en Asie centrale, Balkans et Afrique. Après 1941 plus de 200 écoles du Reich ont formé des agents pour nourrir le sabotage et la subversion en URSS et initier une guerre civile par les nationalités. En 1943 Le SMERSH a été détaché du NKVD et subordonné directement au suprême soviétique pour parer cette menace, avec succès.

Olivier CHAMBRIN

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