Réflexions sur le Brexit

Ces très brèves réflexions sur le Brexit ont pour objet d’illustrer rapidement la situation déraisonnable que les élites politiques et médiatiques tentent de maintenir par une morgue, une pression et une dramatisation hors de propos, lesquelles sont un révélateur très visible de leur affolement et de leur autisme comme en 2005, lors du refus français et néerlandais du traité dit constitutionnel.

Photo : UPR

– Dire « Europe » pour « Union européenne » et inversement, comme ressassée ad nauseam actuellement, représente une aberration pour l’esprit, laquelle ne s’explique que par l’idéologie, tout simplement parce qu’il ne s’agit pas de la même chose. L’une est une entité historique, géographique, politique inscrit dans le temps long de l’histoire, l’histoire civilisationelle, l’autre est une organisation internationale à vocation supranationale dont l’objectif premier est la création d’un système économique intégré. La Grande-Bretagne est l’une des plus anciennes nations d’Europe dont l’histoire est multiséculaire et ne peut se comparer au système administratif bruxellois.
– C’est justement parce que le Royaume-Uni veut rester l’un des pays les plus riches du monde qu’il quitte une structure dont la croissance économique est atone depuis au moins une quinzaine d’années. Sans être dans l’euro, la Grande-Bretagne possédait des taux de chômage, de croissance et d’endettement légèrement plus favorables que le reste des pays membres. Depuis la crise économique de 2008, et la financiarisation de son économie, Londres n’avait plus comme choix pour le maintien de son niveau économique, que sa transformation en une place financière mondiale libérée du carcan administratif et des politiques économique, monétaire et budgétaire de l’union européenne.
– Au niveau politique, la Grande-Bretagne s’est toujours souciée de conserver les marges de manœuvre que lui procure une souveraineté intacte. C’est pourquoi elle a renégocié le traité de Maastricht et n’est pas rentrée dans l’euro. Le pouvoir de l’union européenne s’arrête là où commence la souveraineté des États, et si la Grande-Bretagne veut rester dans n’importe quelle structure internationale, personne ne peut l’en empêcher. La Grande-Bretagne n’a, par exemple, aucune volonté de quitter l’Otan dont elle est un pilier historique, et même si l’UE a voulu se soumettre à cette structure menée par les Etats-Unis (EU), elle ne peut, comme on l’a entendu empêcher la Grande-Bretagne d’y rester. Ce qui vaut pour la Grande-Bretagne vaut pour n’importe quel État : les traités sont signés par les États et ne valent que ce que veulent bien leur concéder les États qui restent les acteurs centraux et principaux de la géopolitique et des relations internationales.
– Les supra nationalistes sont désemparés car ils ont naturellement peu de prise sur les réalités internes des États et notamment les populations, lesquelles constatent l’absence de solution proposée par l’union européenne aux innombrables et graves défis auxquels elles sont confrontées ; c’est justement la déconnection entre les élites favorables à l’intégration et les populations qui est à l’origine du rejet, non de l’orientation actuelle de l’union européenne, comme certains tentent de le faire croire pour faire passer l’idée d’une réforme seule, mais de l’union européenne elle-même, en soi.
Plusieurs scenarii peuvent se présenter tout en faisant attention à la valeur relative d’une prospective à chaud :
– les dominos, c’est à dire que le choix de la liberté pris par Londres tente d’autres pays dont la décision serait maintenant plus facile avec le tabou du départ tombé ; c’est l’unique raison du rouleau compresseur médiatique sur le thème de la catastrophe que représenterait le Brexit pour la Grande-Bretagne : dissuader grossièrement tout nouveau candidat au retour à la souveraineté nationale.
– le choix unilatéral par l’Allemagne d’un réaménagement général d’ordre économique de l’organisation de l’UE maintenant que le marché de l’un des quatre grands (France, Allemagne, Italie, Grande-Bretagne) n’est plus dans le système d’intégration, décision que le gouvernement français est dans l’incapacité d’effectuer au regard des démonstrations de faiblesse qu’elle ne cesse de faire depuis sa normalisation sous l’aile de Berlin ;
– une reprise en main de la technocratie communautaire pour accélérer l’intégration notamment dans le domaine politique pour s’approcher d’un système fédéral mais hyper-centralisé ; dans ce cas il faudrait que les institutions européennes et les gouvernements concernés soient capables de braver l’opinion majoritairement défavorable de leur population.
Il faut rappeler cependant que l’état de l’union européenne est depuis quelques années assez lamentable: le traité de Schengen est pratiquement mort et enterré ; les élections européennes depuis au moins les quatre derniers scrutins donnent une majorité croissante à l’abstention ; et si les deux partis majoritaires au Parlement européen sont conjointement pour l’intégration (centre-gauche et centre droit), c’est parce qu’ils sont représentés dans tous les pays de l’UE mais en réalité, le plus souvent ils n’arrivent pas en tête des élections dans les circonscriptions nationales ; le taux de croissance est tellement faible qu’il a fallu attendre plusieurs années pour rattraper la perte du PIB d’avant 2008 ; le taux de chômage des jeunes ainsi que le taux d’endettement et de déficits publics se maintiennent à des niveaux records ; le niveau d’engagement de l’UE pour les investissements de la recherche et de l’innovation sont ridiculement bas et obère la capacité des Etats membres à maintenir leur productivité ; toutes les décisions politiques (diplomatie, Armée) se traduisent par un plus petit dénominateur commun qui conduit à l’inexistence internationale, etc.
C. Réveillard

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