Plongée dans les réseaux criminels étatiques nord-coréens – Partie 3


Photo : web résistant

Production et trafic d’armes conventionnelles

A l’instar de nombreux Etats la Corée du Nord se livre au commerce ainsi qu’au trafic d’armes conventionnelles et en dépit des sanctions internationales elle est un acteur important du trafic d’armes à l’échelle internationale.

Cette vocation n’est pas nouvelle et durant la guerre entre l’Iran et l’Irak (1980-1988) le régime de Pyongyang avait fourni des armes à Téhéran en échange de pétrole : de 1981 à 1983 150 tanks T-62, 400 pièces d’artillerie, 1000 mortiers, 600 canons anti-aériens, 12 000 fusils d’assaut et mitrailleuses ainsi que 300 tanks T-54 / T-55 de fabrication nord-coréenne furent livrés au régime des mollahs [251]. La valeur de ces transferts d’armes d’origine nord-coréenne mais aussi chinoise et soviétique se montait à 800 millions de dollars pour l’année 1982 [252]. Souhaitant rester discrets la Chine et l’URSS sous-traitèrent également à la Corée du Nord une partie de leurs exportations d’armes à destination de l’Iran comme ce fut le cas en décembre 1986 avec une cargaison de missiles SAM-7 d’une valeur de 18 millions de dollars et provenant d’un arsenal en Pologne [253]. Un rapport du Conseil de Sécurité des Nations Unies du 10 novembre 2010 indique que de nos jours la Corée du Nord exporterait pour 100 millions de dollars d’armes chaque année et ce en dépit des sanctions internationales [254].

La production et l’exportation d’armes est supervisée par le Second Conseil Économique du Parti des Travailleurs de Corée qui « a établi un réseau international hautement sophistiqué d’acquisition, de marketing et de vente d’armes et d’équipement militaire » [255]. La production d’armes conventionnelles légères ou lourdes ainsi que de blindés, de pièces d’artillerie ou de munitions est assurée par le Premier Bureau de l’Industrie Mécanique (mitrailleuses lourdes et mitrailleuses légères de types 62 et 73), l’usine de tanks de Ryu Kyong-su (canton de Sinhung, province du Sud Hamgyong) [256], le Second Bureau de l’Industrie Mécanique localisé dans le canton de Songchon (province du Pyongan du Sud ; production de tanks Chonma-ho et Pokpung-ho ainsi que des pièces d’artillerie autotractées Chuche-po et Koksan) et la fabrique de munitions de Tokhyon [257]. Le Bureau Général de Reconnaissance est également un acteur du trafic d’armes nord-coréennes par le biais d’une société qu’il contrôle, la Green Pine Associated Corporation : cette dernière est spécialisée dans la construction de sous-marins, de navires de guerre ainsi que de systèmes de missiles et elle a fourni à l’Iran des torpilles et une assistance technique [258]. Green Pine serait responsable de la moitié des exportations d’armes nord-coréennes et aurait repris une partie des activités de la Korea Mining Development Trading Corporation qui est visée par les sanctions du Conseil de Sécurité des Nations Unies [259].

La Corée du Nord est un acteur clé du trafic de missiles et des technologies qui y sont liées : ce commerce illicite est encore une fois une source de devises étrangères fortes et parmi ses clients on a compté l’Egypte, la Libye, la Syrie, le Yémen, l’Iran, le Pakistan ainsi que la Birmanie qui a cherché à se doter de missiles balistiques de moyenne portée [260]. Les forces armées nord-coréennes détiendraient 6 200 000 armes à feu et les forces de police en posséderaient 245 000 [261]. 130 000 armes seraient détenues légalement ou illégalement par la population civile [262], ce qui représente un taux de possession d’armes à feu de 0.6 pour 100 habitants [263] : sur un classement de 178 pays la Corée du Nord est au 129ème rang en terme du nombre d’armes à feu détenues par des civils et au 164ème rang en terme de taux d’armes à feu pour 100 habitants [264].

La liste des incidents ou saisies attestant de l’implication du régime nord-coréen dans le trafic d’armes au niveau international est longue et ces activités répétées sont une violation des résolutions du Conseil de Sécurité des Nations Unies n°1718 de 2006 et n°1874 de 2009 [265]. En 1996 des roquettes et des composants de missiles Scud destinés à l’Egypte furent trouvés en Suisse [266]. En 1999 les douanes indiennes procédèrent à la fouille du navire nord-coréen Kuwolsan et trouvèrent à son bord des pièces détachées de missiles Scud destinées au Pakistan ou à la Libye et cataloguées comme étant de l’équipement pour purifier l’eau [267]. De 1999 à 2000, 3 incidents séparés impliquèrent Pyongyang dans l’envoi de composants pour missiles vers la Libye [268].

En décembre 2002 le So San, un navire nord-coréen, fut intercepté alors qu’il transportait 15 missiles Scud B, autant de charges explosives conventionnelles et 23 containers de carburant pour roquettes à destination du Yémen [269]. Les nombreux cargos nord-coréens naviguant autour du monde [270] et le trop grand volume de containers en circulation rend la détection de cargaisons illégales plus difficile et comme l’a révélé l’enquête Royal Charm le transport maritime est un des outils privilégiés du régime de Pyongyang, notamment pour l’acheminement de missiles sol-air de très courte portée et de leurs lanceurs [271].

La même année le Conseil de Sécurité des Nations Unies rapporta que des machines outils pouvant servir à la fabrication d’armes avaient été livré à l’Érythrée et la Green Pine Associated Corporation, une société nord-coréenne impliquée dans l’exportation d’armes, aurait continué à lui fournir « une assistance technique et militaire » jusqu’à 2010 [272]. La Korea Mineral Trading General Corporation s’est quant à elle intéressée au grand voisin et rival de l’Erythrée, l’Ethiopie, et a fait des affaires avec la société éthiopienne de fabrication de munitions « Homicho » [273]. En octobre 2007 des blocs de propulsion pour missiles Scud furent saisis sur un navire se rendant en Syrie et en en novembre 2009 des pièces et équipements de chars d’assaut destinés au Congo-Brazzaville furent découverts en Afrique du Sud [274]. La Corée du Nord s’est intéressée à l’Afrique et certaines de ses cargaisons d’armements soviétiques vieillissants destinées au Congo-Brazzaville, au Burundi ou à l’Érythrée ont été interceptées [275].

Le mercredi 7 janvier 2009 le Kang Nam 1 reçut l’ordre de Pyongyang de retourner au pays après avoir été suivi par les navires de guerre de l’US Navy : cette dernière avait reçu l’autorisation du Conseil de Sécurité des Nations Unies de procéder à une fouille de ce cargo nord-coréen convoyant des pièces de missiles destinées à la Birmanie [276]. En juin 2009 le journal japonais Yomiuri mentionna l’arrestation de 3 individus qui avaient tenté, « sur instructions de la Corée du Nord, d’exporter illégalement en Birmanie un système de mesure magnétique supposé nécessaire pour les missiles balistiques de longue portée » [277]. Le 14 août 2009, 10 containers d’armes nord-coréennes destinées à l’Iran furent trouvés à bord du ANL Australia, un navire battant pavillon bahamien et qui mouillait dans un port des Émirats Arabes Unis [278]. Le propriétaire de ce navire est la compagnie australienne ANL basée à Melbourne, une filiale de l’entreprise française de transport maritime CMA CGM [279] et le bureau shanghaïen d’une compagnie italienne a été également impliqué dans l’expédition de ces marchandises déclarées comme étant des pièces de machines [280]. En novembre 2009 une cargaison de 500 tonnes de roquettes de 122 mm d’origine nord-coréenne furent trouvées à bord du « Francop » par la marine israélienne : ce navire avait quitté Damiette (Egypte) pour Lattaquié (Syrie) où il devait y acheminer cette cargaison pour le compte de l’Iran et il semblerait que la Corée du Nord n’ait pas été directement impliquée dans cette affaire [281].

Le 12 décembre 2009 un Iliouchine IL-76 (immatriculé 4L-AWA) effectuant le vol charter en provenance de Pyongyang fut intercepté lors de son escale technique à Bangkok suite à une information donnée par le SBU ukrainien et les services de renseignements américains: les autorités thaïes trouvèrent à son bord « 35 tonnes d’armes conventionnelles, incluant des missiles sol-air », des roquettes, des missiles sol-sol et des pièces détachées destinés à l’Iran et estimés à 18 millions de dollars [282]. Cet avion enregistré en Géorgie devait rejoindre l’aéroport international Mehrabad à Téhéran, après avoir effectué une escale à Gostomel en Ukraine, et son escale technique en Thaïlande aurait dû s’effectuer à l’aéroport international Suvarnabhumi de Bangkok mais le commandant de l’IL-76 demanda à la dernière minute l’autorisation de se poser à Don Mueang [283].

Les manifestes concernant la nature du chargement, les documents de bord et les plans de vols présentaient de nombreuses incongruités et suite à une enquête minutieuse les mécanismes complexes de ce réseau furent mis à jour. Suivant un plan de vol extrêmement tortueux l’IL-76 avait quitté Bakou (Azerbaïdjan) puis fait escale à Al-Fujairah (Emirats Arabes Unis) et Bangkok (Thaïlande) avant d’atterrir à Pyongyang afin de réceptionner sa cargaison d’armes et redécoller pour la capitale thaïlandaise [284]. La suite de son plan de vol mentionnait trois escales à Colombo (Sri Lanka), Al-Fujairah et Kiev avant de rejoindre Téhéran afin d’y livrer son chargement puis de terminer son trajet à Podgorica (Monténégro), soit 24 525 kilomètres [285].

Les manifestes de marchandise, factures et ordres de transport émanant d’Air Koryo étaient de nature contradictoire, présentant tantôt la cargaison comme étant des pièces mécaniques destinées à une entité iranienne du nom de « Top Energy Institute » (un autre destinataire était également mentionné, la « National Iranian Oil Company / National Iranian Oil Industry »), tantôt comme étant des « pièces détachées pour l’industrie pétrolière » commandées par une structure basée à Hong Kong, l’ « Union Top Management » [286]. Une compagnie basée en Nouvelle Zélande et répondant au nom de SP Trading se chargea du leasing de l’avion et des documents de vol [287]. Cette cargaison illégale appartenait à AeroTrack Ltd et à la Korean General Trading Corporation [288].

Ce trafic a impliqué un réseau complexe aux ramifications internationales. Les quatre Kazakhs et le Biélorusse composant l’équipage (commandant de bord: Ilyas Isakov ; ingénieur : Aleksandr Zrybnev ; navigateur : Viktor Abdullayev) de l’IL-76 travaillaient pour la compagnie East Wing qui est dirigée par un certain Aleksandr Zykov : depuis Almaty ce dernier a nié toute implication dans cette affaire et affirmé que ses cinq employés ne travaillaient pas pour lui au moment de leur arrestation mais étaient en congé sans solde [289]. Les familles de ces pilotes vivant à Shymkent (Kazakhstan) ont quant à elles affirmé que ceux-ci travaillaient depuis une dizaine d’années pour Zykov qui les avait également recruté pour ce fameux vol [290]. Aleksandr Zykov est « un magnat local du fret » et ses pilotes, les « Zykovtsy » dont beaucoup ont une expérience des vols clandestins à destination de pays en guerre comme le Soudan ou la Somalie, sont hébergés à Shymkent dans une sorte de camp hautement sécurisé entouré d’épais murs, de chiens de garde, de fils barbelés et de caméras [291]. Le responsable de ce camp, Pavel Mogilevsky, a confirmé à un journaliste du Moscow Times que cet équipage avait bien été employé par East Wing dans le passé mais que lors de leur arrestation à Bangkok ils travaillaient pour une autre société [292].

L’IL-76 appartenait à l’épouse d’Aleksandr Zykov, Svetlana Zykova et à Overseas Cargo FZE, une compagnie basée à Sharjah aux Emirats Arabes Unis, où les époux possèdent également une maison [293]. Zykova a placé son IL-76 en leasing auprès de la compagnie géorgienne Air West Ltd [294]. Dans le passé les époux Zykov avaient attiré l’attention du Conseil de Sécurité des Nations : dans un rapport de novembre 2006 une compagnie détenue par Svetlana était accusée d’avoir fourni un avion à des volontaires somaliens allant se battre au Liban en 2006 aux côtés du Hezbollah [295]. L’IL-76 immatriculé 4L AWA disposait aussi d’un pedigree sulfureux dans la mesure où il avait appartenu par le passé à des trafiquants d’armes tels que Tomislav Damnjanović ou Viktor Bout [296].

Air West Ltd., une compagnie basée à l’aéroport international de Kupitnari près de Koutaïssi en Géorgie [297], jouait le rôle d’opérateur et son directeur, Levan Kakabadze, a nié connaître la destination ou la nature de la cargaison incriminée [298]. L’IL-76 a été ensuite loué par SP Trading à Air West et cette transaction a été effectuée par le biais des branches new-yorkaises de la Deutsche Bank et de JP Morgan Chase ainsi que par celui de banques danoise et géorgienne [299]. SP Trading a ensuite affrété depuis Auckland l’avion auprès d’Union Top Management (Hong-Kong) et certains documents liés à la cargaison révélèrent la présence d’une société destinataire intermédiaire ukrainienne du nom d’AeroTrack Ltd [300]. Celle-ci a été accusée par un un associé de longue date de Zykov et gérant de SP Trading, Yuri Lunyov, d’être responsable de la falsification de certains documents liés à la cargaison transportée par l’IL-76 [301].

SP Trading a été enregistré à Auckland le 22 juillet 2009 (n°2289331) et la personne en charge de cette requête était un certain Michael Taylor (NZCI Ltd, boîte postale 5033, Auckland) alors que la direction de cette compagnie était assumée par Mlle Lu Zhang qui dirige également 50 autres entreprises [302]. SP Trading est détenue par un actionnaire unique, VicAm Ltd. (Auckland, n° d’enregistrement 1184865), dont le dirigeant serait un certain J. Manceau et cette société basée à l’origine à Vanuatu serait en fait contrôlée par Michael Taylor [303]. VicAm est hébergée à Auckland par une compagnie du nom de GT Group (369 Queen Street, 5ème étage, Auckland) et à cette adresse sont également domiciliés SP Trading et sa directrice Lu Zhang [304].

Le GT Group a été créé puis dirigé par Geoffrey Taylor, un citoyen britannique résidant en Nouvelle Zélande et à Vanuatu dont les fils Ian et Michael en sont aussi les actionnaires [305]. Geoffrey Taylor contrôle 91% des parts de VicAm Ltd et du même coup SP Trading dont l’incorporation fut menée par GT Group, « sur instruction d’une compagnie britannique encore inconnue » [306]. Selon l’organisme canadien FINTRAC VicAm héberge et possède 4 entreprises du nom de Keronol Ltd., Melide Ltd., Tormex Ltd. et Dorio Ltd., suspectées « d’avoir blanchi l’argent de la drogue mexicain » [307]. Ces 4 sociétés ont été impliquées dans des transactions irrégulières avec la branche britannique de la Wachovia Bank en 2006 et certains experts pensent que la compagnie britannique ayant ordonné l’incorporation de SP Trading pourrait être Global King Ventures : cette société enregistrée à Tortola, dans les Iles Vierges Britanniques, serait « apparemment le point de départ d’une chaîne de sociétés liées à SP Trading » [308]. VicAm est également au centre d’un réseau complexe dans la mesure où cette société « est l’unique actionnaire de 1089 compagnies néo-zélandaises » [309]. Geoffrey Taylor est aussi l’actionnaire de Sumato Energy Group Ltd et son fils Ian dirige cette société qui a acheté en octobre 2008 pour 1 million de barils de pétrole à la compagnie pétrolière d’État d’Azerbaïdjan : avant son interception l’IL-76 immatriculé 4L-AWA avait fait escale à l’aéroport militaire azéri de Nasosnaya afin de se ravitailler [310].

Union Top Management Ltd, la société ayant demandé à SP Trading d’effectuer ce transport, a été enregistrée à Hong Kong le 2 novembre 2009 (n° de société 1386743) et est dirigée par Dario Cabreros Guarmendia dont le nom apparaît dans l’accord conclu avec SP Trading le 4 décembre 2009 [311]. Quelques jours auparavant, le 10 novembre, ce ressortissant espagnol supposé résider à Barcelone avait effectué l’acquisition de 99% des parts d’Union Top Management et suite à une enquête menée par Brian Johnson-Thomas, Sergio Finardi et Peter Danssaert auprès de la police espagnole, il apparut qu’aucune personne de ce nom n’existait réellement [312]. De même, des journalistes du Wall Street Journal leur révélèrent qu’aucun Garmendia n’était connu à l’adresse barcelonaise indiquée dans les documents d’enregistrement d’Union Top Management Ltd [313].

Les représentants d’UTM seraient deux personnes répondant aux prénoms d’Oleg et Igor: ces individus seraient basés en Suisse et auraient effectué deux visites auprès des bureaux ukrainiens de SP Trading en décembre 2009 [314] [Ibid.]. SP Trading a été contactée par les responsables d’UTM afin d’arranger 5 vols et ces personnes ont utilisé un numéro de téléphone portable ukrainien [315]. Les responsables d’UTM ont indiqué que leur personne de contact était une dénommée Natalya Sebantseva et celle-ci a ensuite appelé SP Trading depuis un numéro de téléphone Hongkongais (son numéro de fax est également Hongkongais) [316]. Sabantseva aurait demandé à son interlocuteur de SP Trading d’arranger un plan de vol depuis Dnipropetrovsk – une ville connue pour ses centrales nucléaires et fabriques d’armes – à destination de Bangkok et il s’agissait officiellement d’une cargaison d’équipements de télécommunication [317]. La personne de contact d’UTM aurait également demandé à ce que soit établi un autre plan de vol au départ de Bangkok et à destination de Pyongyang puis Téhéran afin d’y livrer un chargement d’équipements de forage pétrolier [318]. Le jour même de la saisie de l’IL-76 et de sa cargaison à Bangkok, peu de temps après en avoir pris connaissance, Sabantseva et ses responsables au sein d’UTM disparurent [319].

A l’origine UTM a été fondée par Easy Time Development Ltd, une société elle-même enregistrée à Hong Kong le 29 novembre 2007 (n°1189887) et la compagnie secrétaire d’UTM est Victoria Team, fondée quant à elle le 12 avril 2000 à Hong Kong (n°712532) [320]. Une semaine après son incorporation, le 10 novembre 2009, UTM a changé d’adresse et le même jour « Easy Time Development et Victoria Team démissionnaient respectivement de leurs postes de directeur et secrétaire d’UTM » [321]. L’actionnaire unique d’Easy Time Development et Victoria Team est Global King Ventures Ltd qui est « domiciliée à la boîte postale 3152, Road Town, Tortola, aux Iles Vierges Britanniques, où la piste de ces sociétés écrans finit » [322].

L’autre protagoniste de cette affaire, AeroTrack Ltd, est une compagnie de transport aérien basée à Kiev et dans le bordereau n°787 envoyé par UTM à SP Trading cette société ukrainienne est mentionnée comme étant la destinataire de « pièces détachées pour équipements de forage pétrolier » devant être transportées depuis Pyongyang [323]. Dans le bordereau n°789 AeroTrack est désignée comme étant le transporteur de cette cargaison ainsi que d’autres équipements devant quitter Kiev pour Téhéran et le nom d’une responsable de cette société ukrainienne y apparaît également, une certaine Viktoriya Donetskaya (Victoria Doneckaya dans la transcription anglaise) [324]. Brian Johnson-Thomas et ses collègues ainsi que d’autres journalistes ont essayé sans succès de contacter AeroTrack et cette personne au numéro de téléphone correspondant à leur adresse à Kiev, au 19/21 rue Frounzé [325]. Des gardes de sécurité présents à cette adresse auraient confié en janvier 2010 à un journaliste d’Associated Press enquêtant sur AeroTrack qu’ « il n’y avait jamais eu de compagnie de ce nom à cette adresse » [326]. Ce dernier élément semble être contredit par le fait qu’une compagnie de transport aérien du nom d’Aerotrack Aviation a bien été domiciliée de décembre 2007 à mai 2008 au 19/21 rue Frounzé (Kiev) mais « avec un numéro de téléphone différent de celui indiqué dans les bordereaux d’UTM » [327]. A cette même adresse, ce qui est loin d’être fortuit, ont été également domiciliées des structures telles que le Service d’État pour le Contrôle des Exportations, le Centre Technique et Scientifique pour l’Exportation et l’Importation de Technologies, Équipements et Matériels Spéciaux, le Centre de Transformation de l’Armée et d’Études en Désarmement, le Journal pour la Sécurité et la Non-Prolifération et « différentes sociétés ukrainiennes importantes comme CJSC Ukrainian Helicopters » [328].

Dans le bordereau n°789 d’UTM le destinataire final des « pièces détachées pour équipements de forage pétrolier » était une société fictive dénommée « National Iranian Oil Industry » et domiciliée à Téhéran, sur l’avenue Ghani, près du carrefour Hafiz [329]. Près du carrefour Hafiz et sur l’avenue Taleghani se trouvent en revanche les locaux de la « National Iranian Oil Company », la compagnie pétrolière iranienne d’Etat et il est fort probable que cette erreur ait été commise sciemment afin de masquer l’identité du réel destinataire du chargement d’armes nord-coréennes intercepté en Thaïlande [330]. Dans la facture de transport établie par Air Koryo une autre compagnie iranienne est mentionnée, Top Energy Institute, ainsi que son responsable, un certain M. Dashti mais il semblerait que cette société soit purement fictive [331]. Le bordereau n°787 et la facture de transport émis par SP Trading indiquent de leur côté que l’expéditeur des pièces détachées servant à l’industrie pétrolière est la Korean General Trading Corporation que Brian Johnson-Thomas et ses collègues ont essayé de contacter par téléphone mais sans succès [332]. En ce qui concerne les « pièces mécaniques » la facture de transport provenant d’Air Koryo indique que leur expéditeur est une entreprise nord-coréenne du nom de Korea Mechanical Industry Ltd [333].

En février 2011 des pièces de sous-marins furent découvertes par la police taïwanaise à bord d’un avion provenant d’Europe et devant rejoindre un pays d’Asie du sud-est : l’enquête menée par des experts du Conseil de Sécurité des Nations Unies révéla que l’intermédiaire dans ce trafic était la société nord-coréenne bien connue Green Pine Associated Corporation [334]. La même année la Corée du Nord put acheter auprès d’un ancien commandant des forces aériennes mongoles des pièces détachées provenant d’une vingtaine de vieux chasseur MiG-21 [335]. En mai 2012, 445 cylindres de graphite d’origine nord-coréenne et pouvant servir à la production de missiles balistiques furent saisis à bord d’un cargo chinois mouillant dans le port sud-coréen de Busan et devant faire route pour la Syrie [336]. Le consignataire de cette cargaison, Dalian Liaosin Trading Ltd, entretient des liens de longue date avec la Corée du Nord et agissait pour le compte de la Korea Tangun Trading Company alors que le destinataire était une société répondant au nom d’Electric Parts Company : la KTTC avait déjà été impliquée dans une affaire similaire en octobre 2007 lorsqu’un chargement de missiles en route pour la Syrie avait été intercepté [337] (Dalian Liaosin Trading Company est dirigée par Fu Zhenhai et est localisée au 22 # 14-1 Dalian Tsinghua Park, district de Zhongshan, Dalian, Liaoning, Chine ; tél. : 86 411 8278 9796/8946, fax : 86 411 8278 8901 , adresses courriel : fuzh1991@yahoo.com et fuzh@liaosin.com ). Electric Parts Company est quant à elle une société écran du Centre Syrien de Recherches et d’Études Scientifiques qui est impliqué dans la collecte de technologies sensibles et l’adresse ainsi que les coordonnées téléphoniques de cette société écran sont les mêmes que ceux d’autres structures mises en causes dans le passé dans des affaires similaires [338].

Informées par leurs collègues de Washington, les autorités turques arraisonnèrent le 3 avril 2013 le navire marchand libyen El Entisar alors qu’il traversait le détroit des Dardanelles : 1400 fusils d’assaut et pistolets, 30 000 cartouches et des masques à gaz, tous de fabrication nord-coréenne, y furent trouvés à son bord [339]. Cette cargaison était destinée « à la Syrie via un trajet sinueux dans l’espoir d’éviter une interception » et bien que l’implication de la Corée de Nord n’ait pas été prouvée dans cette affaire, il a été en revanche confirmé que le navire El Entisar avait délivré des armes libyennes à la Syrie dans le passé, en septembre 2012 [340].

Le 14 juillet 2013 ce fut au tour des autorités panaméennes d’intercepter un navire nord-coréen suspecté de convoyer de la drogue, le Chong Chon Gang: au lieu de stupéfiants on y découvrit des composants de radars et systèmes d’armements anti-aériens datant de la Guerre Froide, des armes légères, des RPGs, leurs munitions et d’autres armements dépassés comme deux MiG-21 ainsi que 15 moteurs pour chasseurs du même modèle « enfouis sous plus de 200 000 sacs de sucre brun cubain » [341]. Le Ministère des Affaires Etrangères nord-coréen déclara que ces armements d’origine cubaine devaient être modernisés dans le cadre d’un accord conclu avec les autorités de La Havane, ce que ces dernières s’empressèrent de reconnaître [342]. Le gouvernement panaméen répondit de son côté qu’il saisirait le Conseil de Sécurité des Nations Unies dans la mesure où il estimait que Pyongyang avait violé l’ensemble « des sanctions imposées sur ses activités de commerce d’armes et de prolifération » [343]. Cet incident peut sembler mineur mais le Chong Chon Gang est défavorablement connu par différentes autorités maritimes qui l’accusent d’avoir déjà transporté des munitions ou de la drogue [344].

Construit en 1977(IMO n°7937317) le Chong Chon Gang a toujours battu pavillon nord-coréen et appartient à la compagnie maritime Chongchongang mais l’opérateur mis en cause dans l’affaire de Panama est Ocean Maritime Management Co. Ltd et plus particulièrement son siège basé à Pyongyang ainsi que ses bureaux régionaux de Vladivostok et Dalian [345]. OMM a effectué le paiement de certains frais liés au transport par le biais d’une société basée à Singapour, la Chinpo Shipping Company Ltd, tout en étant pleinement conscient de la nature spéciale de la cargaison et donnant même des instructions secrètes [346]. Une partie du personnel diplomatique des ambassades de Corée du Nord à Cuba et à Singapour furent également impliqués dans cette opération clandestine ratée [347].

Le Chong Chon Gang s’est rarement rendu à Cuba ou dans l’hémisphère ouest et en 2012 le cargo nord-coréen Oun Chong Nyon Ho avait emprunté la même route et mouillé dans les mêmes ports cubains tout en passant par le canal de Panama, sans éveiller aucun soupçon [348]. Pour Richard Hurley, expert pour la compagnie de monitoring du trafic maritime IHS Fairplay, les bâtiments de ce type n’empruntent normalement pas ces routes maritimes et « Il est intrigant de voir deux navires assez petits réaliser le même circuit » [349]. Cinq cargos nord-coréens ont franchi le canal de Panama depuis 2010 : il est généralement admis que ceux-ci se rendent à Cuba afin d’y obtenir le sucre brun produit localement mais Pyongyang n’en serait pas un gros importateur [350].

En août 2013, 18 techniciens militaires nord-coréens furent repérés sur la base aérienne militaire de Mwanza en Tanzanie où ils étaient chargés de la remise à neuf de chasseurs F-7 (la version chinoise du MiG-21) [351]. En juillet et décembre 2013 les États-Unis accusèrent la Corée du Nord d’avoir fourni des machines outils permettant de construire des gyroscopes pour missiles ainsi que des armes à la Birmanie [352]. Les partenaires birmans de Pyongyang dans ce trafic étaient les Lieutenant-Général Thein Htay, le Lieutenant-Colonel Kyaw Nyun Oo ainsi que les sociétés birmanes Soe Min Htike Co. Ltd, Excellence Minerals et Asia Metal (qui fournit également des matériaux de construction à une usine dirigée par le Directorat birman des Industries de la Défense et qui emploie une trentaine de ressortissants nord-coréens) [353].

 

Production et trafic d’armes chimiques

Les velléités nucléaires du régime de Pyongyang, ses connaissances technologiques et son arsenal d’armes conventionnelles mais aussi biologiques, chimiques ou nucléaires en font un Etat potentiellement dangereux en matière de prolifération et plus particulièrement en cas d’effondrement brutal du régime.

Dans les années 60 la Corée du Nord commença à développer des armes biologiques et ce programme fut accéléré par Kim Il-sung en novembre 1980 avec la mise en place de structures employant des chercheurs étrangers [354]. La Corée du Nord dispose de moyens technologiques limités mais suffisants pour produire des toxines ou des agents bactériologiques et chimiques de combat : la recherche appliquée dans le domaine des biotechnologies militaires a été également menée par de nombreuses universités ou instituts médicaux nord-coréens travaillant sur des agents pathogènes comme la peste, le choléra ou l’anthrax [355].

Le régime de Pyongyang a signé la Convention sur les Armes Biologiques de 1987 tout en chargeant l’Institut de Recherche de la Défense Nationale et l’Académie de Médecine (NDRIMA) de poursuivre le développement des souches pathogènes d’anthrax, de choléra, de peste bubonique, de variole ou de fièvre jaune [356]. Ce programme n’a pas seulement impliqué le NDRIMA mais aussi l’Université Kim Il-sung, le Collège Médical de Pyongyang, l’Institut Central de Biologie du Parti des Travailleurs Coréens, l’Institut des Maladies Microbiologiques de l’Académie des Sciences de Pyongsong, l’Institut de Microbiologie de l’Académie des Sciences Médicales, l’Institut Central de Quarantaine Sanitaire du Ministère de la Santé Publique (institut de vaccination), le Collège Médical Militaire de Pyongyang, l’Institut de Recherche Bactériologique de la Seconde Académie des Sciences Naturelles, l’Institut Médical de l’Académie des Sciences de la Défense, une unité militaire médicale préventive non-identifiée [357] ainsi que 3 sites suspectés de développer des armes bactériologiques et localisés dans la région de Songch’on (province du Pyongan du Sud, probablement près du site de Onjong-ni qui héberge des armes chimiques) [358] , Chongju (province du Pyongan du Nord) et Munch’on (province de Kangwon, au nord-ouest de Wonsan) [359]. Les capacités militaires de la Corée du Nord dans le domaine des armes chimiques sont un autre point problématique et font également peser de graves menaces en termes de prolifération : le régime de Pyongyang est notamment accusé d’avoir coopéré avec l’Iran et la Syrie dans ce domaine [360].

En 1954 le régime du nord créa un département lié aux armes chimiques, dépendant du Bureau des Opérations de l’état-major du Ministère de la Défense et ayant un rôle défensif [361]. En 1961 Kim Il-sung décida de lancer une grande politique de « chimisation » à des fins civiles et militaires qui accrut l’importance et les activités du bureau de l’état-major nord en charge de la recherche et la production d’agents chimiques (il deviendra en 1981 le Bureau de Défense Nucléaire et Chimique) [362]. Au cours de cette période l’URSS et la Chine Populaire fournirent des informations techniques et des armes chimiques datant de la Seconde Guerre Mondiale au régime de Pyongyang [363]. Avec l’achat de produits chimiques agricoles au Japon en 1964 et la fourniture par l’Union Soviétique de gaz moutarde ainsi que d’agents innervants en 1966, la Corée du Nord put commencer à synthétiser du tabun et du gaz moutarde puis à importer des composés organiques contenant du phosphore et du chlore [364]. Dans les années 1970 l’Allemagne de l’Est apporta également son assistance dans la production d’armes chimiques et en 1979 la Corée du Nord put acquérir une capacité défensive suffisante pour faire face à toute attaque chimique ennemie [365]. Durant les années 1980 elle développa ses capacités offensives dans ce domaine et fut ainsi capable à partir de 1989 de produire différents agents chimiques attaquant le système nerveux ou sanguin, des gaz vésicants et des gaz asphyxiants ainsi que leurs vecteurs [366].

Huit sites de production d’armes chimiques purent être identifiés au cours des années 90 et on en compterait désormais 18 pouvant notamment produire des précurseurs (le site de Wonsan serait également suspecté) tels que du chlorohydrine d’éthylène, de l’acide hypochloreux, du phosgène, du trichlorure phosphoreux, du dichlorure de soufre, du chlorure de soufre, du thiodiglycol et du chlorure de thionyle [367]. Les laboratoires de recherche principaux et les unités de production sont localisées à Kanggye (province de Chagang; le site de Kanggye est également suspecté d’héberger un stock de têtes nucléaires) mais certaines recherches peuvent être menées conjointement avec l’Université Kim Jong-il [368]. Il est généralement admis qu’on peut y synthétiser 20 agents chimiques différents dont du sarin, du tabun, du soman, du phosgène (CG et CX), de l’adamsite ou agent DM, de l’acide cyanhydrique / cyanure d’hydrogène ou acide prussique, du chloroacétophénone, du chlorobenzylidène malonitrile ou gaz CS, du chlore, du chlorure de cyanogène, des gaz innervants de type VM et VX ainsi que différents types de gaz moutarde (H, HD ou HL) [369]. Ces sites peuvent potentiellement produire 4500 tonnes d’agents chimiques par an en temps de paix et en cas de conflit ce chiffre pourrait monter à 12 000 tonnes par an [370]. Le stock d’armes chimiques en possession de l’Armée Populaire serait de 2500-5000 tonnes et composé principalement de gaz moutarde, de phosgène, d’agents attaquant le système sanguin, de sarin, de tabun et de gaz innervant de type V [371]. Ce stock n’aurait pas augmenté mais il reste suffisant pour infliger « d’énormes pertes civiles en Corée du Sud » [372].

Une douzaine de sites principaux et près de 170 tunnels creusés dans des montagnes servent à héberger ce type d’armes dont le stock est estimé comme pouvant aller de 180-250 tonnes à 5000 tonnes: Yu Chong-ha, le Ministre des Affaires Étrangères de Corée du Sud, avait estimé en 1996 que l’arsenal chimique et bactériologique nord-coréen se montait à 5000 tonnes mais en octobre 2008 le Ministre de la Défense sud-coréen fit la même estimation et ce uniquement pour l’arsenal chimique détenu par Pyongyang [373]. Certaines sources indiquent qu’il n’y aurait que 6 sites hébergeant des armes chimiques et leurs précurseurs, le plus connu étant le centre de ravitaillement principal en armes chimiques localisé dans la partie sud de Pyongyang [374]. La Corée du Nord posséderait également 150 ogives chimiques pour missiles balistiques et probablement un nombre limité de munitions chimiques binaires pouvant contenir du gaz VX, du sarin ou du cyclosarin [375].

Le Département de l’Industrie des Munitions du Parti des Travailleurs Coréens, la Seconde Académie de Sciences Naturelles et le Cinquième Bureau de l’Industrie Machinière du Second Comité Économique sont chargés de développer et de produire des armes chimiques en partenariat avec l’Académie des Sciences et l’Armée Populaire de Corée [376]. L’ensemble des sites de production est contrôlé par le Cinquième Bureau et le Bureau de Défense Nucléaire et Chimique de l’Armée Populaire qui reçoivent également une aide ponctuelle de l’Académie des Sciences et de ses bureaux subsidiaires en charge des obus d’artillerie, des têtes de missiles et des systèmes d’armement aéroportés [377].

L’appât de devises fortes couplé à la volonté de créer un incident international majeur en aidant un groupe terroriste à obtenir ce types d’armes, un simple acte de corruption à un échelon inférieur ou une fuite des cerveaux nord-coréens pourraient avoir des conséquences catastrophiques. Le danger de prolifération d’armes de destruction massive ou de leurs composants est un risque réel. Dans les années 90 la Corée du Nord a fourni à l’Égypte, la Libye, la Syrie et l’Iran des agents chimiques ainsi qu’une assistance technologique notamment dans la construction d’infrastructures permettant de développer ce types d’armes [378]. Durant les années 2000 des sociétés sud-coréennes n’hésitèrent pas à vendre au régime de Pyongyang certains précurseurs comme le cyanure de sodium qui entre dans la composition du sarin et ces transactions furent effectuées en Chine [379].

En 2003 des armes chimiques nord-coréennes auraient transité par la Géorgie [380]. Au début de 2007 la coopération entre Pyongyang et Damas aurait été intensifiée et en juillet de la même année, dans les environs d’Alep, l’explosion accidentelle d’une ogive chimique aurait causé la mort de trois ingénieurs nord-coréens ainsi que de leurs collègues syriens et iraniens [381]. Le 22 septembre 2009 les garde-côtes sud-coréens arraisonnèrent le cargo panaméen MSC Rachele qui, après avoir quitté le port chinois de Dalian, avait transité par le port nord-coréen de Nampo : l’inspection de ce bâtiment dans le port sud-coréen de Busan révéla qu’il transportait des combinaisons de protection contre les agents chimiques destinées à la Syrie et non répertoriées dans le manifeste de bord [382]. En novembre 2009 les autorités grecques arrêtèrent à leur tour un navire provenant du port nord-coréen de Nampo et qui avait transité par Dalian ainsi que le port saoudien de Djeddah : à son bord on trouva 13000 combinaisons de protection contre les agents chimiques et 23600 ampoules permettant de détecter différents types d’agents chimiques [383]. L’ensemble de cette cargaison de production nord-coréenne était destinée à la Syrie et devait être livrée au port de Lattaquié [384].

 

Développement d’armes biologiques

Bien que la Corée du Nord ait signé en mars 1987 la Convention sur les Armes Biologiques ou à Toxines elle est suspectée de continuer à développer clandestinement des armes biologiques et d’en posséder un stock prêt à l’emploi [385]. La Corée du Nord aurait commencé à s’intéresser à ce type d’armes durant la guerre avec sa voisine du sud et durant l’hiver 1951-1952 le ministre nord-coréen de la Santé alors en exercice aurait obtenu à Shenyang (Chine) un échantillon de bacille de la peste : celui-ci fut ensuite injecté à deux condamnés à mort nord-coréens afin de mener une campagne de désinformation visant à faire croire que les Etats Unis avaient utilisé des armes bactériologiques [386]. Durant les années 1950 la Corée du Nord aurait obtenu certaines technologies de pays du Moyen Orient, de la Chine, du Vietnam et de l’Éthiopie afin de pouvoir développer des armes biologiques de manière indépendante [387].

Kim Il-sung demanda à l’Académie des Sciences de la Défense (devenue par la suite Seconde Académie des Sciences Naturelles) de mettre au point des armes biologiques durant les années 1960 et cette institution ouvrit un centre de tests qui put acquérir en 1968 un stock de bacilles d’anthrax, de la peste et du choléra provenant du Japon [388]. Durant les années 1970 un grand centre de recherches sur les germes fut implanté à Songchon-kun province du Pyongan du sud) et en 1980 un Institut Central de Recherche Biologique ainsi qu’une unité militaire de défense bactériologique furent créés alors que l’usine n°25 fut quant à elle établie à Chongju (province du Pyongan du nord) [389]. L’usine n°25 fut chargée de produire 13 types différents d’agents biologiques tels que les bacilles de la peste de Yersin, du choléra et de l’anthrax [390]. Au cours des années 1980 l’URSS aurait fourni des échantillons de virus de la variole à la Corée du Nord qui travailla à leur militarisation au début des années 1990 (en 1999 les soldats nord-coréens furent vaccinés contre la variole) [391].

La CIA rapporta en 2006 que l’infrastructure nord-coréenne en matière de développement d’armes biologiques était rudimentaire mais suffisante pour produire différents agents [392]. Le régime de Pyongyang serait désormais capable de produire de la toxine botulique et il aurait ouvert une autre unité de production d’armes biologiques à Munchon (province du Kangwon) [393]. La Corée du Nord ne semble pas avoir été impliquée dans des activités touchant au trafic d’armes biologiques ou de leurs technologies mais ce risque reste cependant réel dans la mesure où elle n’a pas hésité à se livrer au trafic d’autres types d’armes et de substances illicites sans se soucier de ses obligations internationales ou des conséquences de ses actes. De par son expérience dans divers trafics et les réseaux établis, le régime de Pyongyang a la capacité d’exporter clandestinement des agents pathogènes militarisés ou non à destination d’autres pays ou pire, de les vendre à des groupes criminels ou terroristes.

 

Prolifération de matières radioactives

La prolifération nucléaire et le trafic de matières fissiles à destination de gouvernements étrangers ou de groupes terroristes est une autre source potentielle de devises étrangères mais la capacité de Pyongyang dans le domaine reste limitée : la qualité médiocre de ses têtes au plutonium et les retards enregistrés dans son programme d’enrichissement d’uranium n’en feraient pas le vendeur le plus attractif sur le marché [394].

Avant les tests nucléaires d’octobre 2006 certains experts comme Robert Norris ou Hans Kristensen estimaient que le stock de plutonium détenu par le régime nord-coréen pouvait lui permettre de mettre au point de 8 à 12 armes nucléaires alors qu’Alexander Montgomery indiquait de son côté que le régime possédait au mieux trois bombes [395]. Après les tests d’octobre 2006 et suite à une visite effectuée à Pyongyang, Siegfried Hecker, l’ancien directeur du Laboratoire National de Los Alamos, « estima que la Corée du Nord possédait un stock de 40 à 50 kg de plutonium (assez pour six à huit armes nucléaires) mais que ce test l’avait fait diminuer de 6 kg » [396]. Après la remise en marche de son réacteur de 5 mégawatts à Yongbyon / Nyongbyon en 2013, la Corée du Nord a développé au cours de la même année un réacteur expérimental de 20-30 mégawatts fonctionnant à l’eau légère, tout en procédant au test d’une bombe nucléaire qui a ravivé les craintes de la communauté internationale [397]. En 1984 et 1985 des ingénieurs avaient commencé à mettre au point à Yongbyon un réacteur de 50-200 MW et en 1988 un autre réacteur de 50 MW fut mis en construction sur le même site [398] : la remise en service de tels réacteurs permettrait de décupler la production de plutonium et de produire de 7 à 10 armes nucléaires par an [399]. Selon les estimations les plus hautes la Corée du Nord posséderait actuellement un arsenal de 12 à 27 armes nucléaires [400] alors que d’après les estimations les plus basses elle en détiendrait moins de 10 [401].

Le programme nucléaire nord-coréen est surveillé depuis plusieurs années par les États-Unis, leurs alliés régionaux (Corée du Sud, Japon) et la communauté internationale mais cette surveillance ne peut totalement écarter le risque d’une prolifération de matières radioactives pouvant mener à la fabrication d’une bombe radiologique, plus connue sous le nom de « bombe sale ». Un autre scénario catastrophe serait de voir la Corée du Nord produire des munitions à uranium appauvri dont les effets sont extrêmement néfastes et de les exporter vers d’autres États ou des groupes terroristes. Le régime nord-coréen gère les activités criminelles liées à la prolifération de matières radioactives ou d’équipements sensibles mais pour ce faire il a recours à de nombreux intermédiaires, prête-noms, sociétés écrans et des circuits financiers complexes : « la Korea Mining Development Trading Corporation et la Korea Ryongbong General Corporation ont – sous différents noms – exporté des technologies dans le domaine des missiles balistiques à des pays tels que l’Iran et le Pakistan » [402]. Il y a plus d’une dizaine d’années un diplomate nord-coréen en poste au Pakistan et travaillant pour la Changwang Credit Bank – connue aussi sous le nom de Tanchon Commercial Bank – avait quant à lui demandé à un institut moscovite de fournir à son pays et au Pakistan « de l’acier maraging potentiellement utilisable dans des centrifugeuses à gaz pour l’enrichissement d’uranium » [403].

En 1994 la Chosen Soren fut accusée d’avoir transporté des gicleurs pour missiles à bord du ferry Mangyongbong et en 2002 une compagnie contrôlée par l’association des Coréens du Japon bloqua l’expédition de pièces pouvant être utilisées pour le lancement de missiles ou « pour stabiliser le courant électrique des centrifugeuses à uranium » [404]. Cette transaction devait être effectuée pour le compte de Daesong General Trading Company dont la filiale Chogwang Trading Company a été impliquée dans l’écoulement de fausse monnaie ainsi que dans la fourniture d’éléments comprenant de l’uranium hautement enrichi [405]. La Corée du Nord a été accusée d’avoir envoyé un chargement d’hexaflorure d’uranium au gouvernement libyen en 2000 et d’avoir construit le réacteur nucléaire syrien qui a été détruit par Israël en 2007 [406].

En mai 2013 les Etats Unis accusèrent la société taïwanaise Trans Multi Mechanics Co. Ltd et son dirigeant Chang Wen-Fu d’avoir aidé la Corée du Nord à se procurer des machines sophistiquées pouvant servir à des fins militaires [407]. Cette compagnie aurait été aussi utilisée dans ce but par un autre individu du nom de Hsien Tai Tsai / Alex Tsai qui était en charge des achats, du transport de ces équipements valant plusieurs centaines de milliers de dollars et de négocier les contrats pour le compte de Pyongyang [408]. Alex Tsai et son fils Yueh-Hsum Tsai / Gary Tsai ont été condamné le même mois par la justice américaine pour avoir exporté entre 2009 et 2010 une machine pouvant servir à produire des armes de destruction massive : celle-ci aurait été expédiée depuis les Etats Unis vers Taïwan et son destinataire était vraisemblablement le régime nord-coréen [409]. En août 2012 les autorités japonaises saisirent à bord du Wan Hai 313 des barres d’aluminium d’origine nord-coréenne pouvant servir à l’industrie nucléaire ; après avoir quitté Nampo ce navire avait fait escale à Dalian en Chine avant de faire route pour la Birmanie [410].

 

Cybercriminalité et hacking

Il est plus que probable que l’implication de la Corée du Nord dans le domaine de la cybercriminalité soit en croissance dans la mesure où le régime de Pyongyang dispose de hackers et d’informaticiens compétents : les méthodes extrêmement sophistiquées de cette criminalité virtuelle transfrontalière garantissent un certain anonymat et permettent de générer à terme des bénéfices conséquents. Réactif le crime organisé nord-coréen a su s’adapter aux nouvelles technologies et les autorités sud-coréennes révélèrent durant l’été 2011 son implication dans un réseau de hackers vendant aux utilisateurs de jeux en ligne tels que « Lineage » ou « Dungeon and Fighter » des programmes permettant de générer des points sans qu’ils aient à jouer: cette activité aurait rapporté 6 millions de dollars en presque deux ans [411].

Une partie des membres de ce réseau, incluant un ressortissant chinois dirigeant une trentaine de hackers, opérait en Corée du Sud alors que l’autre partie, comprenant des informaticiens nord-coréens, était basée en Chine et en Corée du Nord [412]. Ces individus cédèrent 55% des revenus générés par leur activité aux hackers qui en transférèrent une partie à des agents basés à Pyongyang et avec qui ils entretenaient des contacts réguliers [413]. La police sud-coréenne indiqua après l’arrestation des cybercriminels opérant à Séoul que leur réseau était lié au Centre Informatique de Corée du Nord, une structure mise en place en 1990 à Pyongyang et employant 1200 ingénieurs informaticiens, ainsi qu’à la Korea Neungnado General Trading Company, une société contrôlée par le Bureau n°39 [414]. 3000 hackers travailleraient pour le régime de Pyongyang alors que son frère-ennemi sud-coréen n’emploierait que 400 personnes afin de lutter contre ces menaces [415].

Le National Intelligence Service sud-coréen a ajouté de son côté que certains programmes créés par ces hackers pouvaient servir de canaux ou de chevaux de Troie pour une attaque informatique nord-coréenne: au cours de la même année une cyberattaque d’origine nord-coréenne avait ainsi paralysé durant quelques jours le système de plusieurs grandes banques sud-coréennes [416]. Depuis 2010 la Corée du Nord a lancé 6000 cyberattaques contre la Corée du Sud [417] : ce type d’attaque permet de pénétrer les systèmes informatiques adverses afin de voler des données ou les paralyser ce qui représente généralement un important coût financier pour la victime. En 2009, une attaque virtuelle nord-coréenne visant les réseaux informatiques sud-coréens avait coûté 29 millions de livres sterling et fut suivie en mars 2011 et du 20 mars au 25 juin 2013 par des attaques similaires coûtant respectivement 5,9 millions et 470 millions de livres sterling [418].

Le 20 mars 2013 certaines banques sud-coréennes (Shinhan Bank, Nonghyup Bank et Jeju Bank), 3 chaînes de télévision locales (Munhwa Broadcasting Corporation, Korea Broadcasting System et YTN) et 30 000 de leurs ordinateurs furent affectés par une vague de cyberattaques paralysant également une partie du système financier du pays puis durant l’été 2013 ce fut au tour du site internet du Président de la République de Corée de Sud d’être temporairement indisponible [419]. Durant la même période les hackers nord-coréens s’en sont également pris aux sites internet du Ministère de l’Unification, de « think tanks » tels que le Sejong Institute et le Korea Institute for Defense Analyses et à ceux de 11 sociétés sud-coréennes comme la société de transport maritime Hyundai Merchant Marine [420]. Les réseaux informatiques de ces organisations ont été pénétré par les hackers nord-coréens qui y ont introduit un logiciel espion pouvant être contrôlé à distance et capable d’enregistrer ce qui est écrit au clavier, de voler des données et les documents HWP qui sont rédigés avec le Hangul Word Processor, un logiciel de traitement de texte utilisé spécifiquement en Corée du Sud et particulièrement par le gouvernement [421]. Les points d’origine de ces cyberattaques ont été localisés dans les provinces chinoises du Jilin et du Liaoning où certains fournisseurs d’accès internet locaux auraient étendu leurs lignes internet au-delà de la frontière, en Corée du Nord [422].

 

Trafic et exploitation d’êtres humains

La Corée du Nord serait un pays source dans le domaine de la traite d’êtres humains : hommes, femmes et enfants seraient ainsi vendus à des réseaux les exploitant par le travail forcé ou la prostitution et le régime ne prend aucune mesure sérieuse afin de lutter contre ce fléau [423]. Le régime nord-coréen tire des profits du travail forcé de ses 150 000 à 200 000 prisonniers employés comme agriculteurs, ouvriers, mineurs ou bûcherons [424].

Dans le cadre de certains accords bilatéraux la Corée du Nord envoie également des travailleurs à l’étranger, en Russie, en Europe centrale et orientale, dans certains pays africains, asiatiques (comme la Mongolie) ou du Moyen Orient où leur condition s’apparente à du travail forcé et où ils sont placés sous la surveillance constante d’agents nord-coréens [425]. Les proches de ces travailleurs restent au pays où ils sont considérés comme des otages et les expatriés ne perçoivent qu’une infime fraction de leur salaire: celui-ci est « déposé sur des comptes contrôlés par le gouvernement nord-coréen, qui garde la plupart de cet argent, réclamant des frais pour différentes contributions « volontaires » aux entreprises gouvernementales » [426].

Quelques centaines de milliers de travailleurs nord-coréens seraient exploités dans des camps de bûcherons russes « où ils n’ont que deux jours de repos par an et font face à des punitions lorsqu’ils ne réussissent pas à atteindre les objectifs de production » [427]. Afin de les forcer à travailler leurs salaires ne leur sont versés qu’à leur retour en Corée du Nord et les employés nord-coréens des joint-ventures à capitaux étrangers basés en Corée du Nord sont soumis à un système similaire à celui s’appliquant à leurs collègues expatriés [428]. Ce système n’est pas nouveau et fut initié en dans les années 1970 lorsque des prisonniers nord-coréens furent envoyés dans des camps en Sibérie afin d’aider à la construction de la ligne ferroviaire Baïkal-Amour [429]. Dans les années 1990 des prisonniers nord-coréens ont travaillé dans des camps de bûcherons envoyant leur production en Russie et dont les bénéfices revenaient intégralement au gouvernement nord-coréen ou certains de ses membres [430].

Plus récemment et en République Tchèque, 400 citoyennes nord-coréennes y étaient employées pour la plupart comme couturières fabriquant « des repose-têtes et accoudoirs en cuir pour des voitures de luxe incluant des BMW, des Mercedes et des Renault » [431]. 80% de leur salaire était confisqué par les autorités nord-coréennes et ces ouvrières, comme celles employées à l’usine Snezka de Nachod, ne disposaient d’aucune liberté de mouvement et d’expression dans la mesure où elles étaient placées sous la surveillance d’un « interprète » bien que beaucoup d’entre elles puissent parler tchèque [432]. Suite aux plaintes d’associations de lutte contre la traite d’êtres humains la République Tchèque a cessé d’accorder des visas aux ressortissants nord-coréens [433].

Une partie de la traite humaine échappe cependant au régime de Pyongyang dans la mesure où des femmes traversent clandestinement la frontière avec la Chine, pays dans lequel certaines seront vendues comme épouses alors que d’autres seront envoyées vers la Russie ou la Mongolie [434] : « Une femme nord-coréenne serait échangée en territoire chinois contre une somme de 250 à 300 $ » [435]. Longtemps combattue en Corée du Nord, la prostitution bénéficierait désormais d’une certaine tolérance et les prostituées, souvent des citoyennes ordinaires poussées par la nécessité, se faisant arrêter en compagnie d’un étranger par la Sécurité d’État sont généralement rackettées [436]. Ces infortunées vendent leur corps près des gares pour 5 won et abordent leurs clients en leur proposant des « calamars » ou des « paniers de fleurs » [437].

Kim Il-sung et ses successeurs Kim Jong-il puis Kim Jong-un n’ont pas seulement développé un certain goût pour les produits de luxe – inaccessibles au commun des mortels nord-coréens – mais aussi pour leurs jeunes compatriotes de sexe féminin. Un « Corps Spécial de Volontaires » fut ainsi créé par Choe Yong-gon après la guerre de Corée et détaché auprès des résidences de Kim Il-sung : friand de compagnie féminine et considérant à l’image de nombreux hommes politiques qu’il s’agissait d’un signe de virilité et de puissance politique, le « Président Éternel » croyait également qu’entretenir des relations sexuelles avec des jeunes femmes permettait de prolonger son espérance de vie [438]. Ce corps féminin chargé officiellement de divertir la lignée des dirigeants nord-coréens est divisé en trois brigades, chacune étant dédiée à une fonction spécifique : le « kippeunjo » (« brigade heureuse ») est constitué de chanteuses et d’actrices dont certaines ont été forcées de coucher avec Kim Il-sung ou ses descendants ; le « haengbukjo » (« brigade de la félicité ») qui recrute parmi le personnel du Parti des Travailleurs de Corée et les gardes du corps de sexe féminin s’occupe notamment des tâches domestiques alors que les effectifs du « manjokjo » (« brigade de satisfaction ») sont directement destinés à assouvir l’appétit sexuel de trois générations de Kims [439].

Il arrive que certaines de ces recrues féminines suivent le dirigeant nord-coréen lors de ses déplacements [440] et toutes sont en permanence mobilisées et prêtes à satisfaire ses désirs, notamment dans les différentes résidences qu’il possède à travers le pays. Le recrutement ou ce qui s’apparente plutôt à une traque aux plus belles nord-coréennes est confié à une unité spéciale dépendant du Comité Central et dont les agents ratissent les nombreuses écoles du pays à la recherche de la perle rare : lorsqu’une jeune fille retient leur attention, ces rabatteurs en informent son entourage et indiquent clairement que celle-ci ne doit pas être « touchée » [441]. Si la future recrue passe avec succès une sorte d’examen approfondi, ses parents sont forcés d’accepter afin de montrer leur loyauté envers leur dirigeant suprême qui les gratifiera en retour de privilèges et d’un traitement de faveur [442]. Sous Kim Il-sung « l’entraînement » de ces recrues féminines se déroulait en secret dans une imposante résidence localisée à Tongi-ri où les membres de l’ « heureuse brigade », regroupées en classes de dix « élèves », apprenaient à jouer la comédie, chanter, danser et se préparer à satisfaire les préférences sexuelles ou les fantasmes de Kim Il-sung puis de Kim Jong-il [443]. Dans les années 1960 une ancienne maîtresse de Kim Il-sung devint la mère maquerelle d’une maison de passe destinée à certains officiels et invités du régime, avant que soit mis en place en 1983 le « kwabu-jo » : cette brigade de veuves de grande beauté devait satisfaire les appétits sexuels des fonctionnaires nord-coréens de haut rang alors que l’ancienne tradition coréenne interdit à une veuve de se remarier [444].

 

La menace d’une expansion des gangs nord coréens suite à un changement de régime

« Tu engendreras des loups sur la terre.
Tu leur apprendras à remuer la queue.
Et s’il faut plus tard en payer le prix…
Qu’importe, ce sera plus tard ».

Alexandre Galitch, « Encore une fois sur la ligne », 1969.

Pour certains analystes l’absence de grosses saisies de fausse monnaie ou de stupéfiants pouvant être imputés aux réseaux criminels nord-coréens au cours des dernières années s’expliquerait par l’efficacité des mesures prises par différents pays ou organismes à l’encontre des montages financiers créés par ces groupes [445]. Il est aussi possible que ces derniers aient trouvé une parade en recourant à un plus grand « outsourcing » de leurs activités criminelles, à des activités plus discrètes (comme la cybercriminalité) et en complexifiant leurs circuits financiers. Le recours par l’État aux activités criminelles, les vocations privées que cela a pu susciter et la paupérisation de larges couches de la population nord-coréenne ont créé une situation sécuritaire problématique pour l’avenir.

Bien qu’un effondrement brutal du régime nord-coréen soit peu probable et constituerait un scénario catastrophe autant pour la Corée du Sud, le Japon et les États-Unis que la Chine, cette possibilité ou celle d’un changement de régime chaotique représente une menace sécuritaire sérieuse dans la mesure où les voisins de la Corée du Nord ne souhaitent pas être confrontés à une déstabilisation de la région et à un afflux massif de réfugiés. Dans l’hypothèse d’un tel scénario la nécessité pourrait pousser de nombreux nord-coréens se trouvant en situation précaire dans leur pays ou à l’étranger à plonger dans la criminalité. Les scientifiques pourront monnayer de leur côté leurs connaissances au plus offrant et cette fuite des cerveaux pourrait être également un risque dans la mesure où certains d’entre eux, spécialisés dans la chimie, la biologie, l’armement ou l’informatique, pourraient vendre leurs services à des groupes criminels, des organisations terroristes ou des gouvernements les soutenant.

Les membres des services de sécurité ou des forces armées et a fortiori ceux ayant été impliqués dans certaines activités criminelles pour le compte du gouvernement nord-coréen sauront quant à eux survivre, faire des affaires ou le cas échéant travailler pour certaines structures criminelles, comme cela avait été le cas après l’effondrement de l’Union Soviétique lorsque de nombreux policiers, membres du KGB et militaires avaient rejoint les rangs des différentes organisations criminelles russes. Ayant grandi dans un régime totalitaire extrêmement répressif tout en ayant survécu à la famine et à une situation de crise socio-économique sévère, les criminels nord-coréens actuels et leurs successeurs représenteront un défi de taille aux services de police de nombreux pays.

 

Gilles-Emmanuel Jacquet & Denzel Locke

 

 

[251] Voir « North Korean support for Iran during the Iran-Iraq war », Wikipedia: http://en.wikipedia.org/wiki/North_Korean_support_for_Iran_during_the_Iran%E2%80%93Iraq_war et Kenneth R. Timmerman, « Fanning the flames: guns, greed and geopolitics in the Gulf War », « Chapter 9: Iran’s new Soviet arsenal », The Iran Brief: http://www.iran.org/tib/krt/fanning_ch9.htm
[252] Ibid.
[253] Kenneth R. Timmerman, « Fanning the flames: guns, greed and geopolitics in the Gulf War », « Chapter 9: Iran’s new Soviet arsenal », The Iran Brief: http://www.iran.org/tib/krt/fanning_ch9.htm
[254] Bill Varner, « North Korea exports $100 million of arms each year in breach of sanctions », Bloomberg, 10/11/2010: http://www.bloomberg.com/news/2010-11-10/north-korea-exports-100-million-of-arms-each-year-in-breach-of-sanctions.html
[255] Des Carney, « North Korea’s Transnational Arms Industry », The International Relations and Security Network, École Polytechnique Fédérale de Zürich, 11/01/2010: http://www.isn.ethz.ch/Digital-Library/Articles/Detail/?lng=en&id=111132
[256] David Isenberg, « North Korea rolls out new tank », Asia Times, 06/07/2002: http://www.atimes.com/atimes/Korea/DG06Dg01.html
[257] « Defense industry of North Korea », Wikipedia: http://en.wikipedia.org/wiki/Defense_industry_of_North_Korea
[258] Duyeon Kim, « Obama: additional sanctions on North Korea », The Center for Arms Control and Non-Proliferation, 30/08/2010: http://armscontrolcenter.org/issues/nonproliferation/articles/obama_new_sanctions_north_korea_2010/
[259] Ibid.
[260] Wyatt Hoffman, « Arms control and proliferation profile: North Korea », Arms Control Association, avril 2013: https://www.armscontrol.org/factsheets/northkoreaprofile
[261] Aaron Karp, « Table 4: Twenty Largest Military Small Arms Inventories », « Armed Actors – Data Sources and the Estimation of Military-Owned Small Arms », Small Arms Survey, Graduate Institute of International and Development Studies de Genève, 01/09/2013 ; Aaron Karp, 2006. « Trickle and Torrent: State stockpiles », « Small Arms Survey 2006: Unfinished Business », Oxford University Press, 01/07/2006 et Aaron Karp, « Table 1 – Estimated Law Enforcement Firearms in 20 Selected Countries », « Armed Actors – Estimating Law Enforcement Firearms », Small Arms Survey, Graduate Institute of International and Development Studies de Genève, 01/12/2012 in http://www.gunpolicy.org/fr/firearms/region/north-korea
[262] Aaron Karp, « Completing the Count: Civilian firearms – Annexe online », « Small Arms Survey 2007: Guns and the City », Cambridge University Press, 27/08/2007 in http://www.gunpolicy.org/fr/firearms/region/north-korea
[263] Ibid.
[264] Ibid.
[265] Des Carney, « North Korea’s Transnational Arms Industry », The International Relations and Security Network, École Polytechnique Fédérale de Zürich, 11/01/2010: http://www.isn.ethz.ch/Digital-Library/Articles/Detail/?lng=en&id=111132
[266] Ibid.
[267] « Report of the Panel of Experts of the United Nations Security Council », S/2014/147, 06/03/2014, p.44
[268] « North Korea’s shadowy arms trade », The Guardian, 18/07/2013: http://www.theguardian.com/world/2013/jul/18/history-north-korea-arms-dealing
[269] David L. Asher, « The North Korean Criminal State, its ties to Organized Crime, and the possibility of WMD Proliferation », NAPSNet Policy Forum, 15/11/2005 : http://nautilus.org/napsnet/napsnet-policy-forum/the-north-korean-criminal-state-its-ties-to-organized-crime-and-the-possibility-of-wmd-proliferation/#axzz30O1Jjkjf et « Report of the Panel of Experts of the United Nations Security Council », S/2014/147, 06/03/2014, p.44
[270] Pour la liste détaillée des navires contrôlés par la Corée du Nord et comprenant ceux ne battant pas pavillon nord-coréen ainsi que la liste des sociétés nord-coréennes de transport maritime voir « Report of the Panel of Experts of the United Nations Security Council », S/2014/147, 06/03/2014, pp45-49 et « Report of the Panel of Experts of the United Nations Security Council », S/2014/147, 06/03/2014, pp110-115
[271] David L. Asher, « The North Korean Criminal State, its ties to Organized Crime, and the possibility of WMD Proliferation », NAPSNet Policy Forum, 15/11/2005 : http://nautilus.org/napsnet/napsnet-policy-forum/the-north-korean-criminal-state-its-ties-to-organized-crime-and-the-possibility-of-wmd-proliferation/#axzz30O1Jjkjf
[272] « Report of the Panel of Experts of the United Nations Security Council », S/2014/147, 06/03/2014, pp33-34
[273] Ibid.
[274] « North Korea’s shadowy arms trade », The Guardian, 18/07/2013: http://www.theguardian.com/world/2013/jul/18/history-north-korea-arms-dealing
[275] Ibid.
[276] « North Korean ship seized », Global Jihad, 29/08/2009 : http://www.globaljihad.net/view_news.asp?id=1043
[277] « North Korea’s shadowy arms trade », The Guardian, 18/07/2013: http://www.theguardian.com/world/2013/jul/18/history-north-korea-arms-dealing
[278] Des Carney, « North Korea’s Transnational Arms Industry », The International Relations and Security Network, École Polytechnique Fédérale de Zürich, 11/01/2010: http://www.isn.ethz.ch/Digital-Library/Articles/Detail/?lng=en&id=111132
[279] « Australia investigates seizure of ship in UAE with North Korean weapons going to Iran », NY Daily News, 30/08/2009 : http://www.nydailynews.com/news/world/australia-investigates-seizure-ship-uae-north-korean-weapons-iran-article-1.401152
[280] « North Korean ship seized », Global Jihad, 29/08/2009 : http://www.globaljihad.net/view_news.asp?id=1043
[281] « Report of the Panel of Experts of the United Nations Security Council », S/2014/147, p.38
[282] « North Korea’s shadowy arms trade », The Guardian, 18/07/2013: http://www.theguardian.com/world/2013/jul/18/history-north-korea-arms-dealing ; Des Carney, « North Korea’s Transnational Arms Industry », The International Relations and Security Network, École Polytechnique Fédérale de Zürich, 11/01/2010: http://www.isn.ethz.ch/Digital-Library/Articles/Detail/?lng=en&id=111132 ; Peter Danssaert, Sergio Finardi et Brian Johnson-Thomas, « Mapping the Labyrinth : more on the strange weapons flight of 4L-AWA », International Peace Information Service (Anvers) et TransArms – Research (Centre de Recherche sur la Logistique des Transferts d’Armes – Chicago), Octobre 2010, p.5 : http://www.ipisresearch.be/dbpdfs/20101203_4LAWA.pdf
[283] Peter Danssaert, Sergio Finardi et Brian Johnson-Thomas, « Mapping the Labyrinth : more on the strange weapons flight of 4L-AWA », International Peace Information Service (Anvers) et TransArms – Research (Centre de Recherche sur la Logistique des Transferts d’Armes – Chicago), Octobre 2010, p.5 : http://www.ipisresearch.be/dbpdfs/20101203_4LAWA.pdf
[284] « Shadowy arms deal traced to Kazakhstan », The Moscow Times, 22/01/2010: http://www.themoscowtimes.com/news/article/shadowy-arms-deal-traced-to-kazakhstan/397937.html
[285] Ibid.
[286] Peter Danssaert, Sergio Finardi et Brian Johnson-Thomas, « Mapping the Labyrinth : more on the strange weapons flight of 4L-AWA », International Peace Information Service (Anvers) et TransArms – Research (Centre de Recherche sur la Logistique des Transferts d’Armes – Chicago), Octobre 2010, p.4 : http://www.ipisresearch.be/dbpdfs/20101203_4LAWA.pdf
[287] Ibid.
[288] « Shadowy arms deal traced to Kazakhstan », The Moscow Times, 22/01/2010: http://www.themoscowtimes.com/news/article/shadowy-arms-deal-traced-to-kazakhstan/397937.html
[289] Ibid.
[290] Ibid.
[291] Ibid.
[292] Ibid.
[293] Ibid. , p.7: http://www.ipisresearch.be/dbpdfs/20101203_4LAWA.pdf et « Shadowy arms deal traced to Kazakhstan », The Moscow Times, 22/01/2010: http://www.themoscowtimes.com/news/article/shadowy-arms-deal-traced-to-kazakhstan/397937.html
[294] « Shadowy arms deal traced to Kazakhstan », The Moscow Times, 22/01/2010: http://www.themoscowtimes.com/news/article/shadowy-arms-deal-traced-to-kazakhstan/397937.html
[295] Ibid.
[296] Des Carney, « North Korea’s Transnational Arms Industry », The International Relations and Security Network, École Polytechnique Fédérale de Zürich, 11/01/2010: http://www.isn.ethz.ch/Digital-Library/Articles/Detail/?lng=en&id=111132
[297] Peter Danssaert, Sergio Finardi et Brian Johnson-Thomas, « Mapping the Labyrinth : more on the strange weapons flight of 4L-AWA », International Peace Information Service (Anvers) et TransArms – Research (Centre de Recherche sur la Logistique des Transferts d’Armes – Chicago), Octobre 2010, p.7: http://www.ipisresearch.be/dbpdfs/20101203_4LAWA.pdf
[298] « Shadowy arms deal traced to Kazakhstan », The Moscow Times, 22/01/2010: http://www.themoscowtimes.com/news/article/shadowy-arms-deal-traced-to-kazakhstan/397937.html
[299] Ibid.
[300] Peter Danssaert, Sergio Finardi et Brian Johnson-Thomas, « Mapping the Labyrinth : more on the strange weapons flight of 4L-AWA », International Peace Information Service (Anvers) et TransArms – Research (Centre de Recherche sur la Logistique des Transferts d’Armes – Chicago), Octobre 2010, p.7: http://www.ipisresearch.be/dbpdfs/20101203_4LAWA.pdf
[301] « Shadowy arms deal traced to Kazakhstan », The Moscow Times, 22/01/2010: http://www.themoscowtimes.com/news/article/shadowy-arms-deal-traced-to-kazakhstan/397937.html et Peter Danssaert, Sergio Finardi et Brian Johnson-Thomas, « Mapping the Labyrinth : more on the strange weapons flight of 4L-AWA », International Peace Information Service (Anvers) et TransArms – Research (Centre de Recherche sur la Logistique des Transferts d’Armes – Chicago), Octobre 2010, p.7: http://www.ipisresearch.be/dbpdfs/20101203_4LAWA.pdf
[302] Peter Danssaert, Sergio Finardi et Brian Johnson-Thomas, « Mapping the Labyrinth : more on the strange weapons flight of 4L-AWA », International Peace Information Service (Anvers) et TransArms – Research (Centre de Recherche sur la Logistique des Transferts d’Armes – Chicago), Octobre 2010, p.7: http://www.ipisresearch.be/dbpdfs/20101203_4LAWA.pdf
[303] Ibid. , p.8: http://www.ipisresearch.be/dbpdfs/20101203_4LAWA.pdf
[304] Ibid. et Des Carney, « North Korea’s Transnational Arms Industry », The International Relations and Security Network, École Polytechnique Fédérale de Zürich, 11/01/2010: http://www.isn.ethz.ch/Digital-Library/Articles/Detail/?lng=en&id=111132
[305] Peter Danssaert, Sergio Finardi et Brian Johnson-Thomas, « Mapping the Labyrinth : more on the strange weapons flight of 4L-AWA », International Peace Information Service (Anvers) et TransArms – Research (Centre de Recherche sur la Logistique des Transferts d’Armes – Chicago), Octobre 2010, p.8: http://www.ipisresearch.be/dbpdfs/20101203_4LAWA.pdf
[306] Ibid.
[307] Ibid.
[308] Ibid.
[309] Ibid.
[310] Ibid.
[311] Ibid., p.9
[312] Ibid.
[313] Ibid.
[314] Ibid.
[315] Ibid.
[316] Ibid.
[317] Ibid.
[318] Ibid.
[319] Ibid.
[320] Ibid.
[321] Ibid.
[322] Ibid.
[323] Ibid.
[324] Ibid.
[325] Ibid.
[326] « Shadowy arms deal traced to Kazakhstan », The Moscow Times, 22/01/2010: http://www.themoscowtimes.com/news/article/shadowy-arms-deal-traced-to-kazakhstan/397937.html in Peter Danssaert, Sergio Finardi et Brian Johnson-Thomas, « Mapping the Labyrinth : more on the strange weapons flight of 4L-AWA », International Peace Information Service (Anvers) et TransArms – Research (Centre de Recherche sur la Logistique des Transferts d’Armes – Chicago), Octobre 2010, p.10: http://www.ipisresearch.be/dbpdfs/20101203_4LAWA.pdf
[327] Fiche d’information et contacts de la société Aerotrack Aviation (Kiev, Ukraine), Business Directory of CIS Enterprises: http://partnersroad.com/en/AEROTRACK_AVIATION/22231/Firm_details.aspx et http://partnersroad.com/partnersroad/ru/AEROTRACK_AVIATION/22231/Firm_details.aspx ; Peter Danssaert, Sergio Finardi et Brian Johnson-Thomas, « Mapping the Labyrinth : more on the strange weapons flight of 4L-AWA », International Peace Information Service (Anvers) et TransArms – Research (Centre de Recherche sur la Logistique des Transferts d’Armes – Chicago), Octobre 2010, p.10: http://www.ipisresearch.be/dbpdfs/20101203_4LAWA.pdf
[328] Fiche d’information et contacts de la société CJSC Ukrainian Helicopters, Cotelno: http://www.cotelno.com/tel1/380-44-4173487-380-44-4173487-registered-by-cjsc-ukrainian-helicopters/ ; fiche d’information et contacts de CJSC Ukrainian Helicopters, GMDU: http://www.gmdu.net/corp-693817.html in Peter Danssaert, Sergio Finardi et Brian Johnson-Thomas, « Mapping the Labyrinth : more on the strange weapons flight of 4L-AWA », International Peace Information Service (Anvers) et TransArms – Research (Centre de Recherche sur la Logistique des Transferts d’Armes – Chicago), Octobre 2010, p.10: http://www.ipisresearch.be/dbpdfs/20101203_4LAWA.pdf
[329] Peter Danssaert, Sergio Finardi et Brian Johnson-Thomas, « Mapping the Labyrinth : more on the strange weapons flight of 4L-AWA », International Peace Information Service (Anvers) et TransArms – Research (Centre de Recherche sur la Logistique des Transferts d’Armes – Chicago), Octobre 2010, p.10: http://www.ipisresearch.be/dbpdfs/20101203_4LAWA.pdf
[330] Ibid.
[331] Ibid.
[332] Ibid.
[333] Ibid.
[334] « Report of the Panel of Experts of the United Nations Security Council », S/2014/147, p.40
[335] Ibid.
[336] « North Korea’s shadowy arms trade », The Guardian, 18/07/2013: http://www.theguardian.com/world/2013/jul/18/history-north-korea-arms-dealing
[337] « Report of the Panel of Experts of the United Nations Security Council », S/2014/147, pp20-21
[338] Ibid. , p.21
[339] Joseph S. Bermudez Jr., « North Korea’s chemical warfare capabilities », 38 North, 10/10/2013: http://38north.org/2013/10/jbermudez101013/
[340] Ibid. et « Report of the Panel of Experts of the United Nations Security Council », S/2014/147, pp39-40
[341] Rick Gladstone, « North Korea says freighter carried legal load of arms », The New York Times, 17/10/2013: http://www.nytimes.com/2013/07/18/world/americas/north-korean-ship-cuba.html?_r=0 ; « North Korea’s shadowy arms trade », The Guardian, 18/07/2013: http://www.theguardian.com/world/2013/jul/18/history-north-korea-arms-dealing et « Report of the Panel of Experts of the United Nations Security Council », S/2014/147, 06/03/2014, p.24, voir également « Report of the Panel of Experts of the United Nations Security Council », S/2014/147, 06/03/2014, pp27-30 ; pour une liste détaillée de la cargaison d’armes saisie à bord du Chong Chon Gang ainsi que les divers documents liés à cette affaire voir « Report of the Panel of Experts of the United Nations Security Council », S/2014/147, 06/03/2014, pp70-104
[342] Rick Gladstone, « North Korea says freighter carried legal load of arms », The New York Times, 17/10/2013: http://www.nytimes.com/2013/07/18/world/americas/north-korean-ship-cuba.html?_r=0
[343] Ibid.
[344] Ibid.
[345] « Report of the Panel of Experts of the United Nations Security Council », S/2014/147, 06/03/2014, p.30
[346] Ibid. , p.31
[347] Ibid.
[348] Rick Gladstone, « North Korea says freighter carried legal load of arms », The New York Times, 17/10/2013: http://www.nytimes.com/2013/07/18/world/americas/north-korean-ship-cuba.html?_r=0
[349] Ibid.
[350] Ibid.
[351] « Report of the Panel of Experts of the United Nations Security Council », S/2014/147, 06/03/2014, pp34-35
[352] Ibid. , p.33
[353] Ibid.
[354] « Biological Weapons Program », Federation of American Scientists: http://www.fas.org/nuke/guide/dprk/bw/
[355] Ibid.
[356] Ibid.
[357] « Germ Research Institute », Federation of American Scientists: http://www.fas.org/nuke/guide/dprk/agency/bw.htm
[358] « Onjong-ni – 39°18’59″N 126°04’37″E », Federation of American Scientists : http://www.fas.org/nuke/guide/dprk/facility/onjong-ni.htm
[359] « Munch’on – 39°14’02″N 127°21’35″E », Federation of American Scientists : http://www.fas.org/nuke/guide/dprk/facility/munchon.htm
[360] Joseph S. Bermudez Jr., « North Korea’s chemical warfare capabilities », 38 North, 10/10/2013: http://38north.org/2013/10/jbermudez101013/
[361] « North Korea’s chemical and biological weapons programs », Asia Report n°167, International Crisis Group, 18/06/2009: http://www.crisisgroup.org/~/media/Files/asia/north-east-asia/north-korea/167_north_koreas_chemical_and_biological_weapons_programs.pdf
[362] Ibid. , p.5
[363] Ibid. , p.6
[364] « Chemical Weapons Program », Federation of American Scientists: http://www.fas.org/nuke/guide/dprk/cw/ et « North Korea’s chemical and biological weapons programs », Asia Report n°167, International Crisis Group, 18/06/2009, p.6: http://www.crisisgroup.org/~/media/Files/asia/north-east-asia/north-korea/167_north_koreas_chemical_and_biological_weapons_programs.pdf
[365] « North Korea’s chemical and biological weapons programs », Asia Report n°167, International Crisis Group, 18/06/2009, p.6: http://www.crisisgroup.org/~/media/Files/asia/north-east-asia/north-korea/167_north_koreas_chemical_and_biological_weapons_programs.pdf
[366] « Chemical Weapons Program », Federation of American Scientists: http://www.fas.org/nuke/guide/dprk/cw/ et « North Korea’s chemical and biological weapons programs », Asia Report n°167, International Crisis Group, 18/06/2009, p.6: http://www.crisisgroup.org/~/media/Files/asia/north-east-asia/north-korea/167_north_koreas_chemical_and_biological_weapons_programs.pdf
[367] « Chemical Weapons Program », Federation of American Scientists: http://www.fas.org/nuke/guide/dprk/cw/ et Joseph S. Bermudez Jr., « North Korea’s chemical warfare capabilities », 38 North, 10/10/2013: http://38north.org/2013/10/jbermudez101013/
[368] « North Korea’s chemical and biological weapons programs », Asia Report n°167, International Crisis Group, 18/06/2009, p.7: http://www.crisisgroup.org/~/media/Files/asia/north-east-asia/north-korea/167_north_koreas_chemical_and_biological_weapons_programs.pdf
[369] « Chemical Weapons Program », Federation of American Scientists: http://www.fas.org/nuke/guide/dprk/cw/ et Joseph S. Bermudez Jr., « North Korea’s chemical warfare capabilities », 38 North, 10/10/2013: http://38north.org/2013/10/jbermudez101013/
[370] Joseph S. Bermudez Jr., « North Korea’s chemical warfare capabilities », 38 North, 10/10/2013: http://38north.org/2013/10/jbermudez101013/
[371] « North Korea’s chemical and biological weapons programs », Asia Report n°167, International Crisis Group, 18/06/2009, p.i: http://www.crisisgroup.org/~/media/Files/asia/north-east-asia/north-korea/167_north_koreas_chemical_and_biological_weapons_programs.pdf
[372] Ibid.
[373] « Chemical Weapons Program », Federation of American Scientists: http://www.fas.org/nuke/guide/dprk/cw/ et Joseph S. Bermudez Jr., « North Korea’s chemical warfare capabilities », 38 North, 10/10/2013: http://38north.org/2013/10/jbermudez101013/
[374] « North Korea’s chemical and biological weapons programs », Asia Report n°167, International Crisis Group, 18/06/2009, p.8: http://www.crisisgroup.org/~/media/Files/asia/north-east-asia/north-korea/167_north_koreas_chemical_and_biological_weapons_programs.pdf
[375] Joseph S. Bermudez Jr., « North Korea’s chemical warfare capabilities », 38 North, 10/10/2013: http://38north.org/2013/10/jbermudez101013/
[376] Ibid.
[377] Ibid.
[378] Ibid. et « North Korea’s chemical and biological weapons programs », Asia Report n°167, International Crisis Group, 18/06/2009, p.9: http://www.crisisgroup.org/~/media/Files/asia/north-east-asia/north-korea/167_north_koreas_chemical_and_biological_weapons_programs.pdf
[379] « North Korea’s chemical and biological weapons programs », Asia Report n°167, International Crisis Group, 18/06/2009, p.6: http://www.crisisgroup.org/~/media/Files/asia/north-east-asia/north-korea/167_north_koreas_chemical_and_biological_weapons_programs.pdf
[380] Ibid. , p.9
[381] Joseph S. Bermudez Jr., « North Korea’s chemical warfare capabilities », 38 North, 10/10/2013: http://38north.org/2013/10/jbermudez101013/ et « North Korea’s chemical and biological weapons programs », Asia Report n°167, International Crisis Group, 18/06/2009, p.10: http://www.crisisgroup.org/~/media/Files/asia/north-east-asia/north-korea/167_north_koreas_chemical_and_biological_weapons_programs.pdf
[382] Joseph S. Bermudez Jr., « North Korea’s chemical warfare capabilities », 38 North, 10/10/2013: http://38north.org/2013/10/jbermudez101013/
[383] Ibid.
[384] Ibid.
[385] « North Korea’s chemical and biological weapons programs », Asia Report n°167, International Crisis Group, 18/06/2009, p.10: http://www.crisisgroup.org/~/media/Files/asia/north-east-asia/north-korea/167_north_koreas_chemical_and_biological_weapons_programs.pdf
[386] Ibid.
[387] Ibid.
[388] « North Korea’s chemical and biological weapons programs », Asia Report n°167, International Crisis Group, 18/06/2009, p.11: http://www.crisisgroup.org/~/media/Files/asia/north-east-asia/north-korea/167_north_koreas_chemical_and_biological_weapons_programs.pdf
[389] Ibid.
[390] Ibid.
[391] Ibid.
[392] Ibid.
[393] Ibid.
[394] Sheena Chestnut Greitens, « A North Korean Corleone », The New York Times, 03/03/2012: http://www.nytimes.com/2012/03/04/opinion/sunday/a-north-korean-corleone.html?pagewanted=all&_r=0
[395] Sheena Chestnut, « Illicit activity and proliferation – North Korean smuggling networks », International Security, vol.32, n°1, été 2007, p.101
[396] Ibid.
[397] Siegfried S. Hecker, « North Korea reactor restart sets back denuclearization », Bulletin of the Atomic Scientists, 17/10/2013 : http://thebulletin.org/north-korea-reactor-restart-sets-back-denuclearization et « Yongbyon / Nyongbyon », Global Security.org: http://www.globalsecurity.org/wmd/world/dprk/yongbyon-50.htm
[398] Bradley K. Martin, Under the loving care of the fatherly leader, North Korea and the Kim dynasty, Thomas Dunne Books, 2006, pp435-441
[399] Sheena Chestnut, « Illicit activity and proliferation – North Korean smuggling networks », International Security, vol.32, n°1, été 2007, p.101et http://www.globalsecurity.org/wmd/world/dprk/yongbyon-50.htm
[400] David Albright and Christina Walrond, « North Korea’s estimated stocks of Plutonium and weapon-grade Uranium », Institute for Science and International Security, 16/08/2012: http://isis-online.org/uploads/isis-reports/documents/dprk_fissile_material_production_16Aug2012.pdf
[401] « Nuclear weapons: Who has what? », CNN, mars 2013: http://edition.cnn.com/interactive/2013/03/world/nuclear-weapon-states/?iid=article_sidebar#northkorea et « Mutually assured ambiguity », The Economist, 03/06/2013: http://www.economist.com/blogs/graphicdetail/2013/06/daily-chart?fsrc=scn/gp/wl/bl/dc/nuclear
[402] Sheena Chestnut, « Illicit activity and proliferation – North Korean smuggling networks », International Security, vol.32, n°1, été 2007, p.98
[403] Ibid.
[404] Ibid. , p.97
[405] Ibid.
[406] Wyatt Hoffman, « Arms control and proliferation profile: North Korea », Arms Control Association, avril 2013: https://www.armscontrol.org/factsheets/northkoreaprofile
[407] « Report of the Panel of Experts of the United Nations Security Council », S/2014/147, 06/03/2014, p.24
[408] Ibid.
[409] Ibid. , pp24-25
[410] Ibid. , p.19 ; sur la problématique des armes nucléaires et de la Corée du Nord voir aussi David Albright et Christina Walrond, « Challenges posed by North Korea’s weapon-grade Uranium and weapon-grade Plutonium: current and projected stocks », 38 North, 24/10/2012: http://38north.org/2012/10/dalbright102312/ et David Albright and Christina Walrond, « North Korea’s estimated stocks of Plutonium and weapon-grade Uranium », Institute for Science and International Security, 16/08/2012: http://isis-online.org/uploads/isis-reports/documents/dprk_fissile_material_production_16Aug2012.pdf
[411] Sheena Chestnut Greitens, « A North Korean Corleone », The New York Times, 03/03/2012: http://www.nytimes.com/2012/03/04/opinion/sunday/a-north-korean-corleone.html?pagewanted=all&_r=0 et Choe Sang-hun, « Seoul warns of latest North Korean threat: an army of online gaming hackers» , The New York Times, 04/08/2011: http://www.nytimes.com/2011/08/05/world/asia/05korea.html?_r=2&
[412] « KCC finding creative ways to earn hard currency », North Korean Economy Watch, 04/08/2011: http://www.nkeconwatch.com/2011/08/04/11804/ et Choe Sang-hun, « Seoul warns of latest North Korean threat: an army of online gaming hackers », The New York Times, 04/08/2011: http://www.nytimes.com/2011/08/05/world/asia/05korea.html?_r=2&
[413] « KCC finding creative ways to earn hard currency », North Korean Economy Watch, 04/08/2011: http://www.nkeconwatch.com/2011/08/04/11804/
[414] Ibid.
[415] « South Korea says it was mistaken when it linked cyber-attacks to China », The Guardian, 22/03/2013 : http://www.theguardian.com/world/2013/mar/22/south-korea-cyberattacks-mistake
[416] « KCC finding creative ways to earn hard currency », North Korean Economy Watch, 04/08/2011: http://www.nkeconwatch.com/2011/08/04/11804/
[417] Alex Hern, « North Korean ‘cyberwarfare’ said to have cost South Korea £500m », The Guardian, 16/10/2013 : http://www.theguardian.com/world/2013/oct/16/north-korean-cyber-warfare-south-korea
[418] Ibid.
[419] Ibid.
[420] « North Korean cybercriminals allegedly behind attacks on South Korean think tanks », Softpedia: http://news.softpedia.com/news/North-Korean-Cybercriminals-Allegedly-Behind-Attacks-on-South-Korean-Think-Tanks-382223.shtml
[421] Ibid. ; pour une description détaillée du processus d’infection, de la collecte de données, du virus et de son fonctionnement voir Dmitry Tarakanov, « The « Kimsuky » Operation: a North Korean APT? », Securelist / Kaspersky Lab ZAO, 11/09/2013: http://securelist.com/analysis/57915/the-kimsuky-operation-a-north-korean-apt/
[422] « North Korean cybercriminals allegedly behind attacks on South Korean think tanks », Softpedia: http://news.softpedia.com/news/North-Korean-Cybercriminals-Allegedly-Behind-Attacks-on-South-Korean-Think-Tanks-382223.shtml
[423] Dick Nanto et Liana Sun Wyler, « North Korean Crime-for-Profit Activities », CRS Report for Congress, 25/08/2008, p.14 et « Trafficking in Persons Report 2010 », US Department of State, 2010: http://www.state.gov/j/tip/rls/tiprpt/2010/142760.htm
[424] Dick Nanto et Liana Sun Wyler, « North Korean Crime-for-Profit Activities », CRS Report for Congress, 25/08/2008, p.14
[425] « Trafficking in Persons Report 2010 », US Department of State, 2010: http://www.state.gov/j/tip/rls/tiprpt/2010/142760.htm
[426] Ibid.
[427] Ibid.
[428] Ibid.
[429] Ibid.
[430] Voir notamment « The Gulag lives on – Russia », Journeyman Pictures, juin 2003, mis en ligne le 13/08/2008 : http://www.youtube.com/watch?v=8vFbWXVTBU0
[431] « Trafficking in Persons Report 2010 », US Department of State, 2010: http://www.state.gov/j/tip/rls/tiprpt/2010/142760.htm
[432] Ibid.
[433] Ibid.
[434] Dick Nanto et Liana Sun Wyler, « North Korean Crime-for-Profit Activities », CRS Report for Congress, 25/08/2008, p.14 et plus généralement sur ce sujet « Horrors in North Korea: Desperate North Korean women vulnerable to human traffickers », The Asahi Shimbun, 23/03/2014: http://ajw.asahi.com/article/asia/korean_peninsula/AJ201403230017 ; Martin Sieff, « North Korea deteriorating economy leads to human trafficking growth in China », Asia Pacific Defense Forum, 23/09/2013 : http://apdforum.com/en_GB/article/rmiap/articles/online/features/2013/09/23/korea-prostitution-epidemic ; « North Korea: Human trafficking thrives across North Korea – China border », Reliefweb / Chosun Ilbo, 03/03/2008: http://reliefweb.int/report/china/north-korea-human-trafficking-thrives-across-nkorea-china-border et Melanie Kirkpatrick, « North Korea: Human traffickers and the Chinese market for brides », Newsweek, 20/08/2012: http://www.newsweek.com/north-korea-human-traffickers-and-chinese-market-brides-64397
[435] Arnaud Duval, Le dernier testament de Kim Jong-il, Michalon, 2012 : p.88
[436] Bradley K. Martin, Under the loving care of the fatherly leader, North Korea and the Kim dynasty, Thomas Dunne Books, 2006, p.590
[437] Ibid.
[438] Bradley K. Martin, Under the loving care of the fatherly leader, North Korea and the Kim dynasty, Thomas Dunne Books, 2006, p.198
[439] Ibid. ; le terme générique souvent employé pour désigner ces brigades très spéciales est celui de « brigade des plaisirs »
[440] Ibid.
[441] Bradley K. Martin, Under the loving care of the fatherly leader, North Korea and the Kim dynasty, Thomas Dunne Books, 2006, p.199
[442] Ibid.
[443] Ibid.
[444] Ibid. , p.201
[445] Sheena Chestnut Greitens, « A North Korean Corleone », The New York Times, 03/03/2012: http://www.nytimes.com/2012/03/04/opinion/sunday/a-north-korean-corleone.html?pagewanted=all&_r=0

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