Guerre au Moyen Orient : La Russie partenaire prudent de l’Iran
Les guerres se déroulent rarement comme prévu. En déclenchant une puissante offensive aérienne pour en finir avec l’Iran, son régime et son programme nucléaire, Israël et les Etats-Unis pensaient écraser une fourmilière mais ils ont en réalité donné un coup de pied dans un nid de frelons. Frappé au cœur et mis dos au mur dès les premières heures de l’attaque, le pouvoir iranien n’a eu d’autre choix que de vendre chèrement sa peau. Des rivages du golfe persique à ceux de la Méditerranée orientale, l’Iran a riposté tous azimuts avec ses drones et ses missiles balistiques, embrasant l’ensemble du Moyen-Orient afin d’élargir la guerre et de l’inscrire dans la durée. L’interdiction du détroit d’Ormuz provoque une fulgurante hausse du prix des hydrocarbures et un choc pétrolier mondial probablement plus difficile à absorber pour l’occident que celui de 1973.
La Russie avance avec prudence
Vu de Moscou, nul ne souhaite voir l’Iran s’effondrer ni retomber dans l’orbite de Washington, mais la situation en Ukraine est prioritaire. En Iran, la Russie adopte une attitude prudente pour éviter l’escalade tout en surveillant l’évolution du conflit. Le 28 février, après la mort d’Ali Khamenei, Vladimir Poutine a adressé des condoléances au président iranien Masoud Pezeshkian, sans toutefois nommer les responsables de cette action homicide probablement dans le souci de ménager sa communication avec Washington. Une semaine plus tard cependant, dans un nouveau télégramme adressé cette fois à Mojataba Khamenei, le fils d’Ali Khamenei, désigné pour succéder à son père, le ton du président russe était plus chaleureux et plus offensif. Il l’a assuré du soutien indéfectible de la Russie et de sa solidarité avec ses amis iraniens. Il a aussi rappelé que la Russie a été, et restera, un partenaire fiable de la République islamique.”
Moscou veut que l’Iran tienne. Lors de la guerre des douze jours, les stations de contrôle des satellites iraniens ont été détruite mais les frappes de missiles continuent d’être remarquablement précises. Il est possible – sans preuve – que les Russes procurent de façon informelle aux iraniens – comme les occidentaux le font en faveur de Kiev – des renseignements satellites pour faciliter le ciblage de certains objectifs. Lors de la guerre des Malouines, l’Union Soviétique avait ainsi agi au profit des forces aériennes argentines engagées au-dessus de l’Atlantique sud dans leur duel contre la Royal Navy.
La Russie et le baril à 100 dollars
Alors que les pays du G7 évoquent la possibilité d’utiliser leurs ressources stratégiques pour stabiliser les marchés pétroliers, le président russe s’est adressé aux gouvernants européens le 9 mars en déclarant que la Russie était prête à leur fournir du pétrole et du gaz au cas où ils en feraient la demande dans un esprit ouvert et en vue d’une “collaboration durable et stable”. Avec un baril dépassant le seuil des 100 dollars, c’est plus de 150 millions de dollars qui rentrent quotidiennement dans les caisses de l’Etat russe. En ces temps difficile, le budget fédéral profite donc d’une embellie providentielle.
A Bruxelles, la Commission européenne estime cependant qu’il n’y aurait aucun risque de « pénurie imminente d’approvisionnement en pétrole en Europe et reste fixée sur sa stratégie de confrontation en Ukraine en poursuivant l’examen de nouvelles sanctions contre les hydrocarbures russes…
La Russie ménage Washington…
En attendant, les prix flambent et l’Ukraine se trouve placée au centre d’un terrible bras de fer énergétique entre la Russie et l’Union Européenne. D’une part, une enquête vient de conclure très opportunément pour Washington que les gazoducs Nord Stream détruits en 2022 au fond de la Baltique l’auraient été par une action commando venant d’Ukraine et d’autre part, l’oléoduc de l’amitié si mal nommé « Droujba » qui traverse l’Ukraine est devenu un sujet incandescent. Le pétrole russe n’arrive plus en Slovaquie ni en Hongrie. Bratislava et Budapest incriminent directement Kiev.
Le 10 mars des missiles Storm Shadow, la version britannique du SCALP français, opérés depuis l’Ukraine ont détruit une usine de composants électroniques à usage militaire à Briansk en Russie provoquant morts et blessés civils. Au moment où Washington propose de nouvelles négociations, Moscou a imputé à Londres la responsabilité de cette provocation délibérée dans le but mettre à mal les efforts en vue d’un règlement de la guerre en Ukraine. Convoqués le 13 mars, les ambassadeurs du Royaume-Uni et de France se sont vus notifiés l’exigence du gouvernement russe que leurs deux pays condamnent fermement et sans ambiguïté la frappe sur Briansk. Malgré la guerre en Iran, la Russie engagée en Ukraine, ménage Washington.
- Guerre au Moyen Orient : La Russie partenaire prudent de l’Iran - 19 mars 2026
- Macron : une interminable fin commence - 20 juin 2024
- 1964 : de Gaulle, la libération et le « Jour J » - 6 juin 2024


