“L’Ukraine, telle qu’elle est aujourd’hui, va disparaître” – Entretien avec Alexandre Zakhartchenko

Répondant à l’invitation du gouvernement de la République de Donetsk, Nicolas Mirkovitch, Philippe Migault et Xavier Moreau se sont rendus sur place du 5 au 12 mai 2016. Philippe Migault fondateur du CEAS a pu y interviewer le Président Alexandre Zakhartchenko.

Photo : Les Moutons Enragés

En dépit de la trêve conclue pour Pâques le cessez-le- feu a été violé chaque jour.
Croyez-vous encore à l’application des accords de Minsk-2 ?

Oui, les accords restent aujourd’hui la seule option pour une solution pacifique du conflit. Malheureusement le camp ukrainien ignore complètement sa part dans ces
accords. A ce jour Kiev n’en a pas encore appliqué le moindre paragraphe. Ce délai dans le processus de négociations occasionne de lourds dommages à la réputation des garants des accords de Minsk, la France et l’Allemagne.
Evidemment Porochenko reçoit des ordres de Washington et un règlement pacifique du conflit ne serait pas à l’avantage des Etats-Unis. Peut-être Hollande et Merkel trouveront-ils assez de volonté politique et forceront-ils l’Ukraine à évoluer d’un accord de Minsk virtuel à un accord réel. Si cela n’arrive pas le destin du Donbass sera décidé ici et par nous, sans la participation de Kiev, Paris, Berlin et Washington. Quoi qu’il en soit l’Ukraine a déjà perdu. Et les autorités ukrainiennes –oligarques et radicaux- sont parfaitement conscient de cela. Aujourd’hui Kiev peut choisir entre un mauvais scenario et un scenario pire encore. Il est difficile de deviner ce que ces gens, qui ont obtenu le pouvoir via un coup d’état à Kiev choisiront. Cela dépend de beaucoup de choses, dont la pression des leaders Européens.

Peut-être Hollande et Merkel trouveront-ils assez de volonté politique et forceront-ils l’Ukraine à évoluer d’un accord de Minsk virtuel à un accord réel. Si cela n’arrive pas le destin du Donbass sera décidé ici et par nous.

Comment les négociations au sein du groupe de Misnk progressent-elles ? Quels sont les points d’achoppement et quels sont les résultats tangibles, selon vous, qui peuvent être atteints à moyen terme, d’ici la fin de l’année ?

Il y a des pierres d’achoppement dans Presque chaque paragraphe du paquet de mesures. Le premier d’entre eux concerne les points d’accord politiques : la réforme constitutionnelle, l’amnistie, le statut spécial du Donbass, les élections. La partie ukrainienne retarde délibérément le solutionnement de tous ces points clés, modifiant l’accord en sa faveur, évoquant de nouveaux points qui ne sont pas concernés par l’accord de Misnk-2, comme une mission de police, afin de détourner le débat. Cependant, il n’y a pas d’ambigüités dans les accords de Minsk. Il y a une feuille de route claire, qui doit être seulement et strictement appliquée dans l’ordre suivant lequel elle est écrite dans le document. Kiev essaie de se dérober, mais tôt ou tard, Minsk-2 devra être mis en œuvre.
En ce qui concerne les prédictions que nous pouvons faire sur de possibles résultats, la situation n’est pas très prometteuse. En premier lieu pour l’Ukraine elle-même. Pendant que Kiev tente d’imiter un processus de négociation et retarde la mise en œuvre des accords, nous construisons un Etat, nous restaurons l’économie et l’industrie, nous renforçons nos forces armées. J’affirme qu’en fait l’Ukraine a déjà été défaite. Ils ne peuvent pas nous vaincre sur le champ de bataille, ne peuvent pas nous intimider par des bombardements d’artillerie sur des villes pacifiques, ne peuvent pas nous étrangler par un blocus économique. Ils sont également incapables de remporter un succès sur le champ de bataille diplomatique. En dépit des nouveaux développements de situation, l’Ukraine, telle qu’elle existe aujourd’hui, va disparaître. L’option la moins douloureuse pour les Ukrainiens est un changement d’autorités et de l’appareil d’Etat, une fédéralisation, l’élimination de l’idéologie néo-nazie. Dans ce cas l’Etat ukrainien conservera quelques chances. Autrement, l’Etat ukrainien disparaîtra complètement de la carte politique mondiale.

En dépit des nouveaux développements de situation, l’Ukraine, telle qu’elle existe aujourd’hui, va disparaître. L’option la moins douloureuse pour les Ukrainiens est un changement d’autorités et de l’appareil d’Etat, une fédéralisation, l’élimination de l’idéologie néo-nazie. Dans ce cas l’Etat ukrainien conservera quelques chances.
Autrement, l’Etat ukrainien disparaîtra complètement de la carte politique mondiale.

Pensez-vous envisageable une possible réinsertion des républiques de Donetsk et Lougansk au sein de l’Ukraine dans le cas où un statut de vaste autonomie serait accordé ?

Cela n’arrivera jamais et cette option n’est pas considérée, même théoriquement. Ce serait une trahison de tous ceux qui ont sacrifié leur vie pour la liberté de la République populaire de Donetsk. Il est inconcevable d’imaginer le Général de Gaulle signer un accord d’intégration au troisième Reich. De jure, la mise en place des accords de Minsk ressemble exactement à un retour au sein de l’Ukraine. Mais de facto ce ne sera pas cette Ukraine que nous voyons aujourd’hui. Une Ukraine sans néo-nazisme, sans le pouvoir des oligarques, une Ukraine organisée selon des principes fédéraux ou même confédéraux, un pays où tous les criminels de guerre seront condamnés, en commençant par ceux qui ont donné les ordres de bombarder des villes pacifiques et en terminant par les journalistes et les politiciens qui ont propagés la haine contre les habitants du Donbass : C’est seulement quand ces exigences seront satisfaites (ce qui arrivera inévitablement après la mise en place totale des accords de Minsk-2 tels qu’ils sont formulés) que nous pourrons commencer à discuter plus avant d’une coexistence avec l’Ukraine. Et si les autorités de Kiev ne veulent pas conduire avec nous un dialogue entre partenaires égaux, ils devront négocier avec nous comme le camp vaincu avec ses vainqueurs. Alors il n’y aura pas de compromis.

Si les autorités de Kiev ne veulent pas conduire avec nous un dialogue entre partenaires égaux, ils devront négocier avec nous comme le camp vaincu avec ses vainqueurs. Alors il n’y aura pas de compromis.

Dans l’hypothèse d’une réintégration, êtes-vous certains que Kiev n’essaiera pas de nouveau de résoudre le problème du Donbass par les armes ? Que deviendront vos forces armées en cas de réintégration au sein de l’Ukraine ? Est-il envisageable que l’armée et la police ukrainiennes retrouvent un jour leurs garnisons dans votre région ?

Nous voyons que l’Ukraine ne tient pas ses promesses. Bien sûr nous ne faisons pas confiance à Kiev et aux nazis. De plus je suis certain que si l’armée et la police ukrainiennes revenaient ici ils tenteraient sûrement de mener une chasse aux sorcières parmi nos citoyens. Les medias ukrainiens montrent que les autorités de
Kiev ont commencé il y a longtemps à discuter sérieusement de l’établissement de camps de concentration pour les résidents du Donbass. Les plus ardents néo-nazis n’excluent pas d’établir des camps de la mort avec des chambres à gaz, des meurtres de masse et autres héritages d’Hitler et Himmler. Nous ne laisserons pas
s’installer un nouvel Auschwitz dans le Donbass.
Selon les accords de Minsk, la police de la République opérera légalement sur le territoire de la République populaire de Donetsk. Le fait que notre armée sera renommée « Police du peuple » n’en changera pas l’essence. Mais d’autres citoyens armés, provenant d’autres Etats, ne rentreront pas dans la République populaire de Donetsk. Cela concerne autant les forces armées ukrainiennes que les missions armées de l’OSCE ou toutes autres organisations.

Les plus ardents néo-nazis n’excluent pas d’établir des camps de la mort avec des chambres à gaz, des meurtres de masse et autres héritages d’Hitler et Himmler. Nous ne laisserons pas s’installer un nouvel Auschwitz dans le Donbass.

On constate régulièrement une collaboration de plus en plus étroite entre les entités les Républiques populaires de Donetsk et de Lougansk. Y a-t- il de vrais projets d’unification ?

De tels projets existent sous différentes formes depuis déjà deux ans. Mais il n’est pas encore question d’unification. Nous approfondissons la coopération à tous les niveaux. Mais dans les circonstances présentes la mise en place d’un si vaste processus politique n’est pas rationnel. Nous devons d’abord finir la guerre, entrer dans l’arène internationale, restaurer l’économie et l’industrie. A ce moment-là il y aura une opportunité de discuter d’un rapprochement politique plus étroit avec la République populaire de Lougansk. Ce sera peut-être une confédération ou bien une fusion entre nos Etats. Quoi qu’il en soit de telles décisions nécessiteront des référendums, qui seront l’expression directe de la volonté des peuples, dans chacun des Etats, et bien entendu des ressources. C’est encore trop tôt pour parler d’unification.

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