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Guerre au Moyen Orient : La Russie partenaire prudent de l’Iran
Les guerres se déroulent rarement comme prévu. En déclenchant une puissante offensive aérienne pour en finir avec l’Iran, son régime et son programme nucléaire, Israël et les Etats-Unis pensaient écraser une fourmilière mais ils ont en réalité donné un coup de pied dans un nid de frelons. Frappé au cœur et mis dos au mur dès les premières heures de l’attaque, le pouvoir iranien n’a eu d’autre choix que de vendre chèrement sa peau. Des rivages du golfe persique à ceux de la Méditerranée orientale, l’Iran a riposté tous azimuts avec ses drones et ses missiles balistiques, embrasant l’ensemble du Moyen-Orient afin d’élargir la guerre et de l’inscrire dans la durée. L’interdiction du détroit d’Ormuz provoque une fulgurante hausse du prix des hydrocarbures et un choc pétrolier mondial probablement plus difficile à absorber pour l’occident que celui de 1973.
La Russie avance avec prudence
Vu de Moscou, nul ne souhaite voir l’Iran s’effondrer ni retomber dans l’orbite de Washington, mais la situation en Ukraine est prioritaire. En Iran, la Russie adopte une attitude prudente pour éviter l’escalade tout en surveillant l’évolution du conflit. Le 28 février, après la mort d’Ali Khamenei, Vladimir Poutine a adressé des condoléances au président iranien Masoud Pezeshkian, sans toutefois nommer les responsables de cette action homicide probablement dans le souci de ménager sa communication avec Washington. Une semaine plus tard cependant, dans un nouveau télégramme adressé cette fois à Mojataba Khamenei, le fils d’Ali Khamenei, désigné pour succéder à son père, le ton du président russe était plus chaleureux et plus offensif. Il l’a assuré du soutien indéfectible de la Russie et de sa solidarité avec ses amis iraniens. Il a aussi rappelé que la Russie a été, et restera, un partenaire fiable de la République islamique.”
Moscou veut que l’Iran tienne. Lors de la guerre des douze jours, les stations de contrôle des satellites iraniens ont été détruite mais les frappes de missiles continuent d’être remarquablement précises. Il est possible – sans preuve – que les Russes procurent de façon informelle aux iraniens – comme les occidentaux le font en faveur de Kiev – des renseignements satellites pour faciliter le ciblage de certains objectifs. Lors de la guerre des Malouines, l’Union Soviétique avait ainsi agi au profit des forces aériennes argentines engagées au-dessus de l’Atlantique sud dans leur duel contre la Royal Navy.
La Russie et le baril à 100 dollars
Alors que les pays du G7 évoquent la possibilité d’utiliser leurs ressources stratégiques pour stabiliser les marchés pétroliers, le président russe s’est adressé aux gouvernants européens le 9 mars en déclarant que la Russie était prête à leur fournir du pétrole et du gaz au cas où ils en feraient la demande dans un esprit ouvert et en vue d’une “collaboration durable et stable”. Avec un baril dépassant le seuil des 100 dollars, c’est plus de 150 millions de dollars qui rentrent quotidiennement dans les caisses de l’Etat russe. En ces temps difficile, le budget fédéral profite donc d’une embellie providentielle.
A Bruxelles, la Commission européenne estime cependant qu’il n’y aurait aucun risque de « pénurie imminente d’approvisionnement en pétrole en Europe et reste fixée sur sa stratégie de confrontation en Ukraine en poursuivant l’examen de nouvelles sanctions contre les hydrocarbures russes…
La Russie ménage Washington…
En attendant, les prix flambent et l’Ukraine se trouve placée au centre d’un terrible bras de fer énergétique entre la Russie et l’Union Européenne. D’une part, une enquête vient de conclure très opportunément pour Washington que les gazoducs Nord Stream détruits en 2022 au fond de la Baltique l’auraient été par une action commando venant d’Ukraine et d’autre part, l’oléoduc de l’amitié si mal nommé « Droujba » qui traverse l’Ukraine est devenu un sujet incandescent. Le pétrole russe n’arrive plus en Slovaquie ni en Hongrie. Bratislava et Budapest incriminent directement Kiev.
Le 10 mars des missiles Storm Shadow, la version britannique du SCALP français, opérés depuis l’Ukraine ont détruit une usine de composants électroniques à usage militaire à Briansk en Russie provoquant morts et blessés civils. Au moment où Washington propose de nouvelles négociations, Moscou a imputé à Londres la responsabilité de cette provocation délibérée dans le but mettre à mal les efforts en vue d’un règlement de la guerre en Ukraine. Convoqués le 13 mars, les ambassadeurs du Royaume-Uni et de France se sont vus notifiés l’exigence du gouvernement russe que leurs deux pays condamnent fermement et sans ambiguïté la frappe sur Briansk. Malgré la guerre en Iran, la Russie engagée en Ukraine, ménage Washington.
Pourquoi la Corée du Nord a-t-elle décidé de se concentrer sur les armes spatiales ?
« La Commission militaire centrale du Parti a fixé des objectifs clés pour doter nos forces armées d’armes nouvelles, secrètes et stratégiques spéciales, a examiné attentivement les nouveaux plans de défense et a approuvé des programmes à long terme. » Il y a un mois, lors du neuvième Congrès du Parti des travailleurs de Corée, Kim Jong-un a annoncé une avancée majeure passée presque inaperçue.
La Corée du Nord, a expliqué son dirigeant, allait accélérer le renforcement de sa défense. Parmi les armes clés citées par le président figuraient des « systèmes de missiles balistiques intercontinentaux pour lancements terrestres et sous-marins », des « systèmes d’attaque sans pilote basés sur l’intelligence artificielle » et la guerre électronique, ainsi que des « armes spéciales pour cibler les satellites ennemis en cas de conflit » et des « satellites de reconnaissance avancés ».
« Dans cinq ans, avec la mise en œuvre du nouveau plan de développement de la défense nationale, nos capacités de défense nationale augmenteront considérablement, atteignant un niveau que nos adversaires ne pourront pas égaler », a promis Kim. Pour la première fois, du moins si l’on en croit les déclarations officielles, les armes spatiales sont devenues un domaine de développement hautement prioritaire. Qu’est-ce que cela signifie ? En clair : contrairement aux rhétoriques précédentes ou aux allusions ambiguës, il existe désormais une directive politique directe qui reflète un changement qualitatif dans les ambitions militaires de la Corée du Nord.

Kim se concentre sur les armes spatiales.
Comme l’explique Foreign Policy, parmi les éléments inclus dans son nouveau plan de défense quinquennal, la Corée du Nord a répertorié « des ressources spéciales pour attaquer les satellites ennemis en cas d’urgence ».
Il est difficile de comprendre ce que l’on entend par « moyens spéciaux ». Le terme employé par Pyongyang est volontairement vague, mais il englobe néanmoins la possibilité d’une arme antisatellite à ascension directe (ASAT). Cette possibilité pourrait impliquer des missiles lancés depuis le sol capables d’atteindre des altitudes orbitales suffisamment élevées pour interférer avec les satellites ennemis.
Des pays comme la Chine, l’Inde et la Russie ont déjà développé des capacités similaires, et la technologie actuelle de missiles balistiques de la Corée du Nord pourrait constituer une base appropriée pour un tel objectif. À notre connaissance, les États-Unis ont testé et maintiennent une capacité ASAT latente, mais n’utilisent pas ces armes et n’en reconnaissent pas la possession.
La Corée du Nord est déjà capable de lancer des missiles en orbite terrestre basse de manière fiable. Son défi, s’il en est un, est d’atteindre la précision nécessaire pour atteindre efficacement un satellite, une précision qui a historiquement fait défaut à ses systèmes de guidage.

Une réponse au Dôme d’Or de Trump ?!
D’éventuels essais antisatellites dans l’espace pourraient avoir des conséquences bien plus graves que les nombreux tirs de missiles effectués jusqu’à présent par Kim. La destruction d’un satellite en orbite basse générerait des débris persistants.
De plus, la mention par la Corée du Nord de « ressources spéciales » laisse entrevoir une possibilité plus inquiétante encore, coïncidant avec le développement d’une capacité nucléaire anti-spatiale. Celle-ci reposerait sur la détonation d’une ogive à haute altitude afin de produire une impulsion électromagnétique et des radiations capables de neutraliser de nombreux satellites ennemis. De la science-fiction ? Pas vraiment. C’est l’une des options techniquement les plus simples pour un État doté de l’arme nucléaire et de missiles balistiques. Autre élément à prendre en compte : Pyongyang aurait relativement peu à perdre dans l’espace, ne possédant actuellement qu’un seul satellite en orbite aux capacités limitées. Enfin, il convient de rappeler que cette stratégie envisagée lors du dernier Congrès doit également être lue à la lumière du projet américain de défense antimissile Golden Dome : un vaste réseau de satellites, dotés de capteurs infrarouges et de futurs intercepteurs spatiaux, conçus pour détecter et détruire les missiles balistiques lors des phases initiales ou intermédiaires de leur vol.
Voici le problème : un tel système pourrait gravement compromettre la capacité de la Corée du Nord à frapper le territoire américain, et donc la crédibilité de sa dissuasion nucléaire. Frapper ou neutraliser les satellites de défense américains serait, du point de vue de Kim, un moyen de contourner cette vulnérabilité et de préserver sa capacité de dissuasion.

ICI MOSCOU. Opération « Epstein fury »
L’opération militaire américaine se poursuit et restera dans les livres d’histoire. Quels sont les objectifs de cette attaque contre l’Iran ?
Cacher les déboires des implications dans le dossier Epstein est probablement une piste à suivre. Netanyahou joue toutes ses cartes pour renverser le pouvoir iranien. Celui-ci affirme avoir le droit à la légitime défense. La hausse des cours du pétrole liée à une rupture des approvisionnements ne peut plus être empêchée. Donald Trump mise sur une levée des sanctions contre le pétrole russe, Ursula von der Leyen et Emmanuel Macron sur la poursuite de la stratégie antirusse indépendamment du contexte. Le désintérêt croissant pour l’Ukraine, aidée par les Britanniques, pousse celle-ci à commettre des actes terroristes, le tout pour le tout.
Pour en parler, Xavier Moreau reçoit Alexis Tarrade, cofondateur du média Divergence Politique, Laurent Nicolas, entrepreneur et informaticien, Youri Apreleff, chef-correspondant de RIA Novosti à Bruxelles, et Gamal Abina, analyste politique et cofondateur du Mouvement des droits civiques.
Sur la nouvelle stratégie de sécurité nationale des États-Unis d’Amérique
Le 4 décembre 2025 était publiée la « nouvelle » stratégie de sécurité nationale des USA (national security strategy, NSS). Dès janvier 2026 ses implications apparaissaient au Monde, au Venezuela, en Iran et au Groenland.
Les documents de stratégie de sécurité nationale ne constituent pas réellement une doctrine mais plutôt une déclaration d’intention, expression de la vision géopolitique de la Maison Blanche. La pratique a été instauré sous la présidence Reagan afin de communiquer avec la Chambre des représentants et le Sénat. Elle n’est ni systématique ni périodique. Elle s’impose aux forces armées puisque le POTUS en est constitutionnellement le chef, mais pas aux parlementaires qui contrôlent les budgets. Ces textes d’orientation politique peuvent donc être complètement revus lors d’un changement ou d’un revirement de l’Exécutif, une limitation structurelle en termes d’analyse prospective. Celle de décembre 2025 est inhabituellement idéologique, mentionnant les combats partisans et prolongeant les thèmes de la campagne trumpiste.
Certains commentateurs ont annoncé une « rupture », la Russie et la RPC n’étant plus expressément nommées comme menaces. A la lecture du texte et de son commentaire par Peter Hegseth1 du 6 décembre 2025, il semble que cette vision qui reprend des principes mis en œuvre sous les présidences Reagan de 1981 à 1989 (« Donald Trump est le véritable héritier légitime de Ronald Reagan » selon le Chef du Pentagone) est au contraire ancrée dans le temps long.
Pourquoi une évolution de la SSN : Analyse liminaire du contexte et des références affichées
Ronald Reagan s’ajusta aux réalités du temps : usure sociale et culturelle du modèle d’American way of life, nécessité de restructuration économique, traumatisme du Vietnam et remise en cause du leadership des USA, contestations internes des années 60 et 70. Philosophie politique de raison promouvant le néolibéralisme économique et tenant compte des capacités US, elle fut maintenue sous G. Bush Sr (lucide ex-directeur de la CIA) mais ensuite hypertrophiée sous l’influence de Néocons (« ses soi-disant disciples [de Reagan] ont abandonné ses politiques judicieuses au profit d’un néoconservatisme et d’un mondialisme économique incontrôlés ») grisés par la chute de l’URSS. Envisageant une recomposition du Monde, confrontés à l’hyperterrorisme2 liée à la réapparition de forces civilisationnelles3, et décomplexés dans leurs entreprises prédatrices. Il faut d’ailleurs rappeler que celles-ci, sous des formes politico-juridiques « partenariales » facilitées par le contrôle des enceintes diplomatiques et des entités arbitrales internationales, n’avaient rien à envier aux pressions décomplexées actuelles de Donald Trump, notamment en matière de géopolitique de l’énergie et de « reconstruction » d’États4.
Comparaison n’est pas raison mais le commentaire de Peter Hegseth révèle cette filiation avec la politique des années 80, en réaction à des difficultés relativement similaires : émergence d’une contestation wokiste absorbée par les démocrates US et fissurant le consensus social d’une nation pourtant bâtie sur l’immigration, mais -après une question noire mal résolue- qui peine à gérer le contrôle migratoire de masses échappant au melting-pot, guerres extérieures devenues trop coûteuses et impopulaires, concurrence de rivaux stratégiques et économiques (en premier lieu la RPC, dans une moindre mesure la Fédération de Russie et la Fédération Indienne) et remise en cause de l’hégémonie US par la logique multipolaire en faveur hors de la sphère occidentale.
En somme, pour reprendre en main la Société, il faut améliorer la situation économique, ce qui implique une politique de puissance, laquelle impose un appareil militaire qui est lui-même dispendieux. Cette aporie bien identifiée historiquement sous-tend la vision états-unienne5, avant et pendant la présidence Trump.
L’analyse qui sous-tend la stratégie définie par l’Exécutif états-unien considère que la ligne idéologique post-reaganienne reposait sur l’alliance du néoconservatisme et du mondialisme économique. Or, les USA n’ont plus les moyens de maintenir cette option en intervenant à l’échelle de la Planète, ce qui créée un déficit insoutenable et un poids du financement diplomatico-militaire excessif. Il convient donc d’opérer une révision, non par l’abandon de la puissance en supprimant des capacités, mais en rééquilibrant les affectations de ressources en fonction de priorités mises à jour pour maintenir l’hégémonie. Il s’agit de ne plus assumer des responsabilités mondiales si elles ne sont pas liées à l’intérêt national US. Hegseth affirme que la puissance états-unienne souffre d’un étirement excessif, non justifié ; il annonce la fin de l’unipolarité, dont la SSN prend acte pour se recentrer plus efficacement. En somme, la doctrine Weinberger6 inspirée par la débâcle au Vietnam revient sur la doctrine Wolfowitz7 qui a conduit aux échecs afghan et irakien. Mais cela ne signifie nullement qu’il n’est plus envisagé d’assurer une action internationale si elle bénéficie aux intérêts des USA, comme l’actualité en témoigne. Rejetant l’héritage wilsonien repris par Biden, la SSN fait référence à Theodore Roosevelt (qui avait déjà ajouté un corollaire à la doctrine Monroe de 1823) et à Dwight Eisenhower dont le secrétaire d’État John F. Dulles avait introduit en 1952 la stratégie de roll-back (refoulement) contre l’URSS succédant à celle du containment (endiguement) initiée dès 1946 par GF Kennan comme élément-clef de la doctrine Trumann (débouchant sur le plan Marshall et la création de l’OTAN).
La stratégie militaire est donc guidée par la Direction politique sous Trump II par une volonté de rééquilibrage économique permettant à la fois de soumettre les forces centrifuges aux USA et de réinstaurer la primauté stratégique mondiale de l’hégémon, les deux impératifs étant liés. Il s’y ajoute une dimension métapolitique de refondation des USA sur les valeurs traditionnelles qui implique également une lutte interne et externe. Cependant ce mouvement MAGA (notamment dans sa branche incarnée par le vice-président Vance) s’oppose au Néoconservatisme incarné par les Faucons républicains ; lesquels sont paradoxalement alliés aux Démocrates (en apparence, car ils partagent en réalité des intérêts financiers dans le Deep state et les élites capitolines de Washington) eux-mêmes favorables aux guerres extérieures. C’est pourquoi dans un premier temps le président Trump a mis en avant son « pacifisme », sa volonté de régler les différents par le deal et non une guerre (coûteuse). Mais la Realpolitik a conduit à faire évoluer ces orientations. Car le levier militaire s’avère toujours utile -voire nécessaire- pour « continuer la politique par d’autres moyens ». Sur la forme on peut trouver la démarche trumpienne quasi-mégalomaniaque, nourrie d’un narcissisme médiatique probablement amplifiée par le fait d’avoir miraculeusement survécu à un attentat. Sur le fond toutefois elle n’est aucunement nouvelle mais renoue au contraire avec les fondements de la stratégie états-unienne.
Que sous-tend la SSN : enjeux nouveaux et nouvelles règles mais continuité de la ligne d’intérêts US
Dans la logique énoncée supra, l’orientation stratégique est recentrée sur l’hémisphère occidental, considéré comme appartenant à la suzeraineté des États Unis d’Amérique8 (« recruter des champions et s’étendre »). Cette définition non géographique mais politico-culturelle, voire civilisationnelle dans l’esprit huntingtonien, consiste en une forme d’union des Amériques et de leurs aires projetées sur les limes Pacifique et Atlantique. La modification rapide du substrat démographique, culturel et religieux de l’Europe occidentale accentue le découplage d’avec les USA trumpiens (alors que l’UE est au contraire une extension des USA démocrato-wokistes). Les États européens ne sont plus considérés comme des alliés ni même des vassaux sûrs, mais il est impensable de laisser sans protection le flanc Est des USA (« aider l’Europe à corriger sa trajectoire actuelle »). Par une politique d’hystérisation de la menace russe associée à une volonté de rebâtir l’économie sur le réarmement, Washington peut se permettre un désengagement (relatif) car il sera compensé par la création d’une rivalité militaire avec Moscou assumée par les Européens (« transfert de charges »). Cela aura pour double résultat d’affaiblir l’économie de l’UE tout en servant les buts stratégiques états-uniens face à Moscou, donc indirectement à Pékin.
Ce n’est pas une rupture avec la politique extérieure des USA depuis 1945 ; ces tendances ont existé dès les années Clinton, ont persisté sous Obama qui avait tenté une première approche de réajustement économico-militaire, et elles sous-tendaient largement la politique Biden, qui a réalisé le découplage germano-Russe et amorcé la création d’un proxy militaire Kiévien. Mais effectivement le souverainisme trumpiste a des conséquences sur l’implication de Washington « au profit » de ses alliés/vassaux. L’influence par soft-power initiée après la première9 et surtout la seconde guerre mondiale10, quoiqu’ayant permis la création de marchés par assimilation civilisationnelle de l’American way of life, a aussi imposé des investissements jugés désormais trop coûteux11 et de plus néfastes pour la gouvernance US par effet de feed-back12. Il est néanmoins cyniquement demandé à l’Europe de rester un marché et un fournisseur de subsides par chantage douanier, mais en plus de contribuer davantage à se défense afin d’alléger la charge de Washington au sein de l’OTAN. Cette structure qui avait servi à légitimer les interventions de Washington dans le cadre international13 n’est plus aussi utile dans le nouveau schéma mental et diplomatique US et elle était tenue à bout de bras par Washington, ce qui explique le relatif désintérêt manifesté par les USA dans le nouveau cadre qui tente de se mettre en place. La contrepartie de ce désengagement relatif est censée tenir dans une moindre immixtion de Washington dans les affaires locales14.
Que dit la SSN : récapitulatif des principes et objectifs définis
« Ce document est une feuille de route destinée à garantir que l’Amérique reste la nation la plus grande et la plus prospère de l’histoire de l’Humanité, ainsi que le berceau de la liberté sur terre ».
- La protection du territoire et des frontières et priorisée, en interne (lutte contre l’immigration-invasion, le trafic de drogue) et par un « golden dome » censé écarter la menace des missiles nucléaires intercontinentaux.15
- La sécurité économique intégrée (diplomatique, logistique, industrielle, énergétique, technologique)16 devient prééminente (ce qui justifie l’emploi de la force militaire pour atteindre des objectifs économiques ne pouvant être obtenus autrement).
- Le rééchelonnement de la hiérarchisation géographique a choqué les Européens. Les deux Amériques redeviennent centrales, par un « corollaire Trump » à la doctrine Monroe qui les redéfinit comme « hémisphère occidental ». Cela implique de décourager la collaboration locale avec d’autres partenaires extérieurs et a déjà des effets sur les alliances politiques russes et les partenariats économiques chinois. Il se posera certainement bientôt le problème du Brésil, membre important des BRICS, de Cuba et du Mexique (davantage impliqué dans les cartels et les stupéfiants qui inondent les USA que le Venezuela en réalité, sans parler des masses de migrants qui viennent de, ou traversent ce pays). Changement notable, « l’époque où le Moyen-Orient dominait la politique étrangère américaine est heureusement révolue ».
- L’abandon de la notion de compétition des grandes puissances (pourtant présente dans la SSN-2017 de Trump I) explique que Russie et même RPC ne font plus l’objet de chapitres particuliers. La Russie est considérée comme un facteur de stabilisation en Europe, ce qui explique la volonté de résoudre le conflit en Ukraine. La RPC devant faire l’objet d’un rééquilibrage économique (mais on constate une résurgence du principe de roll-back de la Chine aux Amériques). Le document revient cependant sur le contrôle des îles de la mer de Chine, la consolidation de l’alliance occidentale AUKUS17 dans la zone indo-pacifique et le maintien de Taiwan comme proxy contre Pékin18.
- Le document innove en évoquant la « santé culturelle » et la « santé spirituelle » comme enjeux stratégiques. Critiqués par certains commentateurs pour leur caractère subjectif, ces concepts font sens dans le cadre d’une stratégie holistique où les forces morales s’affirment comme un substrat indispensable à la volonté de défense, ce que les Européens semblent d’ailleurs (re)découvrir après l’avoir longtemps nié par antinationalisme et rejet des valeurs traditionnelles. L’insertion de ce volet dans la SSN confirme l’orientation du texte vers la lutte interne, politique, sociale et culturelle.
- L’Europe est toujours perçue positivement à la différence de l’Union européenne. Les positions idéologiques des traditionalistes (déjà énoncées par le vice-président Vance à Munich) apparaissent dans le constat d’une perte de souveraineté nationale face à l’UE et l’évocation d’un « effacement civilisationnel » ; ce dernier conduit à s’inquiéter de la fiabilité d’États alliés -dont au moins un, la France, dotée d’une force nucléaire indépendante- minés intérieurement.
Le secrétaire à la guerre a développé certains points de la NSSN alors encore secrète :
- L’étirement imposé par la posture globale rendue possible par la période unipolaire conduit à un « non-interventionnisme ».
- Les puissances rivales, au premier chef la RPC, doivent être dissuadées sans confrontation directe (« paix par la force »).
- Les Alliés devront accepter davantage de charges dans une démarche de vassalisation assumée plus que de consensus sur des valeurs communes.
D’où vient la SSN
Dans le temps long, les USA sont une thalassocratie qui inscrit ses logiques stratégiques dans celles de son ancienne Métropole britannique19. Pour une île dotée d’une population et de moyens relativement limités, la capacité à se projeter sur les mers, à les interdire et à contrôler les territoires par leur littoral, s’est imposée comme moyen stratégique dans le cadre d’une politique d’action périphérique. Les USA ont intégré cette vision en la redimensionnant à l’aune de leur puissance économique et démographique croissante. Cette vision correspondait à la structure politico-économique du Royaume-Uni puis des États-Unis d’Amérique, sans monarchie absolutiste. La présence d’une noblesse capitaliste foncière investissant dans le commerce maritime et représentée par les lords de l’Amirauté a traduit la cohérence entre l’infrastructure économico-financière et les superstructures sociopolitiques et militaires. Cela produisit un art de la guerre axé sur l’interventionnisme et l’étouffement de l’adversaire par cercles concentriques et des actions périphériques sapant son économie et sa société afin de préparer l’ultime coup de boutoir des opérations terrestres. Cette philosophie militaire préside aux USA depuis la guerre civile de 1861-65 et la pleine application de ces principes stratégiques.
Mais la posture globale entraîne des coûts jugés désormais excessifs. Le rééquilibrage états-unien s’apparente à la transition de l’Empire romain bicéphale vers l’unité byzantine : confronté à une extension difficilement gérable par les communications de l’Antiquité, l’Empire a dû s’adapter à des menaces accrues. Sa sécurité reposait initialement sur son expansion, la gestion d’États clients et sa capacité de projection militaire (raids punitifs). Cette défense de l’Avant, complétée par une politique de sanctuarisation derrière un limes, devint une défense en profondeur lorsque les frontières ne purent plus être sécurisées. La réforme de Dioclétien et le partage en deux aires, occidentale et orientale, de l’Empire, vit finalement l’effondrement de l’espace romain mais la survie pour un Millénaire de Byzance. Sans renoncer à la puissance militaire, cette géostratégie tirait les conclusions de la situation de l’époque et des moyens disponibles. Après l’abandon de la reconquête justinienne, Byzance survécu par la diplomatie, nouant et achetant des alliances, manipulant les factions chez l’adversaire et reconfigurant ses forces armées pour conserver une capacité d’intervention tout en protégeant les territoires (dans la vision pré-féodale des Thèmes). A la « politique du fer » des Césars de Rome succéda une « politique de l’or » des Basileus de Constantinople. Toutes proportions gardées, la NSS-2025 nous parait s’inscrire dans cette philosophie.
Quelques réflexions sur la réalité de la SSN
Quoique revendiquant un retour décomplexé à la politique de puissance et appuyée sur une force militaire considérable aux capacités avérées, la SSN états-unienne pourrait bien en réalité découler de la prise de conscience d’une vulnérabilité accrue des USA. Celle-ci est camouflée sous des actions et des déclarations qui relèvent d’une frustration incantatoire et compensatrice d’un POTUS dont la psychologie et la méthode médiatique accentuent ces traits. Cette nouvelle orientation s’enracine dans la politique reaganienne de « retour » des USA après le Vietnam et la faiblesse des années Carter.
Depuis 1945 les USA ont tenté de contenir et refouler les puissances rivales, en évitant une confrontation directe aux conséquences inconnues et en privilégiant l’action périphérique dans l’esprit anglo-saxon. Cela mit en scène à l’occasion l’écrasement d’adversaires nains (Grenade 1983, Panama 1989, Irak 1991, Ex-Yougoslavie 1992-1999…) comme autant d’exemples destinés à soumettre par la menace ; les interventions massives (Corée 1950-53, Asie du Sud Est 1965-75, Irak/Afghanistan 2003-2023…) et même certaines interventions limitées (Intervention au Liban, « Guerre contre la drogue en Amérique latine, « Intervention humanitaire » en Somalie…) ayant généralement été des échecs. La SSN tente de tirer les enseignements de ces actions passées sans véritablement créer une rupture ontologique.
La doctrine militaire US a déjà tenté de valoriser le rôle des forces spéciales pour des opérations fine et généralement réussies (contre l’URSS en Afghanistan, contre la Russie en Tchétchénie, en Afghanistan en 2001, en Ukraine de 2014 à 2024) mais cela a finalement dégénéré en engagements massifs et ratés. Cela explique le retour à une exploitation des proxys et la limitation de l’intervention directe, semble-t-il limitée aux actions où la supériorité états-unienne peut jouer à plein20 sans risquer d’être altérée ou neutralisée par une durée synonyme d’augmentation des coûts, de pertes d’efficience opérationnelle et par ailleurs défavorablement perçue par l’opinion interne US.
On peut conclure de cette analyse et de l’examen historique que la SSN n’inaugure nullement une période de retrait pacifiste des USA. Elle signifie en revanche la fin de la pensée juridiciste et multinationale instaurée après 1945 comme instrument de la domination occidentale. Sans proposer nettement un « nouveau Yalta », partage du Monde entre Néo-empires (de puissances inégales entre eux) comme certains l’affirment, elle recentre les capacités US vers des priorités, plus immédiates et directes -car leur résilience globale, leurs ressources et capacités ont diminué et handicapent une gestion d’investissement non immédiats- en acceptant les « deals » pragmatiques et en faisant moins référence à des « valeurs » de toute façon devenues peu efficaces comme moyens de façonner les opinions et de justifier les actions, car de moins en moins partagées et acceptées sur le Globe.
L’étude de la position géostratégique de la Fédération de Russie fait remonter des facteurs défavorables, liés à l’étirement des ressources nécessaires à une guerre civilisationnelle : une démographie insuffisante et l’hétérogénéité de ses populations ; un début de crise économique organisée par ses adversaires pour saper le socle social et politique et affecter de manière critique la capacité militaire ; les limites de ses capacités de projection pour protéger ses atouts et ses alliés. Des facteurs positifs existent également : existence d’une population pratiquant encore un consensus culturel et patriotique, résilience psychologique historiquement démontrée ; gouvernance solide autour d’un leader charismatique, visionnaire, bénéficiant toujours d’une excellente popularité et encore capable de plier l’exécutif et le corps administratif à ses vues, tant en termes de développement intérieur que de direction stratégique de la guerre en cours ; économie encore solide et en voie de diversification pour éviter le plombage de l’économie des hydrocarbures ; survivance d’un réseau diplomatique (RPC, Inde, BRICS, OPEP) et audience de populations pour lesquelles la résurgence hégémonique US assumée est un repoussoir. Il s’y ajoute la modernisation et la solidité technologique et pratique de l’armée russe dans le creuset du front. Il faut noter que les faiblesses critiques en Russie listées ci-dessus s’appliquent également aux USA, en réalité. Il peut sembler également que les efforts de Donald Trump visent à mettre en place un système qui bénéficieraient des mêmes forces que celles relevées pour la Russie. Mais cette démarche se heurte à deux obstacles :
- Une résistance plus forte du milieu intérieur US avec une opposition coalisée Néocons/Démocrates/lobbies immigrationnistes et LGBT-woke, bien plus puissants que les Kreativnyi en Russie et même que les diasporas. Cette vulnérabilité du MAGA est amplifiée par la pratique électorale et notamment les mid-terms et la possibilité de briguer un troisième mandat présidentiel.
- La vulnérabilité des efforts de relance d’une économie qui a été mondialisée et la faible acceptabilité interne comme externe de la stratégie de prédation nécessaire. Situation aggravée par l’impact de la situation intérieure (parlementaire et d’opinion) sur les choix de la SSN indispensables au bon fonctionnement de la chaîne financière et productive de captation dont elle est l’outil.
Il est donc bien difficile de prétendre prophétiser les effets dans le moyen terme de la SSN récemment adoptée, d’autant qu’elle peut être modifiée sans processus lourd ou complexe. La réversibilité des orientations sera fonction des évolutions internes aux USA. Toutefois, les conséquences du comportement de Washington ne seraient probablement ni facilement ni rapidement annulées, pas plus en Europe qu’en Amérique latine ou même au Canada. Davantage qu’à Moscou où les actions du premier mandat du POTUS Trump ont fait l’objet d’études, ou même à Pékin qui a démontré à deux reprises ses capacités à réagir et à résister aux velléités de Washington21.
1 Ces textes diffèrent des précédents par l’hommage permanent quasi-indécent au Président Trump cité nommément 27 fois en 29 pages, qui dénote d’un ciblage interne autant qu’international du document.
2 Dont on peut se demander dans quelle mesure elle s’est imposée, ou si elle a bénéficié-voire été créée- par l’Occident pour justifier « une fin de l’Histoire » placée par la force sous leadership US.
3 Le livre « Le choc des civilisations » de S. Huntington date de 1996
4 Dans l’ADN états-unien depuis la fin de la guerre civile de 1861-65 et le traitement de la question indienne.
5 État bâti sur l’expansion colonialiste intérieure puis extérieure comme moteur économique et financier
6 Le secrétaire à la défense du président Reagan a présenté cette doctrine d’emploi de la force militaire conventionnelle qui tirait les leçons de l’engagement au Vietnam et répugnait à l’engagement des forces armées sans satisfaire à huit points tenant à la réalité d’un consensus sur les intérêts vitaux des USA et à une stratégie de dégagement, faisant faisait de la guerre la continuation d’une politique claire. Conçue par Colin Powell elle a néanmoins servi de cadre à la première guerre d’Irak en 1991, puis au prix de manipulations visant à obtenir le soutien international et interne (pseudo « armes de destruction de masse ») à la seconde.
7 Orientant les actions budgétaires stratégiques et militaires 1994-99 et intégrant les visions de Dick Cheney et Colin Powell, elle postulait en 1992 que les USA devenus unique superpuissance mondiale devaient préserver cette position en conservant la capacité à dissuader l’émergence de rivaux, unilatéralement ou avec un soutien limité d’alliés. Ce point a ironiquement valu à l’époque la critique de Joe Biden qui craignait la réaction des alliés japonais et allemands, alors que la même logique a été suivie par les gouvernements Clinton et Obama puis le sien.
8 L’Occident, bloc tournant autour des USA, s’oppose ainsi à l’Hespérie, civilisation d’essence européenne, le Vieux Monde étant d’ailleurs rejeté par les Pères fondateurs expulsés pour leur fanatisme, puis développant une économie concurrente fondée par une théorie de l’Alliance (Biblico-messianique, élitiste autour d’une « destinée manifeste ») reposant sur la prédation interne puis le rayonnement international suzerain.
9 A l’poque dirigée contre le IIème Reich menaçant de devenir une puissance continentale majoritaire en Europe, mais aussi largement contre les États européens anciennement dominants.
10 En achevant les anciennes puissances coloniales européennes et en fédérant un ensemble géostratégique « occidental » contre l’URSS.
11 Car la ressource US limitée doit être réorientée vers des investissements plus rentables notamment face à l’Asie
12 Ainsi, l’idéologie wokiste et l’implantation politico-financière des démocrates overseas sont des facteurs négatifs pour le MAGA et la reprise en mains aux USA mêmes.
13 La SSN sous Biden en 2022 reprenait de celle publiée sous Obama en 2015 la notion « d’États unis au cœur de l’ordre international fondé sur des règles ». On en a vu l’application réelle, comme des principes de Woodrow Wilson après 1918… La mise en place de structures internationales après 1945 a dans les faits permis aux USA d’imposer un ordre mondial libéral, malgré l’effet compensateur de la rivalité avec l’URSS puis la Chine après 1949 et de la troisième voie issue des décolonisations. Cet équilibre balayé après 1991 et la « fin de l’Histoire » a généré tous les abus impérialistes de faucons, Néocons comme Démocrates, administrations Clinton, Obama et Biden comprises. Les nationaux conservateurs rompent donc avec ce système, considéré comme néfastes aux intérêts états-uniens par son coût et les limitations de souveraineté. Les USA ne veulent plus jouer le rôle d’Atlas (portant le monde sur ses épaules) ni celui de gendarmes du monde.
14 Comme de laisser les Européens « se débrouiller » avec la Russie. Cette politique est avantageuse puisque l’UE devient un bloc russophobe marqué dans l’esprit de l’OTAN original contre l’URSS, à frais réduits pour les USA qui n’ont plus à financer cette citadelle mais peuvent en plus y vendre leurs armements.
15 Le contrôle de l’espace aérien, bien dans l’esprit de « l’Air control » des Anglo-saxon qui font des forces aériennes un vecteur principal de leur projection de puissance, est en accord la prolifération des missiles (notamment hypersoniques russes) et drones, mais contrevient totalement à l’esprit des accords nucléaires (START, ABM) d’ailleurs dénoncés par l’Exécutif états-unien avant Donald Trump.
16 Vision cohérente et pertinente mais qui permet aussi de satisfaire les donateurs issus du secteur de la TECH, par ailleurs envisagée comme un futur pôle de suprématie internationale et d’emploi localement.
17 Après la visite du président russe en Inde, les déclarations du POTUS semblent démontrer une incompréhension de la position de ce pays qui ne souhaite pas intégrer l’alliance occidentale comme le Japon et l’Australie et considère la Russie comme un tampon stabilisateur des relations avec la RPC, passant de la multivectorialité à l’autonomie.
18 La Corée du Nord n’est pas évoquée.
19 « Celui qui commande la mer commande le commerce ; celui qui commande le commerce commande la richesse du monde et par conséquent le monde lui-même » Sir Walter Raleigh (1554-1618)
20 Bombardements ponctuels en Iran en exploitant une supériorité technologique et logistique, le sabotage interne de la défense antiaérienne par la pénétration de la société iranienne et l’envoi en première ligne de la force aérienne israélienne ; coup de commando à Caracas en exploitant la trahison interne et la supériorité technologique et logistique ; arraisonnement de navires de la flotte fantôme russe en exploitant les failles juridiques et l’incapacité technique de la flotte militaire russe de protéger des atouts aussi nombreux et éloignés.
21 Après la capture du président vénézuélien, la RPC a riposté le 4 janvier : la banque centrale chinoise a gelé les opérations en USD avec la BITD états-unienne (Lockeed, Raytheon, Boeing et general dynamics). Puis la China state grid corporation est revenue sur ses contrats avec les fournisseurs électriques américains. La China national petroleum Corporation a annulé pour 47 milliards d’USD avec les raffineries US et réorganisé ses routes d’approvisionnement, le pétrole prévu pour les USA allant désormais vers les BRICS. La China shipping company (40% du transport maritime mondial) détournant des ports US 35% du trafic.
La Mosaïque de la Mort par Mille Coupures (de Pepe Escobar)
Il s’agit d’une guerre d’usure structurée. Et le scénario a été écrit à Téhéran.
Par Pepe Escobar – Strategic Culture [Traduction : Paolo Hamidouche]
La Défense Mosaïque Décentralisée de l’Iran – son nom officiel – est constamment modifiée, 24 heures sur 24 : il s’agit de la stratégie à long terme du Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI), une stratégie d’asphyxie par mille coupures visant à épuiser l’Empire du Chaos.
Nous explorons les réseaux interconnectés qui imprègnent le marécage anticonstitutionnel, voué à l’échec et stratégiquement catastrophique créé par l’Empire du Chaos.
La résilience et la stratégie à long terme de la Défense Mosaïque iranienne ; la tentation, pour ce terrifiant culte de la mort en Asie occidentale, de se doter de l’arme nucléaire ; l’inévitable et imminent cataclysme des intercepteurs ; la volonté farouche de la Chine d’abandonner l’ancien ordre (accumulation d’or, démantèlement du dollar) ; les progrès des BRICS dans la création d’un système financier parallèle ; l’effondrement des vassaux américains sous diverses latitudes : tous ces éléments précipitent une refonte radicale du système.
Et puis il y a Vladimir Poutine qui, nonchalamment, presque comme une pensée après coup, annonce qu’il n’y a peut-être finalement plus de gaz russe à vendre à l’UE :« Il serait peut-être plus judicieux d’arrêter de fournir du gaz à l’UE et de nous tourner vers ces nouveaux marchés, et de nous y implanter durablement. (…) Je tiens à le souligner : il n’y a aucun motif politique derrière tout cela. Mais s’ils doivent de toute façon fermer le marché d’ici un mois ou deux, il vaut peut-être mieux partir maintenant et se concentrer sur des pays partenaires fiables. Ceci étant dit, rien n’est encore décidé. Je réfléchis à voix haute. Je demanderai au gouvernement d’examiner la question avec nos entreprises.»
Le pitoyable chancelier Bratwurst a demandé au néo-Caligula l’autorisation pour que l’Allemagne puisse acheter du pétrole russe. Il l’a obtenue. Mais il se pourrait bien qu’il n’y ait rien à acheter. C’est une guerre de l’énergie, et une fois de plus, l’UE n’est même pas à la hauteur. Pas de gaz qatari, pas de pétrole ni de gaz russes. Et maintenant, retournons à votre obsession pour la guerre éternelle et l’OTAN.
Attaque du pipeline GCC-pétrodollar
Immédiatement après l’attentat qui a coûté la vie à l’ayatollah Khamenei, le Guide suprême, samedi dernier, l’Iran a opté pour un commandement et un contrôle décentralisés, assortis d’un plan de succession à quatre niveaux. L’Iran a lancé des salves incessantes de missiles plus anciens et plus lents, ainsi que des drones sacrificiels, afin de neutraliser les batteries de missiles Patriot et les systèmes THAAD de grande capacité. Par cette manœuvre, l’Iran a changé la donne dès le début du conflit.
Quiconque possède un minimum de bon sens sait qu’utiliser trois missiles Patriot – pour un coût total de 9,6 millions de dollars – afin de se défendre contre un seul missile balistique sacrificiel iranien est totalement insoutenable.
Il n’est donc pas surprenant que quatre jours seulement de la guerre menée par le « syndicat Epstein » contre l’Iran aient suffi à plonger le système financier mondial dans le chaos. 3 200 milliards de dollars se sont volatilisés en quatre jours, et ce n’est pas fini.
Le détroit d’Ormuz est de facto fermé, à l’exception des navires russes et chinois. Au moins 20 % de la demande mondiale de pétrole est introuvable. La totalité de la production de GNL du Qatar est à l’arrêt, sans perspective de reprise. Le deuxième plus grand gisement pétrolier d’Irak est fermé.
Pourtant, ce néo-Caligula aux excès de zèle ricanant, affirmant que sa guerre, censée ne durer qu’un week-end, pourrait s’éterniser pendant cinq semaines, tandis que d’autres clowns du Pentagone, figures de l’industrie militaro-industrielle, évoquent des périodes allant jusqu’en septembre.
En ciblant au laser des intérêts américains dans tout le CCG, considérés comme des cibles légitimes – et pas seulement des bases militaires –, l’Iran a posé une bombe à retardement. Il s’agit d’une attaque directe contre le pétrodollar (au grand plaisir silencieux de Pékin). Téhéran a certainement joué sur le fait que la réaction en chaîne serait instantanée – jusqu’à semer la panique, prélude à une nouvelle Grande Dépression généralisée.
Plus de pétrole, plus de défense efficace du CCG contre les missiles et drones iraniens, signifie la fin des torrents de faux billets de Wall Street. Après tout, la bulle de l’IA est financée par les « investissements » du CCG. Cette nouvelle attaque du « Pipelineistan » n’est pas du type de celle contre Nord Stream : c’est le bombardement de l’oléoduc du CCG, source de pétrodollars.
Tout cela se déroule à une vitesse record, tandis que le dispositif décentralisé iranien est optimisé. Par exemple, une série de missiles antinavires redoutables – qui n’ont pas encore été déployés – est coordonnée par les Gardiens de la révolution, la marine, l’armée de terre et les forces aérospatiales. Il en va de même pour les drones.
Même si les frappes de missiles balistiques ne maintiennent pas le rythme effréné des débuts, elles suffisent amplement à : continuer de cibler systématiquement les bases militaires américaines (dont les défenses aériennes sont déjà largement anéanties) ; plonger le culte de la mort au Moyen-Orient et le Conseil de coopération du Golfe dans un véritable enfer économique ; et semer la panique sur tous les marchés mondiaux.
Et malgré les fanfaronnades du secrétaire aux Guerres éternelles à Washington, des dizaines de forteresses militaires souterraines iraniennes, regorgeant de dizaines de milliers de missiles et d’équipements, restent invisibles et inaccessibles.
L’échec du modèle économique de l’Empire du Chaos
Il s’agit d’une guerre désespérée pour sauver le pétrodollar. Qu’une puissance énergétique comme l’Iran commerce en dehors du pétrodollar est un véritable anathème, d’autant plus que ce processus s’accompagne de la volonté des BRICS de mettre en place des systèmes de paiement indépendants.
L’immense fragilité structurelle du Conseil de coopération du Golfe (CCG), voisins de l’Iran, en fait une proie idéale. Après tout, leur modèle économique repose entièrement sur le pétrodollar en échange d’une « protection » mafieuse de la part des États-Unis, qui ont disparu dès les premiers jours du conflit.
Un aperçu de la machine de guerre asymétrique iranienne, qui a anéanti en temps réel le modèle économique de l’Empire du Chaos.
La révélation ultime est l’implosion du rêve clinquant de Dubaï – bien plus grave que la dévastation infligée aux intérêts liés à la 5e flotte américaine à Bahreïn, voire que la destruction par un missile balistique du radar à balayage électronique AN/FPS-132 d’une valeur de 1,1 milliard de dollars sur la base aérienne d’Al Udeid au Qatar.
L’effondrement coordonné et en cours du Conseil de coopération du Golfe (CCG), déjà inévitable, signifiera à terme la fin du recyclage des pétrodollars, ouvrant la voie au pétroyuan ou au commerce de l’énergie dans un panier de devises des BRICS.
« Échec et mat » vient du persan « Shah Mat », qui signifie « le roi est sans défense ». Or, le nouvel empereur Caligula ignore peut-être qu’il est vulnérable, car il est incapable de jouer aux échecs. Mais il est suffisamment effrayé pour chercher désespérément une issue.
Le couloir aérien Astrakhan-Téhéran
Parlons maintenant du rôle de la Russie. Il convient de s’intéresser au couloir aérien Astrakhan-Téhéran, sillonné de vols cargo secrets. L’aéroport militaire de Tchkalovsk, près d’Astrakhan, est la principale plateforme logistique de ce couloir : des cargaisons telles que les Il-76MD, An-124 et Tu-0204-300C y sont transportées sous le couvert de matériaux spéciaux réduisant leur signature radar et les dissimulant aux systèmes de suivi civils.
Leur cargaison arrive à l’aéroport Mehrabad de Téhéran (il n’est donc pas étonnant qu’il ait été bombardé par Israël), ainsi qu’aux aéroports Pyam et Shahid Behesthi d’Ispahan. Une logistique multimodale est également mise en œuvre, une partie de la cargaison transitant par la mer Caspienne.
L’ensemble des opérations est coordonné par la 988e brigade logistique militaire d’Astrakhan. La cargaison comprend des composants pour systèmes de défense aérienne, des modules de guidage radar, des systèmes hydrauliques pour lanceurs de missiles et des modules radar de détection à longue portée.
Par ailleurs, dans le cadre d’un protocole secret, la Russie fournit à l’Iran des systèmes de guerre électronique de pointe, notamment une version export du Krasukha-4IR, capable de brouiller les systèmes radar des drones américains.
De plus, l’Iran déploiera prochainement des batteries complètes de S-400, lui permettant de contrôler jusqu’à 70 % de son espace aérien.
Comment les tensions économiques et politiques deviendront-elles insupportables ?
Et maintenant, le rôle de la Turquie. Il y a à peine deux mois, le MIT – les services de renseignement turcs – a averti directement les Gardiens de la révolution iraniens que des combattants kurdes tentaient de franchir la frontière irakienne pour se rendre en Iran. Imaginez un instant : un membre à part entière de l’OTAN transmettant des informations opérationnelles cruciales aux Gardiens de la révolution au moment même où le « syndicat Epstein » se préparait à la guerre.
On compte au moins 15 millions de Kurdes vivant en Iran. Ankara redoute par-dessus tout de voir des Kurdes en position de force dans son pays. Malgré la surveillance constante du sultan Erdogan, la Turquie sait qu’elle ne peut pas s’opposer frontalement à Téhéran. Elle doit concilier une multitude d’intérêts étroitement liés à l’OTAN ; le corridor énergétique avec la Russie – mais aussi celui vers l’Occident via le gazoduc BTC ; et le rôle du Corridor central comme point d’ancrage occidental face à la Chine.
C’est pourquoi le tir présumé d’un missile balistique iranien visant la Turquie et prétendument intercepté par l’OTAN n’a pas suscité autant d’inquiétude : les ministres des Affaires étrangères Fidan (Turquie) et Aragchi (Iran) en ont discuté calmement. Un épais brouillard de guerre plane sur toute cette affaire : le missile aurait pu être envoyé pour paralyser le terminal pétrolier de Barisan-Thames (BTC), et les frappes de drones menées ensuite au-dessus de la Géorgie visaient à neutraliser le point faible du BTC. Rien de tout cela n’a été confirmé – et il sera impossible de le confirmer. Il s’agirait d’une opération sous faux drapeau – même si Téhéran pourrait avoir tout intérêt à couper 30 % des approvisionnements pétroliers israéliens. Le BTC restera un axe stratégique, car il traverse la Géorgie en transportant du pétrole brut azerbaïdjanais à travers le Caucase jusqu’à la côte méditerranéenne turque. Bombarder le BTC s’inscrirait dans la stratégie iranienne visant à couper tous les corridors énergétiques alimentant le cartel d’Epstein et ses alliés à travers le Golfe, le Caucase et jusqu’à la Méditerranée.
Le long du corridor de transport de pétrole (BTC), d’autres actions iraniennes logiques consisteraient à attaquer l’oléoduc Est-Ouest saoudien (qui contourne le détroit d’Ormuz), les plateformes de chargement offshore irakiennes situées dans les eaux territoriales iraniennes, qui traitent 3,5 millions de barils par jour, et le centre de traitement d’Abqaiq, qui traite la majeure partie du pétrole brut saoudien avant son acheminement vers les terminaux d’exportation.
Si l’Iran, sous une pression extrême, venait à frapper tous ces points stratégiques, aucune réserve pétrolière stratégique au monde ne serait capable de compenser la perte.
Dans ce contexte infernal d’interconnexion des corridors énergétiques, des voies maritimes, des chaînes d’approvisionnement mondiales, de la sécurité maritime et du prix exorbitant du pétrole, seuls les dirigeants du Pentagone souhaiteraient prolonger le conflit jusqu’en septembre. L’Asie, l’Europe et tous les pays importateurs d’énergie exerceront une pression maximale pour obtenir une désescalade.
La stratégie asymétrique de l’Iran, cependant, demeure inchangée : étendre le conflit horizontalement et prolonger son échéance autant que possible afin de rendre les tensions économiques et politiques insupportables.
Traduction : il ne s’agit pas d’une tentative de changement de régime éclair orchestrée par une bande de psychopathes. Il s’agit d’une guerre d’usure structurée. Et le scénario a été écrit à Téhéran.
Caracas, Téhéran puis Moscou ? Enseignements pour la SVO de la guerre contre l’Iran
La guerre israélo-étatsunienne contre l’Iran présente des caractéristiques importantes pour la Russie, dont l’analyse met en évidence des similitudes avec la SVO, traitées avec une extrême mauvaise foi par les Occidentaux.
- Invasion d’un État souverain : Alors que les Occidentaux, leurs relais diplomatiques et médiatiques, ont légitimé leur hostilité contre Moscou en arguant du caractère illégal au regard du Droit international et donc inacceptable, de l’invasion russe de l’Ukraine en février 20221, ils ne condamnent pas l’agression armée d’un État souverain (l’Iran) et l’invasion partielle du territoire d’un second (le Liban), en violation de la Charte des Nations Unies2.
- Protection des populations : L’argument faussement vertueux3 de la protection des populations contre les exactions d’un régime est mis en avant dans le cas de l’Iran, mais nié dans celui du SVO, pour lequel il constitua d’emblée un des trois buts de guerre, conformément au principe de responsabilité de protéger (non autorisé par le Conseil de sécurité perse, mais rattachable à la Résolution 2202 du Conseil de sécurité du 17 février 2015)4 et conformément aux accords de Minsk, dont Moscou était un garant reconnu.
- Attaque a priori : Washington et Tel-Aviv justifient leur attaque préventive (notion inexistante dans l’article 51 de la Charte qui reconnaît le droit de légitime défense ; l’article 39 évoque bien une menace à la paix, mais les mesures coercitives doivent être décidées par le Conseil de sécurité des NU) car nécessaire pour prévenir un danger imminent. Cela a toujours été contesté pour la SVO russe, déclenchée pour prévenir une offensive kiévienne contre les populations des LPR et DPR (décret présidentiel ukrainien du 24 mars 2021 préparant l’assaut contre le Donbass, massification des troupes confirmée par le BND allemand, intensification des bombardements préparatoires confirmée par l’OSCE).
- Universalité de la menace : Washington excipe d’une mise en danger directe par les missiles iraniens, de ses frontières, voire de celles de l’Europe (argument déjà employé pour mettre en place des forces antimissiles AEGIS en Pologne et Roumanie et visant en réalité la Russie) ce qui est fantasmagorique au regard des performances balistiques que détient Téhéran. Plus raisonnablement, Tel-Aviv affirme subir une mise en danger existentielle, mais affirme abusivement que la guerre contre l’Iran vise à sauver le Monde de la menace créée par cet État. Cela est à mettre en rapport avec les affirmations5 présentant la Russie comme menaçant l’Europe et l’Ukraine comme protégeant cette dernière et ses libertés. Cette propagande est malheureusement progressivement devenue vérité officielle, les sources d’informations divergentes étant soit interdites soit soumises à pression administrative et diabolisation médiatique.
- Risque nucléaire : Les arguties sur la menace nucléaire iranienne évoquent tristement la thématique des pseudo-armes de destruction de masse cyniquement instrumentalisée lors de l’invasion de l’Irak en 2003. Les conclusions de l’AIAE (à laquelle la Bombe israélienne n’est pas plus soumise qu’aux traités de non-prolifération6) et même de la CIA, sur l’absence de relance du programme militaire iranien depuis 2003, ont été négligées au profit d’affirmations israéliennes martelées répétitivement depuis7. On doit ajouter que le POTUS avait déclaré que les bombardements US des sites iraniens en 2025 avaient annihilé le programme nucléaire de Téhéran, pourtant (re)devenu l’alibi d’une nouvelle agression en 2026. Parallèlement, les inquiétudes soulevées par le président russe sur une remise de moyens nucléaires à Kiev sont tournées en ridicule notamment en France8, comme avait été négligé le fait que la décision de lancer la SVO avait suivi de peu les déclarations du président Zelensky à Munich le 19 février 2022 de renucléariser l’Ukraine kiévienne, sujet réitéré le 17 octobre 2024, puis encore évoqué fin février 2026. L’Occident considère qu’il est inadmissible que l’Iran dispose de la bombe nucléaire, mais que la Russie doit-elle donc penser des déclarations du premier ministre Donald Tusk souhaitant que la Pologne développe « ses propres capacités nationales autonomes en matière de sécurité nucléaire dans un contexte militaire » en s’armant « avec ses amis pour dissuader ses ennemis » ?
- Duplicité diplomatique et relativisme juridique : Il est particulièrement inquiétant que les USA de Donald Trump aient emboîté le pas aux Européens dans la destruction de la diplomatie westphalienne et de l’architecture de sécurité post-1945, sapant les fondements mêmes du Droit International. Les garants français et allemands du format Normandie ont reconnu que les accords de Minsk avaient été cyniquement négociés afin de mieux préparer la guerre9. Cela crée une crise fondamentale de valeur des engagements diplomatiques, qui même appliqués avec des arrière-pensées restaient le fondement de la diplomatie et des rapports au sein des Nations Unies, y compris lors de la guerre froide10. Il apparaît que le président états-unien, non seulement affiche clairement préférer la logique du deal léonin et mépriser les institutions et mécanismes diplomatiques11 mais à trois reprises désormais, a « militarisé » la négociation : celles menées avec l’Iran en 2025, avec le Venezuela en 2026 et encore avec Téhéran début 2026, n’ont servi qu’à faire baisser la garde avant de frapper et non à chercher un désamorçage consensuel. C’est un constat qui devrait faire réfléchir Moscou, par rapport à « l’esprit d’Anchorage » et à l’ouverture supposée d’un président US « pacificateur » et ouvert à un dialogue mutuellement bénéfique tel qu’espéré par les élites moscovites12.
Par ailleurs, La guerre en cours contre l’Iran illustre certains facteurs intéressant la Fédération de Russie.
- Washington s’inscrit dans la stratégie de sécurité nationale énoncée en décembre 2025 et qui vise, avec des moyens recentrés car diminués, à maintenir le leadership étasunien sur un Occident qui doit conserver sa primauté géopolitique mondiale. Outre l’abandon de la vision mondialiste et la relance locale, cela implique le roll back des concurrents de la sphère réservée (résolution des situations cubaine, vénézuélienne, mexicaine et colombienne) par le corollaire Trump à la doctrine Monroe, le transfert de charge financière de leur remilitarisation aux États vassaux13, ainsi que le containment diplomatico-économique de la République populaire de Chine, grâce à une géopolitique énergétique, en particulier de contrôle des hydrocarbures14. Cet objectif est combiné avec la lutte contre toute alliance contestant l’hégémon, comme les BRICS.
Dans ce cadre, après Caracas et Téhéran, Moscou est le dernier fournisseur de la RPC et donc nécessairement la prochaine cible, soit d’une transformation en proxy via la finance et la pression économique soit d’un autre regime change15. La réaction de la RPC reste une inconnue mais bien davantage que Taïwan, dont le cas peut être géré avec patience et subtilité comme à Hong Kong, cette bascule mettrait en péril immédiat l’économie chinoise.
- La rivalité inexpiable entre Tel-Aviv et Téhéran comporte une autre dimension transposable à la Russie, celle d’un conflit existentiel et devenu eschatologique et nécessaire16. La conséquence est qu’il est devenu illusoire d’espérer une solution pacifique. Tout armistice ne sert en réalité qu’à réparer une nouvelle agression. Il est notoire que cela s’applique au cas de Kiev, qui restera une base avancée antirusse et ne renoncera jamais à tenter de récupérer les territoires perdus, même si ceux-ci sont peuplés de Russes, ayant exprimé un souhait de rattachement et ayant subi persécution et ostracisme constitutionnel et politique au sein de l’entité ukrainienne.
Conjugué au constat sur l’absence de sincérité et de fiabilité des responsables occidentaux, cela rend pessimiste quant aux chances d’une solution négociée durable.
- Les évènements en cours démontrent que des États en crise mais disposant d’importants moyens militaires les emploient comme instruments de stabilisation interne et de domination extérieure. C’est une constante dans l’histoire des USA, puissance prédatrice. Cela se conjugue à une forme de fuite en avant. Psychologiquement les dirigeants qui sont chefs des armées et contestés politiquement ont une tendance naturelle à se refermer dans le microcosme militaire, dernier environnement à leur rester soumis, intrinsèquement obéissant sans murmure et respectueux par nature17. Cela induit une dangereuse tendance à passer par le spectre militaire et l’emploi de la force comme perspective intellectuelle (ultima ratio regis). Lorsqu’on dispose d’un très gros marteau comme l’US Army, cela tend à faire percevoir tous les problèmes comme des clous. Pour les USA, l’hégémonie et la captation des ressources périphériques imposent une posture de puissance, comme pour tout empire. Face à la diminution du potentiel, un recentrage a donc été décidé mais il demeure indispensable de continuer à afficher de la supériorité pour subjuguer. C’est clairement la politique de force adoptée par D. Trump, qui repose sur une capacité militaire très réelle mais néanmoins en déclin. Après nombre de camouflets, le ralliement des membres de l’OTAN à la coalition américano-israélienne est révélateur et significatif du maintien de la position suzeraine des USA.
- Conséquence de ce qui précède, la guerre en cours confirme la tendance à attaquer en meute. Le recours à la coalition, parfois contre nature ou forcée18, reste de mise, à la fois pour opérer des transferts de charge financière et technique et multiplier les sources, dans un cadre tout à fait conforme au principe de vassalisation, pour diluer la responsabilité politique et diplomatique et pour augmenter le nombre des cibles. La nécessité de favoriser des alliances faibles reste donc une priorité pour la Russie
- La tendance à transformer les guerres en cours en laboratoires s’est confirmée. Mais désormais la boucle s’est considérablement raccourcie et la R&D cherche une validation immédiate et en temps réel, en supprimant les longues et coûteuses mises au point. L’obsolescence relative ou complété de solutions considérées comme pérennes est observée, comme pour le rôle des blindés, de l’infanterie, et surtout la défense contre les attaques aériennes (par drones, missiles, bombes planantes). Cela conduit à une remise en cause tactique mais aussi stratégique en démontrant la vulnérabilité des instruments de la dissuasion. Pour la Russie cela impose un effort de modernisation du complexe hérité de l’URSS et une accélération des processus décisionnels en conjonction avec l’observation et l’analyse des évolutions au sein des forces armées états-uniennes. Un effort particulier devra porter sur des solutions innovantes et économiques, au détriment des appareils de production industrielle et de direction en place, dont la corruption ou l’inertie impactent cette évolution nécessaire.
- Ainsi, comme la guerre contre la Russie en Ukraine, celle contre l’Iran sert de banc d’essais en temps réel pour développer de nouvelles technologies et pratiques. Cela peut permettre de dépasser l’effet de la loi d’Augustine (N°16 sur 52) et de refaçonner un appareil militaire plus performant et moins gourmand. Non plus par réductions et limitations capacitaires, mais par la mise au point de techniques modernes offrant un effet final équivalent avec un investissement moindre. La réussite de ce pari technologique adossé à la puissance logistique massive des forces armées états-uniennes pourrait permettre à l’empire de durer. Alors que la Russie subit une fixation en Ukraine, l’exploitation des capacités navales et aériennes et du réseaux de bases US permet la réduction systématique des anneaux périphériques alliés hérités de l’URSS et du renouveau russe des années 2015. La grande stratégie US a toujours reposé sur l’étouffement depuis 186119. Cela est facilité face à des adversaires ancrés dans des options et une culture militaire à dominante terrestre, comme l’Allemagne et la Russie. Actuellement la Russie n’a d’avance réelle que dans le domaine nucléaire stratégique mais semble peiner à dissuader ses adversaires, surtout européens. De plus, le recours a ces moyens est peu adapté à une reprise de contrôle opérationnel avec des perspectives futures. A l’inverse l’hybris du POTUS et la course en avant qui semble initiée pourraient déboucher sur un étirement excessif de l’appareil militaire additionné à une contestation politique interne. On peut se demander si l’option de la négociation qui semble retenue par le Kremlin est donc la bonne dans ce contexte. Mais la difficulté tient au fait que le président russe reste attaché à son objectif ultime, le développement intérieur et la préservation d’une troisième voie indépendante, entre USA et RPC, ce qui s’oppose à un passage à une économie et une sociologie de guerre totale comme en 1941-45.
- La guerre contre l’Iran additionne les succès tactiques mais semble déficiente au plan stratégique. L’obligation de disposer de forces intérieures de déstabilisation a conduit à tenter de générer une révolution en Iran. Les déclarations du président Trump font fuiter la possibilité de s’appuyer sur les Kurdes (les « cocus » des opérations occidentales, contre les États arabes et l’État islamique, depuis un demi-siècle) ; cela induit un risque considérable de guerre civile ethnique et contagieuse, considérant l’absence d’un État kurde et la division de la population en Iran, Syrie, Irak et Turquie. Cette prise de risque se compare avec le chaos déclenché pendant un quart de siècle par la volonté de redessiner la carte du Moyen Orient par les Neocons, pour exploiter la période de « fin de l’Histoire » initiée par la chute de l’URSS. En Iran, la direction US actuelle a probablement été victime de biais additionnés : Intoxication par l’allié israélien, intelligence faussée émanant des réfugiés iraniens, effet de la pression hiérarchique et politique interne sur les analystes, impact des biais (de confirmation, de surconfiance, d’optimisme, sophisme de planification…)20, hybris personnel du chef et probablement effet pervers des plans numériques et algorithmiques21. D’une manière générale depuis 1945, les armées occidentales ont presque toujours affronté des opposants en situation d’infériorité sans pourtant forcément vaincre ; mais cela a conditionné des visions tactiques subordonnées à la politique intérieure, en défaveur de visions stratégiques (d’ailleurs les guerres de l’Occident sont généralement perdues lorsqu’elles deviennent longues).
A priori on peut penser que le POTUS a envisagé une opération rapide et victorieuse à bas coût, comme aurait dû l’être la SVO (Israël et les USA ont l’avantage de bénéficier de l’option de retrait sans frais, tant qu’ils ne posent pas de « bottes au sol », à la différence de la Russie en Ukraine). Cela excluait l’option « à l’irakienne » comme en 2003. Les déclarations états-uniennes et israéliennes laissent penser qu’il était envisagé une option « à la syrienne » comme en 202422. Le rôle des frappes de « décapitation » doit s’analyser dans ce cadre. Conformes à la tradition hébraïque (Judith et Holopherne, terrorisme de la Haganah…) c’est initialement une stratégie de faible au fort (comme le terrorisme ukrainien). Elle a été adoptée par les occidentaux dans l’incapacité de lutter efficacement contre le terrorisme par les moyens militaires traditionnels. Face à un État moderne, résilient, elle ne peut être efficace que si on empêche le renouvellement des cadres ; il faut pour cela parvenir à imposer très vite et avec l’acceptation minimale de la population un leadership renouvelé et favorable. Or, les déclarations du POTUS témoignent d’un manque en la matière (« ceux qui remplaceraient Khamenei seraient les mêmes ou pire »). Les structures dictatoriales semblent plus vulnérables à ce type d’action, mais en réalité 1) elles favorisent souvent des émergences liées aux factions internes libérées par la mort du chef 2) L’Iran est malgré les apparences un État à l’organisation complexe et où le pouvoir est dilué. Enfin, cette stratégie ne peut fonctionner que s’il y a suffisamment de trahison à l’intérieur, ce qui semble le cas23. Mais comme l’action militaire, la trahison est un levier final qui fait basculer une structure déjà rendue instable socialement.
C’est la question qui se pose pour une transposition en Russie. La pression sur l’économie russe a déjà généré des insatisfactions au sein des élites liées à l’occident et dans la population dont le bien être diminue. C’est un levier bien identifié pour agir sur le Politique. En parallèle, une Fédération, comme un empire, est sujette à la question nationale qui permet d’affecter des forces de tension centrifuge et de scission24. Une guerre est un autre facteur puissant. Celle contre le Japon a failli emporter le tsarisme en 1905 et celle de 1914-17 (en Russie certains considèrent que le même mécanisme a conduit à la chute de l’URSS, miné par l’Afghanistan et la crise économique, en 1991) a autant pesé sur la Révolution russe que cette dernière sur les combats (en empêchant le redressement militaire amorcé contre les Centraux). Une défaite ou ce qui apparaîtrait comme un échec de la SVO pourrait ainsi catalyser les mécontentements voire les oppositions en Russie. Certains commentateurs signalent que les élections à venir pourraient apparemment sanctionner le parti présidentiel, à cause de la récession, des problèmes économiques et sociaux et des actions limitant les libertés comme celles du Roskomnadzor (RKN) pour fermer Telegram et imposer l’analogue MAX, très mal perçues notamment par les 18-35 ans. Inversement, une victoire nette satisferait les attentes et répondrait aux sacrifices consentis. Mais tous ces calculs sont tributaires de deux éléments clefs et peu quantifiables en équations, le facteur spirituel et la qualité de la direction du pays. Sur ces deux sujets, la Russie n’est heureusement pas la plus mal lotie.
En date du 6 mars 2026, le constat des méthodes et actions états-uniennes dans les déclarations du président russe sur l’abandon des marchés énergétiques occidentaux et le possible limogeage de Kirill Dmitriev, les propos du ministre Lavrov sur l’esprit d’Anchorage « qui s’évapore alors que la Russie a accepté des propositions et des compromis », pourraient indiquer un changement de cap de la politique russe « raisonnable et constructive » de négociation et de recherche d’entente (?).
1 Ignorant sciemment que l’avancée de l’OTAN à l’Est malgré les engagements des années 1990 et la transformation de l’Ukraine en une base avancée artificiellement devenue russophobe par ingénierie sociale et coup d’État pouvaient objectivement entraîner une réaction défensive.
2 Il est vrai que les précédents occidentaux ne manquent pas depuis la chute de l’URSS, agression de la Serbie, invasion de l’Irak, destruction de la Libye…
3 Si le sort des populations était le vrai moteur de la diplomatique occidentale, les relations seraient difficiles avec la Syrie de Al-Julani, la coalition émiro-saoudienne au Yémen, le Qatar…
4 C’est pourquoi le président russe a d’abord reconnu les républiques de Lughansk et de Donetsk, ce qu’il n’avait pas fait pendant huit ans, afin de leur permettre de demander officiellement une intervention protectrice sur la base du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et de l’article 51 de la Charte.
5 Portées par les responsables de l’UE, de l’OTAN et des États, polonais, baltes, finlandais, norvégien, allemand, britanniques et français.
6 Certaines sources évoquent la menace israélienne de recourir à l’arme nucléaire contre l’Iran en cas de défaut d’assistance états-unienne comme facteur forçant D. Trump à autoriser cette guerre.
7 La menace nucléaire iranienne a été depuis 1996 le pilier de la politique de B. Netanyahu qui a annoncé « sous trois à cinq ans » en 1996, « l’Iran est à quelques semaines de la création d’une bombe nucléaire » en 2006, « le temps nous est compté » en 2011 devant le Congrès US, « sous quelques mois, peut-être quelques semaines » en 2012 à l’ONU, « une question de semaines » en 2013, « à quelques jours » en 2015, « à quelques semaines » en 2018 bis repetita en 2024 et 2025…
8 Parce que le SVR évoque la possibilité de transférer à Kiev des têtes M51 décommissionnée des SNLE français et parce que le président français met en avant l’idée d’extension du parapluie nucléaire français au sein de l’UE ; peut-être aussi parce que le Russie souhaite la prise en compte des têtes françaises dans les négociations de suivi des capacités qui suivent la fin du traité START.
9 Le chancelier Merz déclare le 4 mars 2026 « que le Droit international ne s’applique pas à l’Iran » ce qui n’est pas très rassurant non plus.
10 Le mécanisme de la détente reposait sur des accords (TNP, SALT, ABM, FNI, START, SORT, New START…) respectés, malgré l’opposition ouverte des parties en présence et leur aptitude avérée à employer la guerre clandestine. A l’initiative des USA, les différents traités ont été abandonnés également par la Russie. Les prises de position officielles des deux présidents montrent cependant un attachement bien plus fort du Suprême russe que de son homologue POTUS pour les appareils juridiques, les traité et l’architecture internationale et multilatérale.
11 Position qui s’écarte de celle des présidents Obama et Biden, pour qui les accords (quoique souvent interprété avec malice par le truchement d’organes sous contrôle) étaient inscrits dans la stratégie de sécurité nationale et revendiqués comme pièces maîtresses de la diplomatie US et de l’ordre mondial.
12 A cet égard, on peut s’interroger sur le choix par le Kremlin comme émissaire extraordinaire débordant le ministre Lavrov, d’un banquier russe, né en Ukraine, diplômé de Stanford et Harvard et en lien via ses affaires avec le gendre du POTUS, Jarod Kuchner et d’autres membres de l’oligarchie états-unienne.
13 A l’exception d’Israël, bénéficiaire net d’une aide massive et de Taïwan, qui paie l’assistance par son intégration dans le marché mondial des « puces ». Les membres de l’OTAN en Europe se sont vus sommés de hausser leurs budgets militaires et d’assurer la tenue de la forteresse Europe face à la Russie artificiellement devenue une menace directe.
14 En apparence paradoxalement, cette volonté de réinstaurer le primat des hydrocarbures et l’énergie traditionnelle qu’incarne Donald Trump, pourrait en seconde analyse favoriser ses opposants, tenants de la dé-carbonisation et des énergies vertes, présentées comme des moyens de limiter la dépendance stratégique, le cas du Nucléaire civil restant soumis à des analyses idéologiques camouflant des intérêts économiques. Cette dialectique recouvre aussi un antagonisme entre les attentes énergétiques de la TECH et des GAFA et les besoins de la population des USA, en particulier la base MAGA.
15 L’opinion se développe en Russie d’un risque de renversement inspiré par les élites financières et la dégradation de la situation économique et sociale sous la pression occidentale. Ce scénario « à la 1917 » est évoqué dans des études de la CIA et de la RAND et le projet britannique Alchemy. Le démembrement consécutif de la Fédération de Russie (envisagé par deuxième et troisième Reich en leur temps), qui a les faveurs à la fois des Neocon (Atlantic council) et des Démocrates aux USA, est évoqué en Pologne (résurgence du Prometeizm pilsudkien au sein du PiS), en Estonie, et par le nouveau chef de cabinet présidentiel Budanov dans un entretien fin février 2026.
16 La gouvernance israélienne n’échappe à la prison que grâce à la guerre, ce qu’on peut aussi appliquer à celle de Kiev. Aux USA, en France, au Royaume uni et en Allemagne c’est moins direct, mais la remise en cause politique des responsables par les populations est temporisée, voire neutralisée, par la menace de guerre.
17 Sans faire de freudisme de bas étage, il suffit de regarder les images récentes des présidents français et états-uniens, significativement exempts tous deux de tout service militaire dans leur jeunesse.
18 Le couple israélo-étasunien est renforcé par des États arabes malgré eux-mêmes, des États européens de l’OTAN confrontés à leurs limitations, contradictions et reniements, et même par l’Ukraine et l’Azerbaïdjan, en attendant un engagement turc délicat.
19 Historiquement, les Anglo-saxons excellent dans la piraterie, ce qui est malheureusement confirmé par les attaques que subissent les flottes russes, six navires au moins dont le précieux gazier Arctic metagaz le 3 mars 2026 ont été attaqués en mer ouverte (prés de Malte pour ce fleuron de la flotte commerciale russe). Le port de Novorossisk, site de repli de la flotte de la mer Noire, est frappé lourdement et régulièrement depuis le début de l’année.
20 Par un détournement pervers, les services de renseignement occidentaux, en principe outils d’information concourant à la prise de décision, sont de plus en plus transformés en organes de communication légitimant les décisions politiques.
21 Apparemment, les ordinateurs militaires russes avaient aussi prédit un succès facile de la SVO, l’IA n’y change rien, au contraire…
22 C’était aussi l’option « à l’afghane » en 2002, confiée à la CIA et aux forces spéciales mais qui a finalement dégénéré en enlisement.
23 Le général des gardiens de la révolution Esmail Kaani a quitté la résidence du guide suprême avant sa destruction, le QG des gardiens en juin 2025 avant sa destruction, il avait quitté le QG du Hezbollah à Beyrouth avant sa destruction en septembre 2024.Il aurait été exécuté le 5 mars. Fatima, la fille du chef des services de sécurité Ali Larijani était enseignante à l’Université Emory à Atlanta, Ga (USA) jusqu’au 25 janvier 2026.
24 Le MI6, la CIA et le SBU travaillent les diasporas. Ils ont l’expérience des guerres (soviétique) d’Afghanistan et de Tchétchénie et des réseaux au sein des islamistes. Après la parenthèse Massoud en Afghanistan, la France a gardé des options en Asie centrale, Balkans et Afrique. Après 1941 plus de 200 écoles du Reich ont formé des agents pour nourrir le sabotage et la subversion en URSS et initier une guerre civile par les nationalités. En 1943 Le SMERSH a été détaché du NKVD et subordonné directement au suprême soviétique pour parer cette menace, avec succès.
ICI MOSCOU ! Le changement de régime de trop
Le 28 février 2026, Israël et les États-Unis ont lancé chacun une opération militaire contre l’Iran. Le chef d’État iranien, Ali Khamenei, et de nombreux civils ont péri lors des frappes. Y a-t-il une stratégie derrière cette guerre ? Trump a-t-il été poussé par Israël ?
Si l’on en croit le narratif de l’administration Trump, l’affaire est entendue : le régime iranien doit être renversé, l’Iran est à nouveau sur le point d’acquérir une arme nucléaire, et le président américain aurait lancé cette opération de son propre chef. L’opération, qui devait durer le temps d’un weekend, puis 4 semaines, est maintenant repoussée jusqu’en septembre. Les répercussions d’un échec américain seraient retentissantes sur l’ordre mondial. Le transit maritime par le détroit d’Ormuz est désormais bloqué par la marine iranienne et les cours du pétrole ont commencé à s’envoler… pour le plus grand profit de la Russie.
Pour en parler, Xavier Moreau et Karine Béchet reçoivent Régis de Castelnau, avocat et essayiste, Alain Soral, essayiste et président de l’association politique Égalité et Réconciliation, Kamal Louadj, correspondant de Sputnik Afrique, ainsi que Fabrice Sorlin, consultant international.
Il est temps de se libérer des ‘libérateurs’ !
L’attaque extrêmement lâche contre l’Iran, en pleine négociation et visant des figures clés du gouvernement iranien, ne présente aucun changement significatif par rapport à ce que nous savions déjà de l’approche des États-Unis et d’Israël envers Téhéran.
Il n’est pas surprenant que les États-Unis et Israël décident arbitrairement d’utiliser la force contre quiconque est considéré comme leur ennemi dans le monde, et ce, en mentant sur le programme nucléaire iranien, dont personne ne croyait qu’il était sur le point de développer des armes nucléaires.
Après tout, ils ont toujours agi ainsi par des incursions ciblées, des attaques « préventives », voire des enlèvements de chefs d’État, comme dans le cas vénézuélien ; des actions que, si elles étaient commises par d’autres, nous qualifierions sans hésiter de terroristes.
Ils procèdent ainsi en déstabilisant des régions entières du monde, généralement celles à forte valeur énergétique, sans avertissement préalable ni consultation de leurs alliés. Le vice-Premier ministre italien, Matteo Salvini, a révélé hier que le gouvernement italien avait été informé du début des opérations militaires après qu’elles aient déjà commencé. Rome en avait déjà eu connaissance par le biais des informations en continu diffusées à la télévision et par les agences de presse.
La situation du ministre de la Défense, Guido Crosetto, apparemment bloqué avec sa famille à Dubaï, ce qui a suscité de nombreuses moqueries, démontre en réalité que le Pentagone a manqué à son devoir d’informer ses partenaires de l’OTAN de l’attaque imminente. Ceci confirme une fois de plus que les États-Unis et Israël ont toujours appliqué un principe de supériorité sur le reste du monde, fondé sur leur « exceptionnalisme ». En d’autres termes, « Je suis moi et vous n’êtes rien », pour reprendre les mots du marquis del Grillo.
Ceci n’est guère surprenant compte tenu de l’arrogance dont l’administration Trump fait preuve à l’égard des Européens et, surtout, du fait que nos « alliés » à l’étranger, bien avant Donald Trump, se comportaient depuis de nombreuses années comme nos pires ennemis.

Ils ont déclenché le Printemps arabe, embrasant l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient, et provoquant des guerres en Libye, en Irak et en Syrie qui ont fragilisé la sécurité énergétique et les relations de l’Europe avec ses alliés européens. Ils ont instauré le changement de gouvernement à Kiev en 2014, investi 5 milliards de dollars dans l’opération Maïdan (comme l’a déclaré la sous-secrétaire d’État Victoria Nuland devant le Congrès), amorçant une confrontation militaire avec la Russie, puis faisant sauter le gazoduc Nord Stream… après que Biden et Nuland eurent annoncé leur intention de le détruire.
Dans ces conditions, il serait naïf de s’étonner du manque de considération et de respect des Américains envers leurs alliés européens. Après tout, il n’est pas nécessaire d’être particulièrement malveillant pour comprendre que l’attaque contre l’Iran, quel qu’en soit le résultat, entraînera une hausse du prix du pétrole brut, notamment en raison de la fermeture du détroit d’Ormuz décrétée hier par les Gardiens de la révolution islamique iraniens.
Nul besoin d’être un analyste chevronné pour comprendre que le blocus du Golfe favorisera les exportations énergétiques américaines et que la hausse des prix rendra l’extraction pétrolière aux États-Unis plus rentable, la fracturation hydraulique, technique coûteuse, n’étant viable que si le prix du baril atteint au moins 62 à 65 dollars.
Il est également évident que l’Europe, déjà la région industrialisée du monde qui paie le prix de l’énergie le plus élevé après avoir renoncé au gaz et au pétrole russes (disponibles en quantités illimitées et à des prix abordables), subira des dommages économiques et sécuritaires supplémentaires suite à l’attaque contre l’Iran.

Ce qui devrait tous nous surprendre, c’est que les gouvernements des nations européennes (sans parler de l’Union européenne, désormais réduite à une nomenklatura de lobbyistes répondant en grande partie aux intérêts américains) restent soumis à l’arrogance intéressée des États-Unis et d’Israël.
Pour nous, français, qui considérons depuis longtemps la Méditerranée élargie (s’étendant à l’est jusqu’à la mer Rouge, l’océan Indien et le golfe Persique) comme une zone stratégique d’intérêt national primordial, les opérations militaires en cours sont inacceptables car elles ne font que déstabiliser cette région.
Les milices houthies au Yémen ont également annoncé la reprise des attaques contre les navires marchands dans le détroit de Bab el-Mandeb et le golfe d’Aden, en soutien à l’Iran attaqué. À cause des États-Unis et d’Israël, le trafic maritime à destination et en provenance de la Méditerranée sera de nouveau pénalisé. Cela signifie que nos ports, nos marchandises, nos importations et nos exportations seront pénalisés. Les quelques navires équipés de missiles de l’opération Aspides de l’UE ne pourront certainement pas protéger les navires en transit, sachant que même les États-Unis ont dû conclure un accord avec les Houthis après avoir épuisé les stocks de missiles de défense aérienne de certaines unités de l’US Navy.
Il est absurde pour les nations européennes de réaffirmer aujourd’hui leur alliance avec les États-Unis et Israël, car les alliés dialoguent, prennent des décisions communes et, surtout, évitent les actions unilatérales préjudiciables à leurs partenaires. Au lieu de cela, les Européens sont traités comme des « idiots utiles » pour avoir soutenu des campagnes et des initiatives militaires contraires à leurs intérêts, et ils restent silencieux, soumis à leur maître.

Il est vrai que « celui qui provoque son propre malheur n’a que lui-même à blâmer », mais les nations européennes doivent se réveiller avant qu’il ne soit trop tard. Les intérêts des États-Unis, d’Israël et de leurs dirigeants sont depuis longtemps axés sur la déstabilisation de régions géopolitiques et énergétiques entières : un objectif diamétralement opposé à celui que nous, Européens, devrions poursuivre.
C’est pourquoi nous devons nous désengager d’urgence d’une alliance de plus en plus unilatérale, lourde et dangereuse pour notre sécurité. À l’instar de l’Empire romain, les États-Unis, dans leur phase déclinante, deviennent imprévisibles, dangereux et dirigés par des responsables mal organisés, peu fiables, mal préparés, voire manifestement déséquilibrés.
Est-il judicieux de confier notre défense, notre sécurité et nos bases militaires à une puissance qui se révèle de plus en plus être notre ennemie ?Car la propagande, avec son langage absurde ou les déclarations délirantes de Trump sur la menace imminente que représente l’Iran pour les États-Unis, ne suffit pas à justifier cette nouvelle guerre qui sème le chaos aux portes d’une Europe qui, après 80 ans, devrait avoir le courage de « se débarrasser de ses libérateurs » pour éviter, par pragmatisme et en interdisant les dogmes sectaires, d’être à nouveau entraînée dans des guerres qui ne sont pas les siennes.
Pro-ayatollah ?
Nul besoin d’être un admirateur du défunt ayatollah Khamenei (déjà malade et âgé de 87 ans, mais figure emblématique non seulement en Iran, mais dans tout le chiisme) pour constater que si l’on qualifie le régime iranien de « régime », il faudrait en dire autant des monarchies absolues et héréditaires qui gouvernent les pétro-royaumes arabes du Golfe, où les droits civils et politiques sont bafoués. Ce sont tous nos fidèles alliés, devant lesquels nous nous sommes souvent inclinés en Europe en échange de milliards d’investissements.

Il est absurde de qualifier les Gardiens de la révolution islamique iraniens (CGRI) de « mouvement terroriste », comme l’a fait le Parlement européen avec l’approbation de l’Italie et de la France, sans préciser que les terroristes islamistes sont sunnites (Daech, Al-Qaïda, etc.), et non chiites.
En effet, les chiites, qu’ils soient arabes ou persans, sont la cible principale de l’extrémisme terroriste sunnite, comme en témoignent les déclarations d’Oussama ben Laden, d’Abou Moussab al-Zarqaoui et d’Abou Bakr al-Baghdadi. Il convient également de rappeler que ce ne sont pas les troupes américaines, et encore moins françaises, qui ont empêché Daech de prendre Bagdad en août 2014, mais trois régiments des Gardiens de la révolution iraniens, au prix de lourdes pertes.
De même, ceux qui ont libéré le nord de l’Irak et l’est de la Syrie de l’emprise de l’État islamique étaient en grande partie des milices chiites pro-iraniennes dirigées par les Gardiens de la révolution.
Bien sûr, ce sont des souvenirs douloureux, surtout maintenant que le monde entier a reconnu un terroriste comme Abou Mohammed al-Jolani (ou Ahmed al-Charia, dont la tête était mise à prix par Washington pour 10 millions de dollars), le dirigeant syrien, que personne n’a élu mais qui a pris le pouvoir en dirigeant une milice islamiste sunnite alliée à la Turquie.
Ancien lieutenant de Zarqaoui lors des attentats contre l’ONU à Bagdad et contre les Italiens à Nassiriya, il est ensuite devenu membre de l’État islamique, fondateur du Front al-Nosra et chef de la milice djihadiste Tahrir al-Cham, à qui tout le monde serre aujourd’hui la main, y compris ceux qui accusent Pasdaran de terrorisme.
En fin de compte, le pragmatisme politique rend hypocrite tout appel aux valeurs de liberté et de démocratie. Nous renonçons à l’énergie de “l’autocrate Poutine” et l’achetons au régime du président azerbaïdjanais Ilham Alyev, au pouvoir depuis 2003, succédant à son père Heydar.
Déjà inscrit à plusieurs reprises sur liste noire pour sa répression de la dissidence et son absence de respect des droits de l’homme et des droits civils, le régime azerbaïdjanais est peut-être la seule république au monde, avec la Corée du Nord, où le pouvoir se transmet de père en fils, avec un culte de la personnalité à la clé.

De même, aujourd’hui, la propagande israélienne et américaine (portée par le martèlement habituel de médias complaisants et serviles) nous présente une juxtaposition d’images de jeunes filles iraniennes sous le règne du Shah Reza Pahlavi et de femmes portant le voile (bien que non obligatoire) dans l’Iran des ayatollahs.
Cette juxtaposition avait déjà été utilisée avec les burqas afghanes lorsque les États-Unis et leurs alliés cherchaient à exporter la démocratie à Kaboul, ville qui fut ensuite livrée aux talibans sans que le port du voile intégral n’ait jamais été aboli. Pourtant, il suffit de se pencher sur l’histoire ou d’être suffisamment âgé pour se souvenir des faits pour comprendre que la restauration de la monarchie Pahlavi à Téhéran n’est certainement pas une garantie de liberté et de démocratie.Le Shah régnait d’une main de fer, réprimant toute dissidence d’une main de fer, grâce à la tristement célèbre police politique SAVAK, et s’était proclamé « Empereur », le seul à l’époque, avec le dictateur centrafricain Jean-Bedel Bokassa, à revendiquer un tel titre. Ce n’est pas un hasard si l’empire du Shah, allié des États-Unis et d’Israël, s’est effondré suite à d’importants soulèvements populaires.
Perspectives incertaines
Dès lors, si l’on part du principe que le « régime » iranien est renversé, quelles perspectives ouvre l’attaque israélo-américaine ? Peut-être une seule : le chaos. L’Iran est capable de reconstituer sa classe dirigeante, décapitée par les frappes de missiles israéliens, probablement en renforçant l’influence des Gardiens de la révolution, et certainement pas celle des réformateurs.

Téhéran bénéficie du soutien discret mais concret (y compris militaire) de la Russie et de la Chine, tandis que les États-Unis et Israël pourraient fomenter des révoltes et peut-être même déclencher une guerre civile en Iran. Cependant, leurs chances de déployer un million de soldats pour libérer Téhéran des ayatollahs et des Pasdaran semblent encore plus faibles que celles des nations européennes envoyant leurs armées combattre dans le Donbass.
De plus, Trump exhorte les Iraniens à se rebeller, tout comme George H. Bush avait incité les Kurdes et les chiites à se révolter contre Saddam Hussein en 1991 sans lever le petit doigt pour les défendre contre les représailles féroces de ce dernier.
Washington ne semble donc pas avoir de stratégie précise pour un « changement de régime » à Téhéran, et si tel est le cas, le désastre est inévitable : il suffit de se souvenir comment l’Irak a sombré dans le chaos et la guerre civile après la chute de Saddam Hussein et l’occupation anglo-américaine.
Tout bien considéré, il semble évident que les programmes nucléaires et balistiques iraniens ne sont que des prétextes pour plonger l’Iran, allié de la Russie et de la Chine, dans le chaos, tout comme sa production énergétique, actuellement exportée vers l’Asie, que Washington cherche à paralyser ou, à défaut, à contrôler.
En effet, l’Iran avait signé un accord international en 2015 avec l’administration Obama, accord que Donald Trump a ensuite invalidé, suivant les diktats de Benjamin Netanyahu, soulevant déjà des questions quant à savoir qui détient réellement le pouvoir au sein de l’alliance israélo-américaine.

Aujourd’hui, l’idée d’un nouvel accord nucléaire paraît absurde, surtout après la déclaration de Trump en juin dernier, lors de la guerre de douze jours déclenchée par Israël, selon laquelle il avait annulé le programme nucléaire iranien suite aux raids de bombardiers B-2 sur les sites nucléaires iraniens.
En réalité, cette intervention n’a servi qu’à suspendre temporairement le conflit et à sauver la face d’Israël, qui se retrouvait à court de missiles antimissiles tandis que Téhéran disposait encore d’un important arsenal de missiles balistiques. Même dans le cadre de la campagne actuelle, les munitions pourraient bien être déterminantes pour le succès ou l’échec des deux camps, comme l’a également souligné Scott Ritter. Qui, parmi les missiles balistiques iraniens ou les armes antimissiles israéliennes et américaines, sera à court en premier ?
Les Forces armées israéliennes (FAI) estiment que l’Iran possède actuellement environ 2 500 missiles balistiques. Avant la guerre de juin 2025, les mêmes sources indiquaient que l’Iran ambitionnait d’accélérer considérablement sa production de missiles balistiques, passant de 3 000 à 8 000 en deux ans. Lors du conflit de juin, l’Iran a lancé plus de 500 missiles contre Israël. L’armée israélienne estime avoir détruit des centaines de missiles lors de ces attaques et empêché la production de 1 500 autres en frappant des usines.Ces derniers mois, l’armée israélienne pense que Téhéran a investi dans la restauration de sa capacité de production de missiles, produisant plusieurs dizaines de missiles par mois, pour atteindre à terme 2 500 unités. Un tel nombre nécessiterait au moins trois fois plus de missiles de défense aérienne dotés de capacités antibalistiques.

L’Iran, de surcroît, attaque les bases américaines dans les monarchies arabes du Golfe non seulement parce qu’il s’agit de cibles militaires légitimes, mais peut-être aussi dans le but de mobiliser les populations arabes, qui abhorrent les politiques américaines et israéliennes, et pourraient contraindre les émirs à expulser les bases américaines, lesquelles apparaissent de plus en plus comme le bras armé (le plus riche et le mieux armé) d’Israël.
Le vif débat entre Chypre et le Royaume-Uni au sujet de deux missiles balistiques iraniens qualifiés de « perdus » et potentiellement dirigés vers des bases britanniques sur l’île, membre de l’UE (qui en assure d’ailleurs la présidence pour six mois), devrait également inciter à réfléchir à la manière dont la guerre déclenchée par l’alliance américano-israélienne pourrait menacer directement l’Europe et l’UE.
Dans ce conflit, le gouvernement iranien n’est peut-être pas le seul à tout risquer : les États-Unis et Israël risquent non seulement d’échouer à atteindre leurs objectifs, mais aussi de perdre toute crédibilité politique et militaire (surtout si l’Iran est capable d’infliger de lourdes pertes à ses ennemis), et de s’attirer l’hostilité d’une grande partie du monde.

Politiquement, il convient de s’interroger sur le droit dont jouissent la première puissance nucléaire mondiale (avec la Russie) et une puissance nucléaire de facto comme Israël, qui ne s’est jamais soumise aux inspections de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), peuvent s’arroger le droit de refuser à l’Iran l’enrichissement d’uranium, voire le développement de missiles balistiques et d’armes nucléaires.
La loi du plus fort ?
Voilà où en est le si souvent vanté droit international, la « paix juste » et l’opposition victime de l’agresseur, si chers aux hommes politiques et commentateurs français.
Enfin, après seulement 72 heures de combats, il apparaît déjà clairement que la leçon la plus importante de ce conflit concerne la Corée du Nord : si Téhéran possédait l’arme nucléaire, comme Pyongyang, plus personne n’oserait l’attaquer.
L’Iran reflète l’affrontement décisif (par Pepe Escobar)
Nous sommes déjà entrés dans une nouvelle phase historique : plus de retenue, plus de circonlocutions, plus aucune tentative de justification. L’Iran illustre ce conflit décisif : soit l’impérialisme sioniste-américain triomphe, soit le multipolarisme l’emporte.
Par Pepe Escobar – Strategic Culture [Traduction : Paolo Hamidouche]
Néo-Caligula – alias le champion incontesté des tarifs douaniers à l’échelle mondiale – semble surpris que l’Iran n’ait pas capitulé.
Rien d’étonnant. Aucun de ses flagorneurs incompétents, qui composent son cercle restreint d’individus d’une médiocrité affligeante, n’est intellectuellement capable d’expliquer à Néo-Caligula, en quelques formules toutes faites, les fondements du chiisme.
Mais il y a pire. Ce qui est réellement en jeu, c’est le retour de la guerre totale comme prétexte politique, au profit d’une part importante de l’oligarchie anglo-américaine/atlantiste, profondément corrompue et perverse.
Les « négociations » de Genève sont un échec. La guerre contre la Russie était le leitmotiv de la Conférence de Munich sur la sécurité. La « gigantesque armada », concentrée non loin du golfe Persique, marche, discute et navigue comme si les États-Unis et Israël étaient prêts à attaquer l’Iran.
Même en envisageant un ultime recours à Genève vendredi, même en supposant que l’Iran ne capitule pas, le scénario le plus plausible reste celui de la dérobade systématique de Trump.
Car une attaque contre l’Iran – qui entraînerait une riposte dévastatrice – scellerait la défaite des Républicains aux élections de mi-mandat et transformerait ce néo-Caligula en un président affaibli et accablé par les droits de douane.
Toute cette saga repose sur l’impératif immédiat de détourner l’attention des dossiers Epstein – ou de l’affrontement entre les États-Unis de l’Île d’Epstein et le Collectif occidental Epsteinien. Le Syndicat Trump-Bibi-Epstein doit changer le discours.
Une gigantesque bulle spéculative fait rage aux États-Unis ; historiquement, l’Empire du Chaos, du Pillage et des Attaques Permanentes entre toujours en guerre après l’éclatement d’une bulle. Le budget du Département des Guerres Sans Fin sera augmenté de 50 % en 2027.
Pourtant, les guerres doivent commencer maintenant. Le complexe militaro-industriel, ou plutôt le MICIMATT, comme l’a si bien dit Ray McGovern (complexe militaro-industriel-congressiste-renseignement-médias-universitaire), est la seule soupape de sécurité d’un turbo-capitalisme occidental économiquement à la traîne et dont la « crédibilité » est morte et enterrée.
Le nouveau paradigme – le chaos international sans aucune règle – est désormais à nu. Il est d’une prédation extrême, presque pornographique : l’éthique d’Epstein le décrit parfaitement.
Et l’histoire se répète, toujours sous forme de farce : la guerre par procuration contre la Russie en Ukraine va se poursuivre. C’est une obsession de l’« élite » européenne. Et comme en 1941, elle est motivée par les immenses ressources naturelles de la Russie.
Nietzsche avait donc raison, comme toujours, dès 1888. Nous vivons les derniers soubresauts de la chute occidentale et postmoderne dans le nihilisme. La post-vérité, dans une autre perle d'(in)justice poétique, trouve son pendant sur Truth Social.
Déstabilise-moi, chérie…
Notre profond et sombre malaise actuel pourrait aisément s’analyser comme l’aboutissement logique d’un long processus englobant l’Empire perse, les guerres médiques, leur impact sur la culture grecque, l’hellénisme, l’Empire romain, l’émergence du christianisme et de l’islam, les croisades, la Renaissance, l’ère des Grandes Découvertes qui a supplanté le commerce intra-eurasien, la révolution industrielle, les Lumières, l’indépendance américaine, la Révolution française, l’idéalisme allemand, les révolutions de 1848, Nietzsche et les Première et Seconde Guerres mondiales.
Pendant deux millénaires, Platon et Aristote ont posé les fondements philosophiques de cette tradition. Puis, dès 1945, tout l’édifice s’est effondré. Le capitalisme libéral et la « démocratie » américaine se sont imposés comme des vérités incontestables, étouffant tout débat idéologique de fond.
La chute de l’URSS a engendré l’absurdité suprême de la « fin de l’histoire », et par conséquent la fin de la pensée critique. Ce n’est qu’aujourd’hui, avec la transformation et l’ascension de la Chine, que l’Occident est contraint de se confronter à l’histoire, dont il sera désormais principalement spectateur. L’Occident fragmenté a définitivement perdu toute capacité de se situer dans l’histoire. Il est à présent sous la domination totale du Disrupteur.
La logique du Disrupteur s’applique, par exemple, au suicide énergétique de l’UE. L’Institut d’économie de l’énergie et d’analyse financière (IEEFA), basé dans l’Ohio, a récemment estimé que les États-Unis pourraient produire jusqu’à 80 % des importations de GNL de l’UE d’ici 2030. Cette estimation est liée à l’accord commercial annoncé en juillet dernier, qui engage l’UE à acheter pour la somme colossale de 750 milliards de dollars de produits énergétiques américains d’ici 2028.
La disparition du gaz russe bon marché et la dépendance de l’Allemagne au GNL, extrêmement coûteux, sonnent le glas des entreprises industrielles dans toute l’UE. Fermetures et faillites sont déjà monnaie courante, notamment en Allemagne, ancienne puissance industrielle. On pourrait parler du triomphe de la désindustrialisation.
Parallèlement, les acteurs rationnels du RIC (Russie-Inde-Chine) investissent dans un développement stratégique complexe.
Je m’intéresse particulièrement à la combinaison de l’engagement tactique intelligent de la Russie, une promesse utilisée comme levier, et de sa certaine domination sur le dollar américain ; à l’expansion constante du yuan internationalisé ; à l’utilisation par l’Inde de ses relations avec les États-Unis, tout en promouvant l’architecture du système de paiement des BRICS ; et à la sécurité maritime interconnectée, comme en témoignent les exercices navals russo-chinois-iraniens.
La stratégie de sécurité nationale américaine, qui définit cinq sphères d’influence, est déjà en difficulté : les États-Unis, la Russie, la Chine (tous deux désignés comme ennemis), l’Inde et le Japon (un vassal des États-Unis).
La stratégie de sécurité nationale affirme que « la sécurité, la liberté et la prospérité du peuple américain sont directement liées à notre capacité à commercer et à occuper une position de force dans l’Indo-Pacifique ».
En réalité, il s’agit donc d’une menace de guerre, et non d’une proposition géoéconomique. Même l’Inde le perçoit. Une stratégie parfaitement en phase avec le besoin impérialiste prépondérant de ressources naturelles et de contrôle des territoires stratégiques.
La bataille décisive
Le Nouveau Grand Jeu est en marche, mais le champ de bataille principal est déjà tracé : les États-Unis et la Chine. Tout le reste lui est subordonné. Un néo-Caligula se rendra en Chine début avril. C’est alors que se jouera la bataille décisive.
Sous la pression, le néo-Caligula tentera de conclure un accord global pour garantir la domination du dollar américain. Un échec cuisant est inévitable, car l’Empire du Chaos cherche encore à contraindre la Chine tout en ayant désespérément besoin de sa coopération.
Ce qui importe réellement à Pékin, c’est d’internationaliser le yuan en multipliant les corridors financiers adossés à l’or. Et d’utiliser sa puissance financière avec discrétion, notamment en limitant les exportations d’argent et en se débarrassant des bons du Trésor américain.
Pékin sait pertinemment que cet amas de bulles spéculatives typiquement américaines ne peut se maintenir que grâce à un contrôle oligarchique absolu et à une création monétaire sans fin. Il n’y a pas de plan B.
ICI MOSCOU ! Quatre ans d’opération militaire spéciale
Le 24 février 2022, il y a 4 ans, débutait l’opération militaire spéciale russe en Ukraine. Alors que le déroulement des pourparlers entre les pays est sur toutes les lèvres, quel bilan peut-on tirer du conflit ?
Pour le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot, l’opération russe est un échec cuisant. Cette conclusion hâtive ne semble pas tenir compte du rattachement des 4 régions historiques de la nouvelle Russie, de la résistance de l’économie russe face à toute une coalition occidentale, du record de popularité de Vladimir Poutine, et des dissensions qui commencent à apparaître en Occident même. En effet, la Russie ne s’est toujours pas effondrée comme le prédisait présomptueusement Bruno Le Maire en mars 2022. Zelensky n’hésite plus à traverser le Rubicon, et exaspère même la Slovaquie et la Hongrie avec sa décision de couper l’approvisionnement de ces deux pays en pétrole par l’oléoduc Droujba. Des lignes rouges qui pourraient bien lui coûter sa place.
Pour en parler, Xavier Moreau reçoit Christelle Néant, rédactrice en chef adjointe d’International Reporters, Sylvain Ferreira, historien et animateur du blog « Veille Stratégique », Arnaud Develay, juriste et consultant politique, et Antoine Cléraux, reporter de RT en français.
« Du Nil à l’Euphrate, il serait juste qu’ils prennent tout. » La confession de Huckabee sur le sionisme chrétien
L’ambassadeur américain en Israël, interviewé par Tucker Carlson, admet que, selon la Bible, Israël a le droit de conquérir la moitié du Moyen-Orient. Il tente ensuite de se rétracter, mais le mal était fait et c’était trop tard. Cette déclaration révèle la véritable nature d’une alliance qui précipite le monde vers une guerre catastrophique.
Cette déclaration intervient après près d’une heure de joutes théologiques. Tucker Carlson a interrogé Mike Huckabee sur les frontières de la « terre promise », citant la Genèse 15 : « du Nil à l’Euphrate ». Il lui a demandé si, en vertu de cette promesse, Israël aurait le droit d’annexer la Jordanie, la Syrie, le Liban et l’Irak. Huckabee a esquivé la question, évoquant la sécurité, les frontières actuelles et le droit à l’existence. Puis, acculé, il a laissé tomber le masque :
« Ce serait juste qu’ils prennent tout. »
La phrase est si explosive que Huckabee tente aussitôt de la minimiser : « Ce n’est pas le sujet du jour », « Ils ne le demandent pas », « S’ils étaient attaqués et gagnaient, ce serait une autre histoire. » Mais l’aveu est fait. Et rien ne peut l’effacer. Cette phrase est la clé qui ouvre toutes les portes. Elle révèle la véritable nature des dirigeants du sionisme chrétien. Elle révèle la dimension théologiquement expansionniste de ce projet. Et surtout, elle révèle l’abîme vers lequel cette doctrine précipite le monde.
Une théologie sans frontières
Pour Huckabee, pasteur baptiste et aujourd’hui ambassadeur des États-Unis en Israël, la Bible n’est pas un livre de foi, mais un acte notarié. Dieu a promis cette terre aux Juifs. Entièrement. Du Nil à l’Euphrate. Que des Égyptiens, des Jordaniens, des Syriens, des Libanais et des Irakiens y vivent aujourd’hui n’est qu’un détail. L’existence d’États souverains, reconnus par les Nations Unies, est sans importance. La parole de Dieu, pour lui, abolit toutes les frontières tracées par les hommes.
« Pourquoi s’arrêter aux frontières de 1967 ? » insiste Carlson. Et Huckabee ne sait que répondre. Car, en réalité, il n’y a pas de réponse. Si le droit est divin, il est absolu. Il ne s’arrête pas à 1967, ni à 1948. Il s’arrête uniquement là où Dieu l’a décidé : à l’Euphrate.
Ainsi, le « droit d’Israël à exister en sécurité » – la formule employée par Huckabee pour définir le sionisme à ses débuts – se révèle être un cheval de Troie. Il recèle un potentiel d’expansion illimité. Il autorise des guerres de conquête. Il prévoit l’anéantissement de peuples entiers, pourvu qu’ils ne soient pas les descendants d’Abraham – même si, comme le souligne Carlson, personne ne sait vraiment qui sont ces descendants.
Qui sont les héritiers d’Abraham ? Huckabee l’ignore.
Et c’est là que le bât blesse. Car si la terre a été promise aux descendants d’Abraham, il nous faut savoir qui ils sont. Et c’est là que Huckabee s’enlise. D’un côté, il affirme qu’il s’agit des Juifs, identifiés par leur langue, leur culture et leurs traditions. Mais Carlson cite l’exemple de Netanyahou : ses ancêtres venaient d’Europe de l’Est, ne parlaient pas hébreu, n’étaient pas religieux et étaient souvent athées. Rien ne prouve qu’ils aient jamais foulé ce sol avant le XXe siècle. Sur quelle base aurait-il plus de droits qu’un fermier chrétien dont la famille vit là depuis deux mille ans ?
Huckabee balbutie. Il tente d’évoquer une question de « sang », mais il doit alors admettre qu’un Juif converti au christianisme perd le droit de retourner en Israël. Ce n’est donc pas qu’une question de sang. Il essaie d’invoquer aussi la religion, mais alors, quels droits avaient les fondateurs athées d’Israël ? La définition de « Juif » se révèle être un simple prétexte pour tout expliquer sans jamais rien expliquer.
C’est sur ces fondements troubles, sur cette identité fluctuante que l’on peut invoquer ou nier à sa guise, que se construit l’apartheid quotidien en Cisjordanie. Il justifie les points de contrôle pour les chrétiens souhaitant se rendre au Saint-Sépulcre. Il légitime l’expropriation des terres de familles qui y vivaient depuis avant la naissance de Mahomet.
L’ambassadeur américain qui soutient Israël
Mais le plus troublant dans cet entretien n’est même pas la théologie. C’est le rôle de Huckabee. Un ambassadeur américain, payé par les contribuables américains, qui consacre son temps à rencontrer Jonathan Pollard – le plus célèbre traître des États-Unis, celui qui a dérobé des secrets militaires pour Israël et qui, aujourd’hui, encourage les Juifs américains à espionner pour le Mossad. Un ambassadeur qui, lorsque Carlson lui demande des comptes sur les victimes civiles à Gaza, répond en louant l’armée israélienne, la jugeant plus éthique que l’armée américaine en Irak et en Afghanistan. Autrement dit : un représentant américain dénigre son propre pays pour glorifier une puissance étrangère. Et personne à Washington ne semble trouver cela étrange.
Lorsque Carlson souligne qu’un citoyen américain accusé de pédophilie (Tomer Alexandrovich) s’est réfugié en Israël et n’est pas extradé, Huckabee rétorque que « ce n’est pas du ressort de l’ambassade ». Mais lorsqu’il s’agit de rencontrer Pollard ou de faire pression pour une guerre contre l’Iran, l’ambassade se montre parfaitement compétente.
La ”menace’’ qui pèse sur la paix mondiale
Et nous arrivons au point le plus alarmant. Tucker Carlson rappelle que Netanyahu s’est rendu à la Maison-Blanche sept fois en un an. Sept fois. Plus que tout autre représentant du peuple américain. Et sa demande est toujours la même : la guerre contre l’Iran. Les sondages indiquent que plus de 70 % des Américains ne souhaitent pas une nouvelle guerre au Moyen-Orient. Mais les sondages importent peu. Ce qui compte, c’est ce que veut Bibi. Et Bibi veut que les États-Unis fassent le sale boulot : bombarder l’Iran, détruire ses alliés, maintenir un équilibre de la terreur.
Huckabee nie que Netanyahu veuille la guerre.
« Il ne veut pas la guerre », affirme-t-il. Pendant ce temps, l’armée américaine se déploie dans le Golfe, les porte-avions sillonnent les mers et certains évoquent une « option militaire inévitable ». Et si la guerre éclate, elle sera payée du sang des soldats américains et de l’argent du contribuable. Pour défendre le « droit divin » d’Israël à posséder des territoires qu’il serait peut-être juste, un jour, de « prendre entièrement ».
Le sionisme chrétien : une menace mondiale
La déclaration de Huckabee – « il serait juste qu’ils prennent tout » – n’est pas un lapsus. C’est une doctrine. C’est ce que croient des millions d’évangéliques américains. C’est ce qu’ils enseignent dans les églises. C’est ce qu’ils prêchent lors de conférences financées par des fonds dont l’origine est inconnue. Et cette doctrine, aujourd’hui, règne au cœur du pouvoir. Elle détermine la politique étrangère de la nation la plus lourdement armée de la planète. Cela précipite le monde vers un conflit susceptible d’embraser la moitié du Moyen-Orient, de fermer le détroit d’Ormuz, de faire exploser les prix du pétrole et de plonger le monde entier dans une crise économique pire que celle de 1929.Tout cela repose sur une promesse faite il y a quatre mille ans à un berger nomade, dont l’origine est incertaine et dont les frontières – du Nil à l’Euphrate – engloberaient au moins six États souverains et des dizaines de millions de personnes.
À la fin de l’entretien, Huckabey déclare à Carlson qu’il ne hait personne. Peut-être est-ce vrai. Mais à quoi bon haïr lorsqu’on soutient une théologie qui légitime l’expansionnisme illimité, la discrimination systématique et la guerre préventive ? Il suffit de croire. Il suffit de ne pas poser de questions. Il suffit de répéter que « ce serait juste » tandis que le monde entier retient son souffle.
Le Chaberton, l’arme aérienne et la nécessaire modernisation des frontières
L’un des débats du gouvernement de la libération fut la protestation du ministre des Affaires étrangères contre ce qu’il nommait l’obsession gaullienne du Chaberton. Comment un fort en ruine, perdu sur un sommet des Alpes, a-t-il pu conduire à une discussion si vive ? Et pourquoi nous en préoccuper aujourd’hui ?
En réalité, le Chaberton est un cas d’espèce de la logique westphalienne des frontières et de leur remise en cause par les armements et logiques de la guerre moderne. En ce sens, cette querelle illustre parfaitement les causes de la guerre en Ukraine, ses logiques et enjeux et, surtout, elle a le mérite de poser ce qui sera sûrement la cause de bien des conflits à venir.
Avant ce retour vers le futur (Garanti sans DeLorean), revenons au passé et plus exactement au corps du délit : qu’est-ce que le Chaberton ?
Nichée au cœur des Alpes, cette montagne forme une pyramide naturelle. Elle possède la particularité remarquable d’avoir un sommet plat, mise à profit par l’armée italienne pour y construire un fort dont l’artillerie dominait le Briançonnais. De puissants canons longs de 149mm, la classe du 155 OTAN à une époque où les calibres n’avaient pas été unifiés. Cette puissance de feu permettait d’atteindre la ville de Briançon et ses 11 000 habitants aujourd’hui. Une ville française était en danger !
En 1914, l’Italie finit par s’engager avec l’Entente, le Chaberton fut sans importance. En 1940, au moment où le Duce s’engagea dans le conflit, la menace devint sérieuse. Consciente de la menace, l’artillerie française avait positionné des mortiers lourds de 280mm. Même s’ils ne mirent pas totalement le fort hors de combat, le duel d’artillerie neutralisa l’essentiel de la menace. Après l’armistice, le fort perdit son importance.
À la libération, le général de Gaulle affronta Georges Bidault, ministre des Affaires étrangères, pour obtenir l’annexion du Chaberton. Il obtint gain de cause et la frontière fut déplacée pour englober le sommet de la montagne.
À l’époque, l’idée de protéger une ville de la menace de l’artillerie d’une puissance étrangère relevait du simple bon sens. Après tout, l’idée du contrat social consiste basiquement à échanger une part de notre liberté individuelle contre la sécurité. Le Chaberton mettait cette sécurité en danger.
Nous étions en 1946 ! Depuis, quelques ingénieurs se sont penchés sur l’artillerie. Ces bonnes fées lui ont apporté allonge et précision. Les canons du Chaberton portaient à 16/18Km, un 155mm moderne entre 35 et 45km. Avec ces munitions particulièrement optimisées, les ingénieurs rêvent de 80km. Redoutable !
Comparons avec la manière dont Michel Verne (le fils de Jules) nous parlait de la guerre du futur :
La guerre est-elle possible avec les inventions modernes, ces obus asphyxiants qu’on envoie à des distances de cent kilomètres, ces étincelles électriques, longues de vingt lieues, qui peuvent anéantir d’un seul coup tout un corps d’armée, ces projectiles que l’on charge avec les microbes de la peste, du choléra, de la fièvre jaune, et qui détruiraient toute une nation en quelques heures ? »
Michel Verne (1889) La Journée d’un journaliste américain en 2889
Il pensait que la réalisation de telles innovation exigerait mille ans. Le progrès a rattrapé, dépassé l’imagination. Ces portées sont devenues réalistes en moins d’un siècle, laissez les canons électromagnétiques grandir un peu et nous y serons.
Seulement, l’artillerie n’est pas tout. Le grand balisticien, Gerald Bull fut rattrapé par un sérieux concurrent : Verner Von Braun, le père du missile moderne. Il est, je vous l’accorde, des paternités plus glorieuses, mais celle-ci correspond bien à un SS parti ensuite travailler pour les États-Unis. Encore que, si les USA se distinguent, ils ne sont pas les seuls. Merci Nikita, (Kroutchev pour les non-intimes) d’avoir tant cru aux missiles. Aujourd’hui ces armes portent à mille kilomètres et frappent avec une précision acceptable. Une batterie de lance-missiles vaut un Chaberton et, si vous la basez sur des camions ou des engins mécanisés, vous la positionnez où vous voulez[i].
Le missile peut détruire des cibles de précisions : un centre de commandement, un dépôt. Des cibles type usine, centrales électriques, raffineries ou aéroport, résistent un peu mieux en raison de leur grande taille. Enfin, si vous n’embarquez pas une arme atomique à bord. Michel Verne a définitivement manqué d’ambition.
Une lacune sans importance si elle était demeurée dans le pur domaine littéraire. Le monde étant ce qu’il est nous sommes depuis longtemps entrés dans le concret.
Revenons aux questions conceptuelles constituée par le cas du Chaberton : La protection du territoire et des populations contre les agressions. L’exemple westphalien et la définition de la souveraineté par sa capacité à défendre les frontières. Or, celles-ci sont par nature vulnérables. Abandonnons Michel Verne pour un autre homme de lettres davantage connu pour son redoutable matérialisme :
Si les frontières doivent être fixées suivant les intérêts militaires, il n’y aura pas de fin aux revendications territoriales, parce que toute ligne militaire est nécessairement défectueuse, et peut être améliorée en annexant un peu de territoire ; et, de plus, cette ligne ne peut jamais être fixée d’une manière définitive et équitable, parce qu’elle est toujours imposée au vaincu par le vainqueur, et, en conséquence, porte déjà en elle le germe de guerres nouvelles. Telle est la leçon de toute l’histoire. »
Karl Marx (1871) La Guerre civile en France
On ne saurait mieux dire et cette logique causera encore bien des conflits, des larmes et du sang. Le travail des militaires consiste effectivement à prendre les mesures pour augmenter la sécurité de leur état, fut-ce au détriment du voisin, nous y reviendrons. À une époque où le moindre parking peut se muer en une base de lancement de missiles à portée quasi stratégique, bonne chance pour fixer des frontières satisfaisantes. Même la puissante Amérique, bordée par deux océans, ne peut plus être sûre de son espace aérien. Après avoir constitué des ceintures de radars, dépensé des milliards et encore des milliards pour se mettre à l’abri des bombardiers, elle a commencé à investir dans des défenses antimissiles. Le contribuable perd le compte des sommes pharaoniques investies dans ces lignes Maginot du XXIè siècle.
Pour quels résultats ? Les conflits, comme la guerre des douze jours entre Israël et l’Iran ou les opérations russes contre le gouvernement Kiévien, servent de preuves qu’en l’état de la technologie, les missiles passent. Même la puissante défense AA russe semble échouer à établir une bulle étanche au-dessus de sa patrie.
Les drones de types Shaed, les Gueran russes multiplient les vecteurs offensifs et, s’il reste difficile de mettre un pays à terre, il est possible de lui infliger de lourdes pertes. Du point de vue militaire, la situation est encore aggravée par les réseaux informatiques qui permettent de déposer des virus. Une telle opération aurait été tentée contre Natanz pour activer les centrifugeuses au-delà de leurs tolérances et provoquer des dommages définitifs. Il s’agissait là d’une opération quasi militaire, mais, à une époque où la maintenance, et demain la direction de production, sont faites à distance, il devient envisageable de mutiler l’industrie d’un état.
De même, les flux aériens déposent des millions de passagers quotidiens au cœur des états. Cette mondialisation des flux constitue un cauchemar pour tout service de contre-espionnage. L’intensité des échanges reste toutefois soumise à la volonté des états de laisser les frontières ouvertes. Les armes aériennes dépendent-elles de la décision de l’assaillant.
Celles-ci nous ramènent à la délicate question de la frontière telle que définie dans les traités de Westphalie. Chaque état est libre et indépendant et aucun état ne doit intervenir dans les affaires intérieures des autres états. Après la guerre de Trente Ans où la Suède et la France étaient massivement intervenues dans les affaires du Saint Empire romain germanique, mieux valait l’écrire.
Un siècle plus tard, un certain Emer de VATTEL mit les principes de ces accords en mots. Citoyen Suisse au service de l’Électeur de Saxe, il écrivit Le Droit des gens ou Principes de la loi naturelle appliqués à la conduite et aux affaires des Nations et des Souverains [Neuchâtel], 1758. Certains principes ont besoin d’être répétés et l’originalité de son travail fut de théoriser le principe de non-ingérence dans la langue commune.
L’une de ses analyses considère que la souveraineté implique le devoir de défense : l’État incapable de se défendre perd sa qualité d’État souverain. En son temps, les forteresses et la population constituaient des garanties solides. La guerre en dentelles faite de longues opérations de sièges et de progressions négligeables au plan stratégique convenait parfaitement à l’idéal Vattelien. La révolution avec ses peuples en armes, puis l’Empire avec ses batailles décisives qui laissaient l’état adverse sans défense porteraient un coup violent aux théories de l’auteur.
Comment dès lors justifier l’autorité sur une population que l’on ne peut défendre ? Le bon vieux vae Victis revient à la mode ou, la théorie Hobbsienne selon laquelle, la souveraineté s’éteint quand la capacité de protection disparaît.
Les progrès de la défense aboutiraient à la lente progression de la Première Guerre mondiale. Une situation adaptée à la théorie Vattelienne. La défaite de l’Allemagne exigea de démanteler son armée. Même ainsi, son territoire demeura inviolé.
Seulement, elle laisserait un ver dans le fruit : L’invention de l’aviation. Bien sûr, l’échec relatif des bombardements stratégiques au cours de la seconde guerre mondiale ont ridiculisé les théories de Douhet sur la destruction des villes et centres de fabrication d’armement comme moyen de gagner la guerre. En ce temps, la chasse, la DCA, permettait la constitution d’un bouclier solide et la théorie Vattelienne survivait.
Elle gagnait plutôt un ultime répit, comme nous l’avons vu, Verner Von Braun inventait le missile qui réduisait l’efficacité des défenses. Huit décennies de progrès augmenteraient la précision, la portée et la létalité de ces armes. Dès lors, quels états peuvent encore se défendre ? Peu, la guerre en Libye l’a prouvé : Des dizaines de missiles, une poignée d’escadrilles et un pouvoir présumé solide fut anéanti par les forces du chaos nichées en son sein. La nation souveraine de Vattel mourut avec le colonel Kadahfi.
Sauf à disposer des glacis suffisants pour se prémunir contre une attaque brusquée ! Bordés par deux océans, les États-Unis peuvent y prétendre. Sous réserve d’éviter tout plaisantin désireux de placer ses missiles dans un pays voisin. Qui a parlé du précédent de Cuba ?
La suprématie technologique US lui garantit que les états du continent américain seront incapables de se doter de vecteurs en quantité et qualité suffisante pour les menacer. Il leur reste à éviter toute bonne âme venue fournir de telles armes. Ils y veillent avec la doctrine Monroe ou Dunroe aujourd’hui. L’Amérique prend toujours Vattel au sérieux et assure sa défense, d’où les sommes folles englouties dans les diverses moutures de bouclier antimissiles (Il reste à vaincre l’ennemi intérieur : la corruption.)
La Chine est dans une situation relativement similaire. Vietnam, Laos, Thaïlande ne sont pas des pairs stratégiques. Face à l’Inde, l’immensité de l’Himalaya forme une protection solide. Reste le pacifique. La mer de Chine constitue un glacis insuffisant, mais acceptable pour gérer les urgences. Quant à voir une flotte intervenir à travers le pacifique ? Les nouveaux missiles hypersoniques sont là pour rendre un tel scénario impossible. Seuls les sous-marins constituent une menace de part et d’autre et, dans ce domaine, la défense de Taiwan par les USA joue un rôle prépondérant. Peu importe le droit international (Taiwan est une province chinoise en droit international.), il faut maintenir le verrou posé sur la première chaîne d’îles pour empêcher les navires chinois de se répandre dans le pacifique.
Le seul axe critique vient de la frontière nord avec la Russie. Les bonnes relations nées d’une menace commune US et d’une certaine complémentarité économique assurent non pas une défense absolue, mais une vulnérabilité acceptée, car tolérable.
Une vulnérabilité asymétrique, car pour les Russes, la masse sibérienne offre un délai d’alerte suffisant. Pour eux, la menace critique se trouve sur d’autres axes. Leurs principaux centres de population se situent en Russie d’Europe. Les frontières essentielles sont donc sur la Baltique et la mer noire.
L’examen d’une carte permet de classifier les menaces. Le premier est Leningrad. Il est probable que la situation a été résolue par une densité de défense antiaérienne suffisante pour protéger un secteur relativement restreint (à l’échelle de la Défense AA russe) La Turquie menaçait à travers le Caucase et la mer noire, mais ces angles de menace offrent justement un délai pour faire décoller des chasseurs.
Au centre, route traditionnelle des invasions, la situation préoccupe sûrement davantage les russes. Au nord, la Biélorussie, Kaliningrad offre une sonnette que l’on peut considérer comme suffisante pour protéger leur territoire. Reste l’Ukraine. Bien consciente de sa situation, la république d’Ukraine se proclama neutre au moment de son indépendance en 1991. Dans ces conditions, la Russie garantissait les frontières ukrainiennes. Comme le disait Scott Ritter : à quoi sert l’Ukraine ? À rajouter mille kilomètres aux Russes. La réciproque était vraie et ce coussin neutre arrangeait tout le monde tant qu’il n’était pas nécessaire de braquer un revolver sur la tempe des Russes.
Les théoriciens du grand échiquier jugèrent cette menace souhaitable. Ils ont donc favorisé en Ukraine l’apparition d’un pouvoir anti-russe, désireux d’accueillir des armes occidentales (L’Europe aurait fourni les valises de billets, pardon fonds européens, comme lors de l’expansion de l’OTAN à l’Est.). Le projet Trump de baser 1000 missiles de croisière en Ukraine, même s’il a fait long feu constituait justement la menace destinée à empêcher la Russie de se défendre. À l’époque, une telle salve était estimée capable de réduire à néant l’économie ou la défense russe. Même si sa capacité peut être surévaluée (comme beaucoup d’armes occidentales) le Kremlin n’aurait pu ignorer une telle menace. Eux aussi savaient que la souveraineté disparaît lorsque la capacité de protection disparaît et l’exemple libyen le démontre : dans un pays sous le feu, n’importe quel groupe armé peut solliciter la protection du détenteur de la capacité de menace et remplacer l’état. (Qui se rappelle des commentaires de nos médias durant l’épopée Prigojine ? Faut-il une meilleure illustration ? Imaginez-la avec un appui feu occidental.)
Ainsi mis sous pression, il aurait dû multiplier les concessions, pour, comme tout pays de l’empire US, aliéner sa souveraineté. Les Russes ont lu Vattel ou ses équivalents et comprennent en tant que peuple que le but de l’État est la satisfaction des besoins de tous, le salut, le bonheur et le bien commun de tous les citoyens. “L’horrible” régime Poutinien, malgré ses limites et la corruption héritée du passé, semble davantage s’en préoccuper que de verser des dividendes aux groupes occidentaux. Le peuple russe a donc soutenu les opérations destinées à retirer la menace d’une attaque aérienne soudaine.
L’opération militaire spéciale avait pour principal but d’éviter de laisser le territoire Kiévien se transformer en un gigantesque Chaberton braqué sur la Russie. Ce que le peuple français ne pouvait accepter, la population russe n’allait pas davantage le tolérer.
Certes, les peuples occidentaux ne le voient pas ainsi. La sphère défensive US a été naturalisée. Quatre-vingts ans de discours et de propagande en ont fait un attribut vécu comme légitime par nos peuples. On ne se demande même plus ce que les Chiliens de 1973 avaient pu en penser. Par opposition, la chute du communisme fut vécue comme un abandon du pacte de Varsovie et toute revendication de sécurité russe ne peut plus être perçue avec le recul analytique nécessaire. Nos pays ont, en ce sens, perdu la capacité à s’adapter aux évolutions du monde au moment où la Russie retrouvait la capacité de faire valoir ses arguments.
Cette redéfinition stratégique pose désormais la question du prochain droit international. Un monde où chaque état posséderait ses arsenaux de missiles, massifs, puissants et capables de mettre les voisins à terre semble la garantie d’une empoignade généralisée. Comme en 1914, chacun se sentira obligé de tirer le premier pour éviter de subir le tir de l’autre.
Peut-on dès lors sauver l’ordre westphalien en sécurisant les populations contre le chantage d’autres puissances ? Constatons-le, les missiles créent un nouvel ordre, analogue au nucléaire. Dès lors, il existe trois solutions, la première est d’ordre juridique, la seconde consiste à reconnaître l’existence d’états possédant les capacités séparées par de vastes zones neutres, la dernière sera l’usage de la loi du plus fort.
Le citoyen occidental considère la réponse comme évidente et il s’en remet au droit international fondé sur des règles. Cruelle illusion basée sur la négation de l’invasion de l’Irak justifiée par des mensonges, les bombardements de la Serbie pour la contraindre à plier. Tout cela sans la moindre lettre de créance Internationale. Seul compta le droit américain, mal habillé de mission OTAN. Le droit international actuel n’agonise plus. La dernière facétie américaine, qui prétend juger un chef d’État en exercice selon le droit interne US[ii], a planté l’ultime clou dans le cercueil de ce modèle. Si une nouvelle norme juridique doit être forgée, elle devra l’être en accord avec toutes les puissances. Cela supposerait que des diplomates occidentaux deviennent soudain capables d’écouter le reste du monde. Comment dire ? La découverte d’un moyen de violer les limites de la physique einsteinienne semble plus probable.
Cet obstacle nous conduit à un monde où des garanties physiques compléteront les chiffons de papier dont l’hyperpuissance américaine a fait des cocottes depuis 1991. Cela suppose deux catégories d’états : ceux possédant l’arsenal de missiles, capables de frapper et d’autres relégués au statut de zone neutre. Privés de capacités offensives, ils ouvriraient leur ciel aux radars d’alerte des deux voisins qui s’engageraient à ne pas intervenir dans les affaires internes. La mesure de représailles en cas de tentative serait l’ouverture des frontières à l’autre camp. Un mécanisme complexe, mais qui préserverait des délais d’alertes raisonnables.
Reste la loi du plus fort. En réalité, la solution actuelle dans un monde où la principale puissance refuse de se soumettre à toute loi. L’exemple ukrainien démontre les conséquences d’une telle situation. En décembre 2021, les Russes transmettent d’ultimes propositions. En février 2022, la concentration de l’armée kiévienne dans le Donbass crée une menace sur les républiques. À la demande russe de faire jouer les garanties prévues par les accords de Minsk, la France macronienne répond un méprisant : “On s’en fout des propositions des séparatistes[iii].”
Dommage, c’était le sens des accords de Minsk. En l’absence de paroles diplomatiques, la Russie assumera ses obligations envers les populations qui ont cru en sa garantie.
Sauf à parvenir à ouvrir un véritable espace de dialogue, les chabertons de demain dissoudront toutes les frontières. Sauf à découvrir un antimissile peu coûteux et performant, les missiles continueront à progresser et les armes offensives seront toujours plus dangereuses.
N.B. Et la France dans tout cela ? Hélas, la France n’a plus besoin de protéger ses frontières, elle laisse des représentants de puissances étrangères pénétrer ses cercles dirigeants. Si jamais, elle redevenait indépendante, la faiblesse de ses moyens de défense stratégique constituerait un problème grave.
Jules Seyes
[i] Peu de systèmes terrestres existent dans les arsenaux occidentaux, mais la plupart des missiles sont adaptés pour des plates-formes navales. Les exigences de l’environnement maritime étant supérieures, une adaptation devrait être possible sans grande peine.
[ii] Devant un tribunal de New York, Maduro plaide non coupable, dit être un “prisonnier de guerre” – France 24
[iii] “On s’en fout des propositions des séparatistes !” : quand Emmanuel Macron téléphonait à Vladimir Poutine pour éviter la guerre en Ukraine
La phrase d’E.Macron qui renie la garantie apportée par la France. Dans un monde où la justice existerait le président français finirait devant les tribunaux pour crime contre la paix. En attendant, la parole de la France est celle des Francais. E.Macron a fait de moi un menteur sans me consulter ! Qu’il n’attende AUCUN pardon.



