Guerre de Bosnie, l’ICSR est formel : il n’y a pas eu de génocide à Srebrenica

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Un rapport de 1105 pages réalisé par la Commission internationale indépendante d’enquête sur les souffrances de tous les peuples de la région de Srebrenica entre 1992 et 1995 (ICSR) est formel : il n’y a pas eu de génocide commis par les Serbes contre les Musulmans[1] à Srebrenica lors de la guerre de 1992-1995. Ce rapport qui fait l’effet d’une bombe n’a quasiment pas été relayé par la presse occidentale qui préfère mettre sous le boisseau un rapport extrêmement détaillé qui contredit le verdict du Tribunal Pénal International pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) et détruit complètement la rhétorique atlantiste incriminant les Serbes pendant la guerre de Bosnie.

 

L’ICSR, une équipe d’experts internationaux

La commission de l’ICSR a été menée par Gideon Greif, historien israélien spécialiste de l’histoire des camps de concentration de la Deuxième Guerre Mondiale, notamment dans les Balkans. Il a été chercheur et professeur entre autres aux universités de Tel Aviv, Vienne, Austin et Miami. Il est un spécialiste mondialement reconnu sur l’histoire de l’holocauste et l’historien principal de l’Institut Shem Olam pour la documentation et la recherche sur l’holocauste en Israël. La commission comporte également Yukie Osa, vice-président de l’Université de Rikkyo à Tokyo, spécialiste de Srebrenica et de l’assistance humanitaire internationale et le professeur Roger W. Byard, médecin légiste, qui tient la chaire de pathologie de l’université d’Adélaïde en Australie. Les autres membres de la commission sont tous d’éminents spécialistes reconnus dans leurs secteurs respectifs comprenant deux Américains, un Italien, un Nigérian, un Autrichien, une Serbe et un Allemand.

 

Une enquête objective réalisée à partir de faits concrets et des témoignages des deux camps

L’enquête très détaillée menée par l’ICSR porta sur la région de Podrinje et des cinq municipalités de la ville de Srebrenica : Srebrenica, Bratunac, Zvornik, Milići et Vlasenica. Le rapport rappelle l’historique des tensions issues de la deuxième guerre mondiale qui n’ont jamais réellement disparu. Malgré le régime autoritaire de Tito, des tensions se sont fait sentir dès les années 1980 et à cette époque déjà des Serbes de la région étaient en danger et certains étaient forcés à fuir.  Cette persécution va être amplifiée au début de la guerre en 1992. La commission rappelle le martyre des Serbes de la région de Srebrenica par les unités musulmanes, sous le commandement de Naser Orić, qui ont tué et expulsé les Serbes de Srebrenica dès le printemps de 1992. Des unités militarisées musulmanes ont mené « une campagne systématique de nettoyage ethnique des villages serbes autour de Srebrenica » nous dit le rapport. De nombreux crimes et atrocités ont été commis contre les Serbes dans de nombreux villages : Fakovići, Bjelovac, Šetići, Loznica, Sikirići, etc. Le rapport rappelle que le jour de Noël (7 janvier 1993 – Noël orthodoxe) entre 3 000 et 4 000 soldats musulmans de l’Armée de Bosnie et Herzégovine (ARBiH) ont mené une campagne massive dans les environs de Bratunac, particulièrement à Kravica.  Durant l’attaque tous les Serbes ont été expulsés, les villages ont été pillés et incendiés et 51 Serbes furent tués et d’autres capturés. Toutes ces incursions criminelles étaient menées depuis la base arrière de l’ARBiH à Srebrenica qui était devenue une zone exclusivement musulmane. Le rapport souligne donc qu’au début de la guerre la région de Srebrenica avait été nettoyée ethniquement par les forces musulmanes et qu’un peu moins de 2000 Serbes avaient été tués et de nombreux étaient portés disparus. 150 villages serbes de la Republika Srpska[2] avaient été détruits.

 

Le rapport précise : « après le massacre systématique et la destruction de la population serbe du Podrinje, l’armée de la République serbe de Bosnie (Vojska Republike Srpske – VRS) a lancé une grande contre-offensive contre les unités musulmanes basées à Srebrenica. » En quelques semaines l’ARBiH enchaîne les défaites et se retranche à Srebrenica et au sud de la ville dans la place-forte de Zepa. Le 16 avril 1993 le Conseil de Sécurité des Nations Unies adopte la résolution 819 qui demande à l’armée de la République serbe de Bosnie de cesser d’attaquer Srebrenica. Deux jours plus tard la VRS, l’ARBiH et l’ONU signent un accord de cessez-le-feu et de démilitarisation de Srebrenica. Mais les forces musulmanes ne vont pas respecter l’accord. Au contraire elles ont gardé des armes et ont profité de ces zones officiellement « désarmées » pour continuer de mener des attaques contre les Serbes notamment avec le 8e Groupe opérationnel qui deviendra en janvier 1995 la 28e division du 2e corps de l’ARBiH sous le commandement de Naser Orić, l’homme qui a mené la purification ethnique contre les Serbes depuis le début de la guerre dans la région de Srebrenica.  D’après les comptes-rendus mêmes de l’ARBiH, plus de 30 missions de reconnaissance et de sabotage ont été menées en territoire serbe à partir de la zone officiellement démilitarisée.

 

C’est pour mettre fin à ces agressions que l’armée de la République serbe de Bosnie a lancé le 6 juillet 1995 à 4h30 du matin l’opération « Krivaja 95». Le rapport de l’ICSR rappelle que les Serbes étaient en infériorité numérique (1 pour 2) mais disposaient d’une supériorité tactique. Le 11 juillet l’ARBiH décide d’abandonner Srebrenica et de fuir vers Tuzla à travers les lignes serbes. Une colonne d’à peu près 12 500 soldats de l’ARBiH sur plusieurs kilomètres quitte Srebrenica tandis que 23 000 civils essentiellement des femmes, des enfants et des personnes âgées se dirigent vers le camp de l’ONU à Potočari. D’après les témoignages la colonne de la 28e division de l’ARBiH était composée essentiellement d’hommes en âge de se battre qui portaient des armes d’infanterie, des armes de chasse et des explosifs. Les civils n’ont pas été attaqués par les Serbes. L’ARBiH a subi de nombreuses pertes d’après les témoignages : entre 500 et 1000 personnes à Ravni Buljim et entre 2 000 à 3 000 personnes à Kamenica. Voyant les échecs et la tension s’accumuler les soldats musulmans se sont même battus entre eux. Le 12 juillet la VRS poursuit ses attaques entre les villages de Mratnici et Konjević Polje. De nombreux soldats de l’ARBiH sont tués et de nouveau des soldats musulmans se battent entre eux suite à la décision de laisser un groupe contre son gré dans la zone de Kamenica. Plus de 1000 membres des forces musulmanes y trouvent la mort d’après les témoins. Le 13 juillet entre 4h et 8h du matin des unités de la 28e Division traversent la route de Nova Kasaba – Konjević Polje où entre 500 et 1000 soldats perdent la vie. L’avant de la colonne devait opérer un demi-tour et retrouver l’arrière mais elle changea d’avis laissant derrière elle une partie de la colonne se faire encercler par les forces de la VRS. Plusieurs soldats de l’ARBiH se rendirent aux Serbes à ce moment-là. De nombreux combats se poursuivent en tête de colonne autour des villages de Liplje, Snagovo et Marčići. Le 15 juillet, la 28e division inflige de lourdes pertes à la VRS et récupère du matériel militaire. Le 16 juillet les forces musulmanes franchissent la dernière ligne serbe et un accord est conclu avec les Serbes pour laisser la colonne rejoindre la zone sous contrôle de l’ARBiH de Nezuk. Plusieurs groupes de soldats de l’ARBiH n’ont pas réussi à rejoindre la colonne et ont été abandonnés en territoire serbe.

 

Une comptabilité mortuaire terrible mais nécessaire pour clarifier les faits

L’enquête estime, sur la base du fichier ICMP, International Commission on Missing Persons  (le même que celui utilisé par l’ICTY) qu’approximativement 7 000 personnes sont mortes ou ont disparu pendant les combats entre le 11 et le 19 juillet 1995. Sur la base de témoignages de survivants et de rapports de la 28e Division de l’ARBiH, la Commission estime qu’entre 4 000 et 5 000 soldats de l’ARBiH sont mortes au combat, se sont entretuées, se sont suicidées ou sont mortes dans des champs de mines pendant cette bataille. La Commission estime également qu’entre 1 500 et 3 000 combattants et réservistes de la 28e Division ont été capturés par les forces serbes et tués.

 

Des manquements graves dans l’enquête du TPIY

La commission de l’ICSR critique vivement la probité de l’enquête du TPIY. Le rapport souligne que l’équipe de l’ICTY n’a pas mené des entretiens détaillés auprès des témoins de la bataille de Srebrenica mais qu’elle s’est appuyée sur les rapports de la police musulmane et de l’AID, les services de renseignements musulmans. La Commission souligne que la liste des morts établie par l’ICTY n’a pas été faite dans les règles de l’art et a été établi 14 ans après les faits ce qui laisse place à beaucoup d’irrégularités. La commission parle de négligence grave de l’ICTY et a par ailleurs relevé l’existence de plusieurs dizaines de personnes inscrites sur la liste des défunts dont il a été prouvé qu’elles étaient bien vivantes après la bataille de Srebrenica ou qu’elles étaient mortes avant même la bataille. Aussi les restes de presque 1000 personnes mentionnées dans la liste des personnes disparues du TPIY n’ont jamais été retrouvées. Le rapport souligne aussi que le TPIY se repose sur des retranscriptions et enregistrements fournis par l’ARBiH deux ans après la demande effectuée par le TPIY. L’équipe du professeur Grief pense que ces deux années représentent un temps anormalement long et qu’il est légitime de postuler que les Musulmans en ont profité pour ne remettre que les informations qui servaient leurs intérêts. L’ICSR relève que le TPIY n’a même pas vérifié l’authenticité des documents remis par le camp musulman alors qu’il s’en est servi pour condamner des personnes qui y étaient incriminées.

La commission souligne également que les juges du TPIY ont été « fortement influencés » par les médias occidentaux. Le camp musulman a été dépeint comme celui qui se défendait alors que le camp serbe était décrit comme celui qui attaquait. L’analyse était manichéenne avec un « méchant agresseur serbe » et une « gentille victime musulmane. » La commission dénonce également les méthodes des juges du TPIY qui ont offert des peines réduites ou l’immunité à des personnes condamnées pour crime de guerre si elles disaient aux juges « ce qu’ils voulaient entendre ». L’ICSR dénonce aussi le « procès politique » dont a été victime Radovan Karadzić, président des Serbes de Bosnie. Elle dit qu’il était « impossible que Karadzić soit jugé autrement que coupable » parce que les éléments de la défense n’étaient pas pris en compte. L’ICSR note que le TPIY a fourni très peu de preuves impliquant Karadzić dans les événements de Srebrenica.

 

La commission a aussi rappelé les éléments historiques indispensables pour comprendre la guerre de Bosnie et la bataille de Srebrenica. La commission a rappelé que Serbes, Musulmans et Croates avaient signé le plan de paix Cutileiro en 1992 et que ce sont les Musulmans [sous influence américaine – note de l’auteur] qui ont retiré leur signature. L’ICSR rappelle que le TPIY n’a pas pris en compte la menace permanente que représentait la 28e division de l’ARBiH et son commandeur Naser Orić pour les Serbes de la région de Srebrenica. L’ICSR a rappelé que les Serbes avaient été victimes de purification ethnique et de crimes de guerre avant la bataille de Srebrenica. La commission souligne que le tribunal n’a pas rappelé que les Serbes avaient déjà été victimes de purification ethnique de la part des forces croates et musulmanes pendant la 2e guerre mondiale (l’ICSR emploie le terme de génocide). L’ICSR souligne également que des Serbes vivant dans 150 localités autour de Srebrenica avaient été victimes de nouveau de purification ethnique de la part de l’ARBiH en 1992, 1993 et même en 1995. Seule l’attaque de représailles de l’armée serbe a été prise en compte à Srebrenica par l’ICTY. La commission rappelle que si les l’ARBiH avait démilitarisé la zone de Srebrenica comme le lui imposait l’ONU, les Serbes n’auraient jamais eu à les attaquer.

 

Il n’y a pas eu de génocide à Srebrenica

Le rapport termine sur l’emploi du mot génocide, utilisé officiellement par le TPIY contre les Serbes, et démontre que ce terme ne s’applique absolument pas à ce qu’il s’est passé lors de la bataille de Srebrenica. Les auteurs du rapport rappellent que pour qu’il y ait génocide il faut qu’il y ait : « une procédure d’extermination intentionnelle ». Un des premiers juristes à avoir traité le sujet de génocide, rappelle l’ICSR, a été Nehemiah Robinson (auteur de The Genocide Convention – 1949) après la deuxième guerre mondiale. Pour Robinson, l’auteur d’un génocide doit avoir l’intention spécifique de détruire un nombre important d’individus faisant partie du groupe cible. La commission est très claire à ce sujet: « le nombre de civils et de soldats tués à Srebrenica ne pouvait avoir d’effet sur la population totale de musulmans de Bosnie-Herzégovine en termes de survie. » Les Serbes ont tué des soldats adverses, ils ont laissé les femmes, les enfants et les personnes incapables de se battre fuir Srebrenica. Les soldats serbes se sont opposés à des soldats qui défendaient un projet politique différent du leur. A aucun moment ont-ils eu l’intention d’exterminer les musulmans ni à Srebrenica ni ailleurs en Bosnie-Herzégovine. L’équipe du professeur Greif souligne que l’article 2 de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide ne s’applique donc pas aux Serbes ayant participé à la bataille de Srebrenica. La commission est claire : « il n’y a eu ni crime individuel de génocide ni génocide tout court à Srebrenica. » La commission s’inquiète en revanche de l’utilisation abusive du terme génocide par le TPIY qui participe à dénaturer complètement le sens du mot. L’ICSR dit : « Si le terme est utilisé à la légère, comme dans le cas des événements de Srebrenica en juillet 1995 [par le TPIY], il finirait par perdre son sens. »

 

Importance fondamentale du rapport de l’ICSR et nécessité d’une justice internationale indépendante

Le rapport de l’ICSR est d’une importance majeure dans le débat tendu et souvent biaisé qui a lieu aujourd’hui concernant la bataille de Srebrenica. Les Serbes y ont commis des crimes de guerre et ont été condamnés par le TPIY. Cela ne constitue pas un génocide pour autant. Les Musulmans ont également commis des crimes de guerre dans la région de Srebrenica mais ils n’ont pas été condamnés par le TPIY. Le seul responsable musulman accusé fut Naser Orić mais il a été acquitté par le TPIY. Comment une justice peut-elle être prise au sérieux si elle condamne les crimes d’un camp mais pas ceux de l’autre ?  La neutralité du TPIY est ainsi sévèrement remise en cause. Les adversaires des Serbes de Bosnie étaient majoritairement musulmans mais ce sont leur divergences politiques qui les opposaient et il n’y a jamais eu de volonté d’exterminer les musulmans à cause de leur religion. Le rapport de la commission aurait pu rappeler que dans l’armée serbe il y avait des Serbes de confession musulmane et même une petite unité de musulmans dans la VSR, Meša Selimović, qui opérait à Kulina. Le rapport aurait aussi pu rappeler que l’armée de la République serbe de Bosnie était alliée à la province autonome de Bosnie occidentale majoritairement musulmane dirigée par Fikret Abdić (premier membre musulman de la présidence collégiale de la République de Bosnie-Herzégovine en 1990) et qui était opposée aux autres Musulmans de l’ARBiH sous le contrôle Alija Izetbegovic (soutenu par les occidentaux et les islamistes).

 

L’ICSR souligne que les conclusions de cette enquête doivent aider à mieux comprendre le passé et contribuer à augmenter la confiance et la tolérance entre tous les peuples de Bosnie-Herzégovine. Elles doivent promouvoir la réconciliation et la coexistence pour toutes les générations présentes et futures. La commission espère aussi que des mesures concrètes vont être prises pour faire face au passé, aussi bien pour les associations de victimes que pour les représentants de la communauté internationale et les organisations internationales. La commission de l’ICSR propose que les représentants des différentes institutions et des différentes communautés assistent à leurs commémorations respectives pour les défunts.

 

Cette enquête minutieuse est un document d’une importance majeure pour rétablir la vérité au sujet de la bataille de Srebrenica. Le rapport de l’ICSR met aussi en lumière l’hypocrisie du TPIY qui n’est pas une institution internationale indépendante mais une organisation financée majoritairement par les pays membres de l’OTAN et leurs alliés ainsi que des ONG américaines comme la Fondation Rockefeller, la Fondation Carnegie ou l’Open Society de George Soros. Le TPIY, par sa subjectivité antiserbe, a perdu sa crédibilité. Il est important de rappeler aux institutions internationales qu’il ne peut y avoir de paix sans une véritable justice objective et indépendante. Cela doit nous amener à repenser notre modèle de justice internationale afin de garantir son objectivité et son indépendance et la résolution pacifique des conflits armés.

 

Nikola Mirkovic


[1] Dans l’ex-Yougoslave « Musulman » est une nationalité et ne fait pas forcément référence à la pratique religieuse de la personne ainsi dénommée. Les Musulmans de Bosnie Herzégovine sont essentiellement les descendants des Croates et majoritairement des Serbes qui se sont convertis à l’islam sous l’occupation ottomane. Dans cet article nous employons donc le terme Musulman avec un M majuscule pour définir une identité politique. La plupart des Musulmans sont en effet de confession musulmane mais ce n’est pas une obligation.

[2] La Republika Srpska est l’entité politique des Serbes qui habitent la Bosnie et l’Herzégovine.

Nikola Mirkovic

Français d'origine serbe, Nikola Mirkovic est l'un des fondateurs de l'ONG Solidarité Kosovo.

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