Nous nous livrons ici à une analyse mais nullement à une prophétie : Les planifications informatiques préparatoires à la SVO1 concluaient à une prise de contrôle rapide de l’Ukraine, et celles menées par les cadres de l’OTAN en charge de l’offensive d’été à une victoire complète de Kiev !

Rapport de situation sur le front en Ukraine : le grignotage continue

Rappel : le terme de « front » est pris ici dans son acception conceptuelle et non conformément à la sémantique opérationnelle soviéto-russe.

Depuis novembre 2023 l’armée russe applique une stratégie d’attrition par le biais d’offensives limitées incrémentielles. Pour contrer l’ISR (intelligence surveillance reconnaissance) de l’OTAN au profit de Kiev, les forces fédérales russes évitent les concentrations de moyens repérables par satellites et vulnérables aux frappes. La tactique consiste donc à dissimuler les regroupements au sein des centres urbains libérés, puis de limiter le délai d’exposition en procédant à des rushes vers les objectifs. Les mécanisés progressent donc à grande vitesse, puis débarquent l’infanterie, qui couvre alors les navettes emmenant les renforts. Quand une colonne est repérée et détruite, cela n’affecte donc que des effectifs limités.

Les avancées russes ont remis en cause la ligne de défense  établie après la chute d’Avdivka

Prévisions

  • Il est improbable que la Russie tente une offensive de grand style, qui serait en l’état coûteuse en pertes humaines. Il est probable que la stratégie actuelle sera maintenue, en rayonnant autour de villes (Krasnogorovka, Khurakovo, Chasov Yar ?) mais sans pouvoir envisager la prise de grands centres comme Kharkov ou Odessa. Cette stratégie a l’intérêt d’empêcher Kiev de trouver un second souffle, en maintenant une pression constante et sur plusieurs axes. Le but est d’empêcher le recrutement, la formation et l’équipement des 400 000 hommes nécessaires à Kiev pour entreprendre une action offensive. Actuellement les troupes disponibles, aptes à une défensive statique, ne sont pas en capacité de manœuvrer. La création d’un groupe d’armées Nord (symbole lettre latine « N») ne peut être interprété avec certitude comme un signe d’une offensive immédiate sur Kharkov.
  • Les forces russes pilonnent avec des bombes planantes FAB (Fugasnaya Avia Bomba, arme de démolition aérienne) les sapeurs et constructeurs des lignes de défense en arrière des lignes, et vont continuer à le faire pour rendre difficile la tenue ferme de positions d’arrêt.
  • Les Britanniques ont annoncé un débarquement ukrainien sur la rive orientale du Dniepr. Des actions – et non des opérations – amphibies y ont déjà été menées, ainsi que sur les côtes de Crimée. Elles ont été écrasées et étaient limitées. Des infiltration réussies ont certainement eu lieu mais concernent le Renseignement et le sabotage et non les opérations terrestres. Ni Kiev ni l’OTAN n’alignent suffisamment de moyens pour permettre un débarquement en force de grande ampleur.
Les bombes planantes FAB de 500 à 3000 Kg pilonnent les défenses ukrainiennes et atteignent aussi le moral, ce qui explique des débandades récentes; la lisière de forêt en bas à droite donne une idée de la taille de l’explosion

Evolutions

  • Avec la livraison de missiles ATACMS (Army tactical missile system) et Storm Shadow/SCALP, l’attaque du pont de Kertch est prévisible. L’ATACMS emporte une charge militaire (en fonction du modèle, 226 Kg de TNT ; les versions à sous munitions ne seraient pas efficaces) qui le rendra plus destructeur sur les infrastructures que les roquettes de 227 mm HiMARS. Considéré comme semi-manoeuvrant par les Occidentaux, L’ATCAMS est pour les Russes un objet balistique qui peut être intercepté sur sa trajectoire comme le Tochka U. En revanche, le SCALP est un missile de croisière, donc manoeuvrant, plus difficile à détruire en vol. Il est probable que l’envoi de drones à long rayon d’action et d’ATACMS servira à saturer le PVO (Voyska protivovozdushnoy oborony, force de défense aérienne) pour ouvrir la voie aux SCALP. Il est prévisible que les forces russes l’anticipent. La destruction du pont serait un succès de propagande susceptible de regonfler le moral ukrainien, préalable nécessaire pour permettre une mobilisation, actuellement difficile et réticente mais indispensable à poursuivre la guerre.
  • La livraison de chasseurs bombardiers F-16 pourrait atteindre 70 à 90 exemplaires2. Ces appareils pourraient être des vecteurs de missiles, mobiles et difficiles à neutraliser ; ils pourraient également offrir l’appui aérien qui a manqué aux forces terrestres à l’été 2023. En fonction de leur armement3, ils pourraient prendre à partie des aéronefs russes à longue distance. Pour cela il faut disposer de terrains adaptés à la sophistication des machines et de pilotes (seuls 12 seraient formés en six mois et six autres en cours d’instruction). Ces deux facteurs créent un risque important d’implication accrue de l’OTAN, en fournissant des bases (considérées comme cibles légitimes par la Russie) et des navigants sous contrat fictif.
  • L’envoi sur le sol ukrainien de personnels de l’OTAN, français et britanniques, ne prend pas la forme de la projection d’unités organiques, un temps évoqué. Une modification de cette posture serait une aggravation sensible de la confrontation avec la Fédération de Russie.
  • Le transfert à Varsovie de 821 missiles de croisière JASSM-ER de 930 Km de portée, crée une menace sur Kaliningrad, voire Moscou.
Tir d’un missile ATACMS par un lanceur M270

Fronts indirects : la stratégie périphérique continue

L’OTAN maintient sa pression sur d’autres fronts :

  • Les manœuvres militaires de l’OTAN continuent, désormais en Finlande qui a évoqué l’implantation d’une base US permanente sur son sol. Les dirigeants finlandais et suédois alimentent une dialectique de guerre et anti-Russie. Norvège et Danemark évoquent une confrontation dans l’Arctique. De leur côté, les forces armées russes se sont réorganisées, recréant un commandement Nord autour de St Petersburg et renforcent les bases dans le cercle polaire.
  • La Biélorussie annonce des tentatives de déstabilisation au travers des organisations d’opposition armée stationnées dans des Etats de l’OTAN. Dépositaire de missiles nucléaires russes et allié qui a prouvé son utilité (coup de Wagner) le régime Lukatchenko bénéficiera certainement de la protection maximale de Moscou, mais demeure un champ d’affrontement alternatif. Parallèlement la Pologne a réaffirmé son souhait de devenir une zone de déploiement de missiles nucléaires étatsuniens.
  • Le Parlement européen, la Commission et le Conseil de l’Europe ont rendu publiques des positions marquées anti-Poutine, refusant de reconnaître les résultats des élections présidentielles russes et multipliant les déclarations alarmistes sur une guerre future. Josep Borrel pour l’UE et Jens Stoltenberg pour l’OTAN appellent à unir l’Europe pour armer l’Ukraine et permettre la continuation de la guerre contre la Russie. Les perspectives de fédéralisation de l’UE et d’élargissement aux Balkans, à la Géorgie et à l’Ukraine font l’objet de débats internes dans le cadre des élections européennes. De son côté, la Russie a renforcé sa coopération avec l’Inde et notamment le recours à la « flotte fantôme » de pétroliers , malgré des positions théoriques d’application des sanctions occidentales.
  • La France et les USA amplifient leur immixtion en Arménie au profit du gouvernement Pashinian. Une coopération militaire étendue est envisagée. Des troubles intérieurs agitent le pays. Les rapports de la Russie avec Erevan sont dégradés au point de retirer les forces d’interposition russes, alors que les liens se resserrent avec Bakou. Les relations ambigües entre Russie et Turquie convergent à cet égard, l’appui politico-militaire se doublant de grands projets d’infrastructures et de voies énergétiques.
  • La France et la Moldavie resserrent la coopération militaire, rendant envisageable l’envoi d’un contingent français à partir de la Roumanie et une éventuelle confrontation directe avec la maigre garnison russe en Transitrie. Le durcissement politique de Chisinau et la répression des minorités et de l’opposition, désormais unies, créent une incertitude stratégique. Moscou se propose comme protecteur.
  • Les actions diplomatiques (Allemagne, USA) pour influencer la République populaire de Chine à l’égard de la Russie semblent avoir échoué. Washington bénéficie toujours de Taiwan comme pôle de tension pour peser sur Pékin et un vote du Congrès américain permet de financer cette influence dans l’île. La confédération autour des USA de l’Australie, de la Nouvelle Zélande, de la Corée du Sud et du Japon se renforce. Les Philippines sont revenues dans le giron US. Les cas du Viet Nam et de l’Indonésie méritent une attention.
  • Le conflit israélo-palestinien n’a pas tari l’aide US à Kiev. Il constitue en revanche un élément de tension interne dans les pays occidentaux à fortes minorités arabo-musulmanes. La position équilibrée de la Russie est appréciée du monde arabe dont le soutien à la cause du Hamas n’est pas si évident, ni profond4 Les monarchies sunnites du Golfe étaient parvenues à un équilibre avec Israel. La Russie et la Chine travaillaient à un apaisement avec l’Iran chiite. La relance des hostilités permet non seulement de « sauver le soldat Netanyahu » localement, mais surtout redonne à Washington une position d’arbitre incontournable dans la région, tout en affectant indirectement l’alliance russo-perse. Les réactions relativement mesurées de tous, sont à interpréter en fonction de ce prisme. L’activation des proxys houthis permet d’inverser la stratégie de tension contre les USA, à coût limité. Les conséquences sur l’économie mondiale et surtout occidentale sont certainement objets de tractations clandestines. Il semble que l’Occident (c’est-à-dire l’hégémon étatsunien) œuvre à maintenir un statu quo ante qui lui soit favorable. La Russie semble développer une stratégie axée sur l’avenir, en considérant l’Afrique et le monde arabe comme des futurs partenaires de premier plan – ce qu’ils seront au moins au plan démographique – et susceptibles, avec le géant indien d’équilibrer le poids de la Chine tout en marginalisant le « milliard doré ».
Malgré l’entrée de la Suède dans l’OTAN, qui limite son intérêt stratégique, le Coridor de Kuwalski est l’objet d’une dialectique agressive et alarmiste des pays baltes et de la Pologne lors des manœuvres OTAN  en cours

La Russie marque des points en Afrique au fur et à mesure du désengagement occidental, français (il ne reste plus que le Tchad comme point d’appui) mais aussi étasunien (évacuation inattendue du Niger). Cela reste cependant apparent et le continent noir nous a habitué aux volte-faces et changements radicaux. Du point de vue français, la politique du général De Gaulle avait consisté à libérer la France métropolitaine du fardeau des colonies afin de mieux aborder la construction européenne et l’indépendance stratégique (retrait du commandement intégré de l’OTAN, acquisition de la force de dissuasion nucléaire…). Confronté à une dynamique de reflux, le président français actuel semble vouloir axer sa politique sur l’UE mais sans défendre la souveraineté nationale française, au contraire.

La Moldavie (ancienne province roumaine devenue République socialiste soviétique puis indépendante) envisage de rejoindre la Roumanie pour pouvoir intégrer l’UE, ce qui posera un problème à ses minorités

Front intérieur : un sursaut

Les élections présidentielles russes et l’attentat terroriste du Crocus hall ont permis un apparent changement de posture fondamental en Russie :

Les services anglo-saxons ont tenté d’amplifier des fractures internes à la société russe, en activant le fait islamique. La Tchétchénie reste verrouillée par Kadyrov, dont la relève devient possible grâce à la nomination d’un tchétchène plus rationnel, Apta Aloudinov comme directeur adjoint de la branche doctrinale politique (direction du travail) au ministère de la défense russe. Les relations avec la ceinture islamique de l’Asie centrale étaient en revanche fragile. La présence de diasporas importantes et de Républiques musulmanes au sein de la Fédération même créait une vulnérabilité que l’opération du Crocus devait amplifier.

La réaction en matière de sécurité intérieure (très nombreux raids du FSB contre l’emploi illégal) et diplomatique (restrictions de circulation des Tadjiks en Russie) vise à redonner à la Russie une place prééminente en tant que débouché économique et centre politique dominant. Cette politique s’appuie sur un repositionnement économique (notamment la compensation-rétorsion du vol des avoirs russes par l’Occident) en refusant que la Russie ne devienne captive de la main d’oeuvre étrangère nécessaire à sa sur-industrie. Cette position a été officialisée par Vladimir Validmirovitch Poutine. La politique de la banque centrale est revue en fonction. De plus, un signal fort est donné en matière de criminalité économique. Pour accompagner l’effort de guerre, réussi, une répression des élites corrompues et initiée. L’arrestation du vice-ministre de la Défense et maréchal Timur Ivanov, ou de l’ex-vice présidente du gouvernement de la région de Moscou Svetlana Strigunkova, et d’autres, est une claire illustration de cette volonté. La Russie poutinienne a accepté l’économie de marché et toléré l’enrichissement personnel, mais en refusant que la richesse ne devienne source de pouvoir politique, d’où la mise au pas des oligarques. En réprimant d’évidents abus, le régime légitime l’effort de guerre demandé à la population et satisfait aussi certaines aspirations sociales dont E. Prigojine s’était fait le héraut. Il est d’ailleurs significatif que le Colonel-général Surovikine soit rappelé de ses fonctions auprès de l’action extérieure (Syrie/soudan) et remplacé par le général Trishukin, peut-être pour prendre des fonctions au détriment du bloc Choigu.

Si cette démarche est fructueuse cela fournira l’assise durable nécessaire à la modernisation et au développement intérieur qui reste le grand projet du président Poutine, et permettra d’affirmer la victoire sur l’OTAN.

L’assassinat d’un russe par un migrant azerbaidjanais à Moscou Lyublino est repris comme emblématique et justifiant une réponse de l’Etat russe

Perspectives

On doit noter que l’aide votée par le Congés US5 (les « 61 milliards de Dollars ») se décompose en plusieurs enveloppes, un tiers de cette somme étant en réalité consacrée à reconstituer les stocks de l’US Army, quasiment vidés par les transferts à Kiev. Il s’agit donc d’alimenter mais aussi de vivifier le lobby militaro industriel étatsunien pour lui donner la capacité de soutenir une guerre de haute intensité et de vendre aux armées vassales. Un quart de l’enveloppe est employé à faire fonctionner l’Etat ukrainien, qui n’en est plus un que de nom puisqu’il ne peut faire fonctionner ses institutions par l’impôt ni le vote. Les crédits restant, environ 14 milliards, seront affectés à l’approvisionnement en missiles, drones et moyens antiaériens, afin de compenser les carences les plus flagrantes des VSU.

Face à cela, la Russie semble également préparer un affrontement avec l’OTAN. En effet la production de munitions et d’armements n’est pas intégralement versée au front, mais une partie est stockée. A cet égard la guerre en Ukraine paraît servir de banc-test, comme celle d’Espagne le fut en son temps. L’industrie russe a fourni un effort capacitaire important, l’armée a mis à jour ses doctrines et les combats ont opéré un tri des cadres les plus performants. Le R&D n’est pas négligé et profite aux troupes engagées : des drone terrestres et aériens sont développés et déployés, l’artillerie améliore ses performances (obusier automoteur Hyacinte), la guerre électronique continue à progresser (les USA ont admis que les munitions guidées par GPS n’ont pas tenu leurs promesses). Les forces vont bénéficier de moyens adaptés aux nouvelles menaces créées par la livraison de moyens à Kiev, et le nouveau complexe anti aérien S-500 apparaît désormais sur le front.

D’un côté comme de l’autre on ne semble donc absolument pas renoncer à poursuivre la confrontation, jusqu’à risquer une montée aux extrêmes qui pourrait échapper au contrôle politique (la centrale Energodar en face de Zaporoje reste un enjeu et un objet d’inquiétude). A cet égard, l’éventuelle victoire d’un Donald Trump ne devrait pas changer la donne. En revanche, on peut rêver qu’une prise de conscience des Européens permette de mettre fin à leur suicide programmé, comme ce fut le cas démocratiquement en Slovaquie. Cette hypothèse heureuse est malheureusement très incertaine. En effet la politique US semble être de transférer une majeure partie de l’effort contre la Russie à l’Europe et un renversement démocratique au sein de l’UE serait donc inacceptable.


1 SVO : spetsialnaïa voennaïa operatsia, opération militaire spéciale

2 24 néerlandais, 22 norvégiens, 19 danois et un nombre de belges qui dépendra des livraisons de F-35

3 des missiles air-air AIM 120-8 et AIM 9X Sidewinder bloc II sont vendus à la Pologne pour 1,4 milliards de Dollars ; cela peut être considéré comme un possible prépositionnement

4 Depuis 60 ans ces populations sont maintenues artificiellement dans des conditions qui permettent de les instrumentaliser afin de créer des crises ponctuelles, alors que, étant de souche, religion et langue communes avec leurs pays d’accueil, elles auraient pu ou dû s’y intégrer.

5 Les USA ont l’immense avantage de bénéficier du Dollar, monnaie de référence mais désincarnée, qui leur permet de jouer de la planche à billet (numérique) pour engager des sommes considérables sans réelle charge financière. Il est significatif que D. Trump ait pris position en faveur de la punition des économies qui collaboreraient au processus de dédollarisation auquel on assiste.

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Olivier CHAMBRIN

14 thoughts on “Perspectives de la SVO au printemps 2024

  • Ping :

  • Bonjour Olivier Chambrin.
    Vos articles des plus solides et attractifs sur le marché,se lisent toujours avec le même plaisir , on en redemande.
    Votre argumentaire des plus sérieux plaide pour l’action lente et mesurée , pragmatique, des armees russes, logique je l’admet sans réticences .
    Néanmoins , oui il y’a un mais je dois le dire, la déclaration de Vlad à l’appui de mes dires ( quand la bagarre est inévitable mieux vaut attaquer le premier ) , je plaiderai pour une action plus déterminée LA ou ce serait possible avec le moins de cassé possible.
    Vous évoquez les développements et élargissements prévisibles ( nato, ue , etc )sous peu fort justement.
    Comment être plus offensif ? Je ne suis pas militaire de formation et chacun son travail…..messieurs les militaires tirez les premiers !
    Je songe, rêver est encore permis faute de censure adéquate, à Odessa surtout et karkhov.
    C’è que j’ai toujours évoqué ( Odessa, conforté par l’article paru sur Odessa, enjeu primordial en mer noire ), à noter la création de brigades fluviales et côtières ( bateaux & troupes ) côté russe.
    Si l’armée russe me donnait la possibilité de ne plus passer pour un dilettante fantaisiste , j’en serai ravi et cela démontrerait l’adage bien connu que la guerre est une chose trop sérieuse pour être confiée à des militaires , souriez…..!
    Au passage j’ai noté l’effort de Xavier Moreau pour améliorer le choix de ses cravates mais je dirais : peut mieux faire, surtout avec sa venue à Paris . Il ne peut être performant dans tous les domaines.
    bien cordialement à tous les deux.
    Vianney.

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    • Bonjour Vianney et merci pour lire et apprécier.

      Beaucoup de gens espèrent une avancée décisive, à Moscou comme ailleurs.
      Je pense cependant que les conditions ne sont encore tout à fait réunies, et les décisions de l’OTAN vont repousser la date, en montant d’un cran les enjeux, notamment à cause de l’emploi probable de bases en Pologne et Roumanie. Une montée en puissance progressive est perceptible (et efficace, ciblage de centres de décisions et d’infrastructures…) mais le pouvoir politique (et Vladimir Vladimirovitch me semble avoir plutôt excellé dans le domaine) a la lourde charge de doser et balancer les décisions que les militaires ont en principe la compétence de lui proposer, La réapparition du général Surovikine et le durcissement global vis à vis de la main d’oeuvre des “spécialistes étrangers” me semblent donner des pistes.

      Il me semble que la fin des hostilités sans avoir durablement démantelé l’ appareil kievien, efficacement affronté l’OTAN, ni récupéré Kharkov et Odessa (voire Kiev?) ne rempliraient pas les buts définis par le commandant suprême. Cela dit, il y a des enjeux plus globaux et pas forcément militaires.

      Rassurez vous, je n’ai jamais commandé une Brigade sans parler d’une armée, et cela n’empêche personne de réfléchir, ça n’est pas une affaire trop sérieuse pour être confiée à des civils… (on aimerait d’ailleurs que l’Exécutif français s’en souvienne un peu).

      Quant aux cravates de Xavier… Joker ! mais beaucoup de mili sont dans ce style quand ils s’habillent en pékin.

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      • Bonjour Olivier Chambrin .
        Remaniement ministériel limite ou non en Russie.
        Choigou annoncé partant. Remplace par un économiste réputé proche de Poutine , développeur de l’industrie russe militaire, a poussé sur l’introduction des drones.
        Guerasimov maintenu.
        Retour de surovikine ? Ou, quand, comme quoi ?
        Pour moi une excellente nouvelle.
        À ce jour des poussées de reconnaissance région de Kharkov sans oublier zaporidjie. Donetstk pousse fort aussi.
        Laissons du temps au temps mais la formule a ses limites et comporte un point de basculement ou le rapport entre qualites et défauts peut s’inverser, brièvement certes vu les poids respectifs des forces en présence, mais l’objectif majeur restant, côté russe , le coût en vies humaines.
        Le dilemne reste . La balance , au vu et au su de la progression de la pression occidentale semblant reculer pour mieux avancer car ils ne renonceront jamais fut ce au prix d’un Ragnarok, peut pencher du mauvais côté pour les russes consommant les fruits de leurs efforts patiemment consentis.
        Surovikine peut représenter un atout dans la nouvelle done, avec l’introduction d’engins nucléaires tactiques dans le jeu.
        Pouvait on l’eviter( faire monter les enchères ) dans un coup de dés audacieux au préalable , je ne sais pas et ce n’est plus la question, Poutine a choisi une autre voie , poursuivons là donc mais je souhaite que l’adaptation reste au programme , je mise donc sur Surovikine.
        Suite du feuilleton cet été ? On verra bien.
        Cordialement.
        Vianney.

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  • “Les planifications informatiques préparatoires à la SVO1 concluaient à une prise de contrôle rapide de l’Ukraine,”

    C’est une vision occidentale et je ne pense pas que ce soit la bonne. Le but de la SVO était de sécuriser la Crimée et d’obliger l’Ukraine à négocier, notamment pour le statut des deux oblasts.
    Ce qui n’a pas été prévu, est la duplicité/fourberie occidentale, capable de faire massacrer 500 000 ukrainiens pour ses propres objectifs d’affaiblissement (illusoire) de la Russie.

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    • Bonjour Atao breton,

      Je n’aurai pas la prétention d’affirmer que c’est la bonne vision.
      Je suis d’accord sur les deux buts définis que vous évoquez et il est clair que tout aurait pu (dû) s’arrêter en mars 2022, sans l’immixtion des Anglosaxons, puis de l’OTAN et enfin de l’UE ( un peu trois fois la même chose, finalement).

      Reste que les modèles informatiques de l’Etat-major général prévoyaient une prise de contrôle quasiment sans casse, comme Prague en 68 (avec cinq fois plus d’hommes pour un territoire nettement moindre) ou Kaboul en 79. Même si la propagande et des causes extérieures s’en sont melées, l’armée fédérale a affronté une résistance imprévue par ses programmateurs. A vrai dire, il en a été de même à l’été 2023 lorsque l’OTAN a piloté l’offensive kiévienne. Conclusion : il ne faut pas trop accorder de confiance à l’informatique.

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      • Bonjour Olivier,

        Je crois qu’on touche là au coeur du problème : les moyens déployés pour cette “SVO” lorsqu’elle a été lancée.

        Indépendamment des buts qu’ont pu se fixer les Russes (pénétrer profondément en Ukraine pour en extirper les néo-nazis, ou entrer seulement dans Kiev et Kharkov pour faire tomber le gouvernement de Zelensky ; libérer les régions de l’Est ou les rattacher à la Russie ; couvrir la Crimée ; empêcher l’élargissement de l’otan, etc.), ils ont été clairement insuffisants.
        Et même si cela pouvait se justifier par des objectifs initiaux modérés (la Russie n’aurait donc visé qu’à reprendre les régions de l’Est), ce qui frappe, c’est l’obligation dans laquelle se sont retrouvés les Russes d’arrêter complètement leur poussée au plus tard dès le début 2023, et l’impossibilité ensuite – et encore maintenant – de la reprendre.
        Des mois durant, je me suis demandé ce que “foutaient” les Russes, pourquoi ils n’engageaient pas davantage de moyens matériels, même s’ils n’étaient pas en guerre et que cela excluait une mobilisation des moyens humains.
        Aujourd’hui, après avoir consulté et recoupé toutes les sources à ma disposition, je suis arrivé à la conclusion suivante : l’armée russe était beaucoup moins puissante qu’on ne le pensait. Dans la décennie 90, il n’y a pratiquement plus eu de production d’armement ni de développement militaire. Au terme des deux décennies suivantes, les deux tiers, si ce n’est plus, des chars, avions, etc., avait été ferraillé. Le développement de nouveaux armements plus modernes et performants ne s’est fait que lentement (au compte-gouttes ?) pour équiper une armée devenue “professionnelle” mais qu’avaient quittée, semble-t-il, ses meilleurs éléments, tous ceux qui sont plus ambitieux et qui n’ont pas voulu végéter dans une armée qui ne semblait plus être l’avenir.
        Au moment où débutait la SVO, l’armée ne comptait qu’un nombre limité de T90, pratiquement aucun T14 n’était en service, et c’était la même chose pour les avions, les hélicoptères, l’artillerie ou les missiles. C’est ce qui explique aussi la quasi impasse qui avait faite sur les drônes. La Russie a bel et bien dû aller récupérer pour combler ses pertes, au fond de dépôts en Sibérie, des T72 et des T62 qui ne démarraient même plus et dont la remise en état a duré des jours, tout comme elle a dû équiper d’AKM des réservistes qu’elle rappelait : il n’y avait même pas assez d’AK74 en stock, incroyable !

        C’est, je pense, la vraie raison de l’enlisement qu’il y a eu malheureusement, bien plus que l’intervention de l’otan et de l’Occident.

        Il aurait fallu que cette affaire se réglât aussi vite que possible. C’est râté. Et ça va encore durer trop longtemps. La suite, je ne la connais pas, mais je pense qu’il n’y aura pas de vraie victoire russe si la Russie ne recouvre pas une pleine et entière puissance militaire pour les décennies à venir.

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        • Bonjour GL

          En effet, l’appellation d’opération militaire spéciale, loin d’être un euphémisme de propagande reflétait une réalité, il ne s’agissait pas de mener une guerre mais de peser sur la politique adverse. L’aide de l’OTAN et la persuasion occidentale ont transformé cet état de fait en contraignant des unités russes préparées comme outils de force à réellement affronter une opposition armée pou laquelle les moyens n’avaient pas été réunis. Notons malgré tout que l’opération aurait pu fonctionner, avec des gains rapides et importants et une ouverture aux négociations en mars 2022. Il en va ainsi dans l’Histoire et l’histoire militaire en particulier, une décision hardie peut générer une victoire inattendue et triomphale, ou au contraire révéler après coup ses faiblesses. ce qui est important est que la Fédération a réussi à encaisser, se donner du temps et monter en puissance de manière à mener une véritable guerre, face à une coalition qui s’en avère incapable. Armée fédérale russe et OTAN apparaissent surestimées à la lumière de ce conflit. Votre analyse me semble juste, les moyens militaires techniques et humains disponibles étaient trop réduits ; l’explication me semble tenir à la volonté de mener une guerre de haute i tensité sans porter atteinte à la société civile russe.. La Russie a toutefois su réagir, geler la situation, mobiliser sans contrainte, former et profiter des enseignements des années de guerre, relancer son appareil industriel. Avec la réélection de Vladimir Poutine et la définition du nouveau gouvernement, un économiste est à la tête de la défense ( Ustinov était dans le même cas et a rendu les services attendus), les appareils de force ne sont pas desorganisés, des promotions de militaires compétents et la montée en puissance de l’industrie de guerre ( avec un ministère de la défense qui va enfin pouvoir contrôler le lobbies) sont envisageables. cela satisfait aussi une population qui voit créations corrompus sanctionnés ou écartés, une sorte de testament Wagner. Enfin la mobilisation psychologique semble aussi se mettre en place, avec un contrôle des diasporas et la preuve de la coalition russophobe animée par l’OTAN au soutien de Kiev.
          Je vous rejoins enfin sur le dernier point. La Russie est à l’avant garde d’un conflit civilisationnel, Dans une perspective freundienne ce n’est pas Moscou mais es adversaires qui en décident. Aussi la fédération doit elle conserver de la ressource pour mener une guerre dans la durée qui dépasse largement les frontières de l’Ukraine.

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  • Quant aux “fractures internes à la société russe par le fait islamique” ou les “tension interne dans les pays occidentaux à fortes minorités arabo-musulmanes”, il faudra bien pouvoir les aborder sans se faire traiter de suppôt de Zemmour. Ni sans tomber dans les discours lénifiants. Je suis bien lucide que certains jettent de l’huile sur le feu (l’OTAN impérial, mais aussi les réseaux panislamiques ). Voilà pour l’huile. Mais il faudra bien parler du feu. Si ces manipulations fonctionnent, c’est bien parce-qu’elles s’appuient sur des antagonismes vieux de 1400 ans (que ça plaise ou non). La Russie est habituée à gérer “virilement” ses marches méridionales islamisées, pour garantir son accès à la Mer Caspienne. Je la soutiens depuis toujours là-dedans. Mais l’Europe occidentale vit une situation bien plus complexe et bien plus nouvelle : la balkanisation interne de ses républiques homogènes helleno-chrétiennes depuis 1500/2000 ans. C’est explosif. D’autant que la péninsule européenne a connu son miracle économique, artistique, scientifique et politique, en raison de cet agglutinement singulier de Nations dignes des Cités grecques de jadis. Pour éviter l’explosion, on nous propose le chape-de-plomb socialiste (UE par en-haut, tiersmondistes par en-bas). Non seulement ce n’est pas efficace (on l’a vu en URSS et en Yougoslavie, car ça ne fait que retarder les tendances) mais en plus ce sera la fin du “génie européen”. Les élites militaires occidentales commencent à s’en rendre compte pour de “bonnes mauvaises” raisons (car impossible de faire leur guerre à la Russie ou à la Chine avec des populations socialo-balkanisées). A court terme, on s’en réjouit car ça préserve la paix. Mais à long terme, c’est plein d’incertitudes.

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    • Bonjour,

      Tout cela est évidemment (très) complexe mais on peut tout de même dégager des axes relativement évidents; je songe spécifiquement à la démographie. Un Occident qui a pesé un bon tiers de la population du monde, ou un Pacte de Varsovie qui rassemblait un quart de la population du globe ne peuvent se comparer avec leurs positions respectives actuelles. Il semble que les dirigeants occidentaux ne l’aient pas bien compris, Vladimir Vladimirovitch Poutine, si.

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  • “Le conflit israélo-palestinien constitue en revanche un élément de tension interne dans les pays occidentaux à fortes minorités arabo-musulmanes. La position équilibrée de la Russie est appréciée du monde arabe dont le soutien à la cause du Hamas n’est pas si évident, ni profond (4). Les monarchies sunnites du Golfe étaient parvenues à un équilibre avec Israel. La Russie et la Chine travaillaient à un apaisement avec l’Iran chiite. La relance des hostilités permet non seulement de « sauver le soldat Netanyahu » localement, mais surtout redonne à Washington une position d’arbitre incontournable dans la région, tout en affectant indirectement l’alliance russo-perse. Les réactions relativement mesurées de tous, sont à interpréter en fonction de ce prisme.” … Merci à Stratpol pour cette lucidité ! L’attaque du 7 octobre (nonobstant son mode opératoire contraire à l’honneur militaire) est d’un intérêt stratégique tout-à-fait discutable. Les pro-palestiniens sont déchaînés sur les réseaux sociaux et inaccessibles au débat rationnel. En vérité, la solution pour les Palestiniens viendra de l’émergence des BRICS et de l’intégration régionale d’Israël, et non de quelque attaque de rave-party et manifestations à Science-Po. Pour avoir dit cela depuis 7 mois, que ne me suis-je pas entendu dire !

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    • la solution pour les palestiniens ne peut venir que de la fin d’Israël en tant qu’état juif. Et la pérennité de celui-ci, fondé uniquement sur la force et l’agressivité vis à vis de ses voisins (en pensant les dissuader), est de plus en plus incertaine : le rapport de force s’inverse inexorablement (“les arables ont pour eux l’espace, le temps et le nombre”) et Israël apparait pour ce qu’il est : un état génocidaire, qui se construit par l’élimination des palestiniens et qui n’a jamais respecté le droit international.

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    • Qd on fait une operation commando on ne fait pas de la couture, on fait la ,guerre et l’axe de la resistance a été – à mes yeux – heroique le 7 octobre. les morts de rav party ont été le fait de quelques palestiniens hors de controle et surtout des israeliens eux même qui ont tirés dans le tas sans savoir qui etaient qui… Voir doctrine Hanibal !!! Et ceci n est qu un discours tres rationnel …

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      • selon certains témoignages, des combattants palestiniens ont même protégé des civils israéliens des tirs de Tsahal…

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