Regard différent sur La Ghouta

Un déluge de dénonciations, condamnations, indignations ! Une fois encore « Le boucher de Damas massacre son peuple, gaze sa population ».  Derrière cet écran de fumée, le scandale, aux yeux des plaignants,  est que l’Etat syrien reconquiert du terrain sur les groupes terroristes, indigènes ou exotiques, appuyés par « les occidentaux » et leurs alliés du Golfe.

Militaires, conseillers spéciaux, humanitaires, journalistes s’entrecroisent, se congratulent, se consolent difficilement les uns les autres.

Le citoyen ordinaire n’aura pas lu le texte du télégramme diplomatique annonçant ces opérations militaro-médiatiques occidentales où le « smart power » combine savamment le « hard power» militaire terroriste et le « soft power » médiatique. La paisible Suisse n’est pas épargnée, au prétexte que l’échec programmé des négociations de Genève doit éclipser les efforts entrepris à Sotchi ou Astana. La directrice d’Amnesty international en Suisse vient dérouler au micro de la RTS le récit controuvé sur les origines de la « révolution syrienne » et sa violente répression, ignorant superbement et le projet de « remodelage (entendre charcutage) du Grand Moyen-Orient » et, après l’Irak et la Libye, sa mise en œuvre en Syrie, révélée – notamment – par Time du 19 décembre 2006, soit cinq ans avant le début supposé des événements.  Le témoignage de Roland Dumas, ancien ministre français des Affaires étrangères,  ignoré par les tenants de l’histoire officielle, abonde dans le même sens.


Photo : Stringer / AFP

Le Temps du 28 février n’est pas en reste, qui titre « L’aide suisse piégée dans les filets de Damas ». Le plus beau est néanmoins le sous-titre validant le propos d’« islamistes modérés » : « Jaish al-islam ? Des enfants de la Ghouta » et, pour enfoncer le clou « On peut ne pas aimer Jaish al-islam, mais ce sont des enfants de la Ghouta, pas des djihadistes importés. » C’est donc une question de goût, comme aimer le Pepsi ou non. Il semblerait que les « importés » soient les plus virulents et les plus nombreux mais passons. Les « locaux » sont « parrainés » (financés, formés, endoctrinés…) par les Saoudiens, comme l’indique l’article. Visant à dédouaner l’ingérence extérieure, l’argument reviendrait à vanter les mérites de la Milice pendant l’occupation de la France, entre 1943 et 1945. Ces « gars du pays » servaient de relais efficaces à la Gestapo et à l’appareil répressif allemand. Ils raflaient et torturaient en excellent français. Les terroristes de Bruxelles ou de Paris venant massacrer allègrement  leurs voisins sont aussi « des enfants du pays.  » Voilà qui est bigrement rassurant pour la suite !

Nos journalistes à l’indignation sélective sont moins diserts sur les massacres à Mossoul ou au Yémen, où la France a vendu à l’Arabie Saoudite des chasseurs et des missiles qui, « à l’insu de son plein gré », massacrent des civils, enfants inclus. On ne les a pas entendu parler dans les mêmes termes de la prise et de la destruction meurtrière de Raqqa par la « coalition » à direction américaine, ni des victimes civiles des  bombardements réguliers sur Deir Ezzor, toujours par la même coalition. On découvre depuis quelques jours les bombardements de routine de nos « rebelles modérés » sur Damas et sa banlieue (plus de 2000 tirs recensés depuis deux mois seulement) ciblant écoles et hôpitaux, faisant de nombreux morts et blessés…

Une des questions concernant la trêve est le sort réservé aux terroristes survivants. Exfiltrés en cars ou en hélicoptères lors de situations précédentes, ils sont envoyés vers d’autres « théâtres d’opérations » pour continuer leur « job » de déstabilisation, remodelage ou « regime change ». A la Ghouta comme à Alep, les terroristes prennent la population civile en otage.

La Syrie n’est pas le lieu d’un combat entre gentils et méchants, c’est le théâtre décisif d’une confrontation non seulement régionale mais globale, qui pourrait bien dégénérer en guerre mondiale.

 

Gabriel Galice, Président du GIPRI,
auteur de Lettres helvètes 2010 – 2014, Editions des Syrtes, 2016

Richard Labévière, journaliste-écrivain,
responsable du site http://prochetmoyen-orient.ch ,
auteur de Terrorisme, face cachée de la mondialisation, Editions Pierre-Guillaume de Roux, 2016

Michel Raimbaud,
ancien ambassadeur de France,
Conférencier,
auteur de Tempête sur le Grand Moyen-Orient, Ellipses, 2015/2017

 

Une pensée sur “Regard différent sur La Ghouta

  • 16 avril 2018 à 01:15
    Permalink

    Ben oui, les journalistes mainstreams devraient être pendu haut et court car sans eux, il n’y aurait pas toute cette fausse propagande, cette zombification des peuples, ce matraquage médiatique de masse, ce remodelage de la pensée où il n’est plus utile d’attendre les résultats d’une enquête, skripal, syrie, ukraine sans compter les dossiers antérieurs évidemment ! Maintenant, on se base sur des vidéos, des témoignages de gosses ou de n’importe qui d’autre en fait, tant que ça va dans le ” bon ” sens pour eux !!! L’éveil de la population est bien trop lent malheureusement, entre la méga crise économique qui s’annonce ou un conflit militaire de grande ampleur, on n’a que l’embarras du choix apparemment…..!

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *