Plongée dans les réseaux criminels étatiques nord-coréens – Partie 2

Photo : RTS Info

Fabrication et trafic de fausses devises étrangères

L’obtention de devises étrangères ou leur contrefaçon est depuis longtemps pour les Kims un moyen de maintenir leur train de vie fastueux, de maintenir la cohésion de l’élite dirigeante et de financer leur système de culte de la personnalité comme ce fut le cas lors des années 70, lorsque Kim Jong-il lança une campagne de glorification de son père Kim-Il sung ou en 2012 lors des célébrations de leurs anniversaires respectifs [157]. L’expertise acquise dans le domaine remonte à la Guerre de Corée, lorsque le Nord s’était lancé dans la contrefaçon de billets sud-coréens et cette activité fut poursuivie durant les années 1960 [158].

Pour certains analystes l’obtention ou la contrefaçon de devises étrangères serait un des éléments clés de la survie politique de Kim Jong-un et les autorités américaines l’ont bien compris en tentant de s’attaquer aux activités criminelles nord-coréennes afin de pousser le régime à se réformer [159]. L’émission de fausse monnaie est une activité très rentable pour Pyongyang dans la mesure où la valeur totale des dollars contrefaits était estimée en 2001 à 15-20 millions de dollars et en 2006 à 45 millions de dollars [160]. La fausse monnaie est imprimée par des presses d’origine européenne dans une imprimerie contrôlée par le Ministère de la Sécurité Publique et localisée à Pyongsong [161], une ville universitaire spécialisée également dans la recherche nucléaire. Les revenus dégagés par cette activité illégale sont importants et se sont montés à 15-25 millions de dollars par an [162].

La contrefaçon de devises étrangères et en particulier de dollars américains a été poussée à un tel niveau de perfection par le régime de Pyongyang que le Département américain du Trésor a été forcé de concevoir un nouveau billet de 100 dollars [163]. Alors que la valeur réelle d’un faux billet est souvent équivalent à 40% de sa valeur nominale, celle d’un faux « super billet » nord-coréen de 100 dollars oscille de 60 à 70 dollars [164]. Bien que ces faux billets de 100 dollars soient destinés à l’exportation leur qualité et réputation est telle que, face à l’inflation galopante et à la dépréciation du won, de nombreux commerçants ou hommes d’affaires nord-coréens ont recours à cette devise contrefaite pour mener leurs transactions et la valeur d’un faux billet de 100 dollars a été fixée à 70 $ [165]. Le blanchiment et l’écoulement de ces faux billets de 100 dollars en Europe avait été notamment confié à un réseau criminel proche de l’IRA officielle et dirigé par Sean Garland [166]. Ce dirigeant du Parti des Travailleurs Irlandais et ses complices auraient écoulé durant une décennie pour 28 millions de dollars de faux « super billets » en Irlande, Grande Bretagne, Danemark, Pologne, Tchéquie, Biélorussie et Russie [167].

Comme l’a indiqué le Département de la Justice américain ce trafic de billets contrefaits de 100 dollars de haute qualité a débuté en 1989 et leur circulation s’est étendue à l’ensemble du globe comme l’ont montré les saisies effectuées aussi bien en Corée du Sud qu’aux États-Unis [168] : « Leur haute qualité les rendaient particulièrement difficiles à être détectés par des personnes non-entraînées. Le « Secret Service » des États-Unis donna à l’origine à ces billets contrefaits la désignation « C-14342 » et ils devinrent connus en tant que « super billets » ou « super dollars ». Des quantités de « super billets » furent manufacturés sous les auspices du gouvernement de la République Démocratique Populaire de Corée (…). Des individus, incluant des ressortissants nord-coréens agissant en tant qu’officiels gouvernementaux, se lancèrent dans le transport, la livraison et la vente de quantités de « super billets » à l’échelle mondiale » [169].

En 1994 les membres d’une société commerciale nord-coréenne titulaires de passeports diplomatiques furent arrêtés à Macao après avoir déposé auprès d’une banque locale 250 000 dollars en billets contrefaits [170]. En 1996 Yoshimi Tanaka, un ancien membre de l’Armée Rouge Japonaise, fut intercepté à la frontière entre le Cambodge et la Thaïlande alors qu’il voyageait avec un passeport diplomatique nord-coréen à bord d’une voiture portant des plaques diplomatiques : ce dernier tentait de faire passer de faux « super billets » de 100 dollars pour un montant de 120 000 dollars [171].

En avril 1998 ce fut au tour de la police russe d’arrêter à Vladivostok Kil Chae Kyong, l’ancien ambassadeur nord-coréen en Suède (impliqué dans l’affaire de 1976) et vice-directeur du département international du Comité Central du Parti des Travailleurs de Corée du Nord en charge des réseaux de feu Kim Jong-il en Europe de l’Est et d’une partie de ses fonds secrets, qui avait tenté de vendre pour 30 000 $ de billets américains contrefaits [172]. La même année les services de renseignements sud-coréens indiquaient dans un rapport l’existence de trois agences nord-coréennes chargées de produire de faux billets et le fait que la Corée du Nord avait la capacité de mettre en circulation chaque année 15 millions de dollars en faux billets de 100 dollars [173]. Le NIS ajoutait que depuis 1994 treize affaires avaient permis de mettre la main sur 4,6 millions de dollars en faux billets [174].

En juin 2004 une enquête de la BBC révéla que la piste de certains faux billets de 100 dollars produits par la Corée du Nord menait à une source de l’IRA officielle basée en Grande Bretagne et que la valeur totale de ces billets blanchis par le biais d’un bureau de change britannique atteignait plusieurs millions de dollars [175]. En avril 2005 la police sud-coréenne put saisir pour 140 000 dollars de faux billets qui furent identifiés par les Etats Unis comme un lot produit par la Corée du Nord en 2001 et distribué ensuite par ses réseaux [176].

Au cours de l’été 2005 la conclusion des enquêtes « Royal Charm » et « Smoking Dragon » menées aux États-Unis par le FBI et le Secret Service en Californie et au New Jersey révéla que des branches locales des Triades chinoises coopérant avec le régime nord-coréen avaient l’intention d’y écouler des millions de dollars en « super billets » [177] : 4 millions de dollars en faux « super billets » d’origine nord-coréenne furent saisis ainsi que des stupéfiants et des cigarettes ou médicaments contrefaits [178]. En mars 2006 des faux « super billets » furent découverts par la police de Hong Kong sur un ressortissant américain d’origine chinoise en provenance de Macao et en avril un journaliste sud-coréen rapporta qu’il était extrêmement facile de se procurer de faux billets de 100 dollars d’origine nord-coréenne dans la ville chinoise de Dandong, à la frontière avec la Corée du Nord [179].

Ces deux enquêtes ne purent établir s’il s’agissait d’une opération planifiée en haut lieu à Pyongyang ou d’une affaire criminelle plus classique mais elles permirent de découvrir que ces billets nord-coréens étaient vendus 40 cents pièce, un prix inhabituel et largement en dessous de leur valeur marchande [180]. L’acheminement de ces « super billets » est effectué par cargo et ce type de chargement est généralement mentionné dans les manifestes de marchandises comme étant des produits non-taxables (dans cette affaire il s’agissait de jouets) [181]. Les informations concernant le port d’origine sont généralement falsifiées, indiquant un port de Chine septentrionale plutôt que de Corée de Nord, afin de ne pas éveiller de soupçons [182]. En 2009 les représentations diplomatiques nord-coréennes au Pakistan et en particulier à Karachi furent accusées par les autorités et médias locaux de participer à la contrebande de devises étrangères mais aussi d’alcool et d’autres produits en provenance de Dubaï [183].

 

Des réseaux internationaux de blanchiment d’argent et de dissimulation de fonds

Ambitieux et faisant preuve d’une certaine sophistication le régime de Pyongyang est également actif dans le blanchiment d’argent pour son propre compte ou en partenariat avec des groupes criminels basés à l’étranger. Les fonds privés de Kim Jong-il puis vraisemblablement de son fils sont gérés par le bureau n°39 qui détiendrait un compte sous le nom de « Hana Holdings » auprès d’une succursale de la First Caribbean International Bank basée dans les Iles Vierges Britanniques à Road Town, dans l’île de Tortola (La Barbade) [184]. Kim Jong-il en son temps s’était constitué une véritable fortune et en 2003 celle-ci était estimée à 130 milliards de dollars dont 4,3 milliards de dollars dormaient dans des comptes ouverts en Suisse [185]. Les services de renseignement sud-coréens indiquent de leur côté que le montant de cette fortune appartenant au défunt dictateur nord-coréen et dormant dans différentes banques européennes se monterait à 4 milliards de dollars [186].

De 4 à 5 milliards de dollars appartenant à Kim Jong-un ont été dissimulé sous le nom d’autres personnes dans des banques au Luxembourg, en Autriche, en Suisse, au Lichtenstein, en Russie, en Chine et à Singapour: les autorités sud-coréennes et américaines ont ainsi traqué « 200 comptes nord-coréens qui semblent être liés aux armes de destruction massive et à l’exportation de drogue, de fausse monnaie et de cigarettes » [187]. Kimg Jong-un disposerait également de douzaines de comptes dans des banques de Shanghai et d’autres villes chinoises, certains ouverts sous Kim Jong-il et dont la valeur totale s’élèverait à quelques centaines de millions de dollars [188]. Sur 39 comptes 17 sont basés dans de grandes banques chinoises telles que la Banque de Chine, la Banque de Construction de Chine et la HSBC : la succursale de la Banque de Chine à Macao détient « le plus grand nombre de comptes nord-coréens » et d’autres comptes sont également détenus par ses branches de Pékin et Dandong [189]. 18 autres comptes ont été ouverts auprès de 11 banques localisées en Suisse, en Italie, en Allemagne, au Danemark, en Hongrie, Pologne, Biélorussie et Russie mais deux autres comptes existeraient aussi en Malaisie et au Kazakhstan [190].

La banque nord-coréenne de référence pour le bureau n°39 est la banque Daesung de Pyongyang [191] mais le régime « recourt à de petites banques qui sont moins strictes dans la vérification des détenteurs de comptes ou dans l’ouverture de comptes utilisant des noms de personnes étrangères ou de compagnies » et après avoir eu une certaine prédilection pour les banques européennes il s’est récemment tourné vers leurs consœurs chinoises [192]. Les sanctions internationales ont mené au gel de certains comptes mais la First Caribbean International Bank est restée longtemps la seule banque apte à effectuer des transferts internationaux de fonds nord-coréens selon le schéma suivant : « Le Département n°39 transfert les fonds de gestion depuis des pays tiers vers la First Caribbean International Bank, puis envoie l’argent à la Banque de Chine jusqu’à ce qu’il puisse être transféré vers une banque nord-coréenne ou être retiré » [193]. Un agent détaché par le bureau n°39 sous un faux nom est en charge des transferts entre la FCIB et la Banque de Chine ainsi que de résoudre d’éventuels problèmes avec des banques chinoises, ce qui l’amène à se rendre régulièrement en Chine [194]. En 2008 l’Unité de Renseignements Financiers du Belize avait accusé la FCIB d’avoir mené des transactions suspicieuses entre 2001 et 2005 [195].

Les Îles Vierges Britanniques sont un élément central dans la structure des montages financiers nord-coréens et certaines structures basées dans ce paradis fiscal sont liées au Taepung International Investment Group, une entité créée en septembre 2006 afin « de raviver l’économie nord-coréenne à travers la création d’une banque de développement d’État » [196]. Son actionnaire principal enregistré à Hong-Kong est Taepung International Investment Holdings Ltd et cette société est aussi enregistrée à Road Town, dans les Iles Vierges Britanniques [197]. La personne morale assumant le rôle de secrétaire de Taepung Investment Holdings Ltd est Sai Ying Company Ltd dont l’actionnaire unique et le directeur est JYBD Holdings Ltd, une autre société écran basée également à Road Town [198].

La plupart des fonds cachés à l’étranger appartiendraient à Kim Jong-un qui s’en servirait pour maintenir un train de vie luxueux, acheter la loyauté des membres de l’élite dirigeante et disposer de « réserves d’urgence d’argent liquide en cas de chute du régime ou d’une autre crise » [199]. Cet argent provient des revenus en devises étrangères générés par les activités légales des entreprises d’État ou des forces armées, des expatriés nord-coréens mais aussi du trafic de stupéfiants, de fausse monnaie, de cigarettes, d’alcool et d’armes [200]. Avant l’imposition de nouvelles sanctions en 2009 et 2010, le profit engendré par ces trafics était estimé à 200-300 millions de dollars par an mais d’autres sources indiquent un montant bien supérieur allant de 500 millions à 1 milliards de dollars par an [201].

Par le passé ces fonds étaient gérés par les bureaux n°38 et n° 39 ainsi que des proches de Kim Jong-il, Jon Il-chun puis Ri Chol: celui-ci avait effectué de son vivant de nombreux séjours en Suisse durant les années 80 et 90 où il avait occupé différentes fonctions diplomatiques et de 2009 à 2010 il avait été l’ambassadeur de Corée du Nord à Berne ainsi que le représentant de son pays auprès de l’ONU à Genève [202]. Le régime nord-coréen disposerait de plusieurs comptes bancaires liés à ses activités illégales en Suisse et en 2009 le porte-parole de l’Office Fédéral de la Justice helvétique, Folco Galli, avait déclaré ne pas avoir connaissance de telles allégations [203]. La gestion de ces fonds aurait déclenché des discordes entre Kim Jong-un et certains militaires, ce qui pourrait aussi expliquer l’éviction brutale de Ri Yong-ho en 2012 [204] puis durant l’hiver 2013 celle de l’oncle de Kim Jong-un, Jang Song Thaek, qui avait été impliqué dans de nombreuses opérations du bureau n°39 [205]. Craignant pour sa vie suite à ces purges Yun Tae-hyong, un cadre de haut niveau de la Daesong Bank, fit défection à la fin du mois d’août 2014 et disparut dans les environs de Nakhodka, en Extrême-Orient russe, en possession de 5 millions de dollars [206].

Sous Kim Il-sung une banque nord-coréenne fut ouverte à Vienne en 1982 sous le nom de Golden Star Bank (ou Geumbyeol Bank) et cette institution bancaire nord-coréenne contrôlée par la Korea Daesong Bank, la seule présente en Europe, fut forcée de suspendre une partie de ses activités en juin 2004 après qu’elle ait été mise en cause dans des affaires de blanchiment d’argent, d’écoulement de faux billets et de trafic d’armes [207]. En août 2002 la police slovaque perquisitionna l’appartement d’un couple de nord-coréens vivant à Bratislava et suspectés d’entretenir des liens avec le Bureau n°39 : on y découvrit « des factures portant sur des millions de dollars montrant que la Corée du Nord avait vendu des technologies dans le domaine des missiles à l’Égypte » [208]. Depuis de nombreuses années la Golden Star Bank avait été placée sous la surveillance du BVT autrichien (Bundesamt für Verfassungsschutz und Terrorismusbekämpfung) qui l’accusait d’être au centre d’un réseau d’espionnage et d’être impliquée dans le financement du programme d’armement nord-coréen ainsi que dans le trafic de certaines technologies liées aux missiles [209] ou même, comme l’indiquait en 1997 un rapport du Ministère de l’Intérieur autrichien, de matériaux radioactifs [210].

Le responsable de la Golden Star Bank est Kwon Yong-rok qui a dirigé par le passé la Mangyong Trading Corporation et qui est ipso facto lié au « Troisième Étage » [211]. Le retrait par les autorités autrichiennes de certaines des certifications de la Golden Star n’a pas empêché cette dernière de poursuivre ses activités [212], de continuer à disposer d’un code Swift (GOSTATW1XXX) et d’être toujours située au 12 Kaiserstrasse à Vienne [213]. En septembre 2007 un télégramme diplomatique émanant de la Secrétaire d’Etat Condoleeza Rice informait l’ambassadeur américain en poste à Berne de sa crainte que, suite à cette affaire, les autorités nord-coréennes ne cherchent à remplacer la Golden Star Bank en établissant une autre banque en Suisse [214].

Les réseaux nord-coréens de blanchiment travaillent avec des structures bancaires de par le monde comme la Banco Delta Asia de Macao qui a été dans la ligne de mire du Département du Trésor américain : « Une société écran nord-coréenne bien connue qui a été la cliente de la BDA durant plus d’une décennie a mené de nombreuses activités illégales, incluant la distribution de monnaie contrefaite et la contrebande de produits tabagiques contrefaits. De plus, cette compagnie écran est suspectée depuis longtemps d’avoir été impliquée dans le trafic de drogue international. En outre, la Banco Delta Asia a facilité de nombreux virements bancaires de plusieurs millions de dollars associés à des activités criminelles présumées pour le compte d’une autre société écran nord-coréenne » [215].

Les pressions américaines avaient mené au gel de 2005 à 2007 de 25 millions de dollars placés par la Corée du Nord dans cette banque et en 2013 le sénateur américain Ed Royce avait proposé l’adoption de nouvelles sanctions à son encontre [216]. Royce avait accusé la BDA de poursuivre ses activités illégales bien que cette banque appartenant au businessman Stanley Au ait prétendu en 2007 avoir abandonné ses clients nord-coréens et adopté des mesures afin de lutter contre le blanchiment d’argent [217]. L’étendue et la complexité des réseaux financiers nord-coréens est telle qu’on peut noter l’implication « des banques les plus influentes dans le monde [basées à] Macao, Hong-Kong, en Allemagne, au Japon et en Angleterre à travers une filiale de la Daesung Bank, la Gold Star Bank (Geumbyeol Bank) à Vienne » [218].

Les sanctions visant les transactions financières menées par les dirigeants nord-coréens et certaines agences d’État les ont poussé à recourir aux services des organisations criminelles russes ou à établir des réseaux de blanchiment à partir de la Russie : un défecteur nord-coréen ayant exercé de hautes responsabilités dans le passé a ainsi affirmé que « L’ambassade nord-coréenne en Russie blanchit l’argent contrefait envoyé depuis Pyongyang » et « Rien qu’en 2008, 30 millions de dollars de fausse monnaie ont été blanchi » [219].

Afin d’obtenir des devises étrangères le régime nord-coréen a également mis à contribution la diaspora coréenne du Japon qui est en partie regroupée dans des associations qu’il contrôle comme la « Chongryon ». Une des figures de cette communauté, l’homme d’affaires Hong Song-il / Seichi Tokuyama, possédait huit « pachinko » (salles de jeux) et il n’a pas hésité durant de longues années à soutenir financièrement le régime de Pyongyang, plus par patriotisme que par conviction idéologique : il a ainsi fait don de centaines de millions de yen à des associations pro-Pyongyang basées au Japon et de dizaines de millions de yen en espèces ainsi qu’en équipements et camions au gouvernement nord-coréen [220].

 

Contrefaçon de cigarettes

Lorsque le trafic de faux dollars et de stupéfiants est devenu trop risqué la Corée du Nord a mis l’accent sur la contrefaçon et la contrebande de cigarettes ainsi que la fraude aux assurances [221]. Le Bureau n°39 supervise les activités liées à la contrefaçon et la contrebande de cigarettes en collaborant avec des groupes appartenant aux Triades chinoises. Le savoir-faire du régime de Pyongyang dans la contrefaçon ou la contrebande de cigarettes est assez ancien dans la mesure où en 1976 le personnel diplomatique nord-coréen avait été expulsé de Scandinavie suite à son implication dans un trafic de cigarettes et d’alcool au Danemark, en Norvège et en Finlande [222].

Cette activité s’est étendue à un niveau mondial et pourrait représenter « la plus large partie du secteur des exportations de la Corée du Nord avec des cargos venant fréquemment des ports de Najin et de Nampo », transitant par les principaux ports de Chine ou de Corée du Sud et sillonnant ensuite les différentes mers du globe [223]. Le régime de Pyongyang est capable de produire des cigarettes de contrebande de grande qualité comme les contrefaçons de Marlboro, Dunhill, Crown ou Mild Seven. Les grandes multinationales de l’industrie du tabac « ont identifié de nombreuses usines produisant des cigarettes contrefaites en Corée du Nord » et ce qui représente une perte importante de gains pour ces entreprises est pour la Corée du Nord une source considérable de profit : « Un container [de 40 pieds] de cigarettes contrefaites peut coûter à peine 70 000 dollars à produire et a une valeur dans la rue de 3 à 4 millions de dollars » [224]. La contrefaçon et contrebande de cigarettes est une activité profitable pour le régime dans la mesure où celui perçoit entre 80 et 160 millions de dollars de la part des producteurs illégaux de ces cigarettes et le revenu total généré par les ventes se monterait à 520-720 millions de dollars par an [225]. Les profits générés sont encore plus grands lorsque les timbres fiscaux sont contrefaits et dans le cas de l’État de Californie un tel préjudice se chiffre à des dizaines de millions de dollars par an [226].

Une douzaine d’usines impliquées dans la contrefaçon de cigarettes de marque seraient localisées à Pyongyang ainsi que dans le port à statut économique spécial de Rajin: si certaines d’entre elles appartiennent à des structures nord-coréennes, la majorité est contrôlée par des sociétés taïwanaises ou chinoises [227]. Le port de Rajin permettrait aux contrebandiers de venir se ravitailler par mer de manière discrète et sûre, avec le consentement des autorités nord-coréennes [228]. En 1995 les autorités taïwanaises interceptèrent 20 containers remplis de papier à cigarette contrefait et destinés à la Corée du Nord, ce papier aurait pu servir à manufacturer des cigarettes pour une valeur totale d’un milliard de dollars [229]. En 2005 plus d’un milliard de cigarettes de contrebande furent saisies en Californie et quelques millions d’autres paquets des mêmes cigarettes furent également confisqués à Taïwan, aux Philippines, au Vietnam et au Belize [230].

A la fin de l’année 2006 les autorités grecques interceptèrent 4 millions de cartons de cigarettes de contrebande dont 3 millions à bord de navires nord-coréens et le 25 septembre elles découvrirent 1,5 millions de cartons à bord d’un seul vaisseau, nord-coréen également : ses sept membres d’équipage furent arrêtés et la perte financière occasionnée par un tel chargement en terme de revenus fiscaux a été estimé à 3,5 millions d’euros [231]. En 2009 ce fut au tour d’un couple de diplomates nord-coréens en poste en Russie d’être arrêtés en Suède pour y avoir introduit 230 000 cigarettes de contrebande [232].

Une enquête menée par la société Philip Morris révéla de son côté que des stocks de contrefaçons nord-coréennes de ses cigarettes Marlboro avaient été localisés dans plus de 1300 endroits à travers le monde et que le régime de Pyongyang pouvait produire plus de 2 milliards de paquets de cigarettes de contrebande par an, ce qui en fait un des plus grands producteurs de ce type de marchandise illégale au niveau international [233]. Récemment le régime nord-coréen et son industrie du tabac se sont également tournés vers le marché domestique et réorienté une partie de leur production en faveur de marques de cigarettes locales dont le prix a chuté et la qualité augmenté [234].

 

Arnaques et fraudes diverses aux assurances

Chaque secteur d’activités, légal ou illégal, participe à la quête de devises étrangères pour le régime et de nombreuses compagnies d’assurance ont ainsi été victimes de fraudes. Selon Kim Kwang Jin, l’ancien directeur de la Korea National Insurance Corporation, les responsables de sociétés d’assurance nord-coréennes supervisèrent en 2003 pour l’anniversaire de Kim Jong-il l’envoi de 20 millions de dollars, transportés dans deux gros sacs depuis Singapour via Pékin à destination de Pyongyang ; d’autres valises d’argent provenaient de Suisse, France et Autriche [235].

Les fraudes aux assurances commises par la Corée du Nord sont basées sur de fausses déclarations d’accidents de transport, d’incendies industriels ou d’inondations et lui ont rapporté plusieurs centaines de millions de dollars : durant de nombreuses années les compagnies d’assurances ont échoué à faire valoir leurs droits face à Pyongyang devant les tribunaux britanniques [236]. Les revenus générés par ce système d’arnaques aux assurances auraient rapporté entre 50 et 60 millions de dollars par an : une partie de cette somme était réinvestie dans ce système de fraudes et le reste allait à Kim Jong-il ainsi qu’au Bureau n°39 [237]. En 2006 les revenus générés par ces fraudes aux assurances ont rapporté plus de 150 millions de dollars au régime de Pyongyang [238].

Ces fraudes aux assurances permettent de dégager des revenus en devises étrangères, une ressource vitale pour la survie du régime de Pyongyang et en 2006 alors que celui-ci faisait face à un besoin criant de devises fortes il n’hésita pas à déclarer un accident d’hélicoptère ainsi que celui de deux trains et le naufrage d’un ferry [239]. En juillet 2005 un hélicoptère de sauvetage se serait écrasé sur un dépôt de ravitaillement servant à faire face aux catastrophes naturelles et aurait ainsi déclenché un incendie ravageant totalement le bâtiment : la demande de dédommagement fut établie en 10 jours par la Corée du Nord et « incluait un inventaire détaillé de centaines de milliers d’articles – une tâche qui, selon les représentants de l’industrie des assurances, prend plusieurs mois a être effectuée par la plupart des gouvernements » [240]. En avril 2006 le naufrage d’un ferry près de Wonsan aurait coûté la vie à 129 personnes, toutes mortes d’hypothermie alors que « les températures étaient plus chaudes que celles rapportées par la Korea National Insurance Corporation de Pyongyang » [241].

Depuis ces affaires de nombreuses compagnies d’assurances britanniques évitent de traiter avec Pyongyang mais la parade développée par la Korea National Insurance Corporation a longtemps consisté à changer de partenaires comme l’a expliqué Kim Kwang Jin : « Une année ça peut être la Lloyd’s, l’année d’après ça peut être Swiss Re et la suivante Munich Re » [242]. Les assureurs nord-coréens ont reçu pour mission d’obtenir des devises étrangères fortes et pour ce faire ils ont mis au point une stratégie sophistiquée consistant à payer de fortes primes, diviser leurs affaires et les répartir en recourant à divers courtiers localisés à différents endroits : le partage des pertes est ainsi organisé de manière à masquer l’ensemble de ce circuit et de cacher « à quel point ces affaires étaient mauvaises » [243]. Les fraudes sont basées sur des documents méticuleusement préparés puis transférés à des tribunaux nord-coréens complices avant que les sommes ne soient réclamées et les enquêtes menées par les compagnies d’assurances étrangères en Corée du Nord subissent de nombreuses restrictions de la part des autorités locales [244].

 

Détournement d’aide humanitaire

Faisant preuve de peu de scrupules des officiels nord-coréens furent également accusés par un parlementaire thaïlandais « de revendre à un pays tiers une cargaison de riz local mis à disposition dans le cadre d’un programme d’aide publique en distribuant des pots de vin à des officiels thaïlandais » : « le programme de livraison de trois cent mille tonnes de riz » à la Corée du Nord fut ainsi suspendu [245].

 

Trafic d’espèces protégées et de produits placés sous sanctions

Le trafic d’espèces animales protégées, de cornes de rhinocéros, d’ivoire ou de diamants issus de pays en conflit (les fameux « blood diamonds ») est une autre spécialité de la Corée du Nord qui n’hésite pas à mettre à contribution son service diplomatique dans ces activités illégales [246].

Pyongyang ne fait aucun cas de la Convention de 1973 sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvage menacées d’extinction et au début des années 1980, cinq diplomates nord-coréens durent quitter le continent africain suite à leur implication dans un trafic de cornes de rhinocéros [247]. Ces cornes étaient acheminées au Yémen du Sud depuis Lusaka via Addis-Abeba, avant de rejoindre le Consulat de Corée du Nord à Guangzhou (Chine) qui était également responsable des opérations menées à Hong Kong, Macao et Zhuhai (ville du Guangdong proche de Macao) [248]. Le même incident se reproduisit en 1996 avec six diplomates nord-coréens expatriés sur le continent africain et ce trafic ne cessa pas : « Les saisies d’ivoire directement imputables à des officiels nord-coréens se montaient à 689 kg au Kenya en 1999, 537 kg à Moscou en 1999 et 576 kg en France en 1998 » [249]. En Corée du Nord même il existe un marché noir lié au trafic d’antiquités locales pillées dans certaines tombes de riches défunts et vendues à des marchands chinois et japonais comme en a témoigné Kim Kwang-wook, un ancien trafiquant et militant des équipes des « Trois Révolutions » ayant fait défection [250].

 

Gilles-Emmanuel Jacquet & Denzel Locke

 

 

[157] Sheena Chestnut Greitens, « A North Korean Corleone », The New York Times, 03/03/2012:
http://www.nytimes.com/2012/03/04/opinion/sunday/a-north-korean-corleone.html?pagewanted=all&_r=0

[158] Dick Nanto, « North Korean counterfeiting of US currency », CRS Report for Congress, 12/06/2009, p.7
[159] Sheena Chestnut Greitens, « A North Korean Corleone », The New York Times, 03/03/2012:
http://www.nytimes.com/2012/03/04/opinion/sunday/a-north-korean-corleone.html?pagewanted=all&_r=0

[160] Adam Taylor, « Kim Jong-un estimated to have up to $5 billion in secret overseas accounts », Business Insider, 13/03/2013: http://www.businessinsider.com/kim-jong-uns-overseas-billions-2013-3 ; Kelly Olsen, « North Korea’s secret: Room 39 », The Salt Lake Tribune, 11/06/2009: http://www.sltrib.com/ci_12566697 et Raphael Perl, « Drug trafficking and North Korea : Issues for US policy », CRS Report for Congress, 25/01/2007, p.13
[161] Sheena Chestnut, « Illicit activity and proliferation – North Korean smuggling networks », International Security, vol.32, n°1, été 2007, p.89 et Billy Gertz, « Exclusive: North Korea General tied to forged $100 bills », The Washington Times, 02/06/2009:
http://www.washingtontimes.com/news/2009/jun/02/n-korea-general-tied-to-forged-100-bills/?page=all

[162] Dick Nanto, « North Korean counterfeiting of US currency », CRS Report for Congress, 12/06/2009, p.2
[163] Sheena Chestnut Greitens, « A North Korean Corleone », The New York Times, 03/03/2012:
http://www.nytimes.com/2012/03/04/opinion/sunday/a-north-korean-corleone.html?pagewanted=all&_r=0

[164] Dick Nanto, « North Korean counterfeiting of US currency », CRS Report for Congress, 12/06/2009, p.9
[165] Ibid. , p.10
[166] Sheena Chestnut Greitens, « A North Korean Corleone », The New York Times, 03/03/2012:
http://www.nytimes.com/2012/03/04/opinion/sunday/a-north-korean-corleone.html?pagewanted=all&_r=0 ;
David L. Asher, « The North Korean Criminal State, its ties to Organized Crime, and the possibility of WMD Proliferation », NAPSNet Policy Forum, 15/11/2005 : http://nautilus.org/napsnet/napsnet-policy-forum/the-north-korean-criminal-state-its-ties-to-organized-crime-and-the-possibility-of-wmd-proliferation/#axzz30O1Jjkjf
et Damien Gayle, « IRA veteran wanted by US for North Korea counterfeiting plot wins fight against extradition from Ireland », The Daily Mail, 21/12/2011:
http://www.dailymail.co.uk/news/article-2077125/IRA-veteran-wanted-U-S-North-Korea-counterfeiting-plot-wins-fight-extradition-Ireland.html

[167] Sheena Chestnut, « Illicit activity and proliferation – North Korean smuggling networks », International Security, vol.32, n°1, été 2007, p.91
[168] Dick Nanto, « North Korean counterfeiting of US currency », CRS Report for Congress, 12/06/2009, p.6
[169] David L. Asher, « The North Korean Criminal State, its ties to Organized Crime, and the possibility of WMD Proliferation », NAPSNet Policy Forum, 15/11/2005 :
http://nautilus.org/napsnet/napsnet-policy-forum/the-north-korean-criminal-state-its-ties-to-organized-crime-and-the-possibility-of-wmd-proliferation/#axzz30O1Jjkjf

[170] Dick Nanto, « North Korean counterfeiting of US currency », CRS Report for Congress, 12/06/2009, p.7
[171] Raphael Perl, « Drug trafficking and North Korea : Issues for US policy », CRS Report for Congress, 25/01/2007, p.13 ; Sheena Chestnut, « Illicit activity and proliferation – North Korean smuggling networks », International Security, vol.32, n°1, été 2007, p.104 et Bradley K. Martin, Under the loving care of the fatherly leader, North Korea and the Kim dynasty, Thomas Dunne Books, 2006, p.499
[172] Raphael Perl, « Drug trafficking and North Korea : Issues for US policy », CRS Report for Congress, 25/01/2007, p.10 ; Ken E. Gause, North Korea under Kim Chong-il : Power, Politics, and Prospects for Change, Praeger Security International, 2011 : p.184 et Sheena Chestnut, « Illicit activity and proliferation – North Korean smuggling networks », International Security, vol.32, n°1, été 2007, p.86
[173] Dick Nanto, « North Korean counterfeiting of US currency », CRS Report for Congress, 12/06/2009, p.8
[174] Ibid.
[175] Raphael Perl, « Drug trafficking and North Korea : Issues for US policy », CRS Report for Congress, 25/01/2007, p.13
[176] Dick Nanto, « North Korean counterfeiting of US currency », CRS Report for Congress, 12/06/2009, p.8
[177] David L. Asher, « The North Korean Criminal State, its ties to Organized Crime, and the possibility of WMD Proliferation », NAPSNet Policy Forum, 15/11/2005 :
http://nautilus.org/napsnet/napsnet-policy-forum/the-north-korean-criminal-state-its-ties-to-organized-crime-and-the-possibility-of-wmd-proliferation/#axzz30O1Jjkjf

[178] Dick Nanto, « North Korean counterfeiting of US currency », CRS Report for Congress, 12/06/2009, p.9
[179] Ibid. , p.8
[180] David L. Asher, « The North Korean Criminal State, its ties to Organized Crime, and the possibility of WMD Proliferation », NAPSNet Policy Forum, 15/11/2005 :
http://nautilus.org/napsnet/napsnet-policy-forum/the-north-korean-criminal-state-its-ties-to-organized-crime-and-the-possibility-of-wmd-proliferation/#axzz30O1Jjkjf

[181] Ibid.
[182] Ibid.
[183] « North Korean Embassy in Pakistan involved in smuggling », North Korean Economy Watch, 03/08/2009: http://www.nkeconwatch.com/2009/08/03/nk-embassy-in-pakistan-involved-in-smuggling/
[184] Archives de North Korean Economy Watch sur le « Bureau n°38 »:
http://www.nkeconwatch.com/category/dprk-organizations/workers-party/central-committee/secretariat/bureau-38/

[185] Raphael Perl, « Drug trafficking and North Korea : Issues for US policy », CRS Report for Congress, 25/01/2007, p.18
[186] Julian Ryall, « Kim Jong-un’s banker ‘defects’ to Russia with $5 million of his cash », The Telegraph, 29/08/2014 : http://www.telegraph.co.uk/news/worldnews/asia/northkorea/11063921/Kim-Jong-uns-banker-defects-to-Russia-with-5-million-of-his-cash.html
[187] « Kim Jong-un’s secret billions », The Chosun Ilbo, 12/03/2013:
http://english.chosun.com/site/data/html_dir/2013/03/12/2013031201144.html

[188] « Kim Jon-un’s slush funds found », The Chosun Ilbo, 11/03/2013:
http://english.chosun.com/site/data/html_dir/2013/03/11/2013031101105.html
et Michael B. Kelley, « North Korea’s « Achilles’ Heel » may still be under Chinese protection », Business Insider, 11/03/2013: http://www.businessinsider.com/report-that-kim-jong-un-has-a-slush-fund-2013-3

[189] Archive de North Korean Economy Watch sur le Bureau n°38:
http://www.nkeconwatch.com/category/dprk-organizations/workers-party/central-committee/secretariat/bureau-38/
et « Kim Tong-un named Kim Jong-il’s fund manager », Yonhap, 20/02/2011 : http://english.yonhapnews.co.kr/northkorea/2011/02/20/39/0401000000AEN20110220000300315F.HTML

[190] Ibid.
[191] Kim Yong Hun, « What is the No.39 Department? », DailyNK, 30/08/2010:
http://www.dailynk.com/english/read.php?cataId=nk00400&num=6750 ;
pour la liste des banques nord-coréennes ou chinoises opérant en Corée du Nord voir « Report of the Panel of Experts of the United Nations Security Council », S/2014/147, 06/03/2014, pp119-122

[192] « Kim Jong-un’s secret billions », The Chosun Ilbo, 12/03/2013:
http://english.chosun.com/site/data/html_dir/2013/03/12/2013031201144.html

[193] Archive de North Korean Economy Watch sur le Bureau n°38:
http://www.nkeconwatch.com/category/dprk-organizations/workers-party/central-committee/secretariat/bureau-38/

[194] Ibid.
[195] Ibid.
[196] Ibid.
[197] Ibid.
[198] Ibid.
[199] « Kim Jong-un’s secret billions », The Chosun Ilbo, 12/03/2013:
http://english.chosun.com/site/data/html_dir/2013/03/12/2013031201144.html

[200] Ibid.
[201] Ibid. et Adam Taylor, « Kim Jong-un estimated to have up to $5 billion in secret overseas accounts », Business Insider, 13/03/2013: http://www.businessinsider.com/kim-jong-uns-overseas-billions-2013-3
[202] « Kim Jong-un’s secret billions », The Chosun Ilbo, 12/03/2013:
http://english.chosun.com/site/data/html_dir/2013/03/12/2013031201144.html ;
biographie de Ri Chol, connu aussi comme Yi Chol, North Korea Leadership Watch, 30/03/2011:
https://nkleadershipwatch.wordpress.com/leadership-biographies/ri-chol/
et « Ri Chol to leave as UN & CH Diplorep », North Korea Leadership Watch, 10/03/2010:
https://nkleadershipwatch.wordpress.com/2010/03/10/ri-chol-to-leave-as-diplorep-to-un-switzerland/

[203] Kelly Olsen, « North Korea’s secret: Room 39 », The Salt Lake Tribune, 11/06/2009:
http://www.sltrib.com/ci_12566697

[204] Adam Taylor, « Kim Jong-un estimated to have up to $5 billion in secret overseas accounts », Business Insider, 13/03/2013: http://www.businessinsider.com/kim-jong-uns-overseas-billions-2013-3
et Adam Taylor, « Ex-North Korean military chief possibly dead after reported gun battle », Business Insider, 19/07/2012: http://www.businessinsider.com/north-korea-ro-yong-dead-battle-2012-7

[205] Ju-min Park et James Pearson, « Kim Jong-un’s banker defects to Russia », The Huffington Post, 29/08/2014: http://www.huffingtonpost.com/2014/08/29/north-korea-banker-defects_n_5734836.html
[206] « Kim Jong-un’s banker defects in Russia », The Guardian, 29/08/2014:
http://www.theguardian.com/world/2014/aug/29/kim-jong-un-banker-defects-russia

[207] Archives de North Korean Economy Watch concernant la Banque Centrale et les banques nord-coréennes:
http://www.nkeconwatch.com/category/dprk-organizations/state-offices/state-fiscal-and-financial-committee/central-bank/page/2/ ;
Michael Leidig, « Austria accuses North Korean bank of spying », The Telegraph, 23/07/2003:
http://www.telegraph.co.uk/finance/2858506/Austria-accuses-North-Korean-bank-of-spying.html ;
Jane Burgermeister, « North Korean bank is « front for arms trade », The Guardian, 27/07/2003:
http://www.theguardian.com/world/2003/jul/27/northkorea ;
Jay Solomon et Hae Won Chi, The Wall Street Journal, 14/07/2003:
http://online.wsj.com/news/articles/SB105813345248381600
et Bertil Lintner, « Pyongyang’s banking beachhead in Europe », Far Eastern Economic Review, 13/02/2003: http://www.asiapacificms.com/articles/north_korea_banking/

[208] Jane Burgermeister, « North Korean bank is « front for arms trade », The Guardian, 27/07/2003: http://www.theguardian.com/world/2003/jul/27/northkorea
[209] Ibid.
[210] Jay Solomon et Hae Won Chi, The Wall Street Journal, 14/07/2003:
http://online.wsj.com/news/articles/SB105813345248381600

[211] « DPRK’s dean of the Diplomatic Corps in Vienna », North Korea Leadership Watch, 20/10/2009: http://nkleadershipwatch.wordpress.com/2009/10/20/dprks-dean-of-the-diplomatic-corps-in-vienna/
[212] Ibid.
[213] Informations sur la Golden Star Bank AG à Vienne, site de Private Banking.com:
http://www.privatebanking.com/directory/europe-austria-vienna-wien-vienna/banks/golden-star-bank-ag ;
informations bancaires et code SWIFT de la Golden Star Bank AG de Vienne: http://www.getbankcode.com/swift-code/austria/golden-star-bank/GOSTATW1 ou http://www.swift-code.com/austria/swift-code-gostatw1.html ou http://bankswiftcode.info/Swift-Code/golden-star-bank/austria/vienna et http://bankswiftcode.info/Swift-Code-Search/GOSTATW1XXX

[214] Télégramme diplomatique du Secrétaire d’État US / Département d’État à l’Ambassade des États Unis à Berne, référence 07STATE124655, 05/09/2007, Wikileaks: http://wikileaks.org/cable/2007/09/07STATE124655.html
[215] David L. Asher, « The North Korean Criminal State, its ties to Organized Crime, and the possibility of WMD Proliferation », NAPSNet Policy Forum, 15/11/2005 : http://nautilus.org/napsnet/napsnet-policy-forum/the-north-korean-criminal-state-its-ties-to-organized-crime-and-the-possibility-of-wmd-proliferation/#axzz30O1Jjkjf
[216] « Banco Delta Asia faces possible US Sanctions », Macau Daily Times 07/09/2013: http://www.macaudailytimes.com.mo/macau/42232-banco-delta-asia-faces-possible-us-sanctions.html
[217] « Macau bank drops North Korean clients », BBC, 16/02/2006: http://news.bbc.co.uk/2/hi/business/4718922.stm et voir aussi John McGlynn, « Banco Delta Asia, North Korea’s frozen funds and US undermining of the Six-Party Talks: Obstacles to a Solution, Part III », The Asia-Pacific Journal: Japan focus, 09/06/2007: http://www.japanfocus.org/-John-McGlynn/2446
[218] Kim Yong Hun, « What is the No.39 Department ? », DailyNK, 30/08/2010 : http://www.dailynk.com/english/read.php?cataId=nk00400&num=6750
[219] « Kim Jong-un’s secret billions », The Chosun Ilbo, 12/03/2013: http://english.chosun.com/site/data/html_dir/2013/03/12/2013031201144.html
[220] Bradley K. Martin, Under the loving care of the fatherly leader, North Korea and the Kim dynasty, Thomas Dunne Books, 2006, p.461 et p.464
[221] Sheena Chestnut Greitens, « A North Korean Corleone », The New York Times, 03/03/2012: http://www.nytimes.com/2012/03/04/opinion/sunday/a-north-korean-corleone.html?pagewanted=all&_r=0
[222] Jay Solomon et Jason Dean, « Heroin busts point to source of funds for North Koreans », The Wall Street Journal, 23/04/2003: http://online.wsj.com/news/articles/SB105106006946882000 et « DPRK diplos arrested for smuggling (again) », North Korean Economy Watch, 22/11/2009: http://www.nkeconwatch.com/2009/11/22/dprk-diplos-arrested-for-smuggling-again/
[223] David L. Asher, « The North Korean Criminal State, its ties to Organized Crime, and the possibility of WMD Proliferation », NAPSNet Policy Forum, 15/11/2005 : http://nautilus.org/napsnet/napsnet-policy-forum/the-north-korean-criminal-state-its-ties-to-organized-crime-and-the-possibility-of-wmd-proliferation/#axzz30O1Jjkjf
[224] David L. Asher, « The North Korean Criminal State, its ties to Organized Crime, and the possibility of WMD Proliferation », NAPSNet Policy Forum, 15/11/2005 : http://nautilus.org/napsnet/napsnet-policy-forum/the-north-korean-criminal-state-its-ties-to-organized-crime-and-the-possibility-of-wmd-proliferation/#axzz30O1Jjkjf
[225] Sheena Chestnut, « Illicit activity and proliferation – North Korean smuggling networks », International Security, vol.32, n°1, été 2007, p.92 ; Dick Nanto et Liana Sun Wyler, « North Korean Crime-for-Profit Activities », CRS Report for Congress, 25/08/2008, p.12
[226] David L. Asher, « The North Korean Criminal State, its ties to Organized Crime, and the possibility of WMD Proliferation », NAPSNet Policy Forum, 15/11/2005 : http://nautilus.org/napsnet/napsnet-policy-forum/the-north-korean-criminal-state-its-ties-to-organized-crime-and-the-possibility-of-wmd-proliferation/#axzz30O1Jjkjf
[227] Sheena Chestnut, « Illicit activity and proliferation – North Korean smuggling networks », International Security, vol.32, n°1, été 2007, p.91 ; Dick Nanto, « North Korean counterfeiting of US currency », CRS Report for Congress, 12/06/2009, p.6 et Dick Nanto et Liana Sun Wyler, « North Korean Crime-for-Profit Activities », CRS Report for Congress, 25/08/2008, p.12
[228] Dick Nanto et Liana Sun Wyler, « North Korean Crime-for-Profit Activities », CRS Report for Congress, 25/08/2008, p.12
[229] David L. Asher, « The North Korean Criminal State, its ties to Organized Crime, and the possibility of WMD Proliferation », NAPSNet Policy Forum, 15/11/2005 : http://nautilus.org/napsnet/napsnet-policy-forum/the-north-korean-criminal-state-its-ties-to-organized-crime-and-the-possibility-of-wmd-proliferation/#axzz30O1Jjkjf
[230] Dick Nanto et Liana Sun Wyler, « North Korean Crime-for-Profit Activities », CRS Report for Congress, 25/08/2008, p.11
[231] Ibid. , p.13
[232] Stephanie Dearing, « North Korean diplomats caught smuggling, arrested in Sweden », Digital Journal, 21/11/2009: http://www.digitaljournal.com/article/282479
[233] Dick Nanto et Liana Sun Wyler, « North Korean Crime-for-Profit Activities », CRS Report for Congress, 25/08/2008, p.12
[234] Ibid.
[235] Blaine Harden, « Global insurance fraud by North Korea outlined », The Washington Post, 81/06/2009: http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/content/article/2009/06/17/AR2009061703852_pf.html
[236] Ibid.
[237] Ibid.
[238] Dick Nanto et Liana Sun Wyler, « North Korean Crime-for-Profit Activities », CRS Report for Congress, 25/08/2008, p.13
[239] Blaine Harden, « Global insurance fraud by North Korea outlined », The Washington Post, 81/06/2009: http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/content/article/2009/06/17/AR2009061703852_pf.html
[240] Dick Nanto et Liana Sun Wyler, « North Korean Crime-for-Profit Activities », CRS Report for Congress, 25/08/2008, p.13
[241] Ibid.
[242] Blaine Harden, « Global insurance fraud by North Korea outlined », The Washington Post, 81/06/2009: http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/content/article/2009/06/17/AR2009061703852_pf.html
[243] Ibid.
[244] Ibid.
[245] Arnaud Duval, Le dernier testament de Kim Jong-il, Michalon, 2012 : p.89
[246] David L. Asher, « The North Korean Criminal State, its ties to Organized Crime, and the possibility of WMD Proliferation », NAPSNet Policy Forum, 15/11/2005 : http://nautilus.org/napsnet/napsnet-policy-forum/the-north-korean-criminal-state-its-ties-to-organized-crime-and-the-possibility-of-wmd-proliferation/#axzz30O1Jjkjf
[247] Ibid.
[248] Ibid.
[249] Ibid.
[250] Bradley K. Martin, Under the loving care of the fatherly leader, North Korea and the Kim dynasty, Thomas Dunne Books, 2006, p.587

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