La marche forcée vers l’occidentalisation de la Serbie (Monténégro) continue

L’année dernière, j’écrivais un article sur la lente marche de la Serbie vers l’Union européenne et l’OTAN. Il semble qu’en cette fin d’année 2015, la Serbie continue malheureusement vers le choix de l’Union européenne. À côté de cela, la république soeur, le Monténégro rejoint l’alliance atlantique.

Le Monténégro tombe dans les mains de l’Oncle Sam

Le Monténégro va devenir le 29e pays membre de l’OTAN, après que les 28 pays aient accepté par leurs parlements l’adhésion du pays. Le Monténégro devrait devenir membre de plein droit d’ici à deux ans. Ce pays mené par le leader autoritaire pro-occidental Milo Đukanović entretient des relations très froides avec Moscou depuis le début de la crise ukrainienne.

Pour Milo Đukanović, « Adhérer à l’OTAN est une puissante contribution à la sécurité de la région » . Igor Lukšić, ministre des affaires étrangères du Monténégro a été heureux d’affirmer le 2 décembre « C’est un grand jour pour mon pays, qui le mérite bien ». Le pays est très divisé sur cette question, et les souvenirs des bombardements de 1999 par l’OTAN dans la Fédération de Serbie-Monténégro sont toujours présents. En effet, il faut rappeler que les frappes de l’OTAN sur la Serbie-Monténégro ont tué près 2500 civils, dont 89 enfants. Par ailleurs, près de 10 tonnes de bombes à l’uranium appauvri ont frappé le pays. Ainsi les malades atteints de leucémine notamment ont augmenté de 80 % dans le pays. Un sondage début octobre montre que la population est divisée pour moitié entre l’adhésion et la le refus d’intégrer l’OTAN.


Source : http://news.yahoo.com/

La Russie y voit une provocation des États-Unis et de son bras armé l’OTAN, en voulant envenimer les Balkans, poudrière du Sud-est européen. En période de tensions entre Occidentaux et Russes, cette adhésion est vue comme une provocation pour Moscou qui voit de plus en plus de pays des Balkans passer sous influence dite occidentale.

« Ce genre d’initiative est porteuse d’un fort potentiel de confrontation. Elle ne permet pas la poursuite de la paix et de la stabilité dans les Balkans et en Europe en général. Elle est de nature à compliquer davantage les relations déjà compliquées entre la Russie et l’OTAN » a précisé Maria Zakharova, porte-parole de la diplomatie russe. En 2009, l’OTAN s’élargissait dans les Balkans, la Croatie et l’Albanie faisaient leurs entrées dans l’organisation.

« La porte de l’OTAN est ouverte, ceci en est la preuve », a précisé le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, lors d’une conférence de presse. « Il ne s’agit pas de la Russie… Cette décision n’est dirigée contre personne » a-t-il renchéri.

L’armée du Monténégro ne compte qu’environ 2000 hommes, c’est donc surtout une adhésion symbolique pour l’OTAN, qui voit en elle, non un soutien militaire, mais un signal fort d’un pays rejoignant le « camp occidental » et qui affaiblit la Russie dans les Balkans. C’est un signal envoyé aux autres pays souhaitant devenir membre de l’alliance, comme la Bosnie-Herzégovine et la Macédoine dans la région, ou bien la Géorgie et l’Ukraine.

La Fédération de Russie ne peut désormais que compter sur la Serbie, bien que son cheminement européen se poursuive, ou encore sur la République Serbe de Bosnie.

La dangereuse avancée des négociations avec l’UE

Début décembre, la Serbie annonçait l’ouverture de deux nouveaux chapitres du processus d’adhésion à l’Union européenne. Ces derniers sont censés récompenser la Serbie d’avoir signé de nombreux accords avec l’ancienne province serbe du Kosovo et Métochie. Le chapitre 32 sur les contrôles financiers est ouvert, mais également le chapitre 35 sur la normalisation des relations avec le Kosovo. Cette « normalisation » peut être traduite par « reconnaissance totale » de l’État du Kosovo par la Serbie.

Les accords passés cet été entre la Serbie et le Kosovo concernent l’énergie, les télécommunications, mais surtout la création d’une association des municipalités serbes au Kosovo, qui a été validée il y a quelques jours par la cour constitutionnelle de l’autoproclamé état du Kosovo.

Le Premier ministre serbe, Aleksandar Vučić a affirmé le 14 décembre que « ceci est un jour important pour nous…Nous n’avons plus à rêver d’Europe désormais. nous devons y travailler durement ».

Source : http://rferl.org/

Il est à noter que d’une manière générale, peu de pays démarrent par le chapitre 35 les négociations – relative aux questions diverses – or, cela est nécessaire pour la Serbie, afin de la forcer à reconnaître dès le début le narco-état qu’est le Kosovo.

Le bloc patriotique serbe ( Parti démocratique de Serbie (DSS), le mouvement Dveri et d’autres personnalités indépendantes), crédité d’environ 10 % des voix en cas de législatives en 2016 demande quant à lui un référendum sur l’adhésion de la Serbie à l’Union européenne. Moins de 50 % des Serbes se disent favorable à une entrée du pays dans l’Union européenne.

Par ailleurs, à la suite de la crise desdits migrants, l’Union européenne demande à la Serbie d’accueillir plus de clandestins, condition nécessaire pour pouvoir espérer rejoindre l’Union européenne. Elle doit par ailleurs construire les structures nécessaires afin d’accueillir quelques dizaines de milliers de clandestins.

 

Des élections anticipées pour faire taire le camp russe ?

Les élections législatives serbes risquent d’être avancées au printemps 2016 en Serbie, en même temps que les élections locales et régionales. Actuellement, les élections étaient prévues pour 2017, même si une interrogation régnait quant à la date de ces dernières. Une avancée des élections permettrait au Parti progressiste serbe du Premier ministre Aleksandar Vučić de remporter haut la main l’élection. En effet, l’opposition est particulièrement fragmentée et faible.
Ces élections permettraient au parti au pouvoir de s’unir et de se ranger tel un homme, tant le parti est divisé actuellement, notamment par la question européenne et l’orientation pro-russe menée par le Président de la République Tomislav Nikolić.

En effet, le Président serbe a affirmé dans le quotidien serbe Politika le 19 décembre que « le chapitre 35 est plein de pièges pouvant mettre en péril le statut neutre des relations avec Pristina (capitale du Kosovo) qui n’est pas littéralement l’acceptation de l’indépendance du Kosovo ».

Le Parti du Premier ministre compte de réels opposants uniquement dans son parti. En effet, la coalition gouvernementale, appuyée notamment par la parti socialiste d’Ivica Dačić compte 158 sièges sur 250 à l’Assemblée nationale. Par ailleurs, un sondage d’octobre 2015 annonce que le parti progressiste serbe serait vainqueur des élections avec 45,8 % des voix, suivi par le parti socialiste avec 10, 4 % des voix, le parti démocrate 9,4 % des voix et le parti radical serbe 5, 8 % des voix.

Le Monténégro affirme sa différence avec la Serbie désormais. Mais, la Serbie semble prendre le même chemin tant le processus d’adhésion à l’UE est parsemé d’embuches.
Au même moment, le courageux président de la République Serbe de Bosnie, Milorad Dodik affirme que « l’adhésion à l’Union européenne n’était pas une démarche sage pour son pays ».

 

Alexandre Moustafa

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