Moscou : la Métropole du Futur ?

Le 8ème Forum Urbain de Moscou, qui a lieu dans la foulée (17 au 22 juillet 2018) de la très réussie Coupe du Monde de Football, a réuni quelques 7000 participants, 300 intervenants étrangers et pas moins de 50 délégations internationales. Inauguré en grande pompe par Vladimir POUTINE lui-même, cet événement est dédié en 2018 à la « Mégalopole du Futur », et son succès international semble confirmer le statut de ville laboratoire que la capitale Russe est parvenue à atteindre depuis quelques années. De nombreux articles, y compris dans une presse habituellement hostile à la Russie, encensent il est vrai les réalisations de la nouvelle équipe municipale Moscovite : le magazine Forbes, par exemple, décrivait le 15 novembre 2017 la vie à Moscou comme étant devenue « étonnamment urbaine et moderne ».

Affiche du mocow urban forum 2018

Nous avons tous noté que la mine réjouie des supporteurs étrangers à l’occasion de la Coupe du Monde contrastait très fortement avec la description toute Orwello-Nord-Coréenne que d’autres médias occidentaux faisaient des villes russes et de la capitale. Il suffit en effet de s’être régulièrement rendu à Moscou depuis la reprise en main de la municipalité par Serguei SOBIANINE en 2011, après les excès, errements et manifestes abus de position de son prédécesseur Iouri LOUJKOV, pour réaliser à quel point la ville s’est embellie et modernisée. La politique de développement urbain voulue par l’administration en place se veut particulièrement ambitieuse, réfléchie, et elle s’articule autour de quelques idées fortes.

Le 11 juin 2018, le Département des Relations Economiques Extérieures et Internationales de la Ville de Moscou et son Directeur Sergei CHEREMIN donnaient une présentation au Centre Culturel et Spirituel Orthodoxe de Paris (Quai Branly) sur les perspectives de développement de la Capitale de la Russie. Monsieur CHEREMIN évoquait également les opportunités d’investissement privé et de partenariats public/privé dans le cadre de ce développement.

Agglomération géante, particulièrement stable et économiquement diversifiée d’environ 18,5 millions d’habitants, la ville de MOSCOU s’est récemment distinguée dans plusieurs concours internationaux :

  • 2ème place du classement PWC des agglomérations urbaines en 2017, en particulier sur les indicateurs de création d’emplois, appui aux entrepreneurs, développement du secteur créatif, niveau d’éducation et capital intellectuel ;
  • 1ère place pour l’Europe de l’Est du classement FDI « European Cities and Regions of the Future » 2018/2019, avec une mention particulière pour le climat des affaires, le potentiel économique, la qualité de vie et le capital humain.

Vladimir POUTINE, lors de sa campagne, puis suite à sa récente élection, a pour sa part largement insisté sur le nécessaire développement de l’économie de la connaissance en Russie, et en particulier sur une patrimonialisation du capital intellectuel russe. Il a également souhaité une accélération de l’amélioration des conditions de vie et un allongement à brève échéance de l’espérance de vie de ses concitoyens. Très clairement, Moscou et son équipe municipale actuelle ont non seulement entamé des réformes en ce sens, mais également pensé et déployé une stratégie de moyen et long terme qui commence tout juste à porter ses fruits.

 

1. Amélioration du cadre et de la qualité de vie des Moscovites

L’une des qualités les plus frappantes du Moscou contemporain est son degré de connectivité, voire même d’inter-connectivité. Le site Internet municipal http://www.mos.ru donne en effet, directement ou indirectement, accès à une pléiade de services en ligne et applications pour Smartphone. Liés à des organismes publics, privés ou mixtes, ils facilitent tous la vie quotidienne des Moscovites (qui ont un taux d’adoption des solutions high-tech supérieur aux New-Yorkais) et touristes de passage. Pourtant, l’apparente appétence de Serguei SOBIANINE pour les solutions de hautes technologies (dont le développement, soit dit en passant, a pour l’essentiel pu être assuré par des talents et entreprises locales) n’est en réalité que l’une des expressions de sa stratégie de « ville intelligente ».

Le métro de Moscou est désormais équipé du Wifi
Photo : Sputnik . Ramil Sitdikov

Infrastructure et transport

 Entre 2011 et 2018, la ville de Moscou a connu son plus grand réaménagement urbain en plus de 50 ans :

  • Construction de 667 kilomètres de routes (1000 kilomètres supplémentaires à construire), 199 ponts, tunnels ou échangeurs (76 actuellement en construction), et 190 passages piétons (42 supplémentaires à créer en 2018/2019);
  • Début de construction du « TsKAD », périphérique très élargi comparable à la Francilienne parisienne, qui permettra d’éviter et donc de désengorger la zone centrale de Moscou (fin des travaux en 2020) ;
  • Création de 112 kilomètres de zones piétonnières et de 230 kilomètres de pistes cyclables ;
  • Aménagement de 92 nouveaux parcs, dont le parc Zariadié (emblématique parc/salle de spectacle/centre de congrès de 10,2 hectares au pied du Kremlin), réaménagement du Parc Gorki et plantation de plus d’1 million d’arbres;
  • Réaménagement complet (élargissement des trottoirs, pose au sol de dalles en granit, interdiction ou limitation du stationnement automobile, etc.) et remise en éclairage de plus de 200 rues ;
  • 500 façades d’immeubles ravalées et réparées (2015-2017), plusieurs centaines constamment en cours de réparation ;
  • Installation de plus de 1000 bornes WIFI dans l’hyper-centre de Moscou, permettant un service quasi-continu, équipement WIFI de la plupart des parcs et bâtiments publics, et de 100% des bus et métros de la ville;
  • Déploiement en cours de la 5G.

Traditionnellement confrontée à d’épouvantables bouchons, la ville a en outre créé les conditions d’une meilleure intégration de l’infrastructure de transport afin de fluidifier le trafic, améliorer significativement le temps d’arrivée des services d’urgence (+60% à ce jour), inciter à l’utilisation des transports en public (+49% entre 2010 et 2017) et réduire le nombre d’accidents routiers (-11% à ce jour). De nombreux projets ont déjà été complétés ou sont planifiés à échéance de court ou moyen terme :

  • Création de toutes pièces d’un système payable physiquement et en ligne de stationnement payant dans toute la ville, tout particulièrement dans le centre, avec une arrière-pensée dissuasive ;
  • Ouverture de lignes à grande vitesse entre les 3 grands aéroports de la ville et le centre, en sus de la LGV « Sapsan » reliant Moscou et Saint Pétersbourg inaugurée en 2009. La construction de la LGV Moscou-Kazan a débuté en 2017 ;
  • Construction de 169 kilomètres de nouvelles lignes de métro et de 74 nouvelles stations, suivie de 300 kilomètres supplémentaires à échéance 2025, qui permettront de déplacer jusqu’à 10 millions de personnes par jour. Ce système élargi, qui aura doublé en taille par rapport à 2010, permettra en outre à 95% des Moscovites un accès à pied au réseau du métropolitain ;
  • Construction/reconstruction de 1.465 kilomètres de voies ferrées sur la zone métropolitaine de Moscou, permettant d’augmenter d’1,5 minutes la vitesse moyenne des trains et de réduire l’intervalle entre les trains d’en moyenne 3,5 minutes ;
  • Renouvellement complet du parc des autobus et tramways de la ville, comprenant affichages digitaux, annonces automatiques russe/anglais, et 30% de places passagers supplémentaires. Les terminaux et arrêts d’autobus ont pour plus de 50% été entièrement rénovés, avec un objectif de rénovation complète du parc pour 2020. Tous les arrêts, autobus et tramways sont équipés du système de géolocalisation « Glonass », également disponible en application Smartphone, système qui a permis de diviser par deux l’intervalle moyenne entre deux autobus dans le centre de Moscou (8 minutes aujourd’hui contre 16 en 2010). Ils transportent aujourd’hui 1 million de Moscovites par jour ;
  • Investissement à échelle de 15 milliards d’euros entre 2018 et 2020 pour la construction de 255 plateformes intégrées de correspondance entre les différentes formes de transport (train/métro/bus/tramway/parkings), avec autant de potentiel de développement immobilier privé et commercial (de l’ordre 14,5 millions de mètres carrés) ;
  • Mise en place d’une solution unique de paiement des transports en commun : la carte rechargeable « Troika » ;
  • Alors qu’ils n’existaient pratiquement pas en 2010, mise en circulation de 55.000 taxis sur l’agglomération de Moscou (voitures jaunes à 72% pour une meilleure identification). Ils effectuent 720.000 trajets par jour (260 millions de trajets en 2017). Grâce à la multiplication des voitures, aux applications connectées, à la géolocalisation et à l’amélioration des conditions de circulation, il faut 5 à 7 minutes à un taxi pour arriver à son point de collecte à l’heure de pointe contre 30 minutes en 2010. Le parc automobile de taxis, totalement connecté, est aussi le plus récent d’Europe ;
  • Déploiement d’une solution de vélos-partagés « Velobike » dans le centre de Moscou de type « velib » depuis 2013, accessible en paiement avec la carte de transports en commun « Troika » et à mettre en relation avec la construction de nombreuses pistes cyclables ;
  • Mise à disposition depuis septembre 2015 par 12 sociétés privées, associées à la municipalité, de plus de 4000 voitures en auto-partage, facilement identifiables (couleur bleu/orange) et géolocalisées par « Glonass ». Ce moyen de transport est en pleine expansion, avec déjà près de 5,6 millions de trajets réalisés en 2017.
Logement

Serguei SOBIANINE a fait du logement l’un des points phares de sa politique, jugeant qu’il était nécessaire de hisser l’environnement urbain de la ville de Moscou au niveau voire au-dessus des standards des autres grandes capitales européennes. Il a en particulier souhaité s’adresser directement, au risque de s’attirer les foudres d’une partie de la population, au problème des immeubles construits sous l’ère de Nikita KROUCHTCHEV, les fameux « khrouchtchevki », petits immeubles de 5 étages en préfabriqué, qui ont particulièrement mal vieilli. La ville a budgété depuis 2017 la somme de 50 milliards d’euros à la rénovation de ces complexes d’immeubles, qui devrait à terme permettre la construction de 15 millions de m² de nouveaux appartements et le relogement de 1 million de Moscovites.

Survivance soviétique, les parties communes de la quasi-totalité des immeubles de Moscou sont gérées par des administrations municipales ou para-municipales.  Ces parties communes se sont très largement dégradées jusqu’à la reprise en main des services par la nouvelle équipe au début des années 2010. La mise en place de nouveaux outils en ligne de gestion et d’interaction avec les habitants a cependant permis une large rationalisation économique et une nette amélioration de l’administration des immeubles. Plus de 5000 immeubles moscovites font actuellement l’objet de rénovations des parties communes, sans parler des ravalements de façades évoqués plus haut.

Nous verrons plus tard la logique de développement ou de redéveloppement économique de certaines zones de la ville (anciennes zones industrielles, bâtiments historiques ou aéroports désaffectés, alentours de stades, etc.), mais il est également à noter que la municipalité souhaite s’emparer à bras le corps des « nouveaux territoires » de Moscou (zones de Troïtski et Novomoskovski, situées au sud-ouest du « périphérique » moscovite – MKAD, et incorporés à l’agglomération en juillet 2012) en tant que zone de peuplement et d’expérimentation du concept de « smart city » intégrée : bien-être, transport, innovation technologique et économique.

Malgré la crise très liée aux sanctions internationales, la ville de Moscou a en fin de compte vu 49,7 millions de m² construits ces 6 dernières années, dont 85% ont été totalement financés par des investisseurs privés. Elle anticipe 100 millions de m² à construire entre 2018 et 2035, ce qui devrait ajouter à l’agglomération 1,5 millions d’habitants et, vraisemblablement, plus d’1 million de nouveaux emplois supplémentaires.

Administration et services au public

La Mairie de Moscou a entamé une petite révolution tant physique que numérique depuis 2015 en ce qui concerne la prestation des services administratifs et publics auprès de la population :

  • Politique du guichet unique : chaque arrondissement/quartier (« raion ») au sein de chaque district administratif (« okrug ») a été a minima doté d’un centre administratif regroupant la quasi-totalité des services (près de 200 prestations disponibles) mis à la disposition du public : affaires scolaires, état civil, documents d’identité, prestations sociales, gestion et paiement des charges d’immeubles, etc.
  • e-Administration : Sur les 200 prestations vues plus haut, 160 sont actuellement directement accessibles 24 heures sur 24 via un identifiant unique et le portail mos.ru. L’idée est de garantir tant l’efficacité, la transparence des procédures que de prévenir d’éventuelles tentatives de corruption. Le seuil des 400 millions de consultations et d’interactions a été atteint en 2017, tandis que 62% des Moscovites reçoivent désormais des prestations informatiquement, c’est à dire sans aucune interaction physique avec des fonctionnaires de la ville.

Lors d’un sondage réalisé début 2018, 92% des Moscovites se déclaraient satisfaits ou très satisfaits de la qualité des prestations administratives et publiques de la ville.

ambulance moscovite

Politique sociale, santé et éducation

La ville consacre un peu plus de 50% du budget municipal à la politique sociale, la santé et l’éducation/éducation sportive, ce qui est totalement en cohérence avec les objectifs éducatifs et surtout de santé publique du gouvernement fédéral (espérance de vie portée à 75 ans en 2025). Les efforts de construction et de rénovation ont été assez colossaux entre 2012 et 2018 :

  • Education publique et sportive (budget de 28 milliards d’euros) :
    • 80 nouvelles écoles construites ou reconstruites ;
    • 217 écoles maternelles construites ;
    • 41 bibliothèques scolaires rénovées ou construites ;
    • 90 stades et gymnases rénovés ou construits ;
    • Investissements massifs dans l’éducation des NTIC et le multimédia : 224.000 ordinateurs, 129.000 tablettes, 17.000 tableaux blancs interactifs, 28.000 projecteurs multimédia, généralisation des inscriptions et carnets scolaires électroniques, développement de tests interactifs, bibliothèques électroniques, etc.).
  • Santé publique (budget de 27 milliards d’euros) :
    • 66 établissements entièrement rénovés, soit 85% des établissements publics fin 2016 ;
    • Renouvellement complet et extension du parc d’ambulances de premier secours, qui arrivent désormais en moyenne dans les 8 minutes d’un appel d’urgence.

Entre 2018 et 2020, ces investissements vont se poursuivre à un rythme soutenu :

  • 57 écoles maternelles et 72 écoles à construire/reconstruire ;
  • 12 établissements médicaux à rénover (soit 100% des hôpitaux publics en 2020) et 50 en cours ou en projet de construction (échéance 2025);
  • 32 bibliothèques scolaires à rénover ou construire ;
  • 51 stades et gymnases à rénover ou construire.


Photo : Dmitry Serebryakov, AFP

Sécurité et propreté

Que ce soit pendant ou en dehors du Mondial de football, le sentiment de sécurité et de propreté prévaut généralement pour les visiteurs et les touristes à Moscou. La présence policière y est vraiment très visible, en particulier dans les rues du centre de la Capitale, ou encore sur ses quais de métro. Mais il serait abusif de croire que Moscou est une ville policière : elle ne compte finalement, pour une population de plus de 18 millions d’habitants, que 80.000 policiers en activité (soit moins de 445 pour 100.000, à peine plus que la moyenne du Royaume Uni).

D’autres mécanismes ont en réalité été déployés pour faire face à ces problématiques, en particulier l’utilisation de 142.000 caméras de surveillance, qui ratissent la ville en permanence. Outre les personnels dédiés au visionnage, des logiciels intelligents sont capables d’identifier les visages et d’émettre des alarmes en cas de situations jugées anormales. Il est à noter qu’outre la sécurité, ces caméras sont utilisées à des fins de propreté (suivi du nettoyage, prévention et collecte de déchets sauvages) et de prévention des incivilités et actes de vandalisme.

La sécurité privée, souvent pensée en accord avec les autorités publiques, est également un élément important de sécurisation de l’espace urbain moscovite. Ainsi le Métro de Moscou emploie par exemple des agents qui scannent tous les passagers à l’entrée du réseau (portiques détecteurs de métal, détecteurs de métal portatifs, machines à rayon-X pour les sacs volumineux, etc.).

Ecologie

L’écologie n’est pas en reste dans la politique municipale, et nous avons vu plus haut que 92 nouveaux parcs ont récemment été aménagés en ville, ce qui permet à Moscou de connaître, au-delà d’une proportion d’espaces verts inégalée dans le Monde (49% de la surface de l’agglomération), une diversité biologique unique.

Couplés aux politiques de transport public, d’éducation, et même de réaménagement urbain et de recyclage, le développement des espaces verts, et pas seulement les quelques réserves naturelles ou protégées de la ville, participe grandement à la politique de santé voulue par les autorités locales et nationales. La pollution de l’air à Moscou a ainsi diminué à hauteur de 14% entre 2014 et 2017, tandis que la consommation d’eau a diminué de 9%. Les objectifs pour 2030 sont clairement affichés : diminution de 30% de la pollution de l’air, accroissement de 15% des zones vertes, et 35% de recyclage des ordures en plus.

Les zones vertes offrent également, outre une véritable qualité de vie aux habitants, de nombreuses opportunités pour les pratiques sportives. De nombreux parcs, et pas des moindres (Parc Zariadié en bordure de rivière, Parc Gorki, Parc Ermitage, etc.), ont été entièrement rénovés et proposent de nombreux ateliers tant culturels que sportifs à la population.

Culture 

L’un des autres points très forts de la ville de Moscou est sa richesse culturelle, puisque l’on compte à ce jour 10.000 sites culturels répertoriés sur l’agglomération. 270 évènements culturels y ont lieu chaque jour, ce qui constitue l’une des programmations les plus importantes au monde.

L’accès à la culture était cependant très inégal, et Serguei SOBIANINE a souhaité y remédier de manière assez forte :

  • Depuis le 1er septembre 2017, tous les écoliers ou lycéens de Moscou ont gratuitement accès à tous les musées publics de la ville ;
  • Un système de subvention de 69 théâtres ou salles de musique est instauré à compter du 1er janvier 2018, permettant de très importantes baisses du prix des billets ;
  • Toutes les bibliothèques publiques de la ville (soit 440) sont désormais équipées en bornes WIFI, et elles ont été équipées de 1.700 ordinateurs neufs en 2017 ;
  • 200 évènements d’intégration culturelle ont été réalisés en faveur des personnes handicapées en 2017, et près de 250 sont programmés pour 2018 ;
  • 11 milliards de roubles ont été budgétés afin de rénover les 149 écoles d’art et de musique de Moscou à échéance 2020 ;
  • Tous les étés, les bibliothèques publiques et les grands parcs aménagés deviennent des sites de cours cultures et pratiques (photo et vidéo, ateliers d’écriture, etc.) au profit de la population générale.
  • 14 grands festivals sont organisés à travers la ville tous les ans, certains en collaboration ponctuelle avec des villes étrangères (Festival de Noël organisé avec la ville de Strasbourg par exemple), 21 festivals de musique classique, et 6 grands évènements de nuit (Nuit des Musées, Nuit du Cinéma, etc.).
La « marque Moscou » et l’eCitoyenneté

Les festivals décrits plus hauts sont également destinés à l’image de marque de Moscou, puisqu’ils sont autant d’occasions de décorer le centre-ville, et de surprendre les voyageurs de passage tout autant que les autochtones. Les chiffres de visiteurs annoncés pour chacun d’entre eux sont du reste étonnants : 7 millions de visiteurs pour le festival « Cercles de Lumière » (projections lumineuses sur les bâtiments publics) fin 2017 par exemple. Il est en outre à noter que Moscou est devenue, en plus d’une destination touristique importante (presque 22 millions de touristes en 2017),  un important centre international de foires, forums et congrès d’affaires, avec plus de 500 évènements majeurs par an. Il y a donc lieu de séduire tous ces potentiels ambassadeurs avec un environnement propre, sûr, moderne, accueillant, et une hôtellerie en plein essor (déjà 1453 établissements, dont 147 hôtels 5 et 4 étoiles).

La séduction, pour l’équipe municipale, doit néanmoins aussi s’opérer auprès de la population locale. C’est notamment la raison pour laquelle elle a intégré un module « Citoyen Actif » (http://www.ag.mos.ru) au portail de la ville, module qui permet aux Moscovites d’être directement consultés sur de nombreuses problématiques du quotidien et d’importantes décisions d’aménagement urbain. A ce jour, près de 2.120.000 Moscovites participent activement à ces consultations.

 

2. Développement économique et reconquête de l’espace

La rationalisation des services s’est largement accompagnée d’une baisse drastique des niveaux de corruption dans la capitale. La reprise en main de certaines activités privées, par exemple la politique de subvention des théâtres, a également eu pour objet de promouvoir une véritable optimisation économique de ces activités. Il va néanmoins sans dire que les investissements massifs de la ville de Moscou ne peuvent pas et ne pourront pas être réalisés sans d’importants moyens financiers, tant publics que privés.

Investissements internationaux et partenariats public/privé

En dépit des sanctions, Moscou est parvenue à attirer un important stock d’investissement tant domestique qu’internationaux au cours des dernières années. Les investissements directs étrangers au 1er janvier 2018 égalaient 280 milliards d’euros, les principaux investisseurs étant l’Allemagne, suivie de la France. C’est là avant tout le résultat d’une amélioration spectaculaire du climat des affaires : lutte aiguë contre la corruption, aides multiples aux entrepreneurs étrangers, baisse des barrières à l’investissement étranger, interdiction stricte faite aux administrations publiques de demander des comptes aux entrepreneurs étrangers dans les 3 années de l’immatriculation, etc. C’est cependant, et aussi, la conséquence de politiques assez remarquables et sans œillères de partenariats public-privé.

Un exemple parmi de nombreux autres est celui des sociétés d’auto-partage, en plein essor. Toutes privées, elles sont pour la plupart le fruit d’accords entre des constructeurs automobiles et la municipalité : les constructeurs y voient une opportunité de faire essayer leurs nouveaux modèles de voitures, la municipalité leur fournit l’interface de réservation, la géolocalisation et des places de stationnement résidentielles gratuites. Le français Renault a, dans cette logique, souhaité piloter l’une des sociétés agréées d’auto-partage et populariser son modèle « Captur » auprès de la population.

Un autre bel exemple de partenariat public-privé est le redéveloppement du quartier du stade Dynamo, situé dans la zone nord du centre de Moscou. Le projet, de 32.000 m², est totalement piloté par la ville, qui se charge de renouveler l’infrastructure routière et de transport autour du stade. Les acteurs du projet, responsables quant à eux de leurs propres financements, constituent un assemblage étonnant d’entreprises russes et étrangères :

  • Le club omnisport Russe Dynamo rénove son stade et ouvre une académie sportive moderne, le tout sponsorisé par la banque russe VTB autour d’un contrat de « naming » (VTB Dynamo Arena);
  • VTB finance les immeubles tertiaires du projet (bureaux, magasins, etc.) ;
  • La firme d’ingénierie Etatsunienne AECOM a mis au point le projet de construction ;
  • Le constructeur CODEST, italien, est chargé de l’essentiel des constructions ;
  • KPMG s’occupera de l’audit et des contrôles qualité ;
  • Les Etatsuniens Cushman & Wakefield et Colliers International commercialisent les surfaces commerciales de bureaux et magasins ;
  • La chaîne internationale Hyatt construira et gèrera un hôtel de luxe, un spa et une galerie commerciale.

Octobre Rouge, Moscou

La logique des « clusters »

La ville de Moscou a choisi de s’inspirer du concept révélé par l’auteur de management Michael PORTER, celui des « clusters », généralement traduit par « pôles de compétitivité » ou « grappes industrielles », dans la conquête et la reconquête de ses territoires. PORTER nous en donne la définition suivante : « un cluster est la concentration géographique d’entreprises interdépendantes : fournisseurs de biens et de services dans des branches industrielles proches ; les firmes livrant le produit final coopèrent avec les universités, et leurs concurrentes » (Harvard Business Review, Novembre-Décembre 1998, page 197). Il s’agit autrement dit d’un maillage complexe d’unités de formation et de production d’une industrie spécifique sur un territoire géographique limité, participant toutes à créer la valeur ajoutée finale du ou des produits de cette industrie. Certains districts industriels situés dans le nord de l’Italie sont souvent donnés en exemple de ce type de maillages.

C’est ainsi que Moscou a par exemple, et essentiellement sur des fonds privés :

  • Installé un Musée de la Mode sur le site rénové du « Gostinyy Dvor », palais construit sous Catherine II dans le quartier de Kitay Gorod. Ce musée est bien plus qu’un musée, c’est un forum interactif entre les créateurs et industriels de la mode russe, et un lieu exceptionnel pour les présentations de mode (Moscow Fashion Week) ;
  • Favorisé la création d’une zone dédiée à l’ameublement et au design sur de vastes zones semi-industrielles situées en bordure de Moskova ;
  • Installé une zone essentiellement consacrée à l’art (Strelka Institute et écoles d’art pour enfants, marchands d’art, boutiques, programmation culturelle pilotée par le magazine Afisha, etc.) sur le site de l’ancienne usine de chocolat « Octobre Rouge » (île située en face de la Cathédrale du Christ Sauveur). Les nombreux bars ou restaurants installés sur place sont eux-mêmes associés à une thématique artistique, et ils participent à une ambiance « village d’artistes » largement revendiquée ;
  • Construit le plus grand centre d’entrainement et de détection sportive du monde autour du Stade Olympique Luzhniki. Ce très grand stade était programmé à la rénovation en vue de la Coupe du Monde de Football, mais la municipalité en a profité pour faire bâtir 35 sites sportifs sur le site de l’ancien aérodrome Touchino, adjacent au stade. 20 millions de m² de surfaces immobilières résidentielles sont également en cours de développement sur cette zone ;
  • Coordonné la création et l’ouverture en 2017 de la Technopole de Moscou sur un site de 2 millions de m² d’espaces industriels totalement rééquipés au sud de l’agglomération. La Technopole comprend déjà 2000 entreprises résidentes, un environnement de travail bouillonnant et de nombreuses interactions avec les grands instituts de science de la ville, également présentes sur place. Elle compte également un musée polytechnique de 15.000 m² et de larges espaces de foires/expositions. La priorité, avec des financements possibles de la ville, de la région ou du gouvernement fédéral, va au développement de matériaux industriels innovants et nanotechnologies, aux technologies médicales et biomédicales, ainsi qu’à la microélectronique, l’optique et la robotique.
  • Profité d’une loi fédérale votée en 2015 pour créer le Pôle Médical International de Moscou sur la zone de Skolkovo (sud-ouest) et rapidement développer une offre santé haut de gamme à destination des classes moyennes supérieures et supérieures (plus d’un demi-million de russes se soignent à l’étranger tous les ans). Cette législation et la politique municipale permettent d’obtenir très facilement des terrains à construire pré-équipés sur la zone, tandis que les groupes médicaux et médecins étrangers n’ont pas besoin de demander des approbations ou équivalences de diplômes de la part des autorités russes sur ces zones. Un grand groupe médical israélien spécialisé dans le dépistage de certains cancers et des groupes privés russes sont déjà installés sur place, et des projets autrichien, sud-coréen et français sont très avancés. Ces projets portent sur des centres de diagnostic, réhabilitation, et d’éducation supérieure.

D’autres « clusters » sont en cours de développement, notamment un très intéressant parc de start-ups liées aux technologies de l’Internet au contact de l’école supérieure de management de Skolkovo.

opportunités investissements à Moscou
Conclusion

N’en déplaise aux maccarthystes contemporains de tous bords, la ville de Moscou offre aujourd’hui un paysage de qualité de vie, d’aménagement urbain et de climat des affaires très intéressant. Nombre de grandes entreprises françaises (Renault, Auchan, Sanofi, Lafarge, Vinci, etc.) ne s’y trompent pas et sont installées de longue date dans la capitale russe, au point d’aujourd’hui de faire partie du paysage local.

De grands investissements privés ou en partenariats public-privé restent à réaliser, par exemple la rénovation de la zone industrielle ZIL (autour de la « Mega Arena » de hockey du CSKA Moscou au Nord Ouest de la ville – 12.000 ha à aménager), ou encore le parc d’attractions « Ile de Rêve » en bordure de Moskova, qui ambitionne de devenir un petit Disneyland russe (280.000 m² et 10 millions de visiteurs attendus annuellement).

Les opportunités d’implantation, en particulier mais pas seulement pour les entreprises innovantes, établissements éducatifs et autres start-ups françaises, sont assez remarquables. Il s’agira pour ces TPE, PME et ETI de dépasser leurs a priori et de profiter enfin des atouts de cette grande métropole tant en termes d’ouverture de marché que d’innovation.

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