Dassault, cette France qui ne veut pas mourir.

Stratpol rend hommage au grand industriel et grand patriote Serge Dassault

 

Raillé, haï, méprisé… Serge Dassault, que l’on a porté en terre hier, aura subi toutes les avanies. Rien ne lui aura été épargné. On moquait son élocution, au mépris du respect dû aux personnages âgées. On mettait en avant le génie de son père, Marcel, pour mieux le faire apparaître médiocre par contraste. On stipendiait l’homme politique, ayant eu le culot, lui le milliardaire, d’avoir délogé le Parti Communiste d’un de ses bastions de la ceinture rouge. On le détestait parce qu’il incarnait sans complexes –et à grands coups de gueule- la droite conservatrice et libérale. Même décédé, les caricatures fleurissent, les éditorialistes persiflent, exprimant une joie mauvaise…

Curieux contraste avec le sort réservé à un autre milliardaire, George Soros, au secours duquel toute la bien-pensance française s’est précipitée parce que notre confrère Valeurs Actuelles l’avait mis à sa Une, en associant les termes de milliardaire et de complot. Edwy Plenel, Raphaël Glucksmann, les chantres habituels du droit de l’hommisme version Saint-Just, avaient alors dénoncé un relent d’antisémitisme de la part de l’hebdomadaire, accusé de relayer les clichés les plus ignobles sur les juifs, forcément riches, forcément complotistes.
Serge Dassault, Serge Bloch de son vrai nom, était lui aussi d’origine juive. Il avait été interné à la sinistre prison de Montluc, puis au camp de Drancy par les nazis, tandis que son père était déporté à Buchenwald. Mais curieusement on n’a pas entendu une seule des grandes voix de gauche, si promptes à évoquer les heures sombres, rappeler à la décence ceux qui ont continué à mettre Serge Dassault au pilori alors qu’il était décédé. Il y a apparemment des juifs et des milliardaires qui méritent d’être défendus et d’autres qu’on peut livrer à la vindicte, même post-mortem.

Mais cela n’a rien de surprenant.

Image : Joel Robine / AFP

« L’intelligentsia » de gauche, en dehors des siens, ne respecte que ceux qui, fussent-ils « de droite », lui ont fait allégeance, ont reconnu ses « valeurs » ou en sont imprégnés : égalitarisme, internationalisme, haine de soi (pour les seuls Occidentaux bien sûr), logiciel économique marxiste. Or Serge Dassault n’était pas de ces élus de droite honteux, de ces imposteurs, de ces opportunistes. Il abhorrait les idées de gauche et le clamait à chaque occasion. C’était de surcroît un patriote, un grand patron, d’une entreprise ayant le goût de la compétition chevillé au corps et cultivant, performances obligent, un élitisme certain. Dassault fait partie de ces quelques fleurons industriels qui, recrutant la crème des ingénieurs et des managers, n’a pas dans son ADN le culte de l’égalité, mais celui de la méritocratie républicaine. Et Serge Dassault ne faisait pas qu’assumer, il exaltait cette recherche de l’excellence. Comme il affichait sans complexes son esprit cocardier.

Et c’est sans doute ce pourquoi Serge Dassault était le plus détesté. Il incarnait exactement l’inverse de Soros. Soros a mis sa fortune au service de toutes les élections truquées, de toutes les révolutions de couleur, soutenant toutes les opérations de Regime Change de la Maison Blanche, foulant au pied la démocratie. Il est interdit de le critiquer sous peine de passer pour un lecteur des Protocoles des Sages de Sion. Serge Dassault a commis l’erreur de jouer de sa fortune pour conquérir un petit fief local, qui a d’ailleurs grandement bénéficié de ses largesses. On l’a traité de tous les noms.
Le premier était un homme lige de l’Empire, un homme des basses œuvres, finançant la destruction des nations. Mais il était dans le bon camp, celui de l’internationale libérale-libertaire chère aux enfants de mai 68.
Le second incarnait tout ce que ces derniers vomissent. Par ses positions volontiers gaulliennes, par le groupe qui portait son nom, il incarnait cette persistance des vieux Etats-nation. Il incarnait cette France, cette excellence française, qui ne veut pas mourir. Cette France qui, tout en vendant ses avions d’affaire comme des petits pains aux Etats-Unis, ne plie pas le genou devant Washington et soutient ses intérêts face à Boeing et à Lockheed-Martin. Cette France qui non seulement continue à poursuivre un idéal de grandeur, mais ne bat pas sa coulpe, s’estime en mesure de poursuivre seule des objectifs élevés et ne doute pas d’elle. Cette France qui, tournant le dos à l’Europe lorsqu’elle estime que ses intérêts le justifient, démontre non seulement qu’elle est capable de rester, seule, au plus haut niveau, mais aussi qu’elle fait mieux, seule, que les Européens ensemble.


Image : Gonzalo Fuentes / Reuters

La France et Dassault ont été vilipendés quand ils ont annoncé en 1985 qu’ils quittaient le projet d’avion de combat européen ACX, envisagé avec le Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne pour développer seuls leur propre appareil. Que n’a-t-on pas entendu alors ! Avec une morgue digne d’un Günther Oettinger , nos ex-partenaires nous tournent le dos, prédisant l’échec du programme français et la chute de la maison Dassault. Evidemment les médias français, hérauts de la construction européenne et quasi-unanimement hostiles au groupe pour des motifs à la fois idéologiques et corporatistes, prophétisent eux aussi une catastrophe. Victime de son chauvinisme étroit, ne pensant qu’à ses petits intérêts égoïstes, Dassault Aviation va s’écrouler tandis que la France, par la force des choses, sera contrainte de réintégrer toute honte bue le projet européen. En 1991, Alexandra Schwartzbrod, « spécialiste » des questions de défense des Echos, publie « Dassault, le dernier round », pamphlet grinçant prophétisant la fin de l’entreprise. Des années durant, à chaque échec du Rafale à l’export, la même chanson reviendra, inlassablement : Avion trop cher, groupe trop arrogant, France ridicule…

Le Rafale a fait son premier vol en 1986. L’Eurofighter huit ans plus tard.
Depuis 2007 le Rafale a réalisé des centaines de missions de combat, des centaines de frappes. Il est l’avion de combat européen le plus éprouvé au feu. L’Eurofighter a effectué, en tout et pour tout, une frappe air-sol dans toute sa carrière, avec l’assistance d’appareils plus anciens.
Le Rafale est un véritable avion de combats multirôles. L’Eurofighter n’est qu’un avion de supériorité aérienne.
Le Rafale est équipé d’un radar AESA depuis 2012. L’Eurofighter en est toujours démuni et ne devrait pas en être doté avant, au mieux, 2019 .
Le Rafale, enfin, a le vent en poupe à l’export après des années de vaches maigres.
Qui avait raison ? Qui est aujourd’hui le meilleur avionneur de l’Europe des 27 sur le segment des avions de combat ? Dassault Aviation.
Quel est le seul groupe à avoir prouvé sa capacité à conduire un programme européen de drone de combat ? Dassault Aviation.
Quelle est la seule entreprise en mesure de concurrencer les Américains sur le segment de l’aviation d’affaires haut de gamme ? Dassault Aviation.
Qui vend ses logiciels de conception assistée CATIA dans le monde entier ? Dassault Systems.
Et nul ne peut affirmer que Serge Dassault, dans l’ombre de son père d’abord, aux commandes de la holding familiale ensuite, n’y a pas largement, très largement contribué.
Tout le reste n’est que littérature.

 

Philippe Migault

Une pensée sur “Dassault, cette France qui ne veut pas mourir.

  • 4 juin 2018 à 13:14
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    Tout y dit dit. Bravo à l’auteur de ce texte.

    Bravo surtout à Dassault.

    Heureusement qu’il reste des sites qui, comme celui-ci, contrebalance la doxa bien-pensante

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