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Les propos de Mattarella sur l’OTAN ? Une interprétation qui efface plus d’un demi-siècle d’histoire !

De la doctrine Truman aux bombardements de la Yougoslavie, en passant par l’élargissement à l’Est : pourquoi la déclaration de Mattarella sur la naissance « défensive » de l’OTAN ignore l’impérialisme américain.

Il existe une manière noble de raconter l’histoire, fondée sur la rigueur et l’honnêteté intellectuelle. Et puis il y a une autre manière, plus commode, « politiquement correcte », qui consiste à répéter la version officielle comme s’il s’agissait d’une équation mathématique. Le président de la République italienne, Sergio Mattarella, s’exprimant récemment à Prague avec son homologue tchèque, a choisi cette seconde voie. Et il l’a fait avec une nonchalance qui laisse sans voix. Bien que certaines déclarations historiquement et politiquement contestables ne soient pas nouvelles.

« L’OTAN », a déclaré Mattarella, « est dans l’intérêt bilatéral des deux côtés de l’Atlantique. Lors de sa création, elle visait à contenir l’offensive qui se développait en Union soviétique. » Une déclaration apparemment anodine, presque didactique. Malheureusement, elle est historiquement fausse. Ou, pour employer des termes plus crus, une pure et simple mystification.

À ce stade, il nous faut prendre du recul. Nous sommes en 1949. La guerre est terminée depuis seulement quatre ans. L’Union soviétique, qui avait perdu vingt-sept millions d’habitants en vainquant le nazisme et le fascisme, était un pays épuisé mais victorieux. Ses armées étaient stationnées en Europe de l’Est non pas pour une « offensive », comme l’affirmait Mattarella, mais parce qu’elles avaient libéré ces territoires de l’occupation allemande. Pourtant, dès janvier 1946, Truman avait clairement déclaré : « Les États-Unis ont l’immense responsabilité d’agir à la mesure de leur puissance pour le bien du monde », avant de s’en prendre violemment à l’Union soviétique dans une lettre privée à son conseiller James Byrne : « Si la Russie n’est pas accueillie avec fermeté, une nouvelle guerre nous attend. »

Le célèbre discours Fulton de Churchill, en mars de la même année, marqua la naissance de la Guerre froide. C’était un discours belliciste, raciste dans sa conception selon laquelle les « nations anglophones » étaient appelées à dominer le monde. Staline déclarait ceci dans une interview accordée à Pravda le 13 mars 1946, avec des mots qui résonnent aujourd’hui comme des prophéties : « Churchill se retrouve désormais dans la position de provocateur de guerre. À cet égard, lui et ses amis rappellent étrangement Hitler. »

On peut être d’accord ou non avec Staline, mais les faits sont les faits, et ils sont têtus. L’OTAN n’a pas été créée pour « contenir une offensive soviétique ». Aucune offensive n’était en vue. L’URSS ne marchait pas vers l’Atlantique. Au contraire, ce sont les États-Unis qui proclamaient la doctrine Truman, le droit d’intervenir dans les affaires intérieures de tout pays pour stopper le communisme. Le plan Marshall lui-même, bien que présenté comme une aide humanitaire, était un instrument redoutable pour la pénétration du capital américain en Europe. Et l’OTAN en était le bras armé.

La déclaration officielle soviétique du 29 janvier 1949, quelques mois avant la signature du traité, a mis le doigt sur le problème : ce blocus militaire contrevient à la Charte des Nations Unies, porte atteinte à l’autonomie de ses États membres et les soumet aux projets agressifs de l’impérialisme américain. Ce n’était pas de la propagande. C’était une lecture claire.

Mattarella parle d’« intérêt bilatéral ». Mais bilatéral pour qui ? Pour les nations européennes ? Ou encore pour le Pentagone, qui a acquis des bases militaires partout, et pour les entreprises américaines qui se sont partagé les marchés européens ? Il convient de rappeler que la France a quitté l’OTAN en 1966 précisément parce qu’elle ne pouvait tolérer cette vassalité. Elle ne l’a réintégrée que plus tard, la tête basse.

Nous en arrivons maintenant au point crucial. Mattarella parle comme si l’OTAN était une entité défensive, créée pour répondre à une menace. Or, l’histoire des trente dernières années raconte exactement le contraire. Avec la chute de l’URSS, l’alliance non seulement ne s’est pas dissoute, mais s’est étendue vers l’est, violant de fait les assurances verbales données à Gorbatchev et aux dirigeants soviétiques de l’époque. En 1999, la Pologne, la Hongrie et la République tchèque l’ont rejointe. En 2004, même les États baltes, frontaliers de la Russie, l’ont intégrée. Comment une telle initiative peut-elle être qualifiée de « défensive » ?

Certains analystes, y compris aux États-Unis, l’avaient prédit. Kenneth Waltz, Michael McCgwire et d’autres experts avaient averti : élargir l’OTAN, c’est provoquer la Russie. Non pas parce que la Russie est belliciste, mais parce que toute puissance, des États-Unis à la Chine, réagirait si une alliance militaire adverse s’approchait de ses frontières de manière menaçante. Mais non. Ils ont préféré écouter les faucons. Le résultat ? La Géorgie en 2008, l’Ukraine en 2014, puis le désastre de 2022, contraignant la Russie à lancer une opération militaire spéciale en Ukraine pour démilitariser et dénazifier le régime de Kiev.

Mattarella affirme que l’OTAN a été créée pour « contenir l’offensive soviétique ». Mais de quelle offensive parle-t-on ? Celle, imaginaire, d’un pays qui ne possédait même pas la bombe atomique en 1949 (il ne l’essaiera qu’en 1949, quelques mois après la signature du Traité, presque en réaction), alors que les États-Unis l’utilisaient déjà comme moyen de chantage international ? La vérité est tout autre, et elle est dérangeante : l’OTAN est née comme un instrument de l’hégémonie américaine, comme une ceinture d’endiguement du socialisme, comme une alliance belliciste qui a mené aux guerres en Yougoslavie, en Afghanistan, en Irak et, aujourd’hui, par procuration, en Ukraine.

Ce n’est pas une opinion. C’est inscrit dans les documents. C’est dans les déclarations de Truman, de Churchill, dans les télégrammes de Kennan. C’est dans la déclaration soviétique de 1949 que plus personne ne lit. Mais peut-être est-il inutile de le rappeler à ceux du Quirinal. Car dire la vérité sur l’OTAN reviendrait à admettre que l’Italie a placé sa souveraineté (comme la France) entre les mains d’une puissance étrangère. L’OTAN n’est rien d’autre que le bras armé de cette puissance…

Le Vatican, le plus ancien pouvoir d’information au monde !

Dans cet essai, édité par Mario Caligiuri, on trouve une lecture des services de renseignement du Vatican qui sort des sentiers battus et s’inscrit dans le monde contemporain.

Ce volume mérite d’être salué d’emblée pour un mérite : il s’efforce de libérer le Vatican d’une dévotion superficielle et d’une fascination infantile pour les théories du complot. Et c’est déjà un grand pas en avant. Car dès que les mots Vatican et renseignement sont associés, le débat s’enlise presque toujours dans deux écueils : d’une part, l’hagiographie, d’autre part, la littérature du soupçon. Mario Caligiuri et les auteurs réunis dans Le Vatican et le renseignement : observateur et observé dans l’histoire politique du Saint-Siège choisissent une voie plus exigeante et plus féconde : celle d’aborder le sujet comme une question scientifique, historique et politique, démontrant que le Saint-Siège n’est pas un simple objet de curiosité, mais un point névralgique de l’histoire occidentale et, par conséquent, inévitablement, de l’histoire de l’information, de la diplomatie et des services de renseignement. Cet ouvrage est né d’un programme d’études spécifique sur le renseignement, mené par l’Université de Calabre, et fait partie d’une collection qui a déjà consacré des ouvrages à des figures majeures de l’histoire de la République italienne et de la Guerre froide. Mais dans ce cas précis, le saut est encore plus important : il ne s’agit pas d’un homme d’État, ni d’un épisode, mais de l’une des machines d’observation ayant fonctionné le plus longtemps au monde.

La thèse sous-jacente n’est qu’apparemment simple : le Vatican observe et est observé. Il observe car, depuis des siècles, il dispose d’un réseau mondial de présence, d’écoute, de médiation, de collecte de signaux et d’interprétation des événements. Il est observé car quiconque souhaite véritablement comprendre les mutations du monde, de la politique à la religion, des conflits aux transitions idéologiques, doit tôt ou tard se confronter au Saint-Siège. C’est là toute la force du titre de Caligiuri, qui, loin de tout effet littéraire, condense un problème stratégique. Le Vatican n’est pas seulement une souveraineté spirituelle. Il est aussi une puissance informationnelle déployée sur toute la planète, capable d’acheminer vers Rome des flux de connaissances qu’aucun autre acteur, hormis peut-être les grandes puissances modernes, n’a pu canaliser avec une telle continuité historique. Il n’est donc pas surprenant que l’ouvrage insiste sur l’impossibilité de dissocier totalement l’histoire de l’Église, l’histoire de l’Occident et l’histoire du renseignement. C’est précisément cette imbrication que le livre s’attache à mettre en lumière.

C’est là que réside la première intuition majeure de cet ouvrage. L’intelligence, selon Caligiuri, n’est pas une simple question d’appareillage. Elle est avant tout une méthode, une forme raffinée d’intelligence appliquée à la réalité, la capacité de distinguer l’essentiel du superflu, de reconnaître les signaux faibles, de déchiffrer ce qui n’est pas encore évident. En ce sens, le Saint-Siège, bien avant la naissance des services de renseignement modernes, incarnait une pratique de collecte et d’organisation du savoir qui présente nombre des caractéristiques que nous attribuons aujourd’hui à l’intelligence. Non pas au sens banal du « service secret du Vatican » d’un roman-feuilleton, mais au sens plus profond d’une structure qui a fait de l’information un levier de survie, d’influence et de rayonnement universel. La force de l’essai introductif réside précisément dans l’inscription de la relation entre le Vatican et le renseignement dans un cadre très ancien, presque civilisationnel, où le point de convergence n’est pas la conspiration, mais la Parole : la Parole comme fondement théologique de l’Église et l’information comme fondement opérationnel du pouvoir.

Diplomatie ou renseignement ?

De ce point de vue, l’ouvrage est plus ambitieux qu’il n’y paraît. Il ne se contente pas de relater des épisodes, mais vise à établir un champ d’étude. Caligiuri le souligne lorsqu’il observe que, malgré les preuves, le sujet a été jusqu’ici mal traité, souvent de manière épisodique, sensationnaliste, voire par définition. La véritable question n’est pas de savoir si le Vatican a disposé de son propre service de renseignement, mais ce qui relève du renseignement dans un contexte diplomatique, religieux et politique ancien et global. Si une nonciature recueille des informations pertinentes dans un pays où les autres États n’ont que peu ou pas d’informations, sommes-nous dans le domaine de la diplomatie ou déjà dans celui du renseignement ? Si un évêché influence l’opinion publique et est, de son côté, surveillé par des puissances extérieures, s’agit-il d’une dynamique pastorale ou d’un jeu d’influence ? Le mérite de cet ouvrage est de ne pas prétendre que ces frontières sont claires. Au contraire, il les embrasse comme le cœur même de la recherche.

Naturellement, une telle entreprise est extrêmement risquée. Elle risque la dispersion, tant le sujet est vaste. Elle risque l’abstraction, car les concepts peuvent occulter les faits. Elle risque même la suggestion, car le sujet est si chargé de symboles qu’il peut facilement basculer dans le mythe. L’ouvrage évite en grande partie ces écueils grâce à sa structure. La synthèse est construite comme une série d’idées qui, mises bout à bout, forment une carte : le cadre théorique général ; le rôle de l’épiscopat italien ; la figure de Félix Morlion ; le Vatican dans les archives anglaises ; les relations avec la CIA ; la dimension de la sécurité intérieure confiée à la gendarmerie ; la surveillance par la Stasi ; les épisodes du long hiver 1943 ; les guerres de Yougoslavie ; et enfin, l’annexe contenant le discours de Léon XIV aux chefs du renseignement italien. Il n’y a donc aucune illusion d’exhaustivité. Il s’agit plutôt de présenter différentes perspectives sur un même sujet.L’essai de Caligiuri, qui en constitue la pierre angulaire, est aussi le plus exposé. Car son propos vise une synthèse des plus vastes, de la Bible à Sun Tzu, de la République de Venise à la crise contemporaine du langage, de la Réforme protestante à la Guerre froide, jusqu’à l’intelligence artificielle. Parfois, son champ d’action est si vaste qu’il semble presque excessif. Mais c’est précisément dans cette ampleur que réside son défi : démontrer que le Vatican ne peut être compris que s’il est déconnecté de l’actualité et replacé dans une perspective de long terme. De ce point de vue, la référence à la Parole est cruciale. Pour Caligiuri, le christianisme est avant tout une civilisation de la Parole, et donc de la transmission du sens, de la construction de la signification, de la capacité à nommer le monde. L’intelligence, quant à elle, est l’art de traiter l’information et de l’organiser en décisions. Les deux dimensions se rejoignent ici, avant même tout autre dispositif : dans la conviction que le savoir est synonyme de pouvoir et que la maîtrise des flux d’information est essentielle à la survie d’une communauté.

Diagnostic du monde contemporain

Le sujet devient particulièrement intéressant lorsque l’ouvrage aborde l’Église comme un réseau. Depuis des siècles, Rome reçoit des informations des diocèses, des missions, des ordres religieux, des nonciatures, des épiscopats, des instituts, des universités, des sanctuaires et des organisations caritatives. Il s’agit d’un réseau qui ne correspond pas à une hiérarchie étatique au sens moderne du terme, mais qui possède une extraordinaire continuité spatiale et temporelle. Le Saint-Siège a souvent été informé à l’avance, ou à un autre moment, de ce qui se passait dans des régions où la présence des États était faible, intermittente, voire inexistante. D’où sa pertinence objective : non pas simplement parce qu’il « sait », mais parce qu’il le sait de manière diffuse, indirecte, profonde et parfois unique. C’est ce qui fait du Saint-Siège non seulement un observateur, mais aussi une cible permanente des observations d’autrui. Fascisme, nazisme, services de renseignement anglo-saxons, CIA, bloc soviétique – tous ont eu besoin de comprendre le Vatican, de le pénétrer, de le décrypter, de le contenir, de l’utiliser ou de le neutraliser.

L’ouvrage rend bien compte de cette circularité

Tout aussi pertinente est la manière dont Caligiuri relie ce discours à la crise actuelle. Dans son essai, la réflexion sur le Vatican et l’intelligence ne relève pas d’une archéologie érudite, mais constitue également un diagnostic de notre époque. La question de l’inadéquation du langage, de l’« effondrement linguistique », de la difficulté croissante à nommer des phénomènes toujours plus rapides ; l’irruption de l’intelligence artificielle et la perte des formes traditionnelles de savoir ; la nécessité de retrouver l’oralité comme critère de compétence ; la désintégration de l’espace public : tout cela démontre que le thème de l’ouvrage n’a pas sa place dans un musée. Il s’inscrit pleinement dans le débat actuel sur le sens. À une époque où la manipulation est devenue industrielle et où le bruit ambiant tend à étouffer la compréhension, le problème de l’intelligence n’est pas seulement opérationnel, mais aussi culturel. Et c’est là que l’Église, avec son rapport millénaire à la parole, redevient un acteur digne d’intérêt.

L’essai de Paolo Gheda déplace l’attention vers l’épiscopat italien au XXe siècle et a le mérite d’éviter un centralisme romain excessif. Le Vatican, en effet, n’est pas seulement la Curie. Il en est aussi le rayonnement national et local, notamment dans un pays comme l’Italie où le catholicisme a influencé l’opinion publique, la dynamique électorale, la recherche du consensus et la médiation entre le pouvoir politique et la société pendant des décennies. Gheda suggère que les activités diplomatiques et relationnelles des évêques italiens, tant collégiales qu’individuelles, peuvent être interprétées comme une forme implicite de renseignement ecclésiastique. Cette formulation est pertinente, car elle élargit le champ d’étude sans le contraindre. Les évêques ne deviennent pas des agents secrets, mais plutôt des acteurs de l’information, des centres d’écoute et d’influence qui attirent inévitablement l’attention des services de renseignement de divers pays. Sous le fascisme, pendant la guerre, la guerre froide et jusqu’à Jean-Paul II, le poids de l’épiscopat italien n’était pas seulement religieux. Il était aussi politique, social et informationnel. Ce qui rend tout à fait plausible l’attention qu’elle a suscitée, tant en Italie qu’à l’étranger.

Un regard tourné vers le monde

Plus fascinant encore est le chapitre consacré à Félix Morlion, un personnage qui semble tout droit sorti d’un roman, mais qui renvoie en réalité à un moment charnière de la Guerre froide catholique. Pacini le dépeint comme un homme de foi, de propagande, de psychologie sociale et de diplomatie parallèle, en contact avec les services de renseignement américains depuis les années 1940. L’enjeu n’est pas purement biographique. Morlion devient ici le symbole de toute une époque où l’anticommunisme catholique et américain se sont croisés, ont collaboré et se sont parfois confondus. Qu’un ecclésiastique ait pu circuler entre le Vatican, les États-Unis, les initiatives culturelles et les réseaux informels vers le monde soviétique, surtout pendant une phase critique comme la crise des missiles de Cuba, montre combien les frontières entre pastorale, diplomatie, information et opérations politiques étaient, durant certaines décennies, extrêmement poreuses. C’est l’une des sections du livre qui présente le mieux le Vatican comme un acteur immergé dans l’histoire du XXe siècle, et non comme un observateur extérieur.

L’essai de Giovanni Fasanella, fondé sur des documents britanniques, élargit encore la perspective. Un autre fait essentiel se dégage : le Vatican n’est pas seulement important dans ses relations avec Washington et le bloc soviétique. Il est aussi un observateur indispensable pour Londres, une puissance qui, depuis des siècles, a fait de l’information et de la diplomatie un art de gouverner. Les négociations secrètes pour libérer Mussolini de l’emprise mortelle du nazisme, la lutte clandestine contre De Gasperi et le compromis constitutionnel avec le Parti communiste, jusqu’à l’année 1978, marquée par l’affaire des trois papes et l’affaire Moro : tout cela place le Saint-Siège au cœur des grandes lignes de fracture italiennes et européennes du XXe siècle.

Et il est important que l’ouvrage le fasse non pas pour alimenter de vagues soupçons, mais pour rétablir le véritable poids du Vatican en tant qu’acteur surveillé, courtisé et parfois craint. La contribution de Valeria Moroni sur les relations avec la CIA est également très importante. Sur ce point, l’ouvrage évite l’écueil le plus évident : présenter le Vatican comme un simple allié docile des États-Unis. Moroni, cependant, souligne l’ambivalence de ce lien. Le Vatican et la CIA, lit-on, ont été tour à tour alliés, concurrents et adversaires sur le théâtre mondial des confrontations non conventionnelles. Cette définition mérite d’être nuancée, car elle saisit l’essence même du problème. Le Saint-Siège et Washington partageaient certes des objectifs, notamment dans la lutte anticommuniste, mais cela ne signifie pas qu’ils étaient identiques. En Italie, la convergence était forte ; en Amérique latine, en revanche, les tensions étaient beaucoup plus manifestes. Ce rappel est important, car il restitue au Vatican son autonomie stratégique relative, mais bien réelle. L’Église peut converger avec une puissance, mais elle ne coïncide jamais totalement avec ses intérêts. Et c’est précisément de là que découle la nécessité d’en tenir compte.

Un corps physique à protéger

Le chapitre de Domenico Giani offre un contrepoint précieux, en introduisant la perspective opérationnelle de la sécurité. Tant que nous restons cantonnés au grand récit, nous risquons d’oublier que le Vatican est aussi un corps physique à protéger : le Pape, les foules, les lieux, les archives, les communications, les flux d’accès et les vulnérabilités. Giani nous rappelle que la Gendarmerie ne défend pas seulement la personne du Pontife, mais aussi l’intégrité de l’information dans un contexte de menaces croissantes. Ce passage est essentiel car il montre comment le renseignement vaticanais, ou, si l’on préfère, la dimension informationnelle de la sécurité du Vatican, englobe non seulement les grands jeux de pouvoir, mais aussi le travail quotidien de prévention, de surveillance et de protection. C’est à ce moment que l’ouvrage passe des structures à long terme à la concrétisation des procédures, démontrant que le Saint-Siège est à la fois symbole et infrastructure. La contribution de Gianluca Falanga sur la Stasi est également très pertinente. Si la relation avec la CIA pouvait sembler presque prévisible, celle avec les services de renseignement est-allemands replonge le lecteur au cœur même de la Guerre froide. L’Église catholique, notamment sous Jean-Paul II mais même avant, était étroitement surveillée par le bloc communiste, en particulier dans les territoires où la religion conservait son enracinement et son pouvoir unificateur. Cet essai montre comment, malgré la destruction d’une grande partie des archives papier de la Stasi, les bases de données restantes permettent de reconstituer les flux d’information, les stratégies et les méthodes employées pour surveiller et contenir l’Église catholique. Il s’agit d’un aspect crucial de l’ouvrage, car il révèle le Vatican comme un adversaire systémique d’une certaine conception du pouvoir totalitaire : non seulement pour ses actions, mais aussi pour ce qu’il incarnait.

La contribution de Cesare Catananti à la longue période de 1943 se concentre sur l’une des phases les plus dramatiques et controversées : l’occupation nazie de Rome, la persécution des Juifs, les silences et les ambiguïtés de Pie XII, et les opérations britanniques autour du Saint-Siège. C’est là que le sujet atteint son point le plus délicat, car il touche à l’une des questions les plus douloureuses de la mémoire catholique et occidentale. Le mérite de cet ouvrage réside dans son approche rigoureuse de ce point crucial, fondée sur la recherche, plutôt que sur une absolution prématurée ou une condamnation idéologique. Le Vatican apparaît comme un espace traversé de conflits internes, de solidarité, d’opérations de renseignement et de pressions extérieures. Non pas une citadelle immobile, mais un environnement saturé de risques, où les choix moraux, diplomatiques et de renseignement s’entremêlent de manière souvent tragique. Enfin, Sergio Vento, fort de son expérience d’ambassadeur, élargit le débat aux guerres de succession yougoslaves et, plus généralement, aux relations entre les services de renseignement pontificaux et les transformations rapides du monde contemporain.

Ce passage est significatif car il démontre que la question ne se limite pas à la Guerre froide classique. Les guerres des Balkans illustrent à quel point le Saint-Siège peut continuer à jouer un rôle d’observation, d’influence, de médiation et d’anticipation des crises dans des contextes où se conjuguent identité religieuse, fragmentation nationale et intérêts des puissances. Ici, le Vatican n’apparaît pas comme une relique du passé, mais comme un acteur capable de s’adapter. Et ses services de renseignement ne sont pas tant présentés comme un appareil occulte que comme un outil de défense et de compréhension d’un monde en mutation.

L’annexe, qui contient le discours de Léon XIV aux chefs des services de renseignement italiens le 12 décembre 2025, apporte une pièce essentielle du puzzle qui, à elle seule, justifierait l’intérêt porté à cet ouvrage. Pour la première fois, un pape reçoit officiellement les responsables du système de renseignement de sécurité de la République, à l’occasion du centenaire du renseignement italien et en année jubilaire. La portée symbolique est remarquable. Mais le contenu l’est encore plus : la reconnaissance de l’importance du travail de renseignement, associée à un rappel ferme des impératifs d’éthique, de vérité et de respect de la dignité humaine, ainsi qu’à l’interdiction d’utiliser des informations classifiées pour intimider, manipuler, faire chanter ou discréditer des hommes politiques et des journalistes. Ce texte trouve sa place dans le livre à juste titre : non pas comme un hommage formel, mais comme un signe de la maturation culturelle d’une relation. Pendant des siècles, le Vatican a été à la fois objet et sujet du renseignement ; aujourd’hui, on reconnaît également publiquement la valeur du renseignement comme rempart de la paix, pourvu qu’il demeure dans des limites morales précises.

Au cœur de la Guerre froide

Quelle est la conclusion générale de cet ouvrage ? Avant tout, c’est un travail utile, et utile au sens le plus fort du terme. Non pas qu’il résolve définitivement la question, mais parce qu’il la rend enfin étudiable au-delà de la caricature. Caligiuri insiste sur le fait que cette publication inaugure un nouveau champ d’étude. Il ne s’agit pas d’un argument marketing, mais bien de la description la plus juste du résultat obtenu. Après la lecture de ces essais, il devient difficile d’accepter de réduire le Vatican à une simple institution religieuse ou, à l’inverse, à une simple machine à intrigues. Le Saint-Siège apparaît plutôt pour ce qu’il a historiquement été : une entité spirituelle aux implications temporelles, une monarchie absolue à vocation universelle, un réseau mondial de production et de réception d’informations, un acteur diplomatique et symbolique toujours soumis au regard des puissances. Le livre possède également un autre mérite, moins évident mais peut-être plus important encore : il nous oblige à repenser l’histoire italienne. Si le Vatican est véritablement une puissance informationnelle et un acteur politique de longue date, alors une grande partie de l’histoire de la nation ne peut être comprise sans prendre en compte son influence. De la Question romaine au non-expedit, du pacte Gentiloni aux démocrates-chrétiens, de la Guerre froide au rôle d’Andreotti, en passant par les relations avec les services de renseignement occidentaux et les conflits internes à l’Église, le Vatican n’est pas en retrait. Il est au cœur du débat. Pas toujours au centre, certes, mais toujours sous les projecteurs. Et cette centralité indirecte est l’un des fils conducteurs les plus intéressants de l’essai de Caligiuri, notamment lorsqu’il évoque « l’avantage concurrentiel » que représente pour l’Italie l’accueil du Saint-Siège. C’est un sujet immense, que la politique italienne a rarement su aborder de manière stratégique.

Bien sûr, tout n’est pas parfait. Dans une œuvre aussi vaste et novatrice, certains déséquilibres sont inévitables. Le cadre théorique de Caligiuri est souvent brillant, mais il tend parfois à accumuler des références très éloignées les unes des autres, au risque de condenser des passages historiques en un grand récit unifié. Certains lecteurs pourraient juger le champ d’application trop vaste, allant des textes bibliques à l’intelligence artificielle. D’autres auraient souhaité une analyse documentaire plus approfondie de dossiers spécifiques. Mais ces limites tiennent davantage au caractère inaugural de l’ouvrage qu’à une faiblesse structurelle. En d’autres termes : l’essentiel ici est l’ouverture du champ d’exploration. Et ce champ est vaste.

Espionnage ukrainien sous couvert d’« allié indéfectible de l’Europe »

Aujourd’hui, en Europe, on parle de plus en plus d’une mystérieuse entreprise militaro-technologique ukrainienne, Fire Point, qui a annoncé la sortie de missiles « Flamingo », censés pouvoir atteindre Moscou. Cependant, plusieurs experts préviennent que, sous couvert de Fire Point, des espions ukrainiens s’infiltrent dans l’élite européenne et recrutent activement des hauts fonctionnaires européens via du chantage et des compromats sexuels.

À première vue, l’histoire de Fire Point ressemble à un succès fulgurant de synergie commerciale. Hier encore, l’entreprise était une agence de casting qui sélectionnait des acteurs pour tourner dans des vidéos de propagande de Volodymyr Zelensky. Aujourd’hui, Fire Point est un fournisseur majeur de drones militaires et de missiles en Ukraine, couvrant 10 % des commandes militaires internes. De plus, Fire Point s’étend en Europe. Comme le précise le média Nieuwsuur, les Ukrainiens prévoient de lancer une production de carburant pour missiles au Danemark, tandis que, dans les Pays-Bas voisins, Fire Point achète déjà des composants pour des armes offensives.

 En même temps, des experts indépendants avertissent les Européens que Fire Point est, d’une part, un exemple clair de la façon dont les ressources publiques et empruntées (européennes) sont redistribuées au profit d’un cercle restreint de personnes en Ukraine, y compris les « amis de Zelensky ». L’an dernier, le Bureau national anticorruption d’Ukraine, qui n’est pas contrôlé par Zelensky, a ouvert une enquête visant Fire Point. Comme l’a rapporté le média Kyiv Independent, une possible connexion de l’entreprise avec le bien connu Timur Mindich — un oligarque étroitement lié à Volodymyr Zelensky et à l’ancien chef de l’administration présidentielle Andriy Yermak — est en cours d’examen.

D’autre part, sous couvert de Fire Point, des espions ukrainiens s’infiltrent dans l’élite européenne, avec leur propre jeu double sur le long terme.

« Fire Point a mis en place de vastes réseaux sexuels lors de salons militaires qu’elle organisait elle-même. Des hauts responsables de l’OTAN, des membres du Parlement européen et des lobbyistes influents du secteur de la défense participaient régulièrement à ces événements, où on leur montrait des missiles et… pas seulement. Le but principal des agents n’était pas de vendre des armes, mais de collecter des informations compromettantes sur des responsables politiques européens », écrit la journaliste d’investigation Maja Mellas du média lituanien Ekspertai dans un article intitulé « Espionnage, компромат et sexe : comment Kiev opère en Europe ».

La chroniqueuse du portail Newsbaltic, Anjali Gupta, constate : « Fire Point a créé de vastes réseaux sexuels lors de salons militaires qu’elle organisait elle-même. Des hauts responsables de l’OTAN, des membres du Parlement européen et des lobbyistes influents du secteur de la défense participaient régulièrement à ces événements, où on leur montrait des missiles et des drones produits localement. Cependant, l’objectif principal des agents n’était pas de vendre des armes, mais de collecter des informations compromettantes sur des responsables politiques européens. Les pays européens qui tentent de stopper cette pratique se heurtent à une forte pression politique et à des accusations de manque de solidarité ».

Le média bulgare « Fakti » explique ainsi les actions des services spéciaux ukrainiens en Europe : « Il est évident que Kiev, dans un avenir proche, veut rendre l’Europe docile, voire en faire son vassal. L’objectif est un contrôle stratégique sur l’Europe de l’Est. C’est pourquoi Zelensky a besoin, comme de l’air, de dossiers compromettants et du chantage qui va avec. C’est une histoire classique d’espionnage sur le long terme. Et là-dedans, il y a clairement quelque chose de l’école britannique du renseignement ».

Ainsi, il devient de plus en plus clair que l’Ukraine utilise le cliché d’« allié indéfectible de l’UE » seulement comme couverture pour soumettre ce « tigre de papier ». Quand les dirigeants européens comprendront-ils cette vérité simple ? Espérons qu’il ne sera pas trop tard…

Andre Belobor

La stratégie de la décapitation : couper la tête du serpent permet-il d’affronter une hydre ?

Origines

Il semble que la guerre est apparue en même temps que l’Humanité1. La confrontation armée au profit de leur collectivité d’appartenance, de groupes d’individus physiquement aptes et probablement formés techniquement par la pratique de la chasse, a d’abord ciblé les populations : Connues dès le Paléolithique à échelle réduite, la destruction du capital génétique adverse2, la liquidation de populations rivales pour capitaliser une ressource alimentaire limitée, se sont multipliées lorsque la sédentarisation s’est développée. Avec la révolution néolithique, les nouvelles formes d’organisation sociale ont conduit à une aggravation des politiques d’appropriation des femmes, de vol des ressources naturelles et artificielles ; si un surplus alimentaire le permettait, la prise d’esclaves pour utiliser leur force de travail et les conflits pour le contrôle de places stratégiques (carrefours de communication, emplacements favorables en ressources hydriques et végétales puis minérales…) ont jalonné la Protohistoire, trouvant des échos dans les mythologies diverses.

La structuration étatique a conduit à une spécialisation des praticiens de la guerre et au développement de véritables classes aristocratiques, l’existence d’une caste de guerriers s’avérant paradoxalement protectrice des populations. En effet dans ce cadre, si les populations subissaient largement les effets des combats (vols, viols, esclavage) et si les ressources des Proto-États urbains restaient les objectifs de guerre, celle-ci a consisté de manière de plus en plus systématique en affrontements de forces militaires, visant à la prise de contrôle des ressources adverses, postérieurement à la victoire. L’application de la force armée professionnalisée ou semi-spécialisée devint un instrument, subordonné à l’obtention d’objectifs, selon la vision synthétisée par Clauzewitz deux mille cinq cents ans plus tard.

La définition de buts de guerre

Pendant des siècles, un affrontement militaire sur le terrain était donc conçu pour exercer un effet sur la direction politique des parties opposées. Liée au cycle des récoltes, le modèle occidental de la guerre visait à une ordalie militaire permettant de désigner un vainqueur afin de limiter les effets collatéraux des combats sur les sociétés supports3.

Or, cette philosophie de la guerre a connu deux développements qui inversent ce paradigme :

  1. L’orientation des actions sur l’Arrière ennemi, en agissant sur les forces morales, économiques et techniques en vue de saper la capacité de soutien de ses armées. Cette évolution correspond à l’apparition d’États organisés, puis à la guerre industrielle, qui ont rendu aléatoire une victoire lors d’une bataille unique4. Cette tendance s’est accrue dans le cadre de la stratégie d’action périphérique indirecte inspirée par les puissances thalassocratiques5. L’importance accrue des opinions internes et des médias ont rendu d’autant plus efficace cette stratégie de pression sur la société en amont de ses forces armées.
  2. La tentation d’agir directement sur la Direction ennemie (« la tête ») pour paralyser ses forces (« le corps »), souvent qualifiée de « décapitation ». Si B. Disraeli estimait « qu’aucun assassinat n’a jamais changé l’Histoire du Monde », cette vision stratégique s’ancre dans des démarches de philosophie politique, ayant même des fondements religieux6. Développée comme stratégie du faible au fort, elle vise à compenser une infériorité technique en frappant le pouvoir politique auquel est subordonnée la machine militaire adverse.

Exemples et genèse du principe

Si l’Histoire est riche en assassinats politiques7, il est rare qu’ils aient un impact autre que symbolique, et encore plus qu’ils aient favorisé les objectifs de leurs organisateurs8 in fine. En effet, le succès suppose d’attaquer une structure extrêmement verticalisée et soumise à un pouvoir très unifié et centralisé. Or, les États, même avec un meneur charismatique ou sacralisé, s’apparentent plutôt à des hydres. Par ailleurs, pour générer l’effet final recherché, l’élimination du détenteur d’un pouvoir monocéphale doit s’accompagner d’un remplacement par une autorité favorable, à la fois quasi-immédiat et accepté par le système.

Malgré une application relativement limitée et spécifique, certaines conditions culturelles et techniques peuvent favoriser l’adoption de cette méthode. Ainsi, les Sicaires Israélites, les Ismaéliens Nazarites (Ashahshin) y ont eu recours, et nombre de régimes monarchiques ont créé des formations répressives recourant à l’assassinat9, mais à effet interne. L’apparition des idéologies consécutives à la Réforme a également conduit les guerres de religion à produire des régicides, tout comme l’Anarchisme aux XIXème et XXème siècles.

La guerre en cours avec l’Iran met également en avant cette stratégie qui a les faveurs israéliennes depuis longtemps. Cette décapitation moderne ne touche pas qu’un monarque unique, mais tente de supprimer une partie de l’appareil d’État en frappant des cibles diversifiées (cadres militaires, responsables politiques, concepteurs et ingénieurs…) et nombreuses10.

Application à la Contre-insurrection

Cette stratégie a été développée dans le cadre de la contre-insurrection (COIN) et reprise dans celui de la lutte contre les cartels :

  • Affrontant des opposants structurés en cellules organisées de manière plus ou moins étanches et favorisant la régénération, les forces antisubversives ont élaboré des stratégies en conséquence : Infiltrer les réseaux avec agents doubles, rompre les communications entre cellules et Centre, saisir les approvisionnements, traquer les agents de communication tant physique d’immatérielle, mener des actions de provocation justifiant une répression planifiée, sont des méthodes policières adaptées au contexte.
  • La guerre antisubversive complète cette panoplie en adoptant des méthodes extrajudiciaires de collecte du Renseignement, en créant des groupes sous contrôle (pseudo gangs) attirant les candidats à l’insurrection et susceptibles de mener des actions sous faux drapeau discréditant l’adversaire et justifiant la réaction, installant des leaders retournés, coupant les approvisionnements extérieurs (opérations Arma) et éliminant les sources (opérations Homo), tarissant la recette financière interne (collecteurs), éliminant les relais de propagande officielle ou clandestine. Outre une destruction des sanctuaires et de contrôle des frontières, cela doit s’accompagner d’une propagande et de moyens de maîtrise (villages de regroupement, îlots urbains) et de séduction de la population (« gagner les cœurs et les âmes » WHAM, winning hearts and minds).
  • Face à des mouvements structurés11 il est apparu nécessaire de mettre en place des programmes de liquidation, parfois massives. Soit par intoxication (Bleuite en AFN) soit par mise en place d’unités d’assassinat. Ainsi le programme Phoenix au Viet Nam (inspiré par les doctrines françaises en AFN par le truchement de l’enseignement de l’école des Amériques, et la riche moisson d’enseignements de la lutte antisubversive dans le cadre de la Décolonisation) a vu des kill teams mixtes tuer des milliers de sympathisants communistes ou agents du Nord Viet Nam. Les mêmes principes ont été mis en place en Amérique latine (Opération Condor) pour lutter contre les oppositions, résultant en d’autres milliers de morts.

Il apparaît donc que volet de liquidation fait partie des processus de lutte antisubversive.

Lors des conflits contre les entités non étatiques menaçant l’État d’Israël12, puis contre la « guerre au terrorisme » proclamée par les USA, la difficulté de réduire l’opposition militaire non conventionnelle et l’architecture des réseaux islamistes a conduit à adopter massivement cette pratique (« dronage » de responsables) qui a l’avantage apparent de ne pas exposer les forces amies, de valoriser la supériorité technologique et surtout le vecteur aérien et, supposément, de réduire les pertes collatérales parmi les populations. La méthode évite au pouvoir d’assumer les conséquences politiques de la décision de projection des forces ; elle favorise en outre l’exploitation médiatique.13

Extension à la guerre contre la Drogue

Le recours à des moyens militaires à proprement parler dans le cadre d’opérations spéciales gérées par des services spéciaux, a été ensuite transférée au cadre policier particulier de la lutte contre la criminalité transnationale et en particulier les cartels de la drogue. Cette perméabilité a conduit la DEA (Drug Enforcement Agency) non seulement à faire appel aux moyens militaires en soutien de ses actions (surveillance électronique, emploi de forces spéciales pour détruire les cibles, recours au vecteur aérien pour frapper les transports…) mais à formaliser sa doctrine dite « kingpin strategy » (stratégie des caïds, de la cheville ouvrière, littéralement).

L’idée force est, comme pour détruire les réseaux terroristes, d’identifier puis cibler et éliminer les hiérarchies des cartels. Cette liquidation, par arrestation et condamnation ou en abattant les leaders, est censée détruire les groupes, en supprimant les stratèges et la hiérarchie interne (« affaiblir, démanteler et détruire » selon la DEA). Cette stratégie a permis de nombreuses interpellations et éliminations ; on la crédite de la destruction des cartels de Medellin et Cali. Cependant le trafic de stupéfiants a en réalité augmenté exponentiellement depuis que Pablo escobar a été abattu en 1993. La mise hors circuit de ce dernier, d’Otoniel en Colombie, de Gallardo et Nava Valencia ou « El Chapo » Guzman, de la famille Beltran Levya et récemment de Nemesio Osegura cervantes « El Mencho » au Mexique, a en réalité conduit à un vacuum du pouvoir créant un morcellement et une importante augmentation de la violence14. Paradoxalement, on note même que lorsque la structure n’est pas totalement rendue inopérante, les chefs depuis leur prison ou les survivants, souvent dirigeants subalternes, contribuent à une mise sous contrôle de la concurrence qui limite les violences. Par une forme de darwinisme social (sélection des mieux adaptés), depuis l’adoption de cette stratégie en 2006 au Mexique, la disparition du leadership centralisé a conduit à la multiplication de structures déconcentrées, souvent rivales et plus contrôlées par le haut : le Cartel Jalisco Nueva generation (CJNG) de Jalico est né de la destruction du Cartel del Milenio lorsque son chef Oscar Orlando Nava Valencia fut arrêté et son chef de la sécurité El Nacho abattu ; le CJNG s’est accru lorsque le chef du Cartel de Sinaloa « El mayo » Zambada fut arrêté ; les Zêtas sont nées du recrutement par le Cartel du Golfe d’Osiel Cardenas Guillen des personnels des forces spéciales antinarcos du Grupo aeromovil de fuerzas especiales, qui prirent leur autonomie criminelle après 2003. Même au sein de la structure, la disparition de l’autorité conduit à un renouvellement par des forces jusque-là contenues, souvent plus violentes et plus efficaces car intégrant les erreurs de leurs prédécesseurs ; ainsi, le CJNG s’analyse davantage comme une confédération d’entités régionales organisées en franchise, plus que comme une structure pyramidale linéaire, ce qui a limité sa vulnérabilité à la perte de son chef. L’élimination des têtes, sans réellement détruire la structure, crée donc une compétition entre factions -qui de son côté dilue les capacités des forces de répression-, étend l’action criminelle à de nouveaux emplacements et de nouvelles routes, parfois de nouveaux segments d’activités locales nécessitant moins de coordination à long terme ; elle mine aussi la mise en place de traités entre organisations pour assurer un partage et limiter la violence. En résumé, la stratégie de décapitation conçue comme devant avoir l’effet inverse de la politique répressive centralisée qui a favorisé la construction de réseaux criminels organisés depuis la Prohibition, semble plutôt contre-productive. Les études sur le sujet tendent à démontrer que l’élimination des chefs est moins efficace que la limitation des offres d’emploi par les cartels, l’amélioration du contexte économique et social pour diminuer les faiblesses étatiques, et la réduction de la demande sur les marchés de la drogue.

Les trois niveaux de l’action de décapitation et apparition d’une nouvelle forme de guerre

Ces limitations listées supra existent également dans le cadre d’une guerre contre un État, en pire.

Un État moderne est une structure extrêmement complexe, ce qui crée des vulnérabilités mais aussi une résilience. C’est ce qui a rendu la « bataille décisive » impossible ; c’est ce qui a conduit la pensée militaire après 1918 à intégrer l’impossibilité de briser un État sans adopter une approche multimodale, dans laquelle l’action militaire n’est que le levier final pour faire s’écrouler une structure sapée dans ses autres facettes et dimensions, sur les arrières, dans les structures de production, l’économie, la démographie et l’appareil étatique. Ce dernier critère concerne l’organisation politico-administrative, les relations entre classes sociales et en particulier les élites dirigeantes. Mais la décapitation n’est efficace que si certaines conditions sont réunies pour empêcher l’absorption par le système attaqué :

  • Abandon des populations, qui peut être orchestré par des actions subversives et médiatiques et surtout par la création de conditions économiques très pénibles
  • Conditions militaires négatives sur le front minant la confiance des troupes et de l’État-major
  • Trahison des élites et des agents de l’appareil en place
  • Disponibilité d’une élite de remplacement, favorable à l’adversaire et capable de ses substituer rapidement et avec une adhésion minimale à l’ancien système

La politique d’élimination ciblée telle que menée par Israël s’avère tactiquement (premier niveau) très efficace. Cependant elle n’a jamais abouti à la destruction finale des oppositions, ce qui a conduit à mener des opérations plus ambitieuses de « regime change » (deuxième niveau) avec l’appui de l’Allié états-unien qui maîtrise depuis des décennies cette forme d’intervention. Cette perspective supérieure vise à remodeler la carte régionale et à modifier les équilibres et repose sur la séduction d’élites locales liées au système financier occidental et subissant le soft power culturel que les USA ont développé et instrumentalisé depuis 1920.

Une telle stratégie semble mise en place contre la Russie, « à la 1917 » dans une version modernisée. C’est aussi la logique qui sous-tendait l’opération contre le Vénézuela et, apparemment la guerre contre Téhéran. Cette logique dite de « standoff war » a modifié les conditions de la guerre moderne. Tant que le conflit nucléaire est écarté15, la guerre à distance -extension considérable de l’Air control défini par Douhet dans les années 1920 et pratiqué par les Alliés depuis 1941- cible les œuvres vives de l’État ennemi au moins autant que ses capacités militaires, en évitant le bourbier inhérent au déploiement terrestre. Afin de répondre à la logique de guérilla de la guerre asymétrique, qui compense la supériorité militaire en interdisant le contrôle des territoires et surtout des populations, cette action de destruction à distance vise à vider l’État ennemi de ses ressources et de ses atouts (troisième niveau). Il s ‘agit de renverser le paradigme de la guérilla, qui est de contraindre par la résistance du Faible, le Fort à abandonner le combat par lassitude de l’opinion ou surcoût. La logique retenue désormais est de détruire l’infrastructure, l’économie et la Direction de l’État cible, sans engager de forces susceptibles de subir l’attrition de la contre-insurrection. Le résultat de cette évolution reste à définir, mais il semble que l’Iran a su y répondre plutôt efficacement :

  • En exploitant également le vecteur aérien (drones et missiles plutôt que bombardiers, application réaliste de la guerre low cost),
  • En valorisant le différentiel entre des mesures offensives relativement bon marché et les mesures défensives plus coûteuses,
  • En étendant le théâtre des opérations à la région et au levier de la circulation maritime nécessaire à l’équilibre énergétique mondial. 16
  • En réactivant le spectre d’une intervention terrestre présumée très coûteuse et d’effet incertain
  • En obtenant des appuis extérieurs de puissances inquiètes d’une suprématie occidentale
  • En ayant mis en place un système de défense intégrant l’analyse des guerres occidentales précédentes contre l’arc chiite, confirmée par la guerre des douze jours

Un autre aspect fondamental de cette résilience tient à la déconcentration de la Direction, à la création d’une organisation par couches, au développement d’une bonne capacité de communication de guerre et à la capacité de régénérescence du système et en particulier de ses élites et agents.17

S’il est difficile de déterminer l’évolution sur le moyen terme, il apparaît d’ores et déjà que la politique de sape économique, si elle contribue en effet à fragiliser l’adhésion au régime s’avère aussi mithridatiser la population. Quant à la décapitation elle semble produire les mêmes effets non souhaités que dans le cas des cartels de la Drogue, en favorisant l’émergence d’une nouvelle Direction, peut-être plus extrémiste et mieux préparée. Enfin, la classe dirigeante s’avère d’autant moins vulnérable qu’elle peut s’appuyer sur un patriotisme national, un ancrage historico-culturel et que la population n’est pas trop morcelée ethniquement, religieusement et socialement. La simple « décapitation » s’avère donc un outil de portée relativement limitée, parfois contre-productif et offrant des succès tactiques mais rarement stratégiques si d’autres conditions indispensables ne sont réunies ?

La difficulté supplémentaire imputable à la culture Chiite

Si l’effet disruptif des frappes de décapitation par assassinat ciblé semble incertain, l’effet terroriste de ces frappes, censées dissuader les remplacements par crainte d’être également éliminé, se heurte à une singularité du Chiisme. La disparition du fils du onzième Imam chiite à Samarra en 874 AD a donné lieu à un mythe assez proche de la Dormition européenne (Cf. Arthur de Bretagne, l’empereur Barberousse) la Ghayba, avec son imam caché, destiné à revenir en tant que Madhi ; dans l’attente, le Chiisme confie aux Imams une sorte de fonction d’intérim et de gestion spirituelle, supérieure à la gouvernance politique18. Les Chiites considèrent également que les trois premiers Califes ont usurpé leur position qui aurait été confiée par Mohammed à son cousin et gendre Ali (le parti d’Ali, Shiat ali, d’où chiisme). La défaite et la mort du fils d’Ali, Husseyn, à Kerbala en 680 AD, des mains des troupes du Calife Omeyade Yazid a fixé les bases théologiques et psychologiques du Chiisme, autour des notions de souffrance, martyr et résistance. Le deuil collectif (Taziyeh, pour expier de n’avoir pas été présent aux côtés de Husseyn), l’acceptation de la mort contre l’injustice, la légitimité et la rédemption qu’elle offre, ont profondément imprégné la vision chiite. Ces caractéristiques qui minorent l’impact de l’assassinat se cumulent avec la doctrine des Douze imam qui confie le gouvernement à un souverain in absentia avant son retour sur Terre et diminue également l’effet de la liquidation de ses représentants temporaires et temporels.


Notes :

1 Contrairement aux visions inspirées des mythes religieux et philosophiques de l’Age d’or, du rousseauisme et des idéologies critiques de la société.

2 Dans la logique observée chez les grands primates ; doctrine adoptée par le IIIème Reich sous forme de recherche de l’attrition biologique en URSS.

3 Modèle remis en cause par les guerres médiques, puis la guerre du Péloponnèse mais qui a été prolongé par l’émergence de formes féodales en Europe, après la longue parenthèse de guerre romaine impérialiste.

4 C’est ce qui a conduit à la conception de l’art opératif russo-soviétique pour dépasser le modèle des affrontements de la première guerre mondiale et résoudre le problème du timing de l’exploitation permise par la mécanisation dans une problématique de profondeur stratégique et de résilience économico-administrative des sociétés.

5 La stratégie de contrôle des périphéries et de projection de forces armées est complétée par une action sur la société ennemie, déstabilisée économiquement pour provoquer sa contestation politique de sa Direction.

6 Réflexions sur le tyrannicide, plus modernes sur le magnicide : Juristes athéniens suivis de Platon, Démosthène et Aristote, Cicéron, scolastique (aristotélicienne) de St Thomas d’Aquin dans le cadre de l’opposition à l’Empire, Jésuite portugais Mariana Boccace lors des guerres en Italie, repris France par Jean sans peur au XVème siécle et évidemment lors des guerres de religion par les monarchomaques anti-absolutistes et des études d’Érasme et Thomas More. Réflexion révolutionnaire sur le régicide dans (contre Charles Stuart) ou hors morale chrétienne (en France en 1793), Thomas Jefferson. Ces exemples centrés sur la notion de régicide différent des visions révolutionnaires ou anarchistes qui ciblent le dirigeant, mais pour atteindre le régime et ses superstructures.

7 Hipparque d’Athènes, Jules César, Aetius, Louis d’Orléans, Henri III et IV de France, Alexandre II de Russie, Abraham Lincoln, Mc Kinley, Sadi Carnot, François Ferdinand, Alexandre de Yougoslavie, JF. Kennedy, Ghandi, A. El-Sadate, I Rabin, liste non exhaustive tant l’histoire foisonne de ces meurtres politiques.

8 L’assassinat de Caius J. César soupçonné de vouloir se faire proclamer roi par les Républicains, s’est traduit par 14 années de guerre civile et l’adoption du Principat c’est-à-dire d’une Monarchie déguisée. Presque aucune des morts cités supra n’a entraîné de réel changement de la ligne politique ou des décisions qu’ils avaient prises.

9 Mousquetaires français, SS allemands, SBU ukrainien et beaucoup d’autres…

10 Kiev a étendu les cibles à des personnalités médiatiques, des relais d’opinion et penseurs, des soutiens économiques en plus des généraux et des responsables politiques. Par le biais d’un terrorisme de proximité activé contre rétribution par internet et par des frappes aériennes sur les centres urbains, elle cible même le Russe de la rue.

11 Les mouvements subversifs sont souvent épaulés, voire émanent d’États dont ils dupliquent l’organisation politico-administrative (OPA), de manière clandestine ou pas. Lors de la 2 GM c’est cette structuration par les Alliés occidentaux qui a donné une certaine efficacité aux mouvements de Résistance dans les pays occupés. En URSS c’est la création du Smersh qui a permis de lutter contre les tentatives de l’Abwher Ost d’implanter des structures anticommunistes dont l’exemple inspire encore certaines entités en Ukraine et dans les pays Baltes.

12 Montées en puissance après les défaites des armées conventionnelles arabes, parce que les Palestiniens ne disposaient pas telles ressources militaires officielles et parce que l’URSS a procédé à un transfert de compétence dans le domaine pour affaiblir l’Occident dans une stratégie indirecte, reprise ensuite via des proxys divers par des puissances ennemies de Tel-Aviv et Washington, comme l’Iran, la Syrie et la Libye.

13 Mais, en réalité, comme le système du Body count précédemment employé au Viet Nam pour tenter de quantifier et valoriser les résultats des opérations cinétiques, cette pratique apparaît biaisée et crée un risque d’autointoxication dans l’évaluation et l’analyse.

14 Jusqu’à augmenter de 61% pendant les six mois suivant la neutralisation du leader et ensuite durant une période conséquente, +31% de 2006 à 2010 au Mexique.

15 Une des conséquences hélas prévisible de cette guerre est que les États moyens disposant des ressources nécessaires vont probablement se lancer dans la course à l’armement nucléaire.

16 A plus long terme, les décisions apparemment irréfléchies et erratiques du POTUS pourraient cependant s’avérer pertinentes pour obtenir un contrôle énergétique global, permettant des accords de partage d’influences avec les puissances rivale en Asie. Cette stratégie, comme en Ukraine, aura probablement permis d’affecter durablement le développement régional des « alliés » de la zone MENA, parallèlement à la mise au pas de l’Europe (désormais empêtrée dans le rôle coûteux de bastion antirusse) et de l’Amérique latine (redevenue le théâtre de « banana wars »).

17 La stratégie russe face à Kiev souffre de ne pas tenter de détruire la Direction, d’une capacité de frappe relativement limitée et de l’incapacité à supprimer la capacité de génération de forces. Cela s’explique par l’adossement de l’Ukraine kiévienne aux États de l’OTAN et de l’UE qui permettent de compenser l’attrition financière et technique et d’une attraction encore forte au sein des populations. Ces critères, cumulés à une répression interne forte et à l’implication des services occidentaux, avaient déjà fait échouer la tentative de regime change en 2022, laquelle n’avait pu bénéficier des moyens nécessaires à l’Air control, l’engagement de forces terrestres en nombre d’ailleurs insuffisant, ayant démontré leur vulnérabilité face aux techniques de guerre modernes.

18 Une vision largement amplifiée par l’interprétation de l’Ayatollah Ruhollah Khomeini dans ses discours sur le gouvernement islamique de Nadjaf en 1970, autour de l’idée de la direction par les ulémas, selon sa doctrine de wilayat-al faqih gardiens de la loi, qui a divergé du quiétisme précédent.

Pourquoi dans ce nouveau monde multipolaire, il y a aussi de la place pour Kim !

Une valse diplomatique intéressante se déroule en Corée du Nord. L’agenda de Kim Jong-un est chargé. Le dernier en date, marqué par des essais d’armement, des tirs de missiles et des visites de sites stratégiques en compagnie de sa fille, Kim Ju-ae, a coïncidé avec une rencontre historique de haut niveau avec le dirigeant biélorusse Alexandre Loukachenko.

Cette rencontre a renforcé les liens bilatéraux entre les deux pays, qui ont signé un traité d’amitié et de coopération visant à élargir leur collaboration dans divers domaines. « L’ambassade de la République du Bélarus en RPDC (République populaire démocratique de Corée) ouvrira ses portes le 1er août 2026 », a également annoncé le gouvernement biélorusse dans un communiqué de presse, faisant allusion à l’ouverture d’une représentation diplomatique au-delà du 38e parallèle.

Dans le même temps, la Corée du Nord a dépêché un nouvel ambassadeur au Bélarus. Ji Kyong Su, ancien vice-ministre des Affaires étrangères et des Affaires économiques, a présenté ses lettres de créance à Loukachenko ces derniers jours.

Du voyage de Loukachenko à celui de Wang Yi

Kim n’a pas seulement rencontré Loukachenko. Début avril, alors que le conflit faisait rage au Moyen-Orient, le président nord-coréen a reçu à Pyongyang le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi. La raison de cette rencontre ? Au moins trois points devaient être abordés.

Comme l’expliquait The Diplomat, la décision de Pékin visait avant tout à prévenir une éventuelle escalade dans la péninsule coréenne, en prévision de la rencontre entre Donald Trump et Xi Jinping, prévue début mai. De plus, la nomination de Wang aurait pu rassurer la Corée du Nord, inquiète des récentes démonstrations de force de Washington à travers le monde. Enfin, et surtout, ce candidat de Xi aurait jeté les bases d’un nouvel équilibre des pouvoirs en Asie du Nord-Est favorable à la Chine, avec l’approbation (et de nombreux avantages) de Kim.

Mais quel est le lien entre Trump, X et Kim ? Il est dans l’intérêt de la Chine de modérer la récente tendance de la Corée du Nord à procéder à des essais de missiles et à adopter des postures menaçantes. Ces derniers mois, Pyongyang a intensifié la fréquence et la visibilité de ses démonstrations militaires. Ces actions, d’une part, offrent à Pékin un moyen de pression pour agacer les États-Unis, mais d’autre part, risquent de provoquer une escalade incontrôlée susceptible de déstabiliser les régions périphériques du pays. Le géant asiatique, tout en rassurant Kim, a donc peut-être demandé au président nord-coréen de faire preuve de retenue.

Kim et le monde multipolaire

Parallèlement, l’apaisement diplomatique apparent entre les deux Corées doit être surveillé de près. Le président sud-coréen Lee Jae Myung a exprimé ses regrets à Pyongyang suite à l’entrée d’un drone en Corée du Nord en début d’année, qualifiant cet acte d’« irresponsable ». La réaction des Nord-Coréens a été cinglante.

« Le président de la République de Corée a personnellement exprimé ses regrets et évoqué des mesures visant à prévenir toute récidive. Notre gouvernement apprécie ce geste, le jugeant opportun et judicieux pour son propre bien », a déclaré Kim Yo Jong, la sœur de Kim Jong-un, qui a qualifié la démarche de Lee Kuan Yew de « manifestation de l’attitude d’un homme franc et ouvert d’esprit ». Ces propos sont d’autant plus intéressants que Kim Jong-un avait auparavant qualifié Séoul d’« État plus hostile », promettant de « le rejeter et de l’ignorer totalement ».

Dans l’attente des réactions de Trump et Xi Jinping, Kim Jong-un saisit l’opportunité d’offrir à la Corée du Nord une place de choix dans le nouveau monde multipolaire qui se dessine en Asie. Les résultats diplomatiques obtenus semblent prometteurs.

Bulletin STRATPOL N°286: ORBAN = MAGYAR, Petroyuan, Bunker Budanov, Meeting à Moscou. 17.04.2026

Au menu cette semaine:

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  • Iran : médiation russe
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  • Russie – Indonésie

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28:06 Armement

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33:08 Empire du mensonge

  • Moment bunker : Kirill Budanov

36:35 Considérations militaires générales

  • Munitions contre chair à canon
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Élections consulaires : MOREAU2026

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Une lueur d’espoir dans les négociations de la guerre dans l’ombre contre l’Iran !

Pour plusieurs raisons, il serait dangereux de se bercer d’illusions quant à une issue rapide et négociée du conflit israélo-américain et iranien. Avant tout, les déclarations souvent excessives et contradictoires de Donald Trump soulèvent des doutes légitimes quant à la lucidité et à la capacité de discernement du locataire de la Maison-Blanche.

Après la présidence de Joe Biden, dont les facultés mentales ont été fortement altérées par la maladie, ni les États-Unis ni le monde ne peuvent se permettre un autre président américain déséquilibré.

Un récit incohérent

Pourtant, Trump n’a réaffirmé récemment que la guerre contre l’Iran était gagnée, avant de se contredire aussitôt en évoquant l’envoi de 4 500 Marines et 2 000 parachutistes pour une opération terrestre visant probablement à menacer de prendre le contrôle du terminal pétrolier de l’île de Kharg ou de la portion de côte iranienne donnant sur le détroit d’Ormuz.

Aujourd’hui, Trump a déclaré au Financial Times qu’il pourrait « s’emparer du pétrole iranien » et potentiellement conquérir l’île de Kharg, qui abrite le terminal pétrolier le plus important d’Iran.« Peut-être que nous conquerrons l’île de Kharg, peut-être pas. Nous avons plusieurs options », a déclaré Trump au Financial Times. « Cela signifierait aussi que nous devrions y rester un certain temps. Je ne pense pas qu’ils aient de défenses. Nous pourrions la conquérir très facilement. »

Sur le plan diplomatique, Trump a ajouté que les pourparlers indirects entre les États-Unis et l’Iran, menés par des « émissaires » pakistanais, progressaient bien, mais il a refusé de commenter la possibilité de parvenir prochainement à un accord de cessez-le-feu.

Concernant les opérations sur le sol iranien, Trump a de nouveau évoqué la possibilité de s’emparer d’uranium iranien, estimé à près de 453 kg (1 000 livres). C’est ce qu’ont indiqué des responsables américains au Wall Street Journal. Selon certaines sources, Trump n’a pas encore décidé d’ordonner une frappe, notamment en raison des risques encourus par le personnel militaire américain.

Une source proche du président a expliqué que Trump a clairement indiqué qu’il ne souhaitait pas permettre à l’Iran de conserver ce matériau et a même évoqué la possibilité de le saisir par la force en cas d’échec de la diplomatie.

Le président et certains de ses alliés auraient suggéré en privé qu’une opération ciblée pourrait permettre de récupérer l’uranium sans prolonger significativement le conflit, ce qui permettrait potentiellement aux forces américaines de conclure leur mission d’ici la mi-avril. Trump a également fait référence à l’uranium dans un discours prononcé vendredi à Miami, le qualifiant de « poussière nucléaire » et soulignant son rôle central dans la décision de lancer l’attaque contre l’Iran.

De plus, lors d’un discours prononcé à Miami le 27 mars, Trump a affirmé que « 3 554 cibles restent à atteindre en Iran », ajoutant que « cela se fera assez rapidement ». Par conséquent, non seulement la guerre n’est pas gagnée, mais elle est loin d’être terminée, tandis que l’Iran ne semble pas se déclarer vaincu.

Les missiles balistiques, les missiles de croisière et les drones iraniens continuent de cibler massivement Israël et ont dévasté toutes les bases américaines dans les monarchies arabes du Golfe, où la presse américaine rapporte que des milliers de soldats ont été relogés dans des hôtels. Par ailleurs, des frappes iraniennes menées ces derniers jours ont détruit ou endommagé plusieurs ravitailleurs KC-135 et un avion radar AWACS E3 Sentry de l’US Air Force sur la base saoudienne d’al-Kharj, et auraient également touché un navire auxiliaire américain au large des côtes d’Oman, selon l’agence de presse iranienne Mehr.

Le 26 mars, le commandement militaire iranien a annoncé que l’USS Abraham Lincoln (CVN-72, cinquième porte-avions de classe Nimitz, avec un équipage de 5 600 hommes, 90 aéronefs à bord et un déplacement de 97 000 tonnes) avait été touché par des missiles de croisière tirés depuis la côte, et a diffusé des images du pont du porte-avions en flammes.

Press TV, citant des sources au sein de la marine iranienne, a rapporté que l’USS Abraham Lincoln avait été contraint de modifier sa position après avoir été touché par des missiles de croisière tirés depuis la côte.

Le commandement central américain a démenti les informations iraniennes faisant état de frappes réussies contre le porte-avions, affirmant que l’Abraham Lincoln restait pleinement opérationnel et poursuivait ses opérations aériennes normales dans le golfe d’Oman et la mer d’Arabie.

Le premier porte-avions déployé au Moyen-Orient, l’USS Gerald R. Ford (CVN 78), à la pointe de la technologie, a accosté à la base navale de la baie de Suda en Crète (photo ci-dessous) le 23 mars 2026 pour des travaux d’entretien et de réparation suite à son déploiement en mer Rouge et a maintenant été transféré au port croate de Split pour une « visite portuaire et des travaux d’entretien programmés » non spécifiés mais qui devraient être longs.

Un troisième porte-avions, l’USS George H. Bush (CVN 73), fait route vers le golfe d’Oman, confirmant d’éventuels dommages à l’USS Lincoln ou un renforcement des capacités iraniennes, signe d’une possible escalade du conflit. Le 24 mars, depuis le Bureau ovale, Trump a affirmé que l’Iran avait tiré 101 missiles sur le porte-avions Lincoln (photo ci-dessous).

« Ils ont tiré 100 missiles sur l’un de nos porte-avions, l’un des plus grands navires au monde. Et sur ces 101 missiles, tous ont été abattus. Imaginez un peu, imaginez ce que cela signifie. 101 missiles, des missiles très sophistiqués, très rapides, et sur ces 101, les 101 ont été abattus, et maintenant, pour la plupart, ils gisent au fond de la mer », a déclaré Trump.

Le commandement du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) avait précédemment annoncé que des drones avaient frappé le porte-avions alors qu’il se trouvait à environ 340 kilomètres des eaux territoriales iraniennes. Il a précisé que le navire touché s’était ensuite éloigné de la zone, atteignant environ 1 000 kilomètres des côtes iraniennes.

Le « détroit Trump » et le surmoi

À propos de déclarations présidentielles, Trump, désormais grisé par son ego, a laissé échapper une nouvelle appellation « personnalisée » pour le détroit d’Ormuz, le qualifiant de « détroit Trump », avant de s’excuser pour cette erreur comme s’il s’agissait d’un lapsus. « Nous sommes en pleine négociation, et ce serait formidable si nous pouvions faire quelque chose, mais ils doivent l’ouvrir. Ils doivent ouvrir le détroit Trump… enfin, Hormuz. Excusez-moi, je suis vraiment désolé. Une terrible erreur », a-t-il déclaré lors de son discours à Miami. Au-delà des illusions dictées par un ego démesuré, les doutes les plus sérieux concernent les négociations dont Trump parle depuis des jours, mais que l’Iran semble ignorer.

Le 28 mars, le Wall Street Journal rapportait, citant des sources proches du dossier et des « médiateurs impliqués dans les pourparlers », que Téhéran n’avait pas encore répondu à la proposition américaine en 15 points visant à mettre fin à la guerre.

Les sources précisaient que le Pakistan attendait toujours une réponse de l’Iran, qui a annoncé avoir soumis des contre-propositions et être dans l’attente d’une réaction américaine. Le Wall Street Journal indiquait également que Téhéran devrait rejeter certaines des exigences américaines.

Par ailleurs, le 29 mars, le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, a réaffirmé que « l’ennemi fait semblant d’envoyer des messages sur des négociations et un dialogue, tout en préparant secrètement une attaque terrestre. Il ignore que notre peuple attend l’arrivée des soldats américains sur notre sol pour ouvrir le feu et punir définitivement ses camarades dans la région. »

Entrée en piste de J.D. Vance

L’entrée en fonction du vice-président James David Vance dans les négociations semble confirmer les difficultés rencontrées pour instaurer un dialogue avec Téhéran, malgré les déclarations répétées de Trump selon lesquelles l’Iran « le supplie de négocier la paix ». Cela soulève également la possibilité que Trump soit de plus en plus perçu par l’establishment républicain comme inapte à la fonction qu’il occupe : une raison de plus de valoriser le vice-président.

Vance a reconnu que les États-Unis subissent une hausse des prix de l’essence en raison du conflit en cours avec l’Iran, mais a assuré qu’il s’agit d’une « réaction temporaire à un conflit de courte durée. Nous n’avons pas l’intention de rester en Iran un an ou deux. Nous poursuivons nos activités. Nous partirons bientôt et les prix de l’essence baisseront », a-t-il déclaré, ajoutant que la guerre en Iran se poursuivra « encore un certain temps, avec pour objectif de neutraliser le pays pour très, très longtemps. Nous avons atteint la plupart de nos objectifs militaires en Iran ; on pourrait même dire que les objectifs de la guerre ont été atteints.»

Il semble que la Maison Blanche tienne des propos péremptoires, alors que sur le terrain et à la pompe à essence, des signaux contradictoires parviennent non seulement aux États-Unis, mais aussi à Israël.

Les munitions s’épuisent.

Le Wall Street Journal a rapporté le 27 mars qu’Israël a commencé à rationner l’utilisation de ses missiles intercepteurs de haute technologie (Arrow 2 et Arrow 3), dans l’espoir de préserver ses stocks d’armes défensives les plus performantes face aux bombardements iraniens quotidiens, qui n’ont jamais cessé durant le conflit qui dure depuis un mois.

Israël a largement utilisé ses intercepteurs Arrow, son système phare, pour abattre des missiles balistiques lors du conflit avec l’Iran en juin dernier. Récemment, il a déployé des versions améliorées de son système Fronde de David, conçu pour intercepter les roquettes et les missiles balistiques de courte portée, afin d’intercepter un large éventail de lanceurs ennemis, avec des résultats mitigés.

Selon des sources interrogées par le WSJ, la décision d’utiliser des munitions moins performantes et de préserver les Arrow reflète la pression exercée sur les armées de la région, contraintes de consommer des armes coûteuses et chronophages pour repousser les attaques des missiles et drones produits en masse par l’Iran.

L’argent facile de Trump

Le seul point positif pour Trump semble être les gains financiers considérables que ses déclarations procurent une fois de plus à ceux qui spéculent sur l’impact de ses propos sur le marché boursier.

Par le passé, des épisodes similaires se sont produits, impliquant des achats ou des ventes à grande échelle quelques minutes seulement avant des déclarations présidentielles : une séquence qui s’est répétée avec les prix du pétrole suite à l’annonce de négociations fantômes avec l’Iran, précédées de ventes anticipant la baisse des prix du pétrole brut et du gaz de quelques minutes seulement.

Ce n’est pas un hasard si Forbes estime que la fortune personnelle de Donald Trump est passée de 4,3 milliards de dollars à plus de 7 milliards depuis son retour à la Maison-Blanche, un montant qu’il serait peut-être plus juste de qualifier, dans ce cas précis, de « monnaie blanche ».

Lâches et vassaux

Ces derniers jours tumultueux, au milieu de négociations au point mort et d’une guerre que les États-Unis et Israël sont incapables de gagner, Trump a réitéré ses accusations de lâcheté envers ses « alliés » européens, rappelant tout ce que les États-Unis ont fait pour l’Europe et menaçant de ne plus la défendre à l’avenir.

Trump critique les pays européens membres de l’OTAN pour ne pas avoir envoyé de navires de guerre dans le détroit d’Ormuz, où aucun bâtiment de guerre américain n’a encore osé s’aventurer en raison du risque élevé d’être touché et coulé par des drones, des missiles et des torpilles iraniens.

Il s’agit de la même mascarade rhétorique à laquelle Trump nous a habitués et qui se répète inlassablement depuis plus d’un an. Une insulte constante adressée aux gouvernements européens, révélant une prétendue « lâcheté » qui, pourtant, n’a rien à voir avec le déploiement de navires militaires à Ormuz.

Si quelqu’un est qualifié de « lâche », c’est parce qu’il continue d’être humilié par le président américain au sein d’une alliance qui n’existe plus, et pour des raisons liées à la tentative maladroite de Trump de se dédouaner de la responsabilité de la grave erreur que fut l’attaque aveugle contre l’Iran, une attaque pourtant déconseillée par le Pentagone et les services de renseignement. Israël sera-t-il le bouc émissaire de Trump ?

Les déclarations de Vance concernant les assurances du Mossad quant à la chute rapide du gouvernement iranien après le début des bombardements laissent également penser que la Maison Blanche cherche un bouc émissaire pour se sortir d’un conflit qui mine le soutien à Trump, divise le mouvement MAGA (Make America Great Again) et fragilise les alliances historiques des États-Unis en Europe et en Asie.

Il est difficile de croire que les États-Unis aient choisi la guerre en se fiant uniquement aux assurances du Mossad, alors que le Pentagone et les agences de renseignement américaines exprimaient des doutes quant à la fragilité du régime des ayatollahs : une décision qui aurait constitué une grave erreur de la part de l’administration Trump.

Il est fort probable qu’Israël ait distillé des certitudes illusoires dans sa tentative de longue date d’impliquer les États-Unis dans la guerre contre l’Iran et ses milices alliées, une manière de se sortir de l’impasse dans laquelle se trouve Benjamin Netanyahou, avec six fronts ouverts et aucun (ou presque) où il puisse crier victoire.

Cependant, on ne peut exclure que Trump, face à l’ampleur du désastre, ne cherche à se soustraire au conflit en proclamant une fois de plus la « victoire » et, d’autre part, la fin de l’engagement dans une guerre « qui n’est pas la sienne », déclenchée par Israël le 28 février dernier et qui le sera à nouveau en juin 2025.

Il s’agit de la même stratégie employée pour éviter la guerre en Afghanistan (laissée aux Talibans), celle en Ukraine, faisant peser le fardeau sur l’Europe, et maintenant avec l’Iran, laissant Israël en porter le fardeau.

Ce n’est peut-être pas un hasard si les milices houthies du Yémen, restées jusqu’ici à l’écart du conflit, ont commencé à attaquer Israël avec des missiles balistiques. Les Yéménites pro-iraniens d’Ansar Allah ne bloquent pas le trafic maritime et, pour l’instant, n’entravent pas les Américains, mais ils frappent Israël, qui n’a pas entamé de négociations. S’ils avaient touché un navire américain, ils auraient compromis toute discussion irano-américaine ; frapper Israël ne l’aurait pas fait.

Effondrement de la crédibilité

L’effondrement de la crédibilité des États-Unis auprès de leurs alliés, déjà manifeste sous les administrations de Barack Obama, architecte du « Printemps arabe » et du Maïdan ukrainien, semble voué à s’aggraver sous Trump.

Ce n’est pas un hasard si, pour éviter une crise énergétique, de nombreux pays asiatiques concluent des accords avec l’Iran pour autoriser le transit de pétroliers et de méthaniers : la Thaïlande, la Chine, le Sri Lanka, le Bangladesh, l’Indonésie, tandis que d’autres pays (dont l’Inde et Taïwan) se tournent de plus en plus vers l’énergie russe.

Pour l’Europe, il s’agit désormais de choisir entre un suicide industriel, économique et social, en payant une fois de plus le prix de la soumission et de la servilité envers les États-Unis, et la survie économique, en reprenant les approvisionnements énergétiques russes et en négociant avec l’Iran.

Depuis des décennies, les Européens paient un lourd tribut (politique, financier et humain) à leur alliance avec les États-Unis et Israël, qu’ils ont soutenus même lorsque cela s’avérait extrêmement difficile, compte tenu du nombre élevé de victimes civiles à Gaza.

En tant qu’alliés, les Européens sont pleinement en droit d’exiger que les États-Unis et Israël cessent la guerre (qu’ils ont déclenchée sans même nous avertir) et lèvent les sanctions contre la Russie et l’Iran afin d’éviter un désastre pour notre économie. Faute de quoi, l’alliance prendra fin, les bases américaines en Europe fermeront et tout soutien à l’État hébreu cessera.

Les peuples et les nations d’Europe n’ont que faire d’alliés qui leur font payer le prix de leurs intérêts et de leurs interventions militaires plus ou moins délibérées, et qui les fragilisent en déstabilisant leur propre environnement et leurs sources d’énergie depuis des années. Il est temps que ces « lâches » fassent preuve de courage et transforment ces relations de subordination en véritables alliances, ou qu’ils se libèrent de ce vassalité dangereuse et néfaste.

L’axe militaire entre la Russie et l’Iran se renforce : la lettre secrète de Rostec

L’axe Moscou-Téhéran se renforce. Sergueï Chemezov, PDG de Rostec, le géant public russe qui contrôle une grande partie de l’industrie de défense du pays, a récemment rencontré l’ambassadeur d’Iran en Russie, Kazem Calali. Cette information a été révélée dans une lettre interne datée du 13 mars, diffusée aux quelque 800 entreprises du groupe et obtenue en exclusivité par Racket News, la page Substack du journaliste Matt Taibbi (Twitter Files).

Dans cette lettre, la direction de Rostec invitait toutes les entreprises du conglomérat à soumettre des propositions de « développement de la coopération » avec l’Iran, les réponses devant être remises avant le 16 mars en vue de la rencontre avec « l’ambassadeur de la République islamique d’Iran auprès de la Fédération de Russie ». Ce document confirme et étaye les rumeurs qui circulaient ces dernières semaines concernant une intensification de la coopération militaire et de renseignement entre les deux pays.

Moscou et Téhéran renforcent leur coopération

Selon un article du Wall Street Journal paru il y a quelques jours, la Russie intensifie sa coopération en matière de renseignement et de défense avec l’Iran, lui fournissant notamment des images satellites et des technologies de drones de pointe pour soutenir Téhéran dans son bras de fer avec les États-Unis. Le même journal avait précédemment révélé que Moscou avait communiqué à Téhéran la position de cibles américaines, parmi lesquelles des navires et des aéronefs. Les frappes iraniennes, appuyées par les services de renseignement russes, auraient visé, entre autres, un radar d’alerte précoce du système de défense THAAD en Jordanie, ainsi que des cibles au Bahreïn, au Koweït et à Oman.

Sergueï Chemezov, PDG de Rostec

Profil de Chemezov et impact de Rostec

Sergueï Chemezov entretient un lien historique avec le président russe Vladimir Poutine : tous deux ont travaillé au bureau du KGB à Dresde, en Allemagne de l’Est, dans les années 1980. Avant l’invasion de l’Ukraine, Chemezov envisageait Rostec comme un acteur mondial du secteur de la défense, sur le modèle de Siemens ou de General Electric. Le groupe avait établi des coentreprises avec des sociétés occidentales telles que Renault-Nissan et contrôle des géants automobiles russes comme Kamaz et AvtoVAZ. Fondée par décret gouvernemental en 2007, Rostec exploite des centaines d’usines et d’instituts de recherche et, selon les médias d’État russes, fournit environ 80 % des armements aux forces armées russes. En 2023, elle employait plus de 660 000 personnes et a enregistré un chiffre d’affaires de 31,6 milliards de dollars.

Un axe qui se renforce

Il ne s’agit pas d’un cas isolé. Comme l’expliquait Davide Ragnolini expert italien et connaisseurde la politique russe, l’aide apportée par Moscou à l’Iran pourrait refléter la dynamique avec laquelle plusieurs pays occidentaux ont soutenu l’Ukraine après le déclenchement de l’opération militaire spéciale russe de grande ampleur en 2022.

Ragnolini lui-même a souligné qu’il est fort probable que les attaques iraniennes contre les infrastructures de commandement et de contrôle, les radars et les installations temporaires, à l’instar de celle menée au Koweït qui a coûté la vie à six soldats, aient bénéficié d’un accord de partage de renseignements militaires entre Moscou et Téhéran. Le ministre des affaires étrangères de Russie, Sergeï Lavrov, a pourtant réfuté ce transfert d’informations militaires.

Cette coopération s’appuie sur le Traité de partenariat stratégique global (PSG) entre l’Iran et la Russie, signé le 17 janvier 2025 par le président russe Vladimir Poutine et le président iranien Massoud Pezeshkian. Ce traité établit un partenariat stratégique en 47 points entre Moscou et Téhéran visant à développer la coopération économique, à atténuer l’impact des sanctions américaines et à renforcer la coopération militaire et politique. En outre, en janvier 2025, un rapport de l’Institute for the Study of War (ISW) a mis en évidence le soutien actif de la Russie au programme spatial et satellitaire iranien, qui pourrait à terme renforcer considérablement les capacités militaires de Téhéran, notamment en matière de surveillance et de ciblage à longue portée.

L’information exclusive de Racket News, combinée aux révélations précédentes du Wall Street Journal et aux rapports de l’Institute for the Study of War (ISW) sur le soutien russe au programme spatial et satellitaire iranien, confirme que l’axe entre Moscou et Téhéran n’est pas simplement tactique, mais se consolide progressivement en un partenariat stratégique à long terme.

svr cia

Narychkine déclare que le SVR et la CIA sont en contact

Le Service de renseignement extérieur russe (SVR) entretient des contacts avec l’Agence centrale de renseignement (CIA). C’est ce qu’a déclaré à la presse Sergueï Narychkine, directeur du SVR et président de la Société historique russe.

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“Si ça se sait, je suis morte” : Miriam Adelson et les révélations explosives des dossiers Bibi de Tucker Carlson.

Ces dernières heures, le documentaire de Tucker Carlson, « The Bibi Files », est devenu viral sur les réseaux sociaux, déclenchant un vif débat sur le véritable visage du pouvoir de Benjamin Netanyahou. Il s’agit d’une version actualisée du film produit en 2024 parAlex Gibney et réalisé par Alexis Bloom, désormais accessible au grand public. Le site web de l’ancien présentateur de Fox News, Tucker Carlson Network (TCN), le propose en streaming, et des extraits importants du documentaire ont rapidement circulé sur X. Le film est interdit en Israël, où Netanyahou a tenté de le faire bloquer en justice, invoquant des problèmes de confidentialité liés à des preuves dans un procès en cours. Carlson le présente comme un document que « le public n’était pas censé voir ».

Ce documentaire s’appuie sur plus de 1 000 heures d’images inédites d’interrogatoires menés par la police israélienne contre Benyamin Netanyahou, son épouse Sara, son fils Yaïr et d’autres personnes impliquées dans les affaires de corruption connues sous les noms d’affaires 1000, 2000, 3000 et 4000. Il comprend des témoignages d’initiés, d’anciens collaborateurs et d’importants donateurs. Tucker Carlson a accompagné le lancement du documentaire d’un message direct et sans détour :

« Alors que les États-Unis sont entraînés dans une nouvelle guerre étrangère, il est important de connaître l’homme qui nous y a contraints.» Cette attaque est virulente, d’autant plus que l’opinion publique américaine s’oppose ouvertement à la guerre israélo-américaine contre l’Iran.

Les révélations du documentaire

Le film ne se contente pas de retracer les enquêtes judiciaires visant Netanyahou. Carlson les replace dans leur contexte, expliquant comment Netanyahou instrumentalise les conflits en cours (Gaza, Liban, Iran) pour se maintenir au pouvoir et éviter un procès qui pourrait lui valoir une peine de prison de plusieurs années. D’après les « Dossiers Bibi », Netanyahou a facilité, ou du moins toléré, l’afflux de sommes considérables d’argent du Qatar vers le Hamas – jusqu’à 35 millions de dollars par mois, souvent transportés dans des valises remplies de billets. L’objectif ? Maintenir Gaza séparée du reste des Palestiniens et empêcher la formation d’un front uni contre Israël. Lors des interrogatoires, des phrases attribuées au Premier ministre lui-même apparaissent, telles que : « Je les trompe, je les induis en erreur, je mens, et ensuite je les frappe.» Carlson souligne que, pendant des années, le public a été dupé quant à la véritable nature des relations entre Bibi et le Hamas.

La vidéo de Miriam Adelson devient virale

Si les interrogatoires de Netanyahou ont attiré l’attention, deux vidéos impliquant Miriam et Sheldon Adelson sont devenues un véritable phénomène viral. Miriam et Sheldon Adelson étaient (et Miriam reste) l’un des couples de milliardaires les plus influents soutenant la cause républicaine. Sheldon, fondateur de Las Vegas Sands, est décédé en 2021. Miriam, toujours active, possède une fortune estimée à environ 34,6 milliards de dollars.

Dans l’une des vidéos les plus commentées, Sheldon Adelson déclare ouvertement : « Je pense qu’Israël se porterait mieux si elle [Sara] ne s’impliquait pas dans la politique de son [Bibi]. Elle est très intransigeante ; je dois être le plus honnête possible avec vous. Je ne pense pas maintenir mon amitié avec eux.» Ces propos font clairement référence à Sara Netanyahou. Des détails émergent également concernant des cadeaux de luxe (cigares cubains de grande valeur, bijoux), des faveurs médiatiques et une relation d’échange entre soutien financier et influence politique. Dans un autre passage, Miriam Adelson semble inquiète : « Si ça se sait, je suis morte. »

Miriam Adelson est une figure incontournable aux États-Unis. Elle est la donatrice pro-israélienne la plus influente et la plus riche, ayant versé des sommes considérables aux deux campagnes présidentielles de Donald Trump. Propriétaire du journal Israel Hayom, elle est la véritable instigatrice de la répression contre les militants pro-israéliens dans les universités américaines. Comme Trump l’a déclaré publiquement, Miriam Adelson « ne sait plus si elle se sent plus israélienne ou américaine… »

Pour Benjamin Netanyahu et l’ensemble du lobby pro-israélien aux États-Unis, la publication des « Bibi Files » représente un revers majeur dans la guerre de l’information que le Premier ministre israélien mène avec acharnement depuis le début du conflit. Ce fameux « huitième front » concerne le soutien de l’opinion publique américaine à la politique étrangère de Tel-Aviv, devenue de plus en plus impopulaire depuis Gaza.

conseil renseignement

Le Japon réorganise le renseignement et le place sous la tutelle du Premier ministre

Le Premier ministre japonais, Sanae Takaichi, a décidé de superviser personnellement le renseignement extérieur. Cette décision fait suite à l’afflux considérable d’informations provenant du front de la guerre contre l’Iran. Un projet de loi prévoit donc la création de deux organes : le Secrétariat au renseignement et le Conseil national du renseignement. Le premier coordonnera la diffusion des informations entre les différents services, tandis que le second élaborera une stratégie à court, moyen et long terme.

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L’élite européenne vaincue et le coup de désespoir (par Pepe Escobar)

Quatre ans après son lancement, l’opération militaire spéciale (SMO) semble être une opération dans laquelle la Russie atteint lentement mais sûrement ses objectifs. La question cruciale demeure : quand et à quelles conditions la Russie mettra-t-elle fin à la SMO ?

Les élites européennes, aux abois, refusent d’admettre leur défaite stratégique !

Par Pepe EscobarSputnik [Traduction : Paolo Hamidouche]

Ce ne sera peut-être pas en 2026. D’autant plus que l’irrationalité gangrène les élites européennes de cet Occident collectif et désuni. Elles sont déterminées à arracher une quelconque « victoire » des griffes d’une humiliante défaite stratégique.

Voici le Petit Roi à Paris et son acolyte britannique anonyme à Londres, qui s’emploient à réparer des ogives nucléaires destinées à être livrées à Kiev, puis utilisées par des missiles britanniques contre des cibles en Fédération de Russie.

C’est la conclusion d’une enquête du SVR (service de renseignement extérieur russe). Dmitri Medvedev, numéro deux du Conseil de sécurité russe, fidèle à son franc-parler habituel, a déclaré : « Il ne s’agit pas de détruire le TNP et d’autres dispositions du droit international. Il s’agit d’un transfert direct d’armes nucléaires à un pays en guerre. »

Ainsi, dans ces circonstances extrêmes, « la Russie devra utiliser toutes les armes, y compris les armes nucléaires non stratégiques, contre les cibles en Ukraine qui menacent notre pays. Et, si nécessaire, contre les pays fournisseurs qui se rendraient complices d’un conflit nucléaire avec la Russie. »

Ces lignes doivent être lues avec la plus grande gravité et une attention soutenue. Si cela devait se produire, ce serait le chemin direct vers la Troisième Guerre mondiale. L’alliance franco-britannique a franchi la quasi-totalité des lignes rouges dans sa guerre par procuration en Ukraine depuis longtemps. À cela s’ajoute le fait que Kiev utilise désormais systématiquement des missiles de croisière à longue portée contre des cibles clés au sein de la Fédération de Russie.

Voici le Flamingo, annoncé par Kiev dès août 2025 et présenté pour la première fois sous le nom de FP-5 au salon international de la défense IDEX-2025 qui s’est tenu plus tôt ce mois-ci à Abou Dhabi.

Le ministère russe de la Défense a confirmé qu’au moins dix missiles Flamingo ont été abattus par la défense aérienne russe depuis le 12 février. Le Flamingo – missile subsonique, non furtif, d’une portée maximale de 3 000 km et capable d’emporter une ogive d’une tonne – est un produit du groupe militaro-industriel Milanion, basé aux Émirats arabes unis et au Royaume-Uni. En pratique, il aurait pu faire partie du projet FNI, désormais abandonné. Il s’apparente également, en pratique, à un Tomahawk fictif.

Techniquement, le Flamingo ne représenterait peut-être pas un problème majeur pour les systèmes de défense antimissile sophistiqués russes. Mais les Ukrainiens ont clairement indiqué leur détermination à frapper les capacités nucléaires stratégiques de la Russie, comme l’ont démontré les attaques de l’année dernière contre la résidence de Poutine à Novgorod et la flotte de bombardiers stratégiques russes.

L’Occident russophobe et désuni, franchissant toutes les lignes rouges, pousse même les plus fervents défenseurs de l’OMS à envisager d’abandonner la diplomatie ; après tout, ce qu’il faut vraiment démontrer aux europathes ne peut se faire par le biais de l’OMS. Cela ressemblera davantage à une décapitation de l’OTAN, orchestrée comme une leçon. Imaginez seulement si l’ogive du Flamingo qui a frappé Votkinsk était une bombe nucléaire sale, de contrebande.

Qui sont donc ces « élites » ?

La russophobie ne fera que s’aggraver. Le président Poutine, s’exprimant lors de la réunion du conseil du FSB, a révélé que des tentatives d’attaques contre les gazoducs russes de la mer Noire, TurkStream et BlueStream, sont à prévoir.

« Ils sont incontrôlables. Ils ne savent plus comment saboter ce processus de paix en tentant une solution diplomatique. Ils font tout leur possible pour provoquer des incidents et anéantir tous les progrès accomplis grâce à ces négociations. »

Pourtant, « ils » – tout comme l’OTAN – ignorent des réalités fondamentales :

« On ne peut pas infliger une défaite stratégique à la Russie. C’est tout simplement impossible. Mais ils la désirent ardemment ! Ils ne peuvent s’en passer. Du moins, c’est ce qu’ils croient. Ils doivent absolument vaincre la Russie. Ils cherchent tous les moyens, toutes les méthodes, n’importe quoi. Ils vont jusqu’aux extrêmes. Et ils le regretteront. »

Alors, « pourquoi ne peuvent-ils pas s’en passer ? » Parce que la logique occidentale du jeu à somme nulle – surtout vis-à-vis de la Russie – est ancrée dans des siècles d’antagonisme. Aucun accord n’est envisageable, car il ne s’agit que d’outils tactiques. Aucun engagement stratégique n’est possible. Des pauses dans la pression sont possibles, mais jamais la pression ne cessera jamais.

Même si la grave crise militaro-politique qui entoure actuellement l’Ukraine venait à s’apaiser – et elle ne s’apaisera pas –, cela ne signifierait jamais que l’Occident désuni accepte l’idée d’un véritable accord de paix avec la Russie.Alors, qui sont ces « élites » ? L’Empire du Chaos, du Pillage et des Attaques Permanentes, configuration actuelle à Washington, n’en est que la dernière incarnation. Le véritable empire dominant peut se décrire en quelques mots comme une dynastie transnationale qui précède – et survit à – les États-nations.

Elle est post-nationale ; elle n’est fidèle à aucun drapeau. Elle est doctrinale, dynastique et supranationale. C’est elle qui a bâti l’influence mondiale de l’Empire britannique, et elle domine aujourd’hui le monde grâce à un mécanisme qui inclut Chatham House, la City de Londres, la Banque des règlements internationaux (BRI), l’ONU — qui a conclu il y a des années un pacte avec le Forum économique mondial de Davos — et l’Union européenne.

Financièrement, cela se traduit par le contrôle de la masse monétaire mondiale, de toutes les banques centrales, d’institutions comme Vanguard et BlackRock, jusqu’à la BRI, et du complexe militaro-industriel américain et de son homologue européen.

Ces « élites » à l’ancienne ne gouvernent pas par la richesse. Elles gouvernent en dictant les règles, en contrôlant les tribunaux, les contrats, les codes et la terminologie courante.

De plus, les véritables dirigeants sont assez avisés pour rester invisibles. Ils ne sont jamais présents dans les médias traditionnels ; ils sont occupés à renouveler les anciens pactes. Ce ne sont donc pas des banquiers, ni des « banquiers véreux » à proprement parler ; ce sont les lignées qui permettent à ces banquiers d’opérer et de contrôler les ONG internationales, les banques centrales, les services de renseignement et, enfin et surtout, les sociétés secrètes.

La conséquence inévitable de cette situation est que la paix avec la Russie est tout simplement hors de question.

Elle contredirait radicalement les traditions historiques de l’Europe occidentale. Des politiciens et des fonctionnaires médiocres, à l’instar de cet Estonien à l’intelligence dérisoire, n’ont jamais manifesté le moindre intérêt pour la réalité des citoyens occidentaux. Un élément clé de cette dissonance cognitive réside dans l’effet de huit décennies de domination américaine totale sur l’Europe.

Ainsi, loin de la mascarade genevoise actuelle et pour revenir à la réalité, la pression provocatrice maximale exercée sur la Russie ne fera que s’accroître. De la tentative de blocus naval de la mer Baltique à la mer Noire au terrorisme pur et simple – bombardements de type Nord Stream –, tout est lié à la mise en œuvre de la stratégie de l’UE pour la mer Noire, adoptée en mai 2025 : un outil militaire visant à bloquer la présence navale russe à tous les niveaux, par des opérations secrètes et hybrides sous-marines, en surface et ciblant les infrastructures côtières.

Jusqu’à ce qu’ils le regrettent.

Eric Branca sur les outils du pragmatisme américain

Nous avons eu l’honneur de recevoir Eric BRANCA. Après une longue carrière de journaliste politique chez Valeurs Actuelles, il revient à ses fondamentaux de l’analyse de l’Histoire en publiant plusieurs ouvrages remarquables et remarqués. Et notamment le captivant «L’ami américain» qui sert de base à notre entretien. Nous essayons de comprendre des événements cruciaux de l’Histoire depuis la Seconde Guerre mondiale, en France et sur le plan international, lesquels étaient pris en otage par un pragmatisme total américain pour servir leurs intérêts hégémoniques. A ne pas manquer.

Pourquoi la Corée du Nord a-t-elle décidé de se concentrer sur les armes spatiales ?

« La Commission militaire centrale du Parti a fixé des objectifs clés pour doter nos forces armées d’armes nouvelles, secrètes et stratégiques spéciales, a examiné attentivement les nouveaux plans de défense et a approuvé des programmes à long terme. » Il y a un mois, lors du neuvième Congrès du Parti des travailleurs de Corée, Kim Jong-un a annoncé une avancée majeure passée presque inaperçue.

La Corée du Nord, a expliqué son dirigeant, allait accélérer le renforcement de sa défense. Parmi les armes clés citées par le président figuraient des « systèmes de missiles balistiques intercontinentaux pour lancements terrestres et sous-marins », des « systèmes d’attaque sans pilote basés sur l’intelligence artificielle » et la guerre électronique, ainsi que des « armes spéciales pour cibler les satellites ennemis en cas de conflit » et des « satellites de reconnaissance avancés ».

« Dans cinq ans, avec la mise en œuvre du nouveau plan de développement de la défense nationale, nos capacités de défense nationale augmenteront considérablement, atteignant un niveau que nos adversaires ne pourront pas égaler », a promis Kim. Pour la première fois, du moins si l’on en croit les déclarations officielles, les armes spatiales sont devenues un domaine de développement hautement prioritaire. Qu’est-ce que cela signifie ? En clair : contrairement aux rhétoriques précédentes ou aux allusions ambiguës, il existe désormais une directive politique directe qui reflète un changement qualitatif dans les ambitions militaires de la Corée du Nord.

Kim se concentre sur les armes spatiales.

Comme l’explique Foreign Policy, parmi les éléments inclus dans son nouveau plan de défense quinquennal, la Corée du Nord a répertorié « des ressources spéciales pour attaquer les satellites ennemis en cas d’urgence ».

Il est difficile de comprendre ce que l’on entend par « moyens spéciaux ». Le terme employé par Pyongyang est volontairement vague, mais il englobe néanmoins la possibilité d’une arme antisatellite à ascension directe (ASAT). Cette possibilité pourrait impliquer des missiles lancés depuis le sol capables d’atteindre des altitudes orbitales suffisamment élevées pour interférer avec les satellites ennemis.

Des pays comme la Chine, l’Inde et la Russie ont déjà développé des capacités similaires, et la technologie actuelle de missiles balistiques de la Corée du Nord pourrait constituer une base appropriée pour un tel objectif. À notre connaissance, les États-Unis ont testé et maintiennent une capacité ASAT latente, mais n’utilisent pas ces armes et n’en reconnaissent pas la possession.

La Corée du Nord est déjà capable de lancer des missiles en orbite terrestre basse de manière fiable. Son défi, s’il en est un, est d’atteindre la précision nécessaire pour atteindre efficacement un satellite, une précision qui a historiquement fait défaut à ses systèmes de guidage.

Une réponse au Dôme d’Or de Trump ?!

D’éventuels essais antisatellites dans l’espace pourraient avoir des conséquences bien plus graves que les nombreux tirs de missiles effectués jusqu’à présent par Kim. La destruction d’un satellite en orbite basse générerait des débris persistants.

De plus, la mention par la Corée du Nord de « ressources spéciales » laisse entrevoir une possibilité plus inquiétante encore, coïncidant avec le développement d’une capacité nucléaire anti-spatiale. Celle-ci reposerait sur la détonation d’une ogive à haute altitude afin de produire une impulsion électromagnétique et des radiations capables de neutraliser de nombreux satellites ennemis. De la science-fiction ? Pas vraiment. C’est l’une des options techniquement les plus simples pour un État doté de l’arme nucléaire et de missiles balistiques. Autre élément à prendre en compte : Pyongyang aurait relativement peu à perdre dans l’espace, ne possédant actuellement qu’un seul satellite en orbite aux capacités limitées. Enfin, il convient de rappeler que cette stratégie envisagée lors du dernier Congrès doit également être lue à la lumière du projet américain de défense antimissile Golden Dome : un vaste réseau de satellites, dotés de capteurs infrarouges et de futurs intercepteurs spatiaux, conçus pour détecter et détruire les missiles balistiques lors des phases initiales ou intermédiaires de leur vol.

Voici le problème : un tel système pourrait gravement compromettre la capacité de la Corée du Nord à frapper le territoire américain, et donc la crédibilité de sa dissuasion nucléaire. Frapper ou neutraliser les satellites de défense américains serait, du point de vue de Kim, un moyen de contourner cette vulnérabilité et de préserver sa capacité de dissuasion.

L’Iran confirme la mort de Khamenei. L’heure de vérité a sonné pour la République islamique.

L’Iran confirme : Ali Khamenei, Guide suprême de la République islamique et homme choisi par Rouhollah Khomeiny, chef de la révolution islamique de 1979, pour diriger le nouveau régime de Téhéran, a été tué lors d’une attaque américano-israélienne qui a déclenché la nouvelle guerre qui ravage actuellement le Moyen-Orient.

Khamenei tué, la République islamique décapitée

Un coup dur pour cette nation d’Asie centrale, dont Khamenei était le symbole. Ce pouvoir était dû non seulement à l’autorité idéologique et morale que l’ayatollah exerçait, mais aussi à la concrétisation de son influence. Il concentrait, de par la Constitution, la capacité de gouverner les forces armées, le programme de missiles, de contrôler le Pasdaran et les nominations publiques, décidant ainsi qui pouvait ou non participer aux élections et validant les nominations présidentielles clés, du ministère des Affaires étrangères à celui de la Défense. Khamenei a également mené la répression des manifestations ces dernières années et est devenu un symbole des forces politiques islamistes chiites à travers le Moyen-Orient.

Comme pour l’un de ses plus fidèles alliés, Hassan Nasrallah, chef du Hezbollah libanais (tué en septembre 2024), sa mort survient au début d’une opération militaire majeure et décisive. Ces dernières semaines, le Guide suprême, âgé de 87 ans, s’était convaincu de la possibilité de conclure un accord nucléaire avec les États-Unis en ralliant à sa cause les membres les plus conservateurs de l’appareil d’État. Son assassinat, dès les premières heures du conflit, accélère une question fondamentale, longtemps débattue discrètement en Iran : la nouvelle structure politique de la République islamique. Ce phénomène s’est manifesté à différentes étapes de la crise que traverse le pays, notamment lors des manifestations du début janvier et de la répression brutale qui s’en est suivie, marquée par l’exaltation par Khamenei d’un Iran disparu et un déni flagrant des causes profondes des protestations. Désormais, la course à la succession commence de la manière la plus traumatisante qui soit.

Un chemin semé d’embûches pour l’ère post-KhameneiIl sera extrêmement difficile pour l’Iran d’y parvenir. Nous avons toujours affirmé que la République islamique, sous sa forme actuelle, aurait une « date d’expiration » coïncidant avec la fin de la carrière de celui qui l’a incarnée pendant 46 ans. Khamenei a dirigé l’Iran en tant que président de 1980 à 1989, puis en tant que Rahbar (nom persan du Guide suprême). Il a débuté sa carrière politique contre Saddam Hussein et est mort dans la guerre lancée par Donald Trump et Benjamin Netanyahu pour renverser le système qu’il avait consacré sa vie à consolider. Son décès est un choc, même si l’Iran observait depuis longtemps l’activité et le dynamisme de son État profond. L’heure de vérité a sonné.

L’éventualité d’une lutte de pouvoir ne peut être écartée. Cependant, l’Iran a souvent démontré par le passé sa capacité à s’unir face aux crises majeures. « Nous nous sommes préparés à ces moments et avons envisagé tous les scénarios », a déclaré Mohammad Bagher Ghalibaf, président du Parlement.

Larijani prend les rênes de la transition

La figure clé de la transition semble être Ali Larijani, secrétaire du Conseil national de sécurité, qui a dicté la politique post-Khamenei : « Un conseil de gouvernement intérimaire sera bientôt formé. Le président, le chef du pouvoir judiciaire et un juriste du Conseil des gardiens assumeront ces responsabilités jusqu’à l’élection du prochain Guide », a déclaré le stratège et proche confident du défunt ayatollah.Parmi les candidats potentiels figurent donc Massoud Pezeshkian, chef de l’État, le président de la Cour suprême Gholam-Hossein Mohseni-Eje’i, et une personnalité qui sera choisie par l’assemblée élue qui, pour la première fois depuis 1989, élira un Guide pour l’Iran. Cela suppose, bien sûr, que la structure de la République islamique résiste à l’offensive israélo-américaine. Chaque bloc de pouvoir évalue actuellement ses options. Les Pasdaran ont longtemps été pressentis pour jouer un rôle dominant après Khamenei, mais ils ont récemment subi tant de revers qu’il est difficile de savoir qui prendra les rênes du pouvoir. À court terme, le mot d’ordre des dirigeants sera l’unité. Mais après Khamenei, il semble crucial de comprendre, avant même de savoir qui sera le futur Guide suprême, si la République islamique a un avenir.

L’axe CIA-Mossad et l’attaque israélienne : comment s’est déroulée l’opération visant à tuer Khamenei !

Le 28 février, les États-Unis et Israël ont mené la plus vaste opération conjointe jamais réalisée, couronnant des mois de travail de renseignement et de collecte d’informations. Cette opération a permis d’éliminer le Guide suprême Ali Khamenei et plusieurs hauts responsables du régime iranien. L’opération « Le Rugissement du Lion » (nom israélien) ou « Fureur Épique » (nom américain) a suivi un processus rigoureux visant à infliger un maximum de dégâts aux dirigeants iraniens et, selon le New York Times, a été conçue avec une répartition des tâches très précise.

Pendant des mois, la CIA a suivi les déplacements de Khamenei et des autorités iraniennes. Elle a reconstitué les déplacements du Guide suprême, son réseau de contacts et ses habitudes. Il faut comprendre comment : si, d’une part, le renseignement électromagnétique israélien (Sigint) avait certainement depuis longtemps tissé des réseaux d’influence et de pénétration au sein de l’establishment iranien, dont l’efficacité a déjà été démontrée par les attaques coordonnées visant à assassiner de hauts responsables pendant la guerre des Douze Jours, d’autre part, il est plausible que les infiltrations du renseignement humain (Humint) aient également favorisé la collecte d’informations détaillées.

Le New York Times apporte un détail qui mérite d’être approfondi : « Les États-Unis et Israël ont décidé de modifier le calendrier de leur attaque, notamment pour tirer profit de nouveaux renseignements », le 28 février. La CIA disposait d’informations de première main lui permettant de reconstituer des mouvements précis indiquant une réunion entre les dirigeants de la République islamique aux premières heures du samedi, marquant le début de la semaine de travail en Iran.

D’où la décision d’avancer le début des frappes : une coordination directe était manifeste entre la CIA et le Mossad, le service de renseignement extérieur israélien, avec la probable implication d’Aman, le service de renseignement militaire.

Cela a permis l’activation des avions de chasse israéliens et le lancement de frappes par les appareils de l’escadron israélien de 200 F-15 et F-35 contre 500 cibles en République islamique, dont le complexe où se trouvait Khamenei. Le Guide suprême a été tué, ainsi que le général Mohammad Pakpour, chef du Pasdaran, le général Aziz Nasirzadeh, ministre de la Défense, et l’ancien secrétaire général du Conseil de sécurité nationale, l’amiral Ali Shamkhani, figure clé ayant contribué à convaincre l’appareil sécuritaire de Téhéran d’adopter une attitude de négociation ces derniers mois et années.

On estime qu’une opération de ce type serait difficile à mener sans la présence d’éléments sur le terrain, capables d’identifier avec précision les changements d’agenda, les calendriers, les programmes et les déplacements des dirigeants. Rien qu’un système informatique et un processus technologique, aussi complexes soient-ils, ne pourraient déceler aussi rapidement. D’où la décision de lancer les avions à 6 heures du matin samedi : « Deux heures et cinq minutes après le décollage des appareils, vers 9 h 40 à Téhéran, des missiles à longue portée ont frappé le complexe. Au moment de l’attaque, de hauts responsables de la sécurité nationale iranienne se trouvaient dans un bâtiment du complexe, tandis que Khamenei était dans un autre bâtiment voisin », note le New York Times.

La CIA, le renseignement humain et l’axe Trump-Netanyahu

Il est plausible que la CIA ait disposé d’informations de première main en temps réel. L’accent mis sur le renseignement humain et l’« agressivité » accrue de l’agence depuis l’arrivée de John Ratcliffe à sa tête, déjà observée au Venezuela, ont très probablement fragilisé le pouvoir iranien. L’existence de structures de coordination de l’information capables de transmettre la localisation du Guide suprême aux services de renseignement israéliens est plausible, témoignant d’une coordination du renseignement qui semble dépasser le cadre de l’alliance traditionnelle Tel-Aviv-Washington.

Cette coordination est incapable de contrer efficacement l’Iran, son entourage étant miné et décimé par une intense activité de renseignement qui témoigne de la détérioration du système de sécurité de la République islamique. Ceci confirme que Donald Trump et Benjamin Netanyahu agissent de concert contre l’Iran et entraînent les États-Unis et Israël dans cette même marche : ce fut le cas en 2018 avec le rejet par les États-Unis des accords nucléaires qui a ouvert la voie à la guerre actuelle, en 2020 avec l’assassinat de Qassem Soleimani, l’année dernière avec la guerre des Douze Jours, et aujourd’hui avec l’opération Epic Fury/Lion’s Roar. Le renseignement constitue le principal vecteur opérationnel de la posture agressive des États-Unis et d’Israël.

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Poutine présente les nouveaux enjeux sécuritaires au FSB

L’ennemi utilisera tous les moyens nécessaires pour combattre la Russie, a déclaré le président russe Vladimir Poutine lors d’une réunion du Service fédéral de sécurité (FSB). Il a mis en garde contre d’éventuelles tentatives de sabotage des gazoducs Turkish Stream et Blue Stream et a dénoncé le risque d’utilisation de l’arme nucléaire contre la Russie.

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Histoire des services secrets

Quel est le point commun entre des personnalités aussi diverses que Pythagore et Jim Morrison, Christophe Colomb et la reine Victoria, Jeanne d’Arc et l’actrice Jennifer Lawrence, ou encore Lewis Carroll ? Tous sont liés aux services secrets de leurs pays respectifs. Grâce à ce livre (en deux tomes), le lecteur plongera au cœur du fonctionnement des services de renseignement du monde entier, de leur étonnant lieu de naissance jusqu’à nos jours, en France et ailleurs, des Kennedy à l’affaire Benalla, de Moscou aux attentats du 11 septembre. Plus qu’un récit palpitant riche d’informations sensibles et inédites, cet ouvrage vous révèlera quelle élite dirige vraiment notre planète, de quelle manière et comment s’en prémunir.

Tome 1:

Tome 2:

L'Etat invisible

L’Etat invisible (roman)

César est membre des services secrets.

À travers le récit de sa vie, ce roman d’espionnage revisite un siècle de mensonges et de manipulations tout en révélant des faits inédits : du secret du général De Gaulle à celui de Macron, en passant par la filiation réelle de Vladimir Poutine, l’identité du véritable auteur des attentats du 11 septembre, ou encore les enjeux cachés de la guerre d’Ukraine.

Dans un monde, le nôtre, gouverné par des personnages très différents de ce qui est imaginé par ceux qui ne sont pas dans les coulisses.

Les services secrets israéliens : Mossad, Aman, Shin Beth


Eric Denécé, David Elkaïm
Tallandier
2014

L’espionnage en 365 citations


Eric Denécé
Editions Chêne
2013

Les services secrets français sont-ils nuls ?


Eric Denécé
Editions Ellipses
2012

Les services secrets au Moyen Âge


Eric Denécé, Jean Deuve
Editions Ouest France
2011

Histoire mondiale de l’espionnage


Gérald Arboit, Eric Denécé
Editions Ouest France
2010

Renseignement, médias et démocratie


Eric Denécé (dir.)
Editions Ellipses
2009

Les services secrets


Eric Denécé
Editions EPA
2008

Renseignement et contre-espionnage


Eric Denécé
Editions Hachette
2008

Histoire secrète des RG


Brigitte Henri
Editions Flammarion
2017

Il faut que vous sachiez


Brigitte Henri
Editions Flammarion
2010

Secrets : Faut-il tout dire ? Faut-il tout révéler ?


Brigitte Henri
Editions First
2004

Au coeur de la corruption


Brigitte Henri
Editions 1
2000

Le Renseignement, un enjeu de pouvoir


Brigitte Henri
Editions ECONOMICA
1998