Editorial : Considérations sur les écoutes américaines en France


Photomontage 20 MINUTES – Photos AP / SIPA

La révélation par Wikileaks des écoutes américaines sur l’Elysée appelle un certain nombre de commentaires.

Ce n’est pas la première fois que les Etats-Unis espionnent la France. Le général De Gaulle fut largement espionné par la CIA, qui disposait de taupes dans l’armée et dans la haute administration. « Ils m’écoutent ! Grand bien leur fasse ! » Telle fut la réponse du général lorsque le contre-espionnage français tenta de l’avertir. Le fondateur de la Vème République n’avait en effet pas grand-chose à cacher. Partisan d’une France absolument souveraine, il affirmait ouvertement sa volonté de faire de cette dernière une puissance nucléaire indépendante, possédant la bombe H, des vecteurs et des sous-marins. Il voulait sortir du commandement intégré puis de l’OTAN, rapatrier l’or français et s’opposait farouchement à la guerre du Vietnam. Les écoutes et les taupes ne dissuadèrent pas le général. Seul son départ de la Présidence permit à Washington de restaurer progressivement son influence sur les élites gouvernementales françaises.

La CIA avait également de bonnes raisons d’espionner François Mitterrand avec son gouvernement composé en partie de communistes et sa volonté de construire avec la RFA, les gazoducs qui devaient garantir la sécurité énergétique de l’Europe, grâce au gaz soviétique. Jacques Chirac méritait également l’intérêt de la CIA. Il s’était soumis à la politique balkanique de Washington mais avait rejoint la Russie et l’Allemagne dans la coalition anti-guerre en 2003, dans un sursaut d’indépendance assez étonnant. Contre toute attente, Nicolas Sarkozy sut donner à la politique étrangère de la France une certaine indépendance de Washington. Malgré un atlantisme revendiqué, la crise géorgienne et la vente des Mistral à la Russie équilibrèrent partiellement la réintégration du commandement militaire de l’OTAN et la transformation du Département des Affaires Stratégiques du Quai d’Orsay en un organe de propagande atlantiste. Washington avait donc de bonnes raison d’écouter le Président Sarkozy et pourquoi pas de révéler les scandales financiers dans lesquels il était impliqué.

Tous ces Présidents français furent écoutés. La question qui se pose désormais est de savoir si Washington a vraiment un intérêt à écouter nos dirigeants actuels. Le gouvernement français est depuis 2012, un élève particulièrement zélé et obéissant. Il vient de refuser avec empressement l’asile à Julien Assange. Il a contribué avec Washington à la création de Daesh pour détruire la Syrie, mettant en danger ses propres citoyens sur son propre territoire. Il a quasiment remercié la justice américaine d’avoir infligé une pénalité de 9 milliards de dollars à sa première banque, quels que fussent les dégâts causés au financement de l’économie française. Il a soutenu le coup d’Etat en Ukraine, faignant d’ignorer la composante néonazie des forces désormais au pouvoir. Il a sanctionné la Russie, causant des dommages considérables à son complexe militaro-industriel et à son agriculture. Durant les trois premières années de son mandat, le gouvernement français n’a JAMAIS protégé les intérêts français face aux ingérences de Washington. La prochaine étape sera la reddition face au TAFTA. Pourquoi donc écouter François Hollande ou Manuel Valls, quand il suffit de leur ordonner pour qu’ils obéissent ?

René Rémond définissait trois composantes dans la droite française, bonapartiste, orléaniste et légitimiste. Pour la gauche, le découpage est plus simple. Il y a la gauche Clémenceau, qui ne sacrifie les intérêts français à aucune idéologie. Il y a la gauche Laval, qui considère qu’il vaut mieux un lâche vivant qu’un héros mort. François Hollande et Manuel Valls, n’appartiennent pas à la gauche Clémenceau, pas plus qu’Alain Juppé ou Bruno Le Maire n’appartiennent au gaullisme. Si ceux-là accèdent un jour à la Présidence, la CIA n’aura vraiment pas besoin de les écouter.

 

Xavier Moreau

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